Bienheureuse Eugénie Joubert — La catéchiste des enfants

Portrait de la bienheureuse Eugénie Joubert, catéchiste française du XIXe siècle

Elle n’a vécu que vingt-cinq ans. Elle n’a fondé ni ordre religieux, ni hôpital, ni œuvre sociale spectaculaire. Et pourtant, le jour de sa béatification en 1994, des milliers de personnes se pressaient à Rome pour célébrer cette jeune Auvergnate qui avait un don : celui de parler de Dieu aux enfants comme personne d’autre. L’histoire d’Eugénie Joubert prouve qu’on n’a pas besoin de temps pour laisser une trace profonde.

Une enfance au pied des volcans

Eugénie naît le 11 février 1876 à Yssingeaux, en Haute-Loire, dans une famille profondément chrétienne. Son père est artisan, sa mère une femme pieuse qui transmet à ses enfants une foi simple et solide. L’Auvergne de la fin du XIXe siècle est un pays rude, où la religion rythme la vie quotidienne et où les vocations religieuses sont encore nombreuses.

Dès l’enfance, Eugénie montre un caractère vif et une intelligence vive. Ce qui frappe son entourage, c’est sa capacité à parler de la foi avec une clarté et une chaleur inhabituelles pour son âge. À douze ans, elle fait sa première communion et confie à son directeur spirituel son désir de se consacrer entièrement à Dieu.

La vocation de catéchiste

En 1895, à dix-neuf ans, Eugénie entre dans la congrégation de la Sainte-Famille du Sacré-Cœur, fondée à Lyon. Cette congrégation se consacre à l’éducation et à la catéchèse, ce qui correspond parfaitement au charisme d’Eugénie. Elle est envoyée dans plusieurs maisons de la congrégation, d’abord en France, puis en Belgique.

C’est auprès des enfants qu’Eugénie trouve sa voie. Elle ne se contente pas de leur faire réciter le catéchisme par cœur, comme c’était souvent la pratique de l’époque. Elle raconte, elle explique, elle rend vivants les récits bibliques. Les enfants l’adorent. Ses supérieures notent chez elle un talent pédagogique qu’elles signalent dès ses premières années d’enseignement.

Eugénie porte aussi un secret. Sa santé est fragile. La tuberculose, ce fléau du XIXe siècle, commence à miner son corps. Elle continue pourtant son travail de catéchiste, refusant de se ménager. Comme Sainte Thérèse de Lisieux, cette autre jeune religieuse fauchée par la tuberculose, Eugénie vit sa maladie comme une offrande, sans jamais tomber dans le dolorisme.

Une mort lumineuse

En 1904, la maladie l’emporte. Eugénie meurt le 2 juillet à Liège, en Belgique, à vingt-cinq ans. Ses dernières paroles témoignent d’une sérénité qui impressionne profondément sa communauté. Elle laisse derrière elle des carnets spirituels d’une profondeur étonnante pour une si jeune femme, et surtout le souvenir vivace d’une pédagogie de la foi toute en douceur et en lumière.

Son procès de béatification est introduit en 1924. Il faudra soixante-dix ans pour que le pape Jean-Paul II la proclame bienheureuse, le 25 novembre 1994. Le choix de cette date n’est pas anodin : c’est la veille de la fête du Christ-Roi, comme pour souligner que cette humble catéchiste avait su faire connaître le Roi des rois à des centaines d’enfants.

Dans le paysage de la sainteté française du tournant du XXe siècle, Eugénie Joubert rejoint une constellation de jeunes vies brûlantes et brèves. Après Thérèse de Lisieux morte à vingt-quatre ans, après Sainte Bernadette Soubirous morte à trente-cinq ans, Eugénie confirme que la sainteté ne se mesure pas en années.

Le saviez-vous ?

  • Eugénie Joubert a été béatifiée par Jean-Paul II le 25 novembre 1994, en même temps que cinq autres serviteurs de Dieu. La cérémonie a rassemblé des milliers d’Auvergnats venus à Rome pour l’occasion.
  • Ses carnets spirituels, rédigés entre vingt et vingt-cinq ans, révèlent une maturité mystique qui a surpris les théologiens chargés d’étudier sa cause de béatification.
  • La congrégation de la Sainte-Famille du Sacré-Cœur, où Eugénie vécut, avait été fondée en 1816 à Lyon et se consacrait principalement à l’éducation des jeunes filles des milieux populaires.