Camaret-sur-Mer
Histoire de Camaret-sur-Mer
Camaret-sur-Mer est une commune de Finistère, en Bretagne, qui compte 2 447 habitants. Camaret a été, comme toute la presqu’île de Crozon, témoin des civilisations lointaines. Camaret, du fait de sa situation unique de port naturel accessible du large entre le chenal du four et le raz de Sein a été utilisé depuis fort longtemps. Le sillon aurait pour origine les apports de pierres charriées par l’Aulne qui, à l’époque tertiaire, passait par la dépression de Quélern à Trez-Rouz.
Après avoir conflué avec l’Elorn et la Penfeld, elle se jetait dans la Seine au large de l’Iroise. On peut supposer que de ce sillon, Camaret tire son nom. En effet, en breton, Camaret se dit Kameret ou Kamelet, Kamm-eret.
Le mot ero signifiant sillon et le mot kamm signifiant courbe. D’où Kamm-eret, signifiant sillonné en courbe Comme pour preuve, on trouve, dans la géographie du lieu, le port du sillon courbe.
À l’appui de cette thèse, le nom de gorrejoù, pluriel de gorred, qui signifie barrage de sable et de galets.
On n’a qu’une vague idée des premiers groupements humains aux environs de Camaret, mais les alignements de Lagatjar prouvent que cette région était habitée il y a des millénaires. Camaret semblait être, environ 2500 ans, un important centre religieux. En 1776, on dénombrait encore quelque 600 menhirs, ce qui rendrait cet alignement aussi important que celui de Carnac dans le Morbihan Les druides y célébraient aussi leur fête annuelle qui consistait à honorer les défunts, et plus particulièrement les péris en mer. Cette cérémonie a été magnifiquement relatée par l’écrivain François-René de Chateaubriand (1768-1848), dans son ouvrage Les Martyrs. Dans le même temps s’établissait, sur le site portuaire, une population de marins. Ce site offrait à la fois protection et ouverture sur l’océan. Le large plan d’eau qui forme l’anse de Camaret est protégé, d’un côté par la pointe du Grand Gouin, de l’autre par la grève de Trez-Rouz et les hautes falaises de Quélern (pays des renards) et Roscanvel (le roc dans le vent).
C’est ainsi que ce repli naturel creusé par la mer devint le refuge de ces Armoricains, et par là même fut fondé le port de Camaret. Lors des invasions romaines, la totalité de l’Armorique dut se soumettre à l’envahisseur. Mais Camaret et l’ensemble de la presqu’île ne semblent pas avoir vécu dans la terreur et la soumission. Les Gaulois armoricains, marins et paysans à la fois, continuaient leur besogne. La surveillance militaire romaine la plus importante basée à Carhaix, envoyait des garnisons à travers le pays. L’ancienne voie romaine, devenue le chemin dénommé Hent-Ahès au Moyen Âge « venant de Carhaix passait par Plouguer, Le Pénity en Landeleau, le Respidal en Collorec, au sud du Cloître, au nord de Pleyben, la chapelle de Lospars en Châteaulin, Dinéault, au sud d’Argol, Crozon et la chaussée de l’anse du Kerloc’h pour parvenir à Camaret ». Pour Camaret, le camp romain de surveillance était installé à l’emplacement de l’actuel village de Kerloc’h, entre les marais de Crozon et la pointe de Dinan. Puis ce fut la chute de l’Empire romain et les libertés retrouvées.
L’Armorique, délimitée géographiquement par l’océan Atlantique et les monts d’Arrée, intègre un nouveau système politique et prend le nom de Cornouaille. La Cornouaille s’érige en comté avec à sa tête le roi Gradlon. Camaret entre à nouveau dans l’histoire. La religion chrétienne s’implante en Bretagne par la venue des moines. Le jeune seigneur Riok, prince héritier de l’Elorn, se convertit à la foi nouvelle. L’histoire de Camaret est liée à la légende de saint Riok. Il fut le patron de l’église de Camaret mais son nom ne figura jamais sur la liste des canonisations romaines. Après le Concile de Trente, il dut céder officiellement sa place à un saint reconnu: saint Rémy.
La vie du saint est contée par le moine Albert le Grand dans son ouvrage La Vie des saints de la Bretagne Armorique. Il était le fils d’un roitelet nommé Élorn (roi d’un petit État), celui-là même qui donna son nom au fleuve de Landerneau et dont le château s’élevait sur la rive droite vers Brézal, près de La Roche-Maurice. Le vieux roi Élorn n’était pas commode et, bien que délivré par saint Derrien et saint Néventer d’un dragon qui dévastait son royaume, il refusa de se convertir et finit par chasser son épouse et son jeune fils Riok, lesquels avaient embrassé la foi chrétienne. À la mort de sa mère, Riok quitte le Léon et vient au bout du monde chercher refuge dans une grotte: (Albert le Grand) Le roi Gradlon régnait alors sur le pays et saint Guénolé s’établissait à Landévennec: « Lequel ayant ouïe parler de l’ermite saint Riok, l’alla voir en sa grotte et, l’ayant salué, apprit de luy qu’il y avait quarante et un ans qu’il faisait pénitence en ce lieu, se substentant d’herbes et petits poissons qu’il prenait sur le sable au pied de son rocher; son origine; toutes les autres particularités de sa vie. Que quand il montoit sur ce rocher, il estoit vestu d’une simple soutane, laquelle estant usée par longuer de temps, Dieu lui couvrit le corps d’une certaine mousse roussâtre, laquelle le garantissoit de l’injure du temps. Saint Guénolé ayant ouïe le récit de ces merveilles, fut tout étonné et rendit grâce à Dieu et, voyant saint Riok vieil et cassé d’autéritez et macérations, il le pria de venir avec lui en son monastère de Land-Tévennec, à quoy il s’accorda.
« Il vécut quelques années en ce monastère religieux. Depuis sa mort, Dieu a fait tant de miracles à son tombeau que saint Budoc, troisième archevêque de Dol, métropolitain de la Bretagne Armorique en ayant deuëment informé, le déclara saint, environ l’an 633. Sur la face nord du Toulinguet, existe une grotte appelée l’Ermitage, difficilement accessible. Serait-elle celle de saint Riok? Une des principales activités de Camaret à cette époque était la meunerie. Il existait différentes sortes de moulins: les moulins à vent et les moulins à eau. Les premiers étaient bien exposés au vent, donc en hauteur. Les seconds étaient à proximité d’un cours d’eau et proches d’une écluse.
À partir du XIe siècle, les moulins à blé, à tan (écorces du chêne et du châtaignier réduites en poudre pour préparer les cuirs) et à fouler se multiplièrent. Au XIIe siècle apparaissent deux types de moulins: les moulins à eau et les moulins à marée. Ils étaient souvent associés à une pêcherie. Les seigneurs riverains avaient toute autorité sur ces industries et les développèrent. Le vicomte du Léon en possédait une à Pen-Hir (Camaret). Du fait de la position géographique des villes et des gros bourgs finistériens, l’importance des échanges maritimes ne fait pas de doute. Camaret se développe à la fois comme port de pêche et de commerce, mais aussi, en cette fin de Moyen Âge, sert de port d’escale pour des caboteurs du littoral français et pour les long-courriers qui montent de l’Espagne et du Portugal. Durant la guerre de Cent Ans qui mit aux prises l’Angleterre et la France aux, une escadre anglaise vint chercher au port de Camaret, à la faveur d’une trêve, la duchesse Jeanne de Navarre, veuve du duc de Bretagne, Jean IV de Montfort.
Le 13 janvier 1403, elle embarqua pour l’Angleterre afin d’épouser le roi Henry IV de Lancastre, et devint ainsi souveraine du Royaume-Uni. Les Bretons et la cour de France virent là une trahison. Lors de cet événement, la Marine britannique avait pu constater que ce port finistérien, du fait de sa position géographique, constituait un point stratégique et commandait l’entrée de Brest. En 1404, une flotte anglaise tenta l’assaut face à Camaret, sur la plage de Trez-Rouz. Les Camarétois, avec à leur tête Olivier de Clisson, second connétable de France, et plus de, engagèrent le combat. L’ennemi allait l’emporter lorsque le jeune duc de Bretagne, Jean V, alors âgé de, apparut accompagné de. Les Anglais étaient repoussés à la mer et Camaret ainsi que la Bretagne étaient sauvés. En 1434, un nouveau débarquement fut tenté par la flotte britannique.
Le troisième connétable de France, le comte de Richemont (fils de Jean IV de Montfort et de Jeanne de Navarre) — qui deviendra plus tard le duc Arthur III de Bretagne — combattit l’assaillant avec son armée de chevaliers, soutenue par les Camarétois. Une fois de plus, la Bretagne fut sauvée grâce à Camaret. Le port de Camaret est une excellente escale et les nombreux navires de commerces qui y mouillent, suscitant la convoitise des pirates. Ainsi les Camarétois font appel en 1469 au pape Paul II qui, avec une bulle pontificale en 1470, excommunie tout agresseur. En 1597, une escadre forte de sept navires de guerre commandés par le capitaine Orange, mais appartenant à Guy Eder de La Fontenelle se présente au havre de Camaret, probablement dans l’intention d’attaquer ensuite Brest ou Ouessant. Sourdéac dépêche à leur rencontre cinq forts navires de guerre qui se postent à l’entrée du goulet. « Le feu fut, dit-on, si terrible que les vaisseaux de La Fontenelle furent obligés de gagner le large ». L’un d’entre eux, La Marie, commandée par le capitaine La Roche aux Ramiers, alla s’échouer sur les côtes du Léon où il se perdit corps et biens; les autres navires furent obligés de s’enfuir et de regagner l’Île Tristan.
En pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg, Vauban, commissaire général des fortifications, se voit confier le commandement des défenses du goulet de Brest. Il s’appuie notamment sur Camaret et sa « tour dorée », puissant fortin innovant pour l’époque. Vauban s’est occupé d’aménager la défense de l’anse de Camaret qui commande l’entrée du goulet de Brest, en faisant aménager selon ses plans, outre la Tour Vauban sur le « Sillon » de Camaret, des batteries dans le voisinage au Grand Gouin, à la Pointe Sainte-Barbe (rebaptisée « Mort anglaise » par la suite), à la Pointe du Toulinguet, à Kerbonn et tout le long de la presqu’île de Roscanvel (Fraternité, Capucins, Cornouaille, Pointe des Espagnols). Grâce au commandement combiné de la marine, des troupes terrestre et des fortins, il repousse efficacement la tentative de débarquement anglais et hollandais lors de la bataille de Trez-Rouz. Depuis cette date, les falaises à l’est du « Sillon » sont appelées « La mort anglaise » et les dunes avoisinantes furent transformées en cimetière pour y enterrer les marins anglais et hollandais morts. Depuis cette démonstration (qui fut la seule occasion pour Vauban de commander directement des opérations militaires), on nota la supériorité du feu des batteries situées à terre contre celles, forcément instables, des navires. Les Anglais, pragmatiques, s’inspirèrent de ce système pour fortifier leurs côtes. En 1758, la « maladie de Brest » (le typhus) « causa des ravages effrayants dans les paroisses de Crozon, Argol, Roscanvel et Camaret; l’intendant est forcé de rappeler que les chirurgiens qu’il y avait envoyés, car personne ne les écoute.
(.) Ils [les malades] ne veulent prendre d’autres remèdes que ceux que leurs recteurs leur distribuent, et pourvu qu’ils aient avec cela du vin, ils sont contents ». Joseph Meilar et Joseph Mazet sont les deux délégués représentant les 150 feux de Camaret lors de l’élection des députés du tiers état de la sénéchaussée de Quimper aux États généraux de 1789. Dans le cahier de doléances de Camaret, les pêcheurs locaux se plaignent du prix excessif de la rogue importée du Danemark: « Les riches négociants qui accaparent les cargaisons danoises arrivant dans nos ports n’ont d’autres bornes que leur cupidité. Ils attirent par là à eux tout le produit de la pêche et ne laissent aux pêcheurs que la peine du travail qui les réduit à la plus extrême misère ». Au mois d’août 1801, l’ingénieur américain Robert Fulton faisait des essais avec son sous-marin à hélice, le Nautilus, dans la baie de Camaret, afin de convaincre Napoléon Bonaparte de l’avenir de la navigation sous-marine. Le Nautilus essaya de placer une mine sur un navire anglais, alors dans la rade de Camaret. L’essai aurait peut-être été concluant, si la frégate n’eût par hasard appareillé au moment où le sous-marin s’approchait lentement du navire. Déjà fortifiée par Vauban, la Pointe du Toulinguet est puissamment aménagée en 1812 pour protéger l’anse de Penhat.
En 1893, le site est protégé d’une éventuelle attaque à revers par un mur d’enceinte. En 1815, un mur de défense est construit sur le flanc nord du « Sillon ». En 1842, la municipalité fait construire un quai (l’actuel quai Toudouze) en bordure de ce qu’on appelait encore l’étang de Prat ar Pont et en 1846, un môle perpendiculaire au Sillon sur la pointe de Rocamadour. Un corps de garde est aménagé en 1859 au Petit Gouin; abandonné un temps, il est réaménagé en 1896. Camaret fut atteint fin septembre 1834 par une épidémie de choléra, probablement venue de Brest et qui dura un mois faisant « 107 morts dans une population qui ne devait pas dépasser alors ». Une autre épidémie en 1849-1850 fit trois morts à Camaret; d’autres épidémies survinrent en 1854 et 1866. Camaret était, tout comme Douarnenez, Concarneau et les autres ports de pêche du littoral atlantique, du au un port sardinier. En 1850, le port compte 94 chaloupes sardinières; chaque chaloupe étant armée par un équipage de 4 à 5 marins, pour partie des paysans qui trouvaient dans ce travail saisonnier un revenu complémentaire.
Le port de Camaret situé à l’avant du Goulet de Brest, était aussi un port de relâche et un abri pour les pêcheurs de Douarnenez ou les bateaux de commerce. Avant 1840, les maisons étaient directement bâties sur le front de mer dans le quartier du Notic. Mais à cette époque, le port était devenu trop petit et, afin de permettre de charger et décharger plus aisément, il fallut l’agrandir et construire un quai. Ce quai, avec un mur droit et quatre cales obliques, porte, depuis 1902, le nom de quai Gustave-Toudouze, en hommage au romancier, qui sut si bien décrire le pays. En 1870, la société Béziers crée une conserverie à l’entrée du port; en 1879, six conserveries sont en activité (la dernière a fermé en 1955), des chantiers navals se créent (Leroux, Le Goff, Marchand, Dorso, Le Hir), favorisés par l’afflux des commandes de nouveaux bateaux. Valentine Vattier d’Ambroyse décrit ainsi le port de Camaret en 1892: « Le port intérieur est protégé par un sillon de galets et une jetée que termine une batterie circulaire, avec une tour en briques. La baie sablonneuse est battue en plein par le vent de nord-ouest. Trop souvent les sautes, c’est-à-dire les changements de brise s’y font sentir avec brusquerie (…) et les ancres, tenant mal, sont arrachées violemment.
Chaque année voit plusieurs sinistres ». La même auteur rapporte que « les équipages venant de Bordeaux trouveraient, paraît-il, toute facilité pour vendre dans le bourg le vin soutiré au chargement et remplacé, avec un soin religieux, par une égale quantité d’eau. Camaret était aussi les siècles passés un port de relâche où de nombreux bateaux faisaient escale entre le passage du Raz de Sein et celui du Fromveur En réponse à une enquête épiscopale organisée en 1902 par François Dubillard, évêque de Quimper et de Léon en raison de la politique alors menée par le gouvernement d’Émile Combes contre l’utilisation du breton par les membres du clergé, le recteur de Camaret écrit: « Je ne crois pas qu’il y ait actuellement à Camaret plus de 40, ou au maximum, 50 grandes personnes, incapables d’entendre suffisamment une instruction [religieuse] française »; ceci est confirmé par un rapport du préfet du Finistère daté de décembre 1902 qui écrit que « le français est presque seul employé à Camaret, dont la population oublie assez rapidement le breton ». La trève de Saint-Julien (700 habitants), qui dépendait de Crozon, fut rattachée à Camaret en 1909 à la suite d’un référendum qui donna 72 voix pour l’union à Camaret et 71 voix pour le statu-quo. À partir de la décennie 1880, Camaret devient progressivement un lieu de villégiature prisé par un certain nombre d’intellectuels et d’artistes parisiens pendant la saison estivale, la plupart fréquentant les deux hôtels du port, l’hôtel de la Marine, tenu par Nathalie Dorso, et l’hôtel de France. Eugène Boudin fut le premier d’entre eux, bientôt suivi de Charles Cottet, Gustave Toudouze, André Antoine (fondateur du Théâtre Antoine, puis directeur du Théâtre de l’Odéon, qui séjourna un temps dans la Tour Vauban), Maxime Maufra, Henri Rivière, Laurent Tailhade (à partir de 1901), Saint-Pol-Roux, etc. Certains finirent même par construire une maison face à la plage de Pen-Had comme Saint-Pol-Roux (le manoir du Boultous, renommé par la suite manoir de Cœcilian) et André Antoine.
À l’instigation de Saint-Pol-Roux, certains de ces intellectuels se mobilisent pour sauver de la destruction la chapelle Notre-Dame de Rocamadour, victime d’un incendie en février 1910 et grâce à une souscription lancée dans des journaux parisiens et surtout à la ténacité et à l’argent de Saint-Pol-Roux à en permettre la restauration. Certains membres de cette colonie font aussi parfois scandale; ce fut en particulier le cas de Laurent Tailhade: d’opinion libertaire, voire anarchiste, de mœurs libres (il fait scandale en partageant sa chambre à l’Hôtel de France à la fois avec sa femme et un ami peintre), il était volontiers provocateur, écrivant des articles incendiaires dans différents journaux, entre autres L’Action, souvent très durs à l’encontre des Bretons dont il critique à la fois l’ivrognerie et la soumission à la religion (même s’il aimait les paysages bretons, se promenant beaucoup à pied dans la presqu’île de Crozon). Le scandale du 15 août 1903 est resté longtemps célèbre à Camaret: le 15 août est traditionnellement le jour de la Fête de la bénédiction de la mer et des bateaux: après la messe, la procession part de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, suit le « Sillon » et longe les quais du port avant de faire demi-tour et de retour à la chapelle, est suivie des vêpres; des couronnes de fleurs sont jetées à la mer et les bateaux sont bénis par le curé de la paroisse tout au long du parcours de la procession. Lorsque celle-ci se trouve à hauteur de l’hôtel de France, Laurent Tailhade, dans un geste de provocation, pose un vase de nuit sur le rebord de la fenêtre de sa chambre, située au premier étage. Le 28 août 1903, font le siège de l’hôtel de France, menaçant d’enfoncer la porte d’entrée, criant « À mort Tailhade! », et menacent de jeter Tailhade dans la vase du port. Il se réfugie à Morgat et se venge, notamment en publiant dans la revue satirique L’Assiette au beurre du 3 octobre 1903 un pamphlet intitulé « Le peuple noir » où il critique violemment les Bretons et leurs prêtres. Un procès lui est par ailleurs intenté par le recteur (curé) de Camaret devant la cour d’assises de Quimper.
La chanson paillarde Les Filles de Camaret a d’ailleurs probablement aussi été écrite anonymement par Laurent Tailhade pour se venger des Camarétois. Le nom tailhade est devenu pendant une bonne partie du XXe siècle dans le parler local un nom commun synonyme de « personnage grossier, mal élevé », même si ce mot est désormais tombé en désuétude. À la fin de l’année 1916, afin de lutter contre les sous-marins allemands, une base d’hydravions est installée à Camaret à proximité de la cale du canot de sauvetage; placée sous les ordres du lieutenant de vaisseau Poyer, elle entre en service le 5 janvier 1917, les premiers hydravions venant de La Pallice, elle dépend du Centre aéronautique de Brest, qui regroupe aussi une base de dirigeables située à Guipavas et une base de ballons captifs située à Brest-Laninon. Cette base d’hydravions fut très active, ses 32 hydravions s’illustrant dans 21 combats contre des sous-marins allemands. Le 8 août 1918, le cargo britannique Swansea Vale coule au large de Camaret, l’origine du naufrage reste sujet à caution. Le monument aux morts de Camaret porte les noms de 106 soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale, dont de nombreux « péris en mer », la plupart des Camérétois servant dans la Marine nationale La Ligne de Carhaix à Camaret-sur-Mer, concédée à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, mais exploitée par la Société générale des chemins de fer économiques permit le désenclavement de Camaret et favorisa son essor; le tronçon Crozon-Camaret de cette ligne ferroviaire du réseau breton à voie étroite ouvre le 14 juin 1925, prolongeant le tronçon Châteaulin-Crozon lui-même mis en service le 12 août 1923. L’ensemble de la ligne de Carhaix à Camaret est fermée le 10 avril 1967 à tout trafic.
La ligne est déclassée en totalité par décret le 9 août 1969. Le port de Camaret était réputé pour la pêche à la langouste, aujourd’hui elle a définitivement cessée: le nombre des inscrits maritimes était supérieur à 1500 vers 1900, il n’est plus que de six en 2010. Le site devient de plus en plus un port de plaisance. Le port de pêche est géré par la Chambre de commerce et d’industrie de Brest. De tout temps, la pêche à la sardine fut pratiquée à Camaret. En 1870, la première usine de conserves est implantée, quatre usines existent vers 1900. Les sardines remontaient chaque année en fin d’hiver, du golfe de Gascogne aux côtes bretonnes. Les marins allaient pêcher le petit poisson bleu et les femmes travaillaient dans les conserveries.
En février 1903, grâce à un don de Marie-Louise Lemonnier et à l’aide financière d’autres personnalités locales, à l’initiative d’André Potigny, commissaire à l’Inscription maritime, ouvre, en bordure du plateau du Lannic, une grande maison, l’Abri du marin de Camaret. En 1905, se déclenche la crise sardinière, le poisson ne remonte plus vers le nord et la misère s’installe. Les marins se reconvertissent alors dans la pêche à la langouste. La vocation langoustière de Camaret a son origine en 1902, année où Pierre le Douguet, patron de L’aventurier, se hasarda, avec son équipage, sur un bateau non ponté à aller pêcher la langouste dans les parages des îles Sorlingues, et en revint avec les cales pleines ( le bateau ayant tardé à revenir, on avait cru les marins morts et leurs femmes avaient pris le deuil). Les anciens bateaux sont remplacés par un nouveau type, le dundee d’Espagne. Les Camarétois entrent dans la grande épopée de la langouste. Ils partent pêcher en Espagne, au Portugal, en Irlande, au Maroc et en Mauritanie. La pêche aux crustacés est ancienne à Camaret.
Les pêcheurs de la région ont tiré parti d’une situation géographique favorable, à mi-chemin entre les zones de pêche des îles de Sein et Ouessant. En 1898, on découvre le plateau de Rochebonne, au large de la Vendée. Les marins camarétois se lancent dans l’aventure en créant un nouveau type de bateau capable d’affronter les mers plus difficiles. Ce sera la naissance des sloops pontés, construits notamment dans les chantiers Kéraudren. La crise sardinière de 1902 favorise la reconversion des marins vers la pêche à la langouste, le site du port situé au fond d’une anse, sans ruisseau important s’y jetant, donc sans apport d’eau douce pouvant engendrer des variations de salinité, facilite l’installation de viviers afin de les conserver vivantes. En fait, la pêche à la langouste « bretonne » était déjà pratiquée précédemment – Denis Provost fut le premier à s’y lancer à partir de 1877 sur son bateau La Louise, un dundee équipé d’un vivier – dans les parages de l’Île de Sein, le plateau de Rochebonne (au sud de Belle-Île), aux alentours des Îles Scilly et s’aventurant jusqu’au large de l’Espagne dans le Golfe de Gascogne. La pêche reprend après la Première Guerre mondiale: 28 sloops qui jaugeaient de 24 à 27 tonneaux en 1919, 130 en 1928. En 1931, la flottille camarétoise est à son apogée avec 150 petits sloops et environ 70 de plus grande taille.
En 1935, Camaret est le premier port français pour la pêche à la langouste. Les chantiers camarétois lancent de nouveaux langoustiers. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Camaret est le premier port langoustier de France et abrite plus de 150 unités. Les chantiers de constructions navales tournent à plein régime. Puis une nouvelle génération de navires naît peu à peu, les dundees langoustiers, de 120 à 150 tonneaux. Ils mesurent de 25 à et par la suite de 30 à. Les premières expériences de pêche de langoustes rouges au large du Maroc et de langoustes vertes au large de la Mauritanie remontent à 1910. Les bateaux ont un équipage d’une douzaine d’hommes et le trajet, selon les vents, dure de 15 à 35 jours; la campagne de pêche dure environ 6 semaines.
À partir de 1955, la langouste verte se raréfiant, une reconversion se produit vers la pêche de la langouste rose sur le banc d’Arguin, initiée d’abord par Louis Callec et son bateau Ma Petite Folie. En 1957 est lancé le premier langoustier congélateur. En 1960, Camaret arme une quarantaine de langoustiers « mauritaniens » qui rapportent des prises considérables représentant 90 millions de francs; c’est alors le premier port européen pour la pêche à la langouste, devant Douarnenez qui compte 33 « mauritaniens ». En 1961 à Camaret, 41 bateaux pêchent de langoustes roses. Les viviers continuent à s’approvisionner en langouste rouge, pêchées au filet dans les eaux bretonnes (Ouessant, Molène, pointe de la Torche, Le Croisic). À partir de 1963, la pêche à la langouste commence le long des côtes brésiliennes, ce qui entraîne une crise diplomatique entre la France et le Brésil (la « guerre de la langouste »), ce pays arraisonnant deux langoustiers français (dont le Françoise Christine de Camaret) et étendant ses eaux territoriales à 200 milles nautiques pour protéger ses pêcheurs. Camaret a mis à profit son patrimoine pour attirer les touristes. Parmi les bateaux les plus célèbres, citons la Belle Étoile (dont une réplique à l’identique fut construite à l’occasion de Brest 92), la Ma Petite Folie, mais aussi l’Équateur, l’Armorique, le Saint-Rioc, le Castel Dinn, le Portzic ou encore le Notre-Dame de Rocamadour (aujourd’hui exposé au musée flottant du Port-Rhu à Douarnenez).
À la fin des années 1960, la pêche langoustière amorça un lent déclin, dû notamment aux différentes interdictions de pêche dans leurs zones économiques exclusives décidées par les gouvernements y ayant autorité (Maroc, Mauritanie), puis périclita complètement à la fin des années 1980. La situation d’ensemble de la pêche est précaire. En 1963, on comptait 963 marins embarqués dans le quartier maritime de Camaret. En 1978, sur les 80 bateaux que comprend la flottille, il ne reste plus que 360 marins, 175 de Camaret, 170 de Crozon-Morgat, les 15 autres faisant partie des différents autres ports de la presqu’île. La crise langoustière provoquée par l’exclusion de la flottille des eaux réservées marocaines et autres depuis 1973 a porté un rude coup aux langoustiers camarétois. Plus du tiers du volume de pêche était de provenance des eaux marocaines; les tonnages pêchés ont évolué, pour les langoustes rouges, de en 1957 (année record) à en 1972 et en 1988; pour les langoustes roses, l’année record est 1963 avec, les chiffres évoluant ensuite en dents de scie ( en 1970, en 1982, en 1988), ces chiffres ne prenant pas en compte les queues congelées de langoustes roses. En tout, de langoustes ont été pêchées en 1963 et en 1987, représentant 69 % de la valeur totale de la pêche camarétoise cette année-là. Dès lors, la situation devient inquiétante pour la population.
Les chantiers navals ne reçoivent plus de commandes (leur personnel passe de 151 employés en 1963 à 51 en 1975), le personnel des activités annexes (mareyeurs, commissaires d’achat, fabrique de glace…) travaillent au ralenti. Tout ce monde va disparaître peu à peu au fil des années. Cette pêche « mauritanienne » prend fin en 1989, les autorités mauritaniennes réservant désormais les droits de pêche aux pêcheurs locaux. Ces mauritaniens ont fait l’objet de nombreux clichés et cartes postales rappelant que Camaret fut le premier port langoustier de France. En 1970-1973, la pêche au large des côtes marocaines s’arrête. Les bateaux sont alors vendus pour la plupart en Angleterre. Pour l’ensemble du quartier maritime, il existait une fabrique de glace, Les Glacières Camarétoises, installée rue de la Victoire. La construction démarre en 1941 et se termine en 1942.
Détruite pendant la Seconde Guerre mondiale en 1944, elle est reconstruite et remise en service en 1947. La fabrique donne pleinement satisfaction mais travaille en deçà de ses possibilités. Elle livre jusqu’à Morgat et Le Fret. Sa production est normalement de par 24 heures, avec possibilité d’atteindre. Les installations sont prévues pour un rendement de 20 à par jour. En 1954, elle emploie environ cinq personnes et produit de 1700 à de glace. L’activité va baisser au fil des années. En 1987, elle est partiellement endommagée par un incendie, puis, en 1996, un autre incident du même genre va mettre fin à son activité.
En avril 1997, elle est démolie. L’emplacement est racheté par la commune en vue de la construction et de l’aménagement d’un parking. Quatre voileries ont fonctionné à Camaret (Provost-Le Hir, Meillard, Landrac et Lastennet; cette dernière, fondée en 1918 a fermé en 2001). Il existe toutefois toujours une voilerie en fonctionnement. La presqu’île de Crozon a été, depuis le jusqu’au milieu du XXe siècle, la région du savoir-faire de la construction navale. À Camaret, il y avait plusieurs chantiers Huit bateaux de Camaret assurèrent des passages clandestins vers l’Angleterre pendant la guerre, notamment le voilier L’Étourdi le 8 octobre 1940, L’Émigrant le 16 décembre 1940, La Monique le 5 janvier 1941 (ce fut un échec), le Foederis Arca le 16 novembre 1942 (échec également), le Petit Joseph le 14 septembre 1943 (échec), la Suzanne-Renée le 23 octobre 1943 (19 aviateurs alliés, grâce à la famille Vourc’h et à Pierre Merrien, secrétaire de mairie à Camaret, furent convoyés jusqu’à Newlyn. Des Camarétois ont combattu dans la Résistance: parmi eux, Jean Pennec, dit « Kapo », membre du « bataillon Stalingrad », puis du « bataillon Guy Moquet » au sein des Francs-Tireurs et partisans, arrêté à Gourin le 8 janvier 1944, torturé à la prison Saint-Charles de Quimper, mais qui réussit à s’évader en compagnie d’un autre résistant, Jean Louis Derrien, Roger Signor, ou encore Auguste Rolland.
En tout on comptait à la Libération 24 maisons détruites et 143 endommagées, principalement en raison de bombardements comme ceux des 13 et 14 septembre 1941 (12 bombes détruisent plusieurs maisons), des 11 et 31 août 1944 (bombardements massifs avec morts et blessés), etc; Alain Riou, victime du naufrage du paquebot Président Doumer, torpillé par le sous-marin allemand U-304 le 30 octobre 1942. En janvier 1949 le docteur Vourc’h, résistant, proposa d’édifier à la pointe de Pen-Hir un monument en forme de croix de Lorraine en mémoire des Bretons de la France libre; le monument fut inauguré le 15 juillet 1951 par le général De Gaulle. Le quai Téphany est construit entre 1949 et 1956 et, en 1959, la grève située entre le quai Toudouze et le quai Kléber est remblayée, permettant l’aménagement de l’actuelle place Charles De Gaulle. Deux Camarétois ont été tués pendant la Guerre d’Indochine, Eugène Yves Lanvoc et Joseph Hippolyte Cadiou. En raison de la situation de Camaret, c’est un port d’escale très fréquenté avec environ de bateaux de plaisance chaque année. Cette activité de plaisance a remplacé le cimetière de bateaux qui a fait longtemps la notoriété touristique de Camaret-sur-Mer.
Patrimoine religieux
La Tour Vauban fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 18 septembre 1907. Le port de Camaret possède une tour de défense côtière avec batterie basse construite sur un plan directeur de Vauban. Elle est nommée localement la tour Vauban. Vauban, lui, la nomma la tour dorée. Cette tour polygonale faisant « réduit défensif » est dotée d’un fossé, d’un pont-levis et d’un mur d’enceinte.
Projetée dès 1683, la tour est tracée en 1689 par Vauban. La construction supervisée par l’ingénieur Jean-Pierre Traverse débute en 1693 pour s’achever en 1696. Les onze pièces d’artillerie de la batterie basse croisaient leurs feux avec ceux de la pointe du Gouin, des lignes primitives de Quélern et des nombreuses batteries côtières… La tour et sa batterie étaient destinées à protéger le mouillage de l’anse de Camaret et à repousser une éventuelle attaque venue de la mer. Lors de la bataille de Camaret le 18 juin 1694, la batterie, en cours d’achèvement tout comme les deux corps de garde, n’était armée que de 9 canons de 24 livres de balle (boulets de ) et 3 mortiers de fer de.
Cette victoire valut à Camaret d’être exemptée de fouages jusqu’à la Révolution. Le four à boulets a été construit lors de la période révolutionnaire. Camaret-sur-Mer est membre de l’association de Villes Réseau des sites majeurs de Vauban. Depuis le 7 juillet 2008 la Tour Vauban, ainsi que onze autres sites font partie du Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le site de Kerbonn se situe entre la pointe de Penhir et la pointe du Toulinguet.
Elle fait partie du dispositif de défense du goulet de Brest. Elle comprend une forte diversité d’ouvrages. Les premières fortifications militaires sur le site de Kerbonn sont datées de 1889-1891. Le fort de Kerbonn est une batterie de côte, dont le rôle était de lutter contre les navires dans la rade de Brest. Entre 1942 et 1944, les Allemands ont construit sur le site des casemates.