Arbonne
Histoire d’Arbonne
Arbonne est une commune de Pyrénées-Atlantiques, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 2 344 habitants. Le Livre d’or de Bayonne ou cartulaire de Bayonne, ouvrage de l’abbé Jean Bidache publié en 1896, consiste en une sélection de textes sur une période qui s’étale du. On y relève de façon constante les deux formes, latine pour Narbona et gasconne pour Narbon(n)e. L’ouvrage mentionne à trois reprises la forme latine, l’une en 1186 dans un texte réglant la nomination des titulaires de cures ; une nouvelle fois, en 1188, précisant que le chapelain d’Arbonne percevrait les revenus de la paroisse ; enfin en 1194 une bulle pontificale précise l’emprise territoriale du diocèse.
Les textes en gascon sont également explicites. de Narbone est mentionné; en 1266 encore, parmi les occupants de logements versant le cens aux chanoines de Bayonne, on trouve Ne Grazide de Narbone et N’Escarmonde de Narbone; enfin un mémoire de 1349 signale le passage à Arbonne du vicomte de Sault, malade, ). Les archives de Bayonne, regroupées en deux recueils, l’un nommé Registres gascons, et l’autre Registres français, sont également des sources intéressantes.
Dans les Registres gascons, il est fait mention en 1482 de Mossen de Narbonne, puis en 1516 des, et enfin en 1517. Il faut attendre 1584 pour trouver, dans les Registres français cette fois, la première mention du toponyme sans le « n » initial:. Cette graphie est proche de celle utilisée en basque, Arbona, langue qui est restée longtemps orale, ne laissant pas de trace écrite connue du vocable Arbona avant le.
La forme avec « n » initial reste encore utilisée au comme l’atteste un testament de 1624:, qui détermina un nouveau paysage administratif de la France en créant des départements et des districts, décida de la naissance du département des Basses-Pyrénées en réunissant le Béarn, les terres gasconnes de Bayonne et de Bidache, et les trois provinces basques françaises.
De même que des recherches menées dans des communes proches d’Arbonne ont révélé le passage ou la station de l’homme préhistorique, des fouilles ont permis d’identifier une activité humaine au Paléolithique moyen et supérieur, qui ont conduit la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Aquitaine à publier un arrêté préfectoral de zonage archéologique en. indiquant la position du territoire des Tarbelles au nord-ouest des Pyrénées.|alt=Carte du relief du sud-ouest de la France et du nord de l’Espagne et localisation des peuples connus à l’époque romaine. Les Tarbelles (Tarbelli en latin), peuple aquitain (proto-basque) dont le territoire était centré sur Aquae Tarbellicae (Dax) tout en s’étendant au Labourd et à la Basse-Navarre, ont occupé sous l’occupation romaine la zone où se trouve aujourd’hui Arbonne. Les plus anciens seigneurs d’Arbonne dont le nom nous soit parvenu proviennent de la famille de Sault, vicomtes du Labourd. Pierre-Arnaud (noté Per-Arnaut) de Sault devient seigneur d’Arbonne en 1190, par son mariage avec Raymonde de Saint-Pée, fille et héritière de Raymond-Arnaud, seigneur de Saint-Pée d’Ibarren. De par sa naissance Pierre-Arnaud est également seigneur d’Hasparren. Il prête allégeance en 1238 à Thibaut Ier de Navarre, puis se joint en 1242 à Henri III d’Angleterre dans sa guerre contre Saint Louis. Défait à la bataille de Taillebourg le, il est gardé en otage par le roi d’Angleterre, et meurt en 1247.
Se succèdent alors à la tête des seigneuries de Sault et de Saint-Pé, et en conséquence d’Arbonne, ses fils Arnaud, Guillaume-Arnaud, et enfin. Arbonne est alors la résidence d’été des évêques de Bayonne. Elle est constituée à cette époque de deux quartiers, Hourmalaque, mentionné dès 1083, et Oreintz et de la maison noble Perukain. Ce dernier, qualifié de baron d’Arbonne, acquiert la seigneurie d’Arbonne, de même que les maisons Sarria et Amisola d’Ahetze pour la somme de. De son mariage avec Gracian de Luxe, naît une fille, Gracianne, qui épousera vers 1470 Pero de Salazar. L’héritière née de l’union de Pero de Salazar et de Gracianne de Luxe, Jeanne de Salazar, est mariée à Jean d’Etchecon, dit de Chicon, un seigneur originaire de Bussunaritz, qui devient donc seigneur de Saint-Pée et d’Arbonne. Il est également bailli et gouverneur du Labourd, par ordre de François en. La peste, qui se déclare à Urrugne en 1516, atteint Arcangues l’année suivante, ayant son foyer dans la maison Gastellur.
, sur le ponton de la Bidassoa où doit s’effectuer l’échange entre François et sa rançon de, placée sous la garde du bailli du Labourd. C’est encore lui qui, le, doit assister Charles Quint traversant le Labourd pour se rendre aux Pays-Bas. Remarié à Isabeau de Gramont, il lègue au mari de leur fille Françoise, Jean de Caupenne, baron d’Amou, sa charge de bailli du Labourd, qu’Henri II confirme par lettres patentes datées. Le nouveau seigneur de Saint-Pé et d’Arbonne doit à son tour faire face aux invasions espagnoles de 1542 et de 1558. À son décès, il lègue ses seigneuries et sa charge de bailli à son fils Charles. Cette charge de bailli est confirmée par Charles IX le.Charles de Caupenne reçoit en 1568 le cordon de l’ordre de Saint-Michel pour services rendus comme commandant de deux compagnies en Guyenne. Il devient également vice-amiral de Guyenne, à la tête de. C’est durant l’exercice de sa charge de bailli qu’interviennent les procès en sorcellerie orchestrés en Labourd par le conseiller de Lancre. Arbonne ne semble pas avoir être inquiétée directement par cet épisode tragique, auquel met fin l’intervention de Bertrand d’Eschaud, évêque de Bayonne. À la tête de, le bailli du Labourd doit affronter l’invasion espagnole qui franchit la Bidassoa le et dévaste la province. Les populations d’Arbonne, Arcangues, Ahetze et Bassussarry désertent en masse leurs villages. Les Espagnols sont contraints à la retraite le. À la mort de Jean IV de Caupenne, son fils Léonard, né de son mariage avec Madeleine de Massiot, hérite à son tour des charges et biens familiaux à l’âge de.
L’usurpation de la charge de bailli par le seigneur d’Urtubie (Urrugne) est à l’origine d’une guerre civile locale. En 1656, Martin de Chourio (noté Xurio en basque), notaire à Ascain et syndic général nommé par le biltzar du Labourd prend la tête des partisans de la maison de Saint-Pée, et s’oppose à Jean d’Arcangues, procureur du roi au bailliage du Labourd, qui soutient la maison d’Urtubie, en la personne de Salvat de Gamboa. Chourio prend et met à sac le château du procureur du roi, en représailles aux sanctions disciplinaires décidées par ce dernier. L’intervention de Louis XIV, lors de son mariage à Saint-Jean-de-Luz en 1660, en faveur d’Urtubie, met fin à la succession héréditaire de la charge de bailli dans les maisons de Saint-Pée et d’Arbonne. Jean de Caupenne lègue en 1703 à son fils Jean, issu d’un premier mariage avec Marie de Gassion, ses seigneuries d’Amou, d’Arbonne de Saint-Pée et d’Arritzague. Celui-ci, lieutenant-colonel du régiment de cavalerie de Germinon, les lèguera à son tour à son fils Jean-Baptiste, qui, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis pour ses hauts faits durant la bataille de Fontenoy, obtient la charge de lieutenant du roi à Bayonne. Le dernier seigneur d’Arbonne, Anne Henri Louis de Caupenne, naît en 1741, du mariage de Jean-Baptiste de Caupenne et de Charlotte de Menou. Il faudra attendre le début des années 1980 pour retrouver ce niveau.
Les guerres avec l’Espagne et l’exode rural expliquent cette variation importante. À la suite de l’adoption le par l’Assemblée nationale constituante du décret portant sur la Constitution civile du clergé, réorganisant le clergé séculier français, le curé d’Arbonne, Laurent Duhart, ainsi que son vicaire, Guillaume d’Etchepare, refusent de prêter allégeance à la Nation. De façon assez brève, c’est le curé d’Arcangues, Martin Doyarçabal, qui assure la responsabilité spirituelle de la paroisse d’Arbonne. Celui-ci abdiquera à la fin de l’année 1793 et l’église d’Arbonne est alors fermée. Trois cloches sont alors démontées et envoyées à l’arsenal Sainte-Claire de Bayonne. Elles retrouveront leur place après la Révolution. Les terres d’Arbonne sont vendues par les héritières de Caupenne, Zoé-Magdeleine et Adèle, en 1793, alors que le décret du réunit Arbonne à Arcangues et Bassussarry en une commune unique sous le nom de Constante. Le premier conseil municipal de Constante se réunit le à son siège d’Arcangues, sous la présidence de Dominique Duhart, d’Arcangues, maire désigné par le représentant du peuple, rassemblant sept notables d’Arcangues, deux de Bassussarry et trois d’Arbonne.
Cette mesure est étendue à Biriatou, Cambo, Larressore, Louhossoa, Mendionde et Macaye. Les habitants sont. En réalité, ils sont regroupés dans les églises, puis déportés dans des conditions très précaires à Bayonne, Capbreton, Saint-Vincent-de-Tyrosse et à Ondres. Les églises désaffectées, dont celles d’Arbonne et d’Arcangues, accueillent momentanément les populations en transit. La situation s’éternisant, la municipalité de Constante décide d’employer les déportés à des travaux agricoles, pour pallier l’absence de la main d’œuvre locale réquisitionnée pour les besoins des guerres de la Révolution française. L’église rouvre ses portes au culte après l’adoption de la loi du. La guerre en Espagne se prolongeant, de nouvelles réquisitions sont appelées, concernant l’approvisionnement en fourrage et le transport des blessés. Constante fournit en à l’armée combattant dans la vallée du Baztan, dont 20 sont tués ou blessés.
L’occupation d’Arbonne dure jusqu’en. Village rural, Arbonne pénètre à petits pas dans la vie moderne. Les indices de l’existence d’une première école dans la localité datent de 1852. En provenance d’Ustaritz, une délégation de la congrégation des Filles de la Croix ouvre en effet deux classes, l’une en français et l’autre en basque. L’école est laïcisée le à la suite de la promulgation des lois Jules Ferry. Une école privée est alors construite et ouvre ses portes le; elle portera le nom d’école Saint-Laurent à partir de 1961. La première cabine téléphonique est installée en 1907 et l’éclairage public en 1912. Il faut attendre 1953 pour que la mairie possède sa propre ligne téléphonique.
laissent la vie lors des combats de la Première Guerre mondiale. Le recensement précédent la grande guerre relève. C’est donc 4,5 % de la population qui perd la vie au combat dans le conflit, presque. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Arbonne est située en zone occupée. Dans la nuit du, Arbonne et Bidart sont bombardées depuis des vaisseaux de guerre. Le les Allemands renforcent leur armement à Arbonne, avec deux canons de. Ce bombardement était probablement destiné à détourner l’attention des Allemands du débarquement allié à Bayonne. Deux résistantes, mesdemoiselles « Shouave » et Rospide, sont décorées à Arbonne par le général de Gaulle.
Le conseil municipal élu en 1983 accueille pour la première fois deux femmes en son sein.
Patrimoine religieux
Arbonne compte deux monuments « inscrits » à l’inventaire des monuments historiques. d’Arbonne, aujourd’hui lieu d’exposition.|alt=Vue d’une maison à un étage, chaulée avec pans de bois peints en rouge. L’ancienne benoîterie, datant du, est aujourd’hui un lieu d’expositions (peinture, artisanat). Elle fait l’objet d’une inscription auprès des monuments historiques depuis 1991, pour l’ensemble bâti à l’exception de l’appentis. Elle est la propriété de la commune.
La benoîte (andere serora en basque) faisait office, dans de nombreuses paroisses du Pays basque, de gardienne laïque de l’église et du cimetière. En contrepartie de sa charge que, par contrat agréé par l’évêque, elle accomplira toute sa vie durant, elle reçoit des redevances en nature et des rétributions lors des offices religieux, et bénéficie d’une maison, la benoîterie. Pierre de Rosteguy de Lancre déclarait à leur propos, en 1609 lors de sa mission de sinistre mémoire en Labourd, à la tête de la commission d’enquête demandée par Henri IV pour purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons, la benoîte était, dans l’exercice de ses fonctions, une manifestation du satanisme La benoîterie d’Arbonne se trouve à peu de distance de l’église Saint-Laurent, sur la place Harizmendia. Les textes mentionnent une benoîte à Arbonne en 1605 et cette tradition s’y est maintenue jusqu’en 1980.
Utilisé dans sa fonction première jusqu’au début du, l’édifice devient ensuite un logement familial jusqu’en 1962, puis est désaffecté avant de devenir un centre culturel à la suite de l’action de l’association Andereseroraenia au début des années 1990. Il s’agit d’un bâtiment rectangulaire sur deux étages; toutes ses façades sont en pierre chaulée, à l’exception de la façade est qui présente des pans de bois peints en rouge sang. Outre celle d’Arbonne, deux benoîteries du Pays basque français font l’objet d’une inscription auprès du ministère de la Culture, celle de Succos, et celle de Saint-Pierre-d’Irube. L’église Saint-Laurent, édifice rectangulaire de taille moyenne, possède un clocher pignon à arcades caractéristiques des monuments religieux labourdins. Elle fait l’objet d’une inscription par le ministère de la Culture depuis 1991.
Elle se situe au centre du village, à gauche de la route venant de Biarritz, sur un petit plateau. Elle est entourée d’un cimetière, comme c’est souvent le cas au Pays basque. De vieilles stèles basques y sont visibles, ainsi que sur la façade sud de l’église. Les plus anciennes datent de la fin du (1590 et 1594). L’église est dédiée à saint Laurent, né à Huesca, trésorier du pape Sixte II, et martyrisé en 258 à Rome.