Beignon
Histoire de Beignon
Beignon est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 1 947 habitants. Le nom de la commune est attesté sous les formes suivantes: ‘ en 1062, ‘ en 1409, Baignon au et en 1779, Bignon en 1630. Le sens du nom de la commune n’est pas connu; il n’a pas de rapport avec les nombreux Bignon d’origine gauloise que l’on peut trouver en France mais peut être rapproché de la racine préceltique *ved- (hauteur). La forme bretonne normalisée donnée par l’Office public de la langue bretonne est.
Beignon a été surnommé autrefois « Transylvanie » (« au-delà des bois »), en breton « Poutrecoët » (« pays de l’autre côté de la forêt »). Dans une étude publiée en 1990, Jean-Yves Le Moing indique que 26,5 % des toponymes de la commune sont bretons.
Beignon est probablement issu du démembrement de la paroisse primitive de Guer. La seigneurie de Beignon a probablement été donnée à l’évêque de Saint-Malo par les sires de Gaël, ancêtres des seigneurs de Montfort, afin que le prélat y établisse sa résidence d’été (plus précisément à Saint-Malo-de-Beignon). Les évêques de Saint-Malo construisirent dès le un manoir épiscopal dans un lieu situé à environ 2 km au sud-est de l’actuel bourg de Beignon, qu’ils nommèrent « Saint-Malo-de-Beignon ». Cette résidence d’été des évêques de Saint-Malo devint le siège d’officialité pour la moitié sud du diocèse de Saint-Malo. Beignon était à la tête d’un doyenné constitué de 22 paroisses, de l’archidiaconé de Porhoët (qui regroupait les 4 doyennés de Montfort, Lanouée, Lohéac et Beignon) et formait une baronnie dont l’évêque de Saint-Malo était le seigneur. Les évêques portent le titre de « Barons de Beignon ». François Thomé, évêque de Saint-Malo, est mort à Beignon en 1590 (il était venu résider à Beignon après sa démission du siège épiscopal). Le 3 janvier 1612 le siège de l’archidiaconé de Porhoët fut transféré de Ploërmel à Saint-Malo-de-Beignon, afin de rapprocher le siège de l’archidiaconé de celui de l’officialité, mais cet arrangement ne dura que dix-huit ans.
Les et virent le déclin progressif de la baronnie épiscopale, les évêques ne résidant plus guère à Beignon. L’église Saint-Pierre de Beignon fut reconstruite vers le milieu du, pendant l’épiscopat de François Bohier. La chapelle Sainte-Reine fut construite en 1676 dans le village de Laffaoux par un paysan, Guillaume Gehanne, qui, selon la légende, dans un premier temps, plaça une statue de la « Vierge de Bourgogne » dans une niche en bois qui, vite, attira nombre de pèlerins; Mgr de Guémadeuc, évêque de Saint-Malo, s’opposa initialement au projet de construction d’une chapelle et fit même emprisonner un temps le paysan dans le prison de son officialité; mais je prélat tomba malade et,s’étant laissé convaincre d’aller prier sainte Reine, guérit; il fit bien sûr libérer le paysan et l’aida à construire la chapelle 53 tanneurs actifs et 6 marchands sont recensés à Beignon à la fin. En 1715 le sénéchal de Plélan écrit que « presque tous les habitants font le profession de tanneurs de cuirs et sy fait un commerce considérable ». En 1778 Beignon compte 125 tanneries, spécialisées dans les cuirs de bœufs, les plus difficiles à travailler; c’est, avec Lampaul-Guimiliau, l’un des deux centres de tannerie les plus importants de Bretagne. La raison de cette localisation à Beignon n’est pas totalement expliquée; toutefois la proximité de la forêt de Brocéliande riche en chênes, permettant lors de la production de charbon de bois, notamment pour les Forges de Paimpont, d’en recueillir les écorces et donc d’obtenir le tan indispensable et la présence de l’Aff, cours d’eau permettant la présence de plusieurs moulins à tan ( par exemple le moulin du Bave), sont des éléments d’explication. de Beignon, Saint-Malo-de-Beignon et des landes de Coëtquidan (1778).
Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Beignon en 1778 Varin: « Avant 1789 l’évêque de Saint-Malo avait afféagé deux vastes enclos sur les communs, et les afféagistes y avaient construit deux jolies maisons de campagne. Le général de la paroisse assigna l’évêque, comme n’ayant pas le droit d’aménager avant triage; il gagna ce procès à Ploërmel d’abord, puis en parlement. À cette nouvelle, les habitants détruisirent de fond en comble maisons, fossés et enclos: le terrain redevint lande. Le bois du Fœil [Feil] et celui de Ténédos [Tenedo] appartenaient à cette paroisse; elles les vendit livres et plaça cette somme sur l’État. La Révolution a fait perdre à Beignon cette valeur (.) ». Le 5 avril 1789, le procureur fiscal de l’évêque de Saint-Malo, François Boisgontier, ne croit pas utile de consulter les 27 paroissiens présents pour rédiger, dans la sacristie de l’église paroissiale, le cahier de doléances, qui escamote notamment les conflits à propos des communs entre le seigneur-évêque et ses vassaux; ceux-ci se réunissent dans le cimetière le 7 avril 1789 pour produire un second cahier de doléances, beaucoup plus détaillé et surtout nettement plus revendicatif dont le texte intégral est consultable sur Internet. En 1790, la commune de Beignon est incorporée dans le canton de Campénéac, puis en 1800 dans celui de Guer.
Lors du Concordat elle est rattachée au diocèse de Vannes. Janvier, recteur doyen de Beignon, fait partie des signataires d’un texte publié le 12 janvier 1791 par le journal L’Ami du roi annonçant l’opposition des signataires à la Constitution civile du clergé. « Le 3 mai 1794 un détachement d’environ 809 vendéens (chouans), commandés par Joseph de Puisaye qui venait du côté de Guer, attaqua sur la lande de Beignon, près du Pont-du-Secret, une troupe de patriotes qui fut mise en déroute et dont plusieurs furent tués, entre autres le curé constitutionnel de Montauban et le juge de paix du dit-lieu » écrit l’abbé Pierre-Paul Guillotin. Selon Louis de La Haye-Saint-Hilaire « Puisaye ne se porta point sur la colonne des républicains qui venait du côté de Ploërmel, qui n’arrivait qu’une heure après que nous eûmes pris position en lisière de la forêt de Paimpont. Il se porta sur la colonne qui nous poursuivait et venait par la route de Guer; il y fut lui-même en personne, et c’est bien la seule fois que je l’ai vu aller au feu. Il m’avait dit de rester à Beignon avec mes cent hommes. Son coup d’essai au combat ne fut pas glorieux: après avoir vu l’ennemi, il se replia sur moi avec une grande hâte et, passant prè de moi, me dit: « Jetons nous vite dans la forêt! » Il en était, en effet, grand temps!
Un quart d’heure plus tard, la colonne venant de Guer ayant fait sa jonction avec celle de Plélan, et bientôt après avec celle de Ploërmel ». « Pendant les jours sombres de la Terreur [la paroisse de Beignon] conserva énergiquement sa foi; malgré les périls sans cesse renaissants, elle abrita huit de ses prêtres qui purent se livrer dans l’ombre aux travaux de leur ministère sans craindre qu’il se trouvât parmi les fidèles un traître pour les dénoncer » écrit l’hagiographe de Mgr Bécel. Gabriel Deshayes fut vicaire à Beignon (sa paroisse de naissance) pendant deux ans après le Concordat. Il fonda en 1820 l’Ordre des Sœurs de l’instruction chrétienne. Le territoire de Saint-Malo-de-Beignon fit partie de Beignon de 1808 à 1813. Jean-Marie Bécel, futur évêque de Vannes, naquit à Beignon en 1825. C’est en 1873 que le ministre de la guerre fait étudier le projet d’un champ de tir sur la lande de Coëtquidan, les portions de lande à occuper momentanément dépendant des six communes de Guer, Augan, Porcaro, Saint-Malo-de-Beignon, Campénéac et Beignon. « Elles se composent, dans les cinq premières, de terrains communaux que les municipalités s’étaient empressées de mettre à la disposition de l’administration de la guerre, moyennant la concession de certains avantages, notamment des fumiers.
Mais, dans la commune de Beignon, la négociation avait été plus difficile parce que les terrains y étaient devenus l’objet d’un partage consommé entre les habitants, et qu’on avait à traiter avec un plus grand nombre d’individus ». La construction d’une mairie-école est décidée le 14 novembre 1869 par la municipalité Danet-Tréberdières, mais les travaux ne commencèrent vraiment qu’en 1875. En 1881 la commune de Beignon ne possède pas d’école publique de filles, malgré la mise en demeure adressée au conseil municipal de voter les crédits afin d’en construire une; le conseil municipal demande la transformation de l’école libre dirigée par les Sœurs de l’instruction chrétienne en école communale, mais l’enquête menée souligne que les deux classes de cette école sont beaucoup trop petites, la première ne mesurant que 72 mètres cubes pour 34 élèves, la deuxième que 47 mètres cubes pour 55 enfants. En 1889 l’administration veut imposer, pour obéir aux lois de laïcisation qui venaient d’être votées, à la commune de Beignon la construction d’une école communale publique de filles. Le conseil général du Morbihan, suivant l’avis du rapporteur du conseiller général Prosper de l’Estourbeillon émit un avis défavorable. « La situation financière de la commune de Beignon, est des plus florissantes (.) car la commune a pu équilibrer son budget à l’aide de ventes de bois et de terrains communaux; (.) l’école des Sœurs de l’instruction chrétienne, enseignent avec succès à Beignon depuis 1820, a été rebâtie à neuf en 1886, au moins en ce qui concerne les classes qui sont au nombre de deux(.). l’Inspecteur primaire l’école des sœurs de Beignon doit être rangée parmi les plus belles de l’arrondissement, disons du département. (.) Cette nouvelle école (.) resterait déserte.
La population de Beignon est profondément attachée par des liens de reconnaissance à ces religieuses; pas un élève peut-être ne quitterait leur classe». C’est finalement en 1906 seulement que la municipalité lança l’appel d’offres pour l’adjudication des travaux de construction de l’école publique de filles. En 1903, en vertu de la loi sur les congrégations, l’école privée catholique de Beignon fut fermée sur décision du liquidateur. L’abbé Tigier, vicaire à Ménéac, en revendiqua la propriété, l’ayant acquise le 2 avril 1903, mais fut débouté par le tribunal de Ploërmel le 15 juillet 1904, mais obtint finalement gain de cause lors d’un nouveau procès devant le même tribunal en avril 1906. Un décret en date du 27 février 1911 attribue « à la commune de Beignon (.), à défaut de bureau de bienfaisance, les biens ayant appartenu à la fabrique de l’église de Beignon et actuellement placés sous séquestre. « Le château du Bois-du-Loup, valant 1 million [de francs] a été abattu à coups de canon (.) Les villages de Montervily, Le Faou, Launay-Salmon, Lépinay, La Ville-Quignon, La Ville-Lhèle sont tous dévastés. Les anciens propriétaires de ces maisons ont tiré le meilleur parti possible des boiseries, portes et fenêtres; le génie qui a pris possession de toute cette contrée a emporté le reste: poutres, etc. (.) Plus loin, nous entrons dans la chapelle Saint-Mathurin, de style roman.
Les portes sont brisées; plus d’autel, plus un seul vitrail; les dalles ont été enlevées (.) Il en est de même, paraît-il, des chapelles de Saint-Méen et de Sainte-Reine, où tous les ans, jadis, les foules venaient en pèlerinage ». En octobre 1914 de faux bruits accusèrent à tort des prisonniers de guerre allemands, hébergés à Saint-Malo-de-Beignon, d’être les auteurs de ces destructions. Désormais le camp occupe dans la commune hectares soit 67 % de la superficie communale. Dès février 1914 une déviation de la route de Ploërmel à Rennes, qui traverse le camp et dont l’autorité militaire veut interdire l’accès, est envisagée, mais la guerre survint. La ligne de tramway à voie métrique et voie unique de la Compagnie des tramways à vapeur d’Ille-et-Vilaine allant de Rennes à Plélan (inaugurée en 1898) et surnommée « le Tacot », est prolongée jusqu’à Guer via Paimpont-les-Forges, Beignon, Saint-Malo-de-Beignon et le camp de Coëtquidan (mise en service le 6 juin 1913), puis jusqu’à Redon via Carentoir et La Gacilly, elle ferma le 31 août 1948). (monument aux morts de Beignon). Le monument aux morts de Beignon porte les noms de 70 soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale; parmi eux deux sont morts en Belgique (Charles Pihéry dès le 21 août 1914 à Arsimont et Jean Grée le 12 octobre 1915 à Boesinghe); Jean Foulon et Eugène Bécel sont morts alors qu’ils étaient prisonniers en Allemagne; Henri Jehanne est mort des suites de ses blessures le 2 juin 1918 dans l’actuelle Macédoine du Nord; tous les autres sont morts sur le sol français (dont François Barge et Joseph Houssu, tous deux décorés à la fois de la médaille militaire et de la croix de guerre, Eugène Nourry et Pierre Launay, tous deux décorés de la médaille militaire, Émile Guillaume et Joseph Harel, tous deux décorés de la croix de guerre ). Une réunion organisée le 15 juin 1921, réunissant des autorités militaires, l’ingénieur des Ponts et Chaussées de Pontivy et les maires de Beignon, Saint-Malo-de-Beignon, Campénéac, Augan et Guer précisa les modalités d’interruption du trafic routier lors des séances de tir dans le camp de Coëtquidan, concernant notamment la route nationale 24 (dont le tracé d’alors passait par Campénéac et Plélan-le-Grand via Beignon et Trécesson) et les routes d’intérêt local « de viabilité médiocre [où] la circulation rurale est beaucoup plus importante que la circulation automobile » comme les axes Augan-Beignon et Porcaro-Beignon.
En 1929 les élus locaux demandent une restriction des interdictions. En 1933 la Chambre de commerce de Ploërmel se plaint des « inconvénients que, pendant une bonne partie de l’année, les voyageurs et touristes éprouvent sur le parcours Rennes-Ploërmel, par suite du barrage de la route entre Beignon et Campénéac, barrage qui existe plus de cent jours par an ». De nombreux commerçants de Beignon et Saint-Malo-de-Beignon avaient installé de petites buvettes en planches en limite du camp de Coëtquidan pour une clientèle militaire. En 1939 des réfugiés républicains espagnols furent hébergés dans l’ancienne maire-école. Celle-ci fut réquisitionnée par les Allemands pendant l’Occupation. Pendant la deuxième moitié de 1943, l’armée allemande décide un agrandissement du camp de Coëtquidan qui concerne hectares de forêt et ha de terres labourables répartis dans les quatre communes de Paimpont, Augan, Campénéac et Beignon et provoque l’expulsion des habitants, les usages agricoles et forestiers pouvant être maintenus en dehors des périodes de tir; à Beignon deux hameaux étaient concernés: Launay et la Lande. Mais en raison de l’arrivée des troupes alliées, les personnes expulsées purent revenir dès août 1944. Le 22 juin 1940, en pleine débâcle, deux soldats belges qui s’étaient réfugiés par effraction dans une baraque de commerce furent assassinés par le commerçant propriétaire et installe ses quartiers au Monterfil et à Paimpont (elle est baptisée Henri Moras, pour honorer cet homme abattu en service à l’entrée de Paimpont par un officier SS qui fuyait se cacher en forêt).
Tous les groupes qui en sont membres avaient, avant cette date, déjà participé à des actions de sabotage et à des embuscades contre des convois allemands. Elle reçut comme mission le nettoyage de la présence allemande en forêt de Paimpont, en coopération avec l’armée américaine. Sur les 800 Allemands faits prisonniers en Forêt de Paimpont, environ 350 le furent par la 12e compagnie FFI et furent remis aux Américains ou convoyés au camp de prisonniers de Vezin-le-Coquet. Le monument aux morts de Beignon porte les noms de 3 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale:Jean Souchet et Albert Frinault sont morts en captivité, le premier au stalag I B le 29 juillet 1940 à Hohenstein en Allemagne (mais dans la Pologne actuelle), le second au stalag VI F le 10 juillet 1942 en Allemagne; Pierre Souchet, suis lui aussi avait été prisonnier de guerre, mais avait été libéré, a été tué par un soldat russe blanc (armée Vlassov) du camp de Coëtquidan à Beignon le 30 octobre 1943. Guy Pounchou est mort pour la France lors de la guerre d’Indochine. Une nouvelle salle des fêtes ouvre en novembre 1990, remplaçant celle qui avait été installée dans la décennie 1950 dans l’ancienne mairie-école. Description du blason de la commune (créé en 1987 par Paulette Colin et Pierre Bridier) D’azur à la barre cousue de gueules, chargée d’une crosse d’or dans le sens de la barre, et accompagnée à dextre d’un chêne arraché cousu de sinople et à senestre d’un mont à trois coupeaux d’argent; au chef d’hermine.
Devise « Semper vivens » (« Toujours vivant »).