Saint Barthélemy — L'apôtre sans ruse, écorché pour sa foi

« Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de ruse. » Ce sont les premiers mots que Jésus adresse à Nathanaël — celui que la tradition identifie à l’apôtre Barthélemy. Un compliment rare dans la bouche du Christ, qui savait lire dans les cœurs. Barthélemy sera fidèle à cette première impression : un homme droit, jusqu’au bout.
Nathanaël ou Barthélemy ?
Les Évangiles synoptiques mentionnent un certain Barthélemy dans la liste des Douze, aux côtés de Saint Pierre et des autres apôtres, sans jamais lui donner la parole. L’Évangile de Saint Jean ne cite jamais Barthélemy, mais met en scène un Nathanaël auquel Jésus s’adresse directement. La plupart des biblistes identifient les deux personnages : Barthélemy (« fils de Tholmai » en araméen) serait le patronyme, Nathanaël le prénom.
La scène de leur rencontre, dans le premier chapitre de Jean, est l’une des plus vivantes du Nouveau Testament. Philippe vient dire à Nathanaël qu’il a trouvé le Messie, un certain Jésus de Nazareth. Nathanaël répond avec un scepticisme gouailleur : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe ne discute pas : « Viens et vois. »
Jésus, en voyant Nathanaël approcher, lance cette phrase étonnante : « Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de ruse. » Nathanaël, surpris, demande comment Jésus le connaît. « Avant que Philippe t’appelat, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. » Nous ne saurons jamais ce que Nathanaël faisait sous ce figuier, mais la réponse le bouleverse : « Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. » Comme Saint Thomas, qui passera du doute à la plus haute profession de foi, Nathanaël passe du sarcasme à l’adoration en quelques secondes.
Le martyre en Arménie
Après la Pentecôte, les traditions divergent sur les missions de Barthélemy. Eusèbe de Césarée rapporte qu’il prêcha en Inde, où il aurait laissé une copie de l’Évangile de Matthieu en hébreu. La tradition la plus solide le situe en Arménie, où il aurait évangélisé aux côtés de l’apôtre Saint Jacques le Majeur — bien que d’autres sources associent sa mission à celle de Jude Thaddée.
C’est en Arménie que Barthélemy trouve la mort. La tradition rapporte qu’il fut écorché vif puis décapité, sur ordre du roi Astyage, frère du roi qu’il avait converti. Le supplice de l’écorchement, d’une cruauté extrême, est devenu son attribut iconographique : dans l’art chrétien, Barthélemy est souvent représenté tenant sa propre peau, comme dans le célèbre Jugement dernier de Michel-Ange à la Sixtine, où le peintre a placé son autoportrait sur la peau du saint.
L’Arménie le vénère comme l’un de ses apôtres fondateurs. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Église arménienne revendique une fondation apostolique directe, ce qui en fait l’une des plus anciennes chrétientés du monde. Saint André, patron de l’Église de Constantinople, partage avec Barthélemy cette mission pionnière aux confins de l’Empire.
Le nom qui traverse l’histoire
Le patronage de Barthélemy est inattendu : il est le saint des bouchers, des tanneurs et des relieurs — tous les métiers qui travaillent la peau. La logique est macabre mais médiévale.
Quant au massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572, où des milliers de protestants furent assassinés à Paris, il ne doit au saint que la date. L’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de France porte le nom de l’apôtre « sans ruse » — une ironie que l’histoire n’a pas l’habitude d’épargner.
Le saviez-vous ?
- Michel-Ange, dans le Jugement dernier de la chapelle Sixtine, a peint son propre visage sur la peau que Saint Barthélemy tient à la main. Autoportrait ou acte d’humilité ? Les historiens de l’art débattent encore.
- Les reliques de Barthélemy auraient voyagé de l’Arménie à l’île de Lipari, puis à Bénévent, et enfin à Rome, sur l’île Tibérine, où une basilique lui est dédiée depuis le Xe siècle. C’est l’un des parcours de reliques les plus mouvementés de la chrétienté.
- La phrase « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » est devenue proverbiale pour désigner le scepticisme face à l’inattendu. Nathanaël-Barthélemy serait le premier à reconnaître que la réponse est oui.