Saint Antoine-Marie Zaccaria — Le médecin qui soigna les âmes

En 1530, un jeune médecin de vingt-huit ans referme son cabinet de Crémone pour entrer au séminaire. Il ne fuit pas la médecine par déception : il l’a pratiquée avec passion, soignant les pauvres gratuitement. Mais Antoine-Marie Zaccaria a diagnostiqué un mal que ses remèdes ne peuvent guérir : une Église malade de sa propre tiédeur. Six ans plus tard, il sera mort, consumé par le feu de sa propre réforme.
Le médecin de Crémone
Antoine-Marie naît en 1502 à Crémone, en Lombardie, dans une famille noble mais modeste. Son père meurt quand il a quelques mois. Sa mère, veuve à dix-huit ans, consacre tout à l’éducation de son fils unique. Le garçon étudie la médecine à Padoue, l’une des meilleures universités d’Europe, et obtient son diplôme à vingt-deux ans.
De retour à Crémone, il ouvre un cabinet où il soigne les pauvres sans demander de paiement. La médecine du corps ne le satisfait pas. L’Italie du Nord, en ce début de XVIe siècle, est un champ de ruines spirituelles : le clergé est ignorant ou corrompu, les fidèles pratiquent par habitude sans comprendre, la Réforme protestante gronde au nord des Alpes. Antoine-Marie se dit que le vrai remède est ailleurs.
Prêtre et fondateur
Ordonné prêtre en 1528, Zaccaria s’installe à Milan, la grande métropole du Nord. Ce qu’il y trouve le bouleverse : des églises vides, des prêtres qui ne célèbrent plus la messe, une population indifférente. Il décide de créer un mouvement de renouveau, non pas depuis le haut — comme feront les grandes réformes du concile de Trente — mais depuis le bas, dans la rue, au milieu des gens.
En 1530, avec deux laïcs, il fonde les Clercs réguliers de Saint-Paul, bientôt appelés Barnabites, du nom de l’église Saint-Barnabé de Milan où ils s’installent. La congrégation est atypique : ces prêtres ne vivent pas cloîtrés, ils sont dans la rue. Ils prêchent sur les places publiques, confessent à toute heure, visitent les malades et les prisonniers. Zaccaria fonde aussi les Angéliques, une congrégation féminine, et les Laïcs de Saint-Paul, pour les fidèles mariés.
Le réformateur impatient
Le style de Zaccaria choque le Milan bien-pensant. Il organise des processions expiatoires où les fidèles portent des croix en pleurant leurs péchés. Il relance la pratique des Quarante Heures — l’adoration continue du Saint-Sacrement — qui se répandra dans toute l’Église. Il fait sonner les cloches le vendredi à trois heures de l’après-midi pour rappeler la mort du Christ. Certains le prennent pour un fou. D’autres, pour un saint.
Ses ennemis sont nombreux. Le clergé milanais, dérangé dans sa routine, le dénonce à Rome. Comme Saint Philippe Néri à la même époque, Zaccaria doit se défendre contre des accusations d’hérésie et de désordre. Il est acquitté, mais l’épreuve l’épuise.
Car Zaccaria, comme Régis un siècle plus tard, ne connaît pas le repos. Il prêche, écrit, organise, voyage entre Crémone, Milan et Vicence. Son ancien métier de médecin lui a appris à diagnostiquer les maladies : il voit clairement ce dont l’Église souffre. Il n’a pas appris à se soigner lui-même.
Trente-six ans
Antoine-Marie Zaccaria meurt le 5 juillet 1539, à Crémone, dans la maison de sa mère. Il a trente-six ans. Sa congrégation n’a que neuf ans d’existence et compte à peine une vingtaine de membres. On pourrait croire à un échec.
Les Barnabites survivront, grandiront, essaimeront. Le concile de Trente, qui s’ouvre six ans après sa mort, reprendra beaucoup de ses intuitions. Saint Charles Borromée, le grand réformateur de Milan, s’appuiera sur les Barnabites pour transformer son diocèse. La graine plantée par le médecin de Crémone avait juste besoin de temps pour germer.
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Le saviez-vous ?
- Zaccaria est l’inventeur des Quarante Heures, cette pratique d’adoration continue du Saint-Sacrement qui se transmet d’église en église. L’idée s’est répandue dans le monde entier et se pratique encore aujourd’hui dans des milliers de paroisses.
- Sa mère, Antonietta Pescaroli, veuve à dix-huit ans, refusa de se remarier pour se consacrer entièrement à l’éducation de son fils. Quand il mourut, elle n’avait que cinquante-trois ans. Elle survécut à son fils de plusieurs décennies, gardienne de sa mémoire.
- Les Barnabites dirigèrent certains des plus prestigieux collèges d’Europe, notamment en France et en Italie. Alexandre Volta, l’inventeur de la pile électrique, fut élève des Barnabites à Côme.