Maussane-les-Alpilles
Histoire de Maussane-les-Alpilles
Maussane-les-Alpilles est une commune de Bouches-du-Rhône, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte 2 396 habitants. La première citation de Maussane sur un texte ancien remonterait à 1069 dans lequel est évoquée une « villa nomine Mamuciana », située « in comitatu Arelatense » (« une villa nommée Mamuciana, dans le voisinage d’Arles ») en 1206 et « Malsana » en 1420. Selon certains, le nom moderne « Maussane » dériverait du provençal mausano (« malsaine »), en référence aux marais qui s’étendaient sur le territoire de la commune jusqu’à la fin. Cette hypothèse est toutefois battue en brèche par l’étymologie même du nom Maussane et de ses formes médiévales.
L’origine la plus probable du nom Maussane est donc certainement tirée de la forme villa Mamuciana, ou villa Manuciana, « appartenant à Manucius », du nom d’un propriétaire terrien. La forme provençale est Maussano lis Aupiho.
Des traces de présence humaine sont attestées sur le territoire de Maussane depuis au moins le Néolithique. Au hameau des Calans, à l’est du village, les déblais d’une bergerie ont révélé une statuette représentant une déesse-mère. Il n’est pas exclu toutefois que celle-ci provienne d’un autre site et ait été apportée ultérieurement sur le site de sa découverte. La chaîne des Alpilles marque la frontière nord des tribus indigènes que constituaient les Nearchi d’Ernaginum et les Anatilii du nord de la Crau. Ce chemin passe plus au nord que la voie Aurélienne, plus tardive. Lors de la seconde partie du premier âge du Fer , la population se sédentarise et se met à construire en dur. Le castrum se structure à la manière d’un village avec ses rues et ses maisons adossées. Le processus d’installation permanente est à mettre en parallèle avec l’intensification des échanges économiques avec les commerçants méditerranéens.
L’aqueduc de Maussane, aussi dénommé aqueduc de Caparon, traversait les communes de Maussane et de Paradou. On pense qu’il captait ses eaux à la petite source du vallon de Manville et que la conduite était canalisée au moyen de porte-eaux. Des vestiges ont d’ailleurs été découverts sous le moulin de Manville et l’on pense qu’il a été construit sur l’aqueduc. Un autre aqueduc le rejoignait à Paradou, dont la source est formellement identifiée: ses eaux provenaient de l’Arcoule, au lieu-dit La Burlande. Au quartier de la Remise a été découverte en 1975 une stèle comportant les bustes d’un homme et d’une femme. Malheureusement, cette découverte ne put être photographiée car elle disparut rapidement, aurait pu en posséder un, mais aucune découverte n’a permis d’étayer cette hypothèse. Alors que des auteurs du évoquent ce château, les archéologues du se montrent plus prudents pour évoquer l’existence de cette forteresse hypothétique. Une chose est sûre: ce castrum, s’il a existé, ne peut pas avoir été construit à l’emplacement du village actuel, autour duquel se serait développé l’agglomération.
Les découvertes de villæ maussanaises d’avant l’an mil sont extrêmement erratiques. Tout au plus sait-on que l’actuel mas Saint-Roman abritait une église fréquentée. On en déduit qu’une certaine population s’est développée autour de ce centre religieux, comme des sites fouillés dans le Languedoc voisin et datant de la même époque tendent à le montrer. Mais ces habitats installés en plaine sont d’une défense fragile et ils disparaissent quasiment tous avant le. Des castrum vont leur succéder. À Paradou (site des tours de Castillon), aux Baux-de-Provence, mais, semble-t-il, pas à Maussane. Seul village de la vallée des Baux n’ayant laissé aucun vestige d’habitat médiéval fortifié. Les habitants du lieu sont alors soumis aux puissants seigneurs des Baux.
Au, alors que Pons le Jeune tient la maison des Baux, les habitants des villae de Maussane vont à l’office religieux en l’église de Paradou, alors dénommée Saint-Martin-de-Félaurie. Les seigneurs des Baux perdent temporairement une grande partie de leur territoire lors de la guerre de succession de 1156 qui se solda par la prise des Baux, d’Arles et de Trinquetaille par le comte de Barcelone, Raymond Bérenger, mais l’établissement d’un traité permet à Hugues des Baux, de conserver son château, ses pâturages et ses terres de la vallée, incluant Maussane. Mais une nouvelle attaque de Raymond Bérenger en 1161 provoque la prise d’Arles, de Trinquetaille et de trente places fortes de la famille de Baux. Maussane et les villages de la vallée reviennent dans le giron des Baux après la libération d’Hugues IV des Baux en 1206. Celui-ci s’était révolté contre le comte de Provence, Alphonse II, et avait été arrêté. Mais une intervention de gentilshommes provençaux lui permit de recouvrer la liberté et de récupérer de nombreuses terres, comme en témoigne le traité d’octobre 1206, formulé dans les termes suivants Mais, très endetté en raison des guerres menées, Hugues doit céder une partie de ses possessions, comme la terre de Villeneuve en Camargue, le château de Montpaon, sur le terroir de l’actuelle Fontvieille, mais conserve les terres baussenques, dont Maussane. Les Alpilles abritent une population protestante à partir du, dans la mouvance de l’affaire des Vaudois.
Lors des persécutions anti-protestantes, bon nombre d’habitants des Alpilles se réfugient en Suisse, patrie de Jean Calvin. La minorité protestante a pignon sur rue dans le piémont sud des Alpilles, en témoignent la nomination de huit premiers consuls entre 1559 et 1561 aux Baux-de-Provence. Il faudra tout de même attendra l’édit de Nantes (1598) pour stabiliser la situation et rétablir la paix dans le massif des Alpilles comme dans toute la Provence et la France. Maussane a subi plusieurs épisodes de peste sous l’Ancien Régime: 1587, 1629-1631, 1640, 1654-1656, 1664-1665, et surtout 1720-1721. Auparavant, entre 1476 et 1581, la peste a frappé seize fois. Un bureau de santé se réunit régulièrement entre juillet 1629 et 1630 à Maussane. On ne connaît pas avec précision le nombre des morts de la Grande peste de 1720-1721 à Maussane. Selon Odile Caylux, habitants des Alpilles ont été emportés par l’épidémie, dont 938 à Saint-Rémy et 108 à Orgon.
Le 27, elle est consacrée par l’archevêque d’Arles, Jean-Joseph de Jumilhac. En souvenir de la générosité du seigneur, une plaque est apposée sur le mur du côté du collatéral droit. On y lit, aujourd’hui encore: « À la mémoire de messire J. Laugier de Montblanc, fondateur de cette église, bienfaiteur des pauvres, etc., né en 1708, décédé en 1775, les habitants de Maussane reconnaissants. Le campanile n’étant pas achevé, car de Monblan souhaitait que les Maussanais en réalisent l’ouvrage pour avoir le sentiment d’avoir travaillé à leur propre église, une incompréhension se fait jour, certains estimant que le seigneur n’a plus d’argent pour achever le bâtiment. Pour faire taire ses détracteurs, de Monblan fait réaliser à ses frais un pont près de son château, même s’il se rétracte après avoir abjuré. L’arrêté du 8 brumaire an IV (30) provoque l’éclatement du territoire des Baux en quatre communes distinctes: Les Baux, Maussane, Mouriès et Paradou. Maussane devient chef-lieu de canton.
Le maire des Baux (et donc de toutes les communes non encore détachées), Joseph Manson de Saint-Roman, est assassiné à son domicile de Maussane par onze hommes qui avaient déserté le bataillon des Fédérés de Marseille et que le maire avait sommé de rejoindre leur corps. Les autorités municipales, incapables de gérer la crise et menacées par la fureur de la population, démissionnent en et sont contraintes de fuir pour Arles. Le calme mettra plusieurs années à être complètement restauré. Le dernier meurtre politique est perpétré à Maussane le 22 ventôse an VIII (13): un révolutionnaire extérieur à la commune est retrouvé assassiné au vallon de Valoste (près des Calans). Les troubles passés, le calme s’installe durablement dans la vallée des Baux. Le développement industriel permet un essor considérable aux activités agricoles et arboricoles à Maussane. L’exploitation des olives devient la spécialité de la commune. Le village compte alors jusqu’à sept moulins à huile, dont le plus ancien, celui de Manville, remonte approximativement.
La tranquillité est seulement troublée par quelques épidémies sporadiques, dont une de choléra en 1865 qui provoque la mort de sept personnes. La contamination provenait de deux marchands ambulants venus de Marseille.
Patrimoine religieux
Demandée dès 1681, l’église Sainte-Croix a été consacrée en 1754, après quatre ans de travaux, par la générosité du seigneur de Maussane, Joseph Laugier de Monblan (1708-1775). Le même jour est créée la paroisse Sainte-Croix de Maussane, les habitants du village étant précédemment contraints de suivre les offices en l’église Saint-Martin du Paradou, distante de 2 kilomètres. La place de l’église de Maussane porte aujourd’hui le nom de son mécène. L’église doit son nom aux morceaux de la Croix du Christ qu’elle est censée abriter. L’architecte du bâtiment fut Joseph-Abel Mottard, d’Avignon et les maîtres maçons qui y travaillèrent, comme Antoine Damour, élève de Jean-Baptiste Franque, venaient de Tarascon.
Le presbytère est aujourd’hui classé monument historique en 1997. Le maître-autel et les boiseries datent. L’église est agrandie de trois magasins au nord en 1866 et inscrite aux Monuments historiques en 1997. Son plan rectangulaire se compose d’une nef à quatre travées au décor sobre. Les voûtes d’arêtes présentent de nombreuses similitudes avec celles de la cathédrale de Viviers (1738).
Imposant maître-autel en marbre (1847). Chaire en pierre de taille classée en tant qu’objet monument historique. En levant les yeux, on observe de grandes baies côté sud. Elles sont leur pendant côté nord, pour une raison esthétique, mais il s’agit alors de fenêtres aveugles, en raison du mistral qui souffle du nord. Depuis 1992, les trois paroisses de Maussane, Le Paradou et Les Baux ont été regroupées.
Une unité pastorale a été créée le 26. La chapelle des fonts baptismaux semblent devoir sa décoration aux deux confréries maussanaises de l’Ancien Régime: celle des agriculteurs et celle des éleveurs. Dans la travée nord, un autel dédié à saint Éloi représente le saint doté de ses outils traditionnels: la tenaille et le marteau. Outre que saint Éloi était le patron des agriculteurs, il était aussi celui des maréchaux-ferrants. Près de l’autel, un tableau de 1808 représente le même saint.