Civray

Histoire de Civray

Civray est une commune de Vienne, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 2 558 habitants. Le nom du village proviendrait de l’anthroponyme gallo-romain Severus avec le suffixe latin de propriété -acum (donnant le nom de Severiacum) devenu, avec le temps,  » -ec » puis « -é » voire « -et » ou « -ay » et signifiant « domaine de Severus ».

À l’époque gallo-romaine, un domaine appartenant à un certain Severus est implanté sur le territoire auquel il laisse son nom. Une première agglomération se développe avec une petite église et un château fortifié, autour d’un gué sur la Charente, puis d’un pont. Le château est construit par les comtes de la Marche qui ont siégé à Charroux du à 1177. Dressé sur les coteaux peu élevés de la rive gauche de la Charente, le château avait pour objectif de protéger le passage mais aussi de percevoir des droits. Sa situation aux confins du Poitou et de l’Angoumois en faisait un ouvrage avancé de la marche poitevine face au château ou tour d’Aizie en Angoumois. Dès 1030, Civray est considérée comme une des places fortes les plus puissantes du Poitou. De part et d’autre du pont Perrin (construit en 1169), s’établissent marchands, aubergistes et artisans: c’est la naissance sur la rive droite du nouveau Civray. À la même époque, l’église Saint-Nicolas est construite.

Civray est donc aux mains des comtes de la Marche. Quand Melle et Chizé quittent (vers 1017?) la maison des vicomtes de Melle et d’Au(l)nay (et aussi le Poitou de Guillaume le Grand) pour rejoindre les comtes d’Angoulême (Guillaume IV, fils de Manzer) puis les comtes de la Marche, ces seigneuries sont généralement associées, désormais, à Civray. C’est sans doute le mariage d’Almodis de la Marche avec Hugues V de Lusignan vers 1035 qui fait passer ces terres aux Lusignan. Appartenant donc à la Maison de Lusignan, notamment à la branche des comtes d’Eu, sires d’Exoudun, Melle, La Mothe, Villeneuve, Usson et Chizé, qui se sont révoltés contre l’autorité du roi Saint Louis, ce dernier assiège le château de Civray et l’occupe en 1246. Marie de Lusignan (vers 1232/1234-1260) est l’héritière de ces fiefs quand elle épouse vers 1250 Alphonse de Brienne. Les Brienne, comtes d’Eu et de Guînes, gardent ces fiefs jusqu’à leur saisie par la Couronne en 1350 à la suite de la disgrâce et de l’exécution du connétable Raoul. La ville subit, au cours de cette période, les vicissitudes liées aux guerres dues à ces seigneurs turbulents aux allégeances variables. En effet, durant cette époque, à la féodalité en cours de constitution, ces seigneurs souvent autoproclamés, propriétaires de forteresses échappent à toute autorité ducale et dominent la contrée environnante.

Ils multiplient les exactions contre les paysans ou les monastères qu’ils peuvent parfois doter ou piller alternativement. Surtout, ces familles se livrent constamment entre eux à de violentes et dévastatrices guerres privées. En raison de l’insécurité chronique qui règne à partir du milieu du avec la guerre de Cent Ans, les villes se sont fortifiées à grand frais. Ainsi, pour pénétrer dans Civray, il faut franchir l’une des quatre portes fortifiées construites par les habitants: porte d’Angoulême, porte Niortaise, porte Sénégeaud ou porte de l’Evesquerie. En 1363, la ville qui fait partie du domaine royal depuis 1308 ou 1350, est livrée à l’enfant Thomas de Wodestock (1355-1397), dernier fils du roi d’Angleterre Édouard III, en application du traité de Brétigny, signé trois ans plus tôt. Toutefois, Bertrand du Guesclin reprend le château en 1373 pour le comte du roi Valois Charles V. Durant la guerre de Cent Ans, les villes, comme Civray, résistent derrière leurs fortifications. Civray a pu, ainsi, accueillir les habitants des campagnes avoisinantes, voire des artisans fuyant les régions les plus touchées comme l’Angoumois ou la Saintonge.

Les foires, se tiennent dorénavant à l’abri des murs des villes. Mais les campagnes autour de Civray sont dévastées: arbres fruitiers et ceps de vigne arrachés, récoltes détruites ou brulées. La famine devient endémique et favorise les épidémies comme la peste noire (1348-1350) qui toucha Civray. Melle, Chizé et Civray sont rattachées au comté du Poitou par Charles V, et des comtes en sont alors seigneurs, notamment Jean de Berry et Charles; puis Charles du Maine (en 1452), suivi de Charles d’Angoulême et sa femme Louise de Savoie en 1487, reçoivent ces seigneuries. La commanderie de Civray dépendait de celle d’Ensigné (actuellement dans le département des Deux-Sèvres). Elle est bâtie sur le versant sud du coteau qui borde la rive gauche de la Charente. La chapelle est de plan rectangulaire et de style roman. Avec la disparition de l’ordre du Temple, la commanderie et la chapelle sont transmises aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Après la Révolution française, la chapelle devint une grange. À la fin du, le commerce est prospère et de belles et riches demeures se construisent (maison Louis XIII). François donne un second souffle à Civray en l’érigeant en comté en juillet 1526 (avec Usson, Chizé, Melle et St-Maixent, enlevées au comté de Poitou) pour sa mère, Louise de Savoie (1476-1531), aussi faite duchesse d’Angoulême au même moment. Une sénéchaussée est créée qui englobe Melle, Aulnay, Chizé, Saint-Maixent et Usson-du-Poitou. Elle subsistera jusqu’à la Révolution française. François supprime ensuite le comté de Civray en octobre 1533 (rattachement au Poitou), le rétablit le 12 juin 1540 en faveur de son dernier fils Charles d’Orléans (1522-1545). Puis le comté de Civray fait retour à la Couronne, mais est souvent engagé: le 24 avril 1589 et le 5 décembre 1591 au sieur Chesne pour 2 730 écus d’or en tout; le 14 décembre 1593 et le 26 mai 1595 à Mery de Barbezières pour 16 438 écus, suivi de son petit-neveu François de Barbezières le 3 mars 1600 et le 17 novembre 1620, lui-même père d’Achille († ap. 1654) et Charles de Barbezières; des portions du comté sont d’ailleurs aliénées temporairement par adjudication: en 1617 Jeanne de Cossé, puis son fils le duc Louis Gouffier en juin 1622, sont barons de Melle, et Josué de St-Gelais-Lusignan est sgr.

de Civray en 1641; puis le comté de Civray est engagé le 12 janvier 1656 au maréchal de Turenne (1611-1675) pour 169 000 livres environ, suivi de son neveu le cardinal de Bouillon (1643-1715) qui céda tout de suite à Dangeau (1638-1720) pour 150 000 livres; Dangeau fut suivi de sa veuve la comtesse Sophie de Bavière-Palatinat-Löwenstein-Wertheim (1664-1736) et de leur petite-fille Marie-Sophie (1713-1756; sans postérité); enfin le prince de Condé (1736-1818) fut déclaré l’héritier de Marie-Sophie (par sa femme Charlotte de Rohan (1737-1760), arrière-petite-fille d’Hercule-Mériadec de Rohan, prince de Soubise, duc de Rohan-Rohan (1669-1749), le mari de Marie-Sophie), et il devint le dernier comte engagiste de Civray. Entre 1550 et 1560, les Protestants représentent de Civray. Outre leur temple, ils avaient leur propre cimetière, situé en face des Pâlatries. La route actuelle qui va vers Couhé, séparait les deux cimetières: protestant et catholique. Une clé de cintre de la boulangerie Magné porte une inscription protestante de la fin du: « Mieux vaut entrer pauvre au Paradis, que riche en Enfers ». Calvin serait venu à Civray, invité par un aristocrate poitevin, fin lettré, Boiceau de La Borderie et il l’aurait caché, chez lui, à La Fénicardière. Les protestants occupent Civray pendant quelques jours en 1574. L’édit de Nantes proclamé en 1598 par Henri IV les autorise à construire un temple en 1613, dans la rue qui porte de nos jours ce nom.

Sous le règne de Louis XIII, Civray fait partie du « croissant protestant » qui va du Poitou jusqu’au Dauphiné, englobant la Saintonge, l’Aunis (La Rochelle) et l’Angoumois, la Haute et Basse Guyenne, le Haut et Bas-Languedoc dont les Cévennes. Dans cette zone, vivaient les huguenotes. Des villages entiers appartenaient à la Réforme. De plus, dans le Poitou, régnait « le protestantisme seigneurial »: on forçait les paysans à aller au prêche. Durant cette période, à partir de 1613, des Capucins sont envoyés à Civray pour promouvoir la Contre-Réforme et lutter contre le protestantisme. Ces religieux franciscains ne vivent que de la charité et s’occupent de donner des soins aux malades et d’enseigner. Leur couvent est installé à l’emplacement de l’actuel collège Jeanne-d’Arc et de la Maison de retraite des capucines. Toujours, dans cette volonté de contrer le protestantisme, les bénédictines s’installent à Civray en 1637.

Le couvent est construit sur un terrain situé actuellement rue Duplessis, à l’emplacement du lycée André-Theuriet. Le couvent est fondé par Eymerie de Rochechouart-Mortemart, marquise de Ruffec et dame de Boisseguin (fille de René, sgr. de Mortemart et de Tonnay-Charente; épouse en 1594 de Philippe II de Volvire, marquis de Ruffec). Les bénédictines ont pour mission d’assurer l’éducation des jeunes filles. Le couvent assurera cette fonction d’enseignement jusqu’à la fermeture et la vente des bâtiments en 1791. Civray accueille favorablement les avancées de la Révolution française. Elle plante ainsi son arbre de la liberté, symbole de la Révolution. Il devient le lieu de ralliement de toutes les fêtes et des principaux événements révolutionnaires, comme la fête de la Raison et de la Philosophie le 13 juillet 1793.

Avantage retiré de la Révolution: Civray est promue chef-lieu du district de Civray de 1790 à 1795. En 1801, Civray devient sous-préfecture. Napoléon crée le collège de Civray. En 1832, le palais de justice, l’hôtel de ville et la prison sont construits. Sous le règne de Louis-Philippe, vers 1840, la construction de la ligne de chemin de fer Paris-Bordeaux, devant desservir Civray, est décidée. Le maire de l’époque, transporteur de son métier, redoutant la ruine pour son entreprise choisit Saint-Saviol pour la construction de la gare. Une partie de la population, craignant pour sa tranquillité, a soutenu son maire. La gare de Saint-Saviol située à quelques kilomètres de Civray, à la limite des départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, prend le nom de Civray-les-Champs.

Il faut donc conduire les voyageurs et les marchandises à Civray-les-Champs. De ce fait, rapidement, il devient impératif de créer un moyen de communication entre la gare et Civray. Ainsi en 1883, une petite ligne de chemin de fer est construite et la gare de Civray – Ville est édifiée. Celle-ci est désaffectée depuis 1991. Ainsi, au, une ligne de chemin de fer reliait la commune de Saint-Saviol à celle de Lussac-les-Châteaux en desservant Civray. Cette voie unique était longue de. Elle fut construite en plusieurs étapes par la Compagnie PO (Paris-Orléans). La première étape: la section Saint-Saviol -Civray-Charroux (Vienne), longue de a été inaugurée le 15 novembre 1886.

La deuxième portion: Charroux-Le Vigeant-Lussac-les-Châteaux, longue de, fut mise en service cinq ans plus tard soit le 10 août 1891. Au niveau commercial, Civray avec ses champs de foire et ses nouvelles halles est un centre renommé pour ses foires et ses marchés. Entre 1870 et 1914, les récoltes de truffes sont importantes. Celles qui sont de qualité sont exportées au Périgord. Quand les hommes sont mobilisés au cours de la Première Guerre mondiale, les récoltes disparaissent. La commune a perdu lors de ces quatre années de guerre. Pour garder le souvenir de cette terrible hécatombe, en 1919, un monument aux morts est érigé sur la place d’armes, située devant l’église Saint-Nicolas. Le monument représente Le Poilu victorieux, œuvre d’Eugène Bénet, en fonte bronzée de de haut.

Le poilu brandit la couronne de la victoire. Le monument est inauguré le 10 octobre 1920. En 1926, un sérieux coup est porté au développement de la ville: Civray perd sa sous-préfecture. Civray verra au cours de cette période disparaitre le tribunal, les moulins, les scieries, les grandes foires. Il existait trois moulins sur le territoire paroissial de Civray. Ils étaient très proches les uns des autres et tous situés sur les berges de la Charente. Le plus ancien est le moulin de Cantes. Il n’existe plus de nos jours.

Le moulin de Roche, plus récent, est cité à partir de 1414. Il est reconstruit en 1840 pour devenir une minoterie. Il comprend deux étages avec des combles. Il est construit en pierre enduite avec une toiture en ardoise. L’énergie hydraulique est complétée, lors des basses eaux, par un moteur électrique. Peu rentable, le moulin, comme tous ceux du Civraisien a cessé de fonctionner en 1975. Le troisième moulin, dit le moulin neuf, date de 1662. En 1821, la commune de Saint-Clémentin, instituée par la Révolution française, est absorbée par celle de Civray.

Après la défaite de la France, le maire de Merlebach annonce aux Mosellans qu’ils peuvent rentrer chez eux. Mais à Saint-Dizier (frontière entre la zone libre et la zone occupée), les soldats allemands les enrôlent de force. Certains parviennent à s’évader et reviennent à Civray. Les réfugiés de confession juive, interdits en Moselle, restent à Civray, mais n’ont plus droit à l’allocation de réfugiés octroyée par l’État. En juillet 1942, une jeune fille prévient les familles juives qu’une rafle va être organisée, et permet ainsi à plusieurs familles de s’échapper en quittant Civray à pied en direction de la zone libre. Ceux qui n’ont pas fui seront arrêtés par les gendarmes. Le 2 juin 2007, Civray a inauguré la rue de Merlebach, en hommage à ces réfugiés. Les 26 août- 1944- et 28 août 1944, la Wehrmacht, en retraite, se heurte à des maquisards qui engagent le combat.

Il y a tant parmi les maquisards que les civils. En souvenir de ces jours, un monument aux morts est érigé par la commune de Civray sur les lieux mêmes du combat, à Combosseize, en août 1946. En 1962, une nouvelle perception est implantée boulevard Carnot. L’année 1970 est, quant à elle, marquée par la destruction des halles. La modernisation s’avère tragique pour les commerces du centre-bourg qui disparaissent au profit des grandes surfaces installées aux entrées des grandes villes. À la fin du, Civray avec ses administrations et avec ses cinq banques reste toujours une ville administrative. En 1990, un nouveau pont est jeté sur la Charente et une rocade est construite. Mais la ville reste toujours à l’écart des grandes voies de communication: la gare de voyageurs de Saint-Saviol n’est pas desservie par le TGV.

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Population

2.558 habitants

Région

Nouvelle-Aquitaine

Département

Vienne
(86)

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