Domagné
Histoire de Domagné
Domagné est une commune de Ille-et-Vilaine, en Bretagne, qui compte 2 431 habitants. Attestée sous les formes Domeneio en 1184, Domagneium en 1207, Dominiacum en 1330, Domagniacum en 1516. Composé du (pré)nom romain Domenius ou Dominius, complété d’un suffixe gaulois repris en gallo-romain -acum, indiquant un « habitat » (au sens large). Signification: « habitat, village de Domenius ».
La chapelle Saint-André, de nos jours disparue, aurait été édifiée à l’époque gallo-romaine et se situait dans l’ancien cimetière, qui était situé à côté de l’église, rue Saint-André. La paroisse de Domagné existait déjà au, les premiers documents écrits l’évoquant datent du début du, notamment dans un aveu de 1207 Robert de Domagné reconnaît la possession du bois de Pierre-Blanche et des prairies de la Russerie par les moines du prieuré Sainte-Croix de Vitré. En 1244, des religieux de ce prieuré contestèrent à Raoul de Domagné le droit de bouteillage que celui-ci prétendait exercer à leur encontre et parvinrent à s’en libérer. La seigneurie du Plessis-Raffray, dont le manoir fut originellement la demeure des sires de Domagné (au, Robert de Domaigné est écuyer du roi saint Louis et l’accompagne lors des Septième et Huitième croisades; Guy de Domaigné dont le gisant se trouve dans le temple de La Guerche-de-Bretagne, appartint ensuite successivement aux familles Le Vayer, de Maillé, Vay, de Laval, Landais (pendant le dernier quart du, elle appartint à Pierre Landais), L’Espervier (une famille noble qui possédait aussi Launay en Chantenay; Jean L’Espervier, après des études à Nantes fut successivement évêque de Saint-Brieuc, puis de Saint-Malo; il mourut en 1486), Le Roy (en 1515, Raoul Le Roy, anobli par le roi François achète le château du Plessis-Raffray à François de L’Épervier), Gaultier (anoblis en 1572; en 1577, les Gaultier, seigneurs du Chesnay possèdent cette seigneurie qu’ils ont acheté à Bertrand d’Argentré; par exemple en 1588 Pierre Gautier, seigneur du Plessis-Raffray, greffier au Parlement de Bretagne, fait construire en l’église Saint-Germain de Rennes l’autel de Saint-Pierre et y fonde une messe hebdomadaire, prévoyant sa sépulture à côté de cet autel), d’Argentré (la famille d’Argentré la récupère par mariage au début du ), de Poix (Christophe de Poix, seigneur de Fouesnel, de Brécé, de La Valette, en est le seigneur vers 1536 et son arrière-petit-fils Jean-Baptiste de Poix en est encore le seigneur en 1678), Rosnyvinen (Pierre-Marie de Rosnyvinen, marquis de Piré, né en 1739, décédé en 1802, fut le dernier seigneur du Plessis-Raffray). Domagné possédait de nombreux autres manoirs, notamment ceux de Villayer, de Barguigné, de la Pouardière, du Bois-Hubert, de la Fosse-Louvière, des Chesnayes, de Mouligné, de la Hutière, de la Rabaudière (possédé en 1513 par François Rabaud), de Neuville (possédé entre 1427 et 1513 par la famille de Neuville, puis par la famille Le Seneschal, seigneurs de La Valette); les seigneurs de ces manoirs disposaient du droit de haute justice. L’ancienne église Saint-Pierre de Domagné datait des et; c’était « une simple nef à chevet droit, accostée d’une double chapelle au Nord et d’une simple chapelle au Midi; quelques fenêtres flamboyantes ornant ces chapelles étaient jadis ornées de verrières peintes malheureusement détruites. (.) Le chœur et la sacristie furent bâtis en 1718 et 1722, et le bas de la nef en 1766 ». Guillotin de Corson précise que les droits de fondation et de prééminence dans cette église appartenaient aux seigneurs du Plessis-Raffray et que l’une des chapelles dépendait de la seigneurie de Neuville.
Plusieurs chapelles existaient alors dans la paroisse: celle de Lourme (une fondation des seigneurs du Plessis-Raffray), du Plessis-Raffray (elle existait encore en 1678), de la Pouardière (construite dans son manoir en 1657 pa Mathurin de Mannoury), toutes déjà détruites avant 1880, et Saint-Sauveur, laquelle desservait le manoir de la Rabaudière (elle existait déjà en 1614 et fut reconstruite au début du; elle existait encore vers 1880, mais n’était plus desservie. En 1589, le château du Plessis-Raffray fut un temps pris par les soudards de La Tremblaye qui combattaient les Ligueurs pour le compte du roi Henri IV. Pendant les Guerres de la Ligue, probablement en 1591 « M. de Châteauneuf prist la maison du Plessix-Raffray avecq un nombre de butin et plus de trente prisonniers ligueurs qui estoient au duc de Mercœur ». « Champeaux, Châtillon, Izé, Étrelles, La Guerche, Domagné, Châteaugiron furent dévastés par les marches et collision [combats] des deux partis ». Dans un aveu, daté du 25 octobre 1678, Guillaume Davy, « proche le village du Désert en Piré » reconnaît « leur seigneur [du Plessis-Raffray] estre seigneur supérieur et fondateur en l’église et cimetyère de la paroisse dudit Dommaigné en laquelle seigneurye il a droit de haute, moyenne et basse justice dont il a de tout temps immémorial marque à quatre pots sur le bord de la lande de Dommaigné, droit de cep et collier, de police en ses proches et arrière-fiefs, droits de coustumes et levaige particulier au jour et feste de la Saint-André, jour de foire en ladite paroisse, qui est de lever une pièce de chaque sorte expozée en vente audit bourg et aux environs d’ycelluy sur les marchans merciers y étallant ». Un chemin des saulniers (emprunté par les faux-sauniers pratiquant la contrebande du sel entre la Bretagne et le Maine, pays de gabelle, passe à la limite des communes de Veneffles (désormais annexée par la commune de Châteaugiron) et d’Ossé avec celles de Chaumeré (désormais annexée par la commune de Domagné) et Saint-Aubin-du-Pavail, puis, après avoir traversé Domagné, passe à la limite de celle de Cornillé avec celles de Torcé et Louvigné-de-Bais avant de rejoindre, via Étrelles et Argentré-du-Plessis, Le Pertre. Ce chemin des saulniers est d’origine ancienne, c’est probablement une ancienne voie romaine; son tracé se lit encore très bien sur une carte, empruntant successivement de l’ouest vers l’est des tronçons des routes départementales D 93, D 104, D 35, à nouveau D 104 et enfin D 33.
Au milieu du, le recteur de Domagné était « devenu le seul gros décimateur dans sa paroisse (.). Il jouissait, en outre, d’un presbytère avec jardin et pièces de terres appelées jadis « La Vigne ». Le total de son revenu, de l’aveu même du titulaire en 1790, M. Lajat, était de 2958 livres », même s’il devait fournir chaque année 144 boisseaux de seigle à l’abbaye de Saint-Sulpice, de seigle et autant d’avoine à l’Hôtel-Dieu de Vitré, de froment à l’abbaye de la Meilleraye, de décimes, etc. Domagné possède depuis longtemps une étude notariale:Luc Vissault fut notaire à Domagné entre 1778 et 1808, ainsi que Joseph Cadieu entre 1791 et 1808. Au, en 1879 Jean Le Gac succède comme notaire à Mesnil, décédé. des paroisses de Domagné et La Valette (1785). Vers 1778, Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Domagné (l’auteur cite comme maisons nobles Montigné, le Plessis-Raffray, la Rabaudière, la Pouardière)
En 1782, les généraux [assemblées paroissiales] de Saint-Jean-sur-Vilaine, Saint-Didier, Domagné, Châteaubourg, Broons, Servon et Brécé se plaignent: « la corvée des grands chemins [la route de Rennes à Paris] est un fardeau d’autant plus onéreux pour les habitants des campagnes qu’ils y sont les seuls assujettis, qu’ils sont forcés de se livrer à un travail qu’elle exige dans les tems [temps] de l’année les plus précieux pour eux ». Le 5 avril 1789, la paroisse de Domagné rédigea son cahier de doléances. Pierre-Michel Lajat, recteur de Domagné entre 1778 et 1789, et son vicaire Marchand, qui refusèrent de prêter serment à la Constitution civile du clergé furent déportés à l’Île d’Oléron; N. Blot, recteur de Domagné, fut prêtre insermenté en 1791 et émigra à Jersey en 1792. Il y eut une compagnie chouanne à Saint-Didier, une autre à Saint-Jean-sur-Vilaine et une autre à Domagné; une bataille eut lieu à Domagné, probablement en mai 1795, opposant des membres de la « colonne de Saint-Didier et de Pocé », qui dépendait de la « division de Vitré » de l’Armée catholique et royale de Rennes et de Fougères et des Chevaliers catholiques (ce combat fit cinq morts et plusieurs blessés dans leurs rangs) à l’armée révolutionnaire. Toutefois une partie de la population de la commune était, semble-t-il, favorable aux changements apportés par la Révolution française, surtout après la fin de la Terreur. La principale fête révolutionnaire est celle célébrant l’anniversaire de l’exécution de Louis XVI, accompagnée d’un serment de haine à la royauté et à l’anarchie, fêtée à partir de 1795. de la commune de La Valette en 1830 (tableau d’assemblage).
En 1839, la commune de Domagné « demande l’annexion à son territoire de la petite commune de La Valette. La commune de La Valette s’y oppose. (.) La commission, considérant que toutes les formalités voulues par la loi ont été remplies, que la commune de La Valette a moins de trois cents habitants, que son bourg n’est qu’à un kilomètre de Domagné, que déjà elle est confondue avec cette commune, quant au spirituel, et que cette confusion la fait profiter de l’église, du presbytère et du cimetière de Domagné, sans qu’on puisse légalement la contraindre à contribuer à leurs reconstruction ou entretien, que la réunion économisera les sommes consacrées à l’administration de la commune de La Valette; que cette commune du reste ne possédant pas de biens, son opposition est sans motifs légitimes, conclut à ce que la réunion soit appuyée par le Conseil ». En 1840, la commune de La Valette, aujourd’hui simple lieu-dit, est rattachée à la commune de Domagné. de la commune de Domagné en 1830 (tableau d’assemblage). Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Domagné en 1843 ), commune formée par l’ancienne paroisse du même nom, aujourd’hui succursale; chef-lieu de perception. (.) Principaux villages: le Petit et le Grand-Cerisay, Haut et Bas-Crannes, les Pétinières, le Bois, les Frenouses, la Deroterie, Haute et Basse-Neuville, la Chauvinais, l’Ourme, le Fresne, le Puits-Héry, la Rabaudière, la Blandinière, la Tremblais, la Chopinière, la Gouisselais.
En 1856 est achevé l’aménagement du chemin (actuelle route départementale 95) allant de La Guerche à Saint-Aubin-du-Cormier (son tracé a été étudié à partir de 1848), afin de faciliter l’accès des communes traversées à la gare de Châteaubourg, mais l’état de cette route est à nouveau qualifié de « déplorable » en 1874. Jean-Marie Liguet, surnommé « Père Magenta » participa à la guerre de Crimée; il décéda en juillet 1911. Domagné a possédé un temps un médecin: par exemple en 1881, Alexandre Pettier est médecin dans la commune, avant d’exercer ensuite à Louvigné-de-Bais. En 1902, la commune n’a pas de médecin. Un domagnéen, Jean Ragot, né le 21 octobre 1834, soldat du 94e régiment d’infanterie, dût être amputé d’un bras à la suite d’une blessure reçue lors de la bataille de Gravelotte pendant la Guerre franco-allemande de 1870.En 1882, l’école laïque de garçons de Domagné est qualifiée de bonne école. En 1883 est approuvé le trace du chemin de grande communication dans sa traversée de la commune de Domagné, mais des désaccords se manifestent à propos de son tracé dans la traversée du bourg. Le 18 août 1890, une tornade d’une extrême violence traversa notamment les communes de Piré-sur-Seiche et Domagné: elle « ravagea en quelques minutes une zone longue de 16 kilomètres et large de 600 à 800 mètres, dirigée du sud-ouest au nord-est. (.) Avec cela un roulement continu de tonnerre, mais sans coups violents. Dix hommes qui travaillaient dans un champ voisin ont vu aussi des éclairs rasant le sol et ont été violemment roulés à terre. (.) Sur tout le parcours de la tornade, une multitude d’arbres ont été brisés d’une manière qui ne peut être attribuée qu’à l’action du vent. Vers 1900, la commune de Domagné possède une école publique, deux écoles privées (tenues par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul), un notaire, un percepteur, un receveur-buraliste des contributions indirectes, un bureau de bienfaisance. Une foire s’y tient le d’avril.
L’ancien manoir du Plessis-Raffray est alors en ruines, ce qui n’est pas le cas de celui de Mouligné. Par décret en date du 1 septembre 1909, les biens ayant appartenu à la fabrique de Domagné, qui étaient placés sous séquestre depuis la querelle des Inventaires, sont attribués au bureau de bienfaisance de Domagné. En 1905, un rapport du Conseil général d’Ille-et-Vilaine signale que la commune de Domagné est « encore dépourvue d’école publique de filles (.) de sorte que les jeunes filles sont réduites à suivre les cours de l’école libre ». L’école publique des filles de Domagné est construite en 1910, sa construction ayant été approuvée en 1907. La création d’un établissement de facteur receveur (bureau de poste) à Domagné est décidée le 1 mai 1912. L’Union sportive domagnéenne existait déjà en 1912 et poursuivit son activité pendant l’Entre-deux-guerres. L’association « La Domagnéenne », qui s’occupe d’œuvres scolaires et périscolaires, est déclarée en préfecture d’Ille-et-Vilaine le 17 janvier 1928 L’école privée tenue par les Sœurs de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul est fermé par décret ministériel en date du 30 juin 1914.
Le monument aux morts de Domagné porte les noms de 72 soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Parmi eux, deux (Pierre Gandon et Paul Sourdrille) sont tués à l’ennemi en Belgique, à Virton, dès le 22 août 1914; un (Jean Esnault) est mort en captivité en Allemagne. La plupart des autres sont décédés sur le sol français: parmi eux Guy Marie Carron de la Carrière, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de Guerre. Charles Leborgne, soldat qui survécut à la Première Guerre mondiale, obtint sept citations à l’ordre de l’armée pendant le conflit et fut décoré de la Médaille militaire. Domagné abrita un dépôt de convalescents militaires pendant la Première Guerre mondiale. Le monument aux morts est inauguré le 7 août 1921; ce fut l’occasion d’une grande fête. Les Maisons Claires, une œuvre de bienfaisance reconnue d’utilité publique, envoya des enfants de familles miséreuses séjourner à Domagné à plusieurs reprises à partir de 1922. Le 8 septembre 1929, une grande fête communale est organisée à Domagné à l’occasion de l’inauguration de l’arrivée de l’électricité dans la commune.
En 1931, la famille Horvais, qui avait 9 enfants, reçut le prix Cognacq-Jay. En 1932, la route entre Domagné et Louvigné-de-Bais (chemins de grande communication 34 et 95) est goudronnée. Mais en novembre 1936, la route entre Châteaubourg et La Valette, en passant par le bourg de Domagné (actuels RD 95 et 34), est qualifié de « très dangereuse », elle est « trop bombée et glissante par suite du bitumage (.), cause de nombreux accidents. Cette route a plus de 35 cm de déclivité (.) en certains endroits, principalement entre le village des Frénousses et La Valette ». Le Conseil général d’Ille-et-Vilaine émet le vœu que « l’administration des Ponts et Chaussées recharge le côté droit des descentes des côtes afin que les voitures hippomobiles puissent circuler normalement sans risque d’accident ». Le 26 novembre 1935, le car qui assurait la liaison Vitré-Rennes, en raison du brouillard et de la fumée s’échappant d’une boulangerie, entra en collision avec un camion à la sortie de Domagné en direction de Châteaubourg à hauteur de la ferme de la Vialerie. Tous les passagers furent blessés. Une société de gymnastique dénommée « L’Étoile de Domagné » existait déjà en 1929; elle remporta en 1936 un prix d’excellence aux championnats de France.
Le monument aux morts de Domagné porte les noms de 4 soldats (J. Rubin, Marcel Sourdrille) morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Michel Gaulay est mort pour la France pendant la guerre d’Algérie, au départ une entreprise familiale créée en 1946, parvint à se développer dans la décennie 1950 malgré la baisse de la consommation de cidre et la politique d’arrachage systématique de pommiers menée particulièrement à l’époque du gouvernement Mendès France; elle employait une quarantaine de salariés au début de la décennie 1960 (produisant principalement le cidre « Doma ») et plus d’une centaine la décennie suivante (grâce à une amélioration de la qualité du cidre produit, notamment la marque « Loïc Raison ») appartint depuis 1983 au groupe Pernod Ricard (même si Louis Raison resta à la tête de l’entreprise jusqu’en 1988), qui la revendit en 2002 au groupe coopératif « Cidreries du Calvados et La Fermière »; elle traite chaque année environ 35 000 tonnes de pommes à cidre. De nombreuses plantations de pommiers à cidre, mais aussi de pommiers produisant des pommes de table, se sont développées à Domagné, Chaumeré et leurs alentours. L’agriculture reste importante à Domagné, ce qu’illustre par exemple la création en l’an 2000 de la CUMA « La Cordiale » et l’essor de l’entreprise Cereco, qui produit notamment du muesli et autres céréales pour petits-déjeuners dans le cadre de l’agriculture biologique sous la marque « Grillon d’Or ».
Patrimoine religieux
On ne trouve aucun monument historique classé ou inscrit sur la commune. Trois bâtiments sont inventoriés