Saint Constantin — L'empereur qui changea le christianisme

Portrait de saint Constantin Ier le Grand, empereur chrétien du IVe siècle

Le 28 octobre 312, un général romain regarde le ciel avant la bataille la plus importante de sa vie. Ce qu’il voit — ou croit voir — va bouleverser l’histoire du monde. Constantin n’est encore qu’un prétendant au trône parmi d’autres. Quelques heures plus tard, il sera maître de l’Occident romain. Vingt ans après, il aura légalisé le christianisme, réuni le premier concile oecuménique et fondé une ville qui portera son nom pendant seize siècles. Aucun homme politique de l’Antiquité n’a autant changé le cours de l’histoire religieuse.

Le fils d’un soldat et d’une sainte

Constantin naît vers 272 à Naïssus, dans l’actuelle Serbie. Son père, Constance Chlore, est un officier ambitieux qui deviendra empereur. Sa mère, Hélène, est une femme d’origine modeste — peut-être une aubergiste — que Constance répudiera pour épouser la belle-fille d’un empereur. Cette mère rejetée deviendra sainte Hélène, la pèlerine qui retrouvera la Vraie Croix à Jérusalem.

Constantin grandit dans les casernes et les palais impériaux, otage de luxe à la cour de Dioclétien. Il voit de ses yeux la Grande Persécution de 303-311, la plus systématique qu’aient subie les chrétiens. Des églises détruites, des livres brûlés, des fidèles torturés. Cette expérience le marquera profondément.

La vision du pont Milvius

En 312, Constantin marche sur Rome pour affronter l’usurpateur Maxence. La veille de la bataille du pont Milvius, il a une vision : une croix lumineuse dans le ciel avec les mots In hoc signo vinces — « Par ce signe, tu vaincras ». Il fait peindre le chrisme (les lettres grecques Chi et Rhô, initiales du Christ) sur les boucliers de ses soldats. Le 28 octobre, Maxence est écrasé et se noie dans le Tibre.

Vision divine ou calcul politique ? La question agite les historiens depuis dix-sept siècles. La réponse est probablement les deux. Constantin est sincèrement attiré par le christianisme, mais il comprend aussi que cette religion persécutée depuis trois siècles dispose d’un réseau d’évêques, d’une discipline et d’une cohésion que l’Empire peut utiliser.

L’édit de Milan et le concile de Nicée

En février 313, Constantin et son co-empereur Licinius publient l’édit de Milan, qui accorde la liberté religieuse à tous les cultes de l’Empire — y compris, et surtout, au christianisme. Les biens confisqués sont restitués, les chrétiens accèdent aux fonctions publiques. En une génération, la religion persécutée devient la religion dominante.

Mais le christianisme libéré se déchire aussitôt sur des questions théologiques. L’arianisme — qui nie la divinité pleine du Christ — menace l’unité de l’Église. En 325, Constantin convoque le concile de Nicée, le premier concile oecuménique, réunissant environ trois cents évêques. Le Credo de Nicée, qui affirme que le Christ est « de même nature que le Père », est adopté. Saint Athanase d’Alexandrie y joue un rôle décisif, mais c’est Constantin qui a rendu le concile possible.

Constantinople, la nouvelle Rome

En 330, Constantin inaugure sa nouvelle capitale sur le site de l’ancienne Byzance : Constantinople. La ville est conçue comme une Rome chrétienne, sans temples païens, dotée d’églises monumentales. Elle restera le cœur de l’Empire romain d’Orient — puis de l’Empire byzantin — jusqu’en 1453, soit plus de mille ans.

Constantin meurt le 22 mai 337, près de Nicomédie. Il est baptisé sur son lit de mort — pratique courante à l’époque, où le baptême était considéré comme effaçant tous les péchés et où l’on préférait attendre le dernier moment. L’Église orthodoxe le vénère comme « égal aux apôtres ». L’Église catholique l’honore au calendrier des saints le 21 mai.

Un saint controversé

Constantin reste un personnage ambivalent. Il a fait exécuter son fils aîné Crispus et sa seconde épouse Fausta dans des circonstances obscures. Il a gouverné avec une brutalité typiquement romaine. Sa conversion était-elle sincère ou opportuniste ? Probablement sincère dans son intention et politique dans ses conséquences. Saint Augustin lui-même, un siècle plus tard, s’interrogeait sur la relation entre le pouvoir et la foi.

Ce qui est certain, c’est que sans Constantin, le christianisme n’aurait pas connu le destin qui a été le sien. Pour le meilleur et pour le pire, il a lié le sort d’une religion née dans la marginalité au destin de la plus grande puissance politique de l’Antiquité.

Le saviez-vous ?

  • Constantin n’a été baptisé que sur son lit de mort, en 337, par l’évêque Eusèbe de Nicomédie — un évêque arien, ce qui est paradoxal pour l’homme qui avait convoque le concile de Nicée contre l’arianisme. À l’époque, retarder le baptême au maximum était courant, car on croyait qu’il effaçait tous les péchés commis avant lui.

  • Le chrisme — le monogramme du Christ formé des lettres Chi et Rhô — que Constantin fit peindre sur les boucliers de ses soldats est devenu l’un des symboles chrétiens les plus répandus. On le retrouve sur des milliers de sarcophages, mosaïques et objets liturgiques du IVe au VIe siècle dans tout l’Empire romain.

  • La « donation de Constantin », un document supposément rédigé par l’empereur accordant au pape la souveraineté sur l’Occident, a été utilisé pendant des siècles pour justifier le pouvoir temporel de la papauté. En 1440, l’humaniste Lorenzo Valla a prouvé qu’il s’agissait d’un faux, fabriqué probablement au VIIIe siècle — l’une des plus célèbres falsifications de l’histoire.