Saint Achille de Larissa — L'évêque de Nicée dont les reliques

En 325, un évêque de Thessalie participe au concile le plus important de l’histoire chrétienne. Six siècles plus tard, un tsar bulgare fait exhumer ses os et les transporte à travers les Balkans. L’histoire d’Achille de Larissa est celle d’un saint dont le destin posthume dépasse de loin sa vie terrestre.
Larissa au IVe siècle
Larissa, capitale de la Thessalie, est au IVe siècle une ville grecque de l’Empire romain d’Orient. Située dans la plaine fertile du Pénée, elle est un centre agricole et religieux important. Quand Constantin convoque le premier concile œcuménique à Nicée en 325, Achille est évêque de cette cité.
On sait peu de choses de sa vie avant le concile. La tradition le présente comme un pasteur zélé, un évêque soucieux de son peuple et ferme dans sa foi. Ce qui est certain, c’est qu’il fait le voyage jusqu’à Nicée, en Asie Mineure — une expédition considérable pour l’époque —, preuve de l’importance de son siège et de son engagement personnel.
Le concile de Nicée
Le concile de Nicée de 325 est un moment fondateur du christianisme. Convoque par Constantin pour résoudre la crise arienne — Arius, prêtre d’Alexandrie, nie la divinité pleine du Christ —, il réunit environ 300 évêques venus de tout l’Empire. C’est la première fois que l’Église se rassemble à cette échelle.
Achille est la, parmi les Pères conciliaires. Son rôle précis dans les débats n’est pas documenté avec certitude, mais la tradition le classe parmi les défenseurs de l’orthodoxie nicéenne, aux côtés de Saint Athanase d’Alexandrie et des grands champions de la foi trinitaire. Le concile aboutit au « Credo de Nicée », qui affirme que le Christ est « de même substance » (homoousios) que le Père — une formule qui définit encore la foi chrétienne aujourd’hui.
De retour à Larissa, Achille poursuit son ministère épiscopal. La tradition lui attribue des miracles, des guérisons, un rôle actif dans la christianisation de la Thessalie rurale. Il meurt probablement vers 330, et sa mémoire est vénérée localement comme celle d’un évêque saint.
L’extraordinaire voyage des reliques
C’est six siècles plus tard que l’histoire d’Achille prend un tournant inattendu. Vers 986, le tsar Samuel de Bulgarie, en guerre contre l’Empire byzantin, s’empare de Larissa. Parmi le butin, il fait prélever les reliques de Saint Achille et les transporte dans sa capitale, sur une île du lac Prespa, à la frontière actuelle entre la Grèce, la Macédoine du Nord et l’Albanie.
Samuel fait construire une basilique sur l’île pour abriter les reliques. Le geste est politique autant que religieux : posséder les restes d’un Père du concile de Nicée, c’est affirmer la légitimité de l’Église bulgare face à Constantinople. L’île prend le nom de Saint Achille (Agios Achillios en grec) et devient un lieu de culte majeur.
Les ruines de la basilique de Samuel existent toujours sur l’île, accessible par une passerelle depuis la rive. Les fouilles archéologiques ont mis au jour les fondations d’un édifice impressionnant pour l’époque, témoignant de l’importance que le tsar accordait à ce saint « emprunté » aux Grecs.
Un saint entre deux mondes
Achille de Larissa est aujourd’hui vénéré aussi bien par les orthodoxes grecs que par les Bulgares et les Macédoniens. Son histoire illustre comment les reliques des saints, dans le monde médiéval, étaient des objets de pouvoir. Les posséder, c’était posséder un intercesseur céleste, mais aussi un symbole de prestige politique.
Le cas d’Achille rappelle celui de Saint Marc, dont les reliques furent transférées d’Alexandrie à Venise en 828, ou de saint Nicolas, exhumé de Myre par des marchands de Bari en 1087. Les « vols sacrés » de reliques constituent un chapitre à part — et parfois troublant — de l’histoire chrétienne.
Le saviez-vous ?
- L’île de Saint Achille (Agios Achillios) sur le lac Prespa est aujourd’hui inhabitée. On peut y accéder par un ponton flottant de plus de 500 mètres, et les ruines de la basilique du tsar Samuel sont visibles à ciel ouvert, au milieu d’une nature sauvage.
- Le concile de Nicée comptait environ 300 évêques, mais un seul venait de ce qui est aujourd’hui la France : Nicaise de Die. La grande majorité des participants étaient orientaux, reflétant la géographie du christianisme au IVe siècle.
- Le tsar Samuel de Bulgarie, qui fit transférer les reliques, est l’un des derniers grands souverains du Premier Empire bulgare. Il mourut en 1014, dit-on, de chagrin en voyant revenir ses soldats aveuglés par l’empereur byzantin Basile II, surnommé pour cela le « Bulgaroctone » (tueur de Bulgares).