Aire-sur-la-Lys
Histoire d’Aire-sur-la-Lys
Aire-sur-la-Lys est une commune du Pas-de-Calais, en région Hauts-de-France, qui compte 9 585 habitants. La villa signalée en 847 à proximité de la ville actuelle est attestée sous la forme latinisée Aria monasterium en 856 dans le cartulaire de Saint-Bertin, puis Area et Ayre en 1377, Ayra en 1355 et Ailres en 1492. Le nom apparaît également sous la forme Aire au XVIIIe siècle, et c’est en 1982 que la commune devient officiellement Aire-sur-la-Lys par décret. En flamand, son nom est Ariën-aan-de-Leie. Le toponyme Aire dérive du latin area, désignant une étendue, une plaine ou un lieu non cultivé et non bâti, en accord avec la géographie locale. Le chanoine Haigneré avait formulé une autre hypothèse, considérant l’Aria monasterum comme l’emplacement primitif de l’abbaye de Samer, alors nommée Area, dans le Boulonnais.
Aire est citée pour la première fois en 847; il s’agissait alors d’une simple villa occupant un léger relief au nord de la ville actuelle, au confluent de la Lys et du Mardyck, organisée pour résister aux raids vikings. Le château primitif, dont il ne reste rien, se situait à l’emplacement actuel des places des Béguines et de Saint-Pierre. En 1196, le comte de Flandre Baudouin VI de Hainaut entre en conflit avec Philippe Auguste, et dès 1197 le comte, déjà maître du Cambrésis et de Tournai, reprend les places d’Aire-sur-la-Lys et de Saint-Omer. La couronne renonce officiellement à ces places par le traité de Péronne en 1200, mais elles sont récupérées par le roi de France en 1211, en contrepartie de son accord pour le mariage de Jeanne de Flandre, héritière du comté, avec Ferrand du Portugal. Au début du XIIIe siècle, la ville devient importante et obtient progressivement de nouvelles libertés. Elle est dirigée par un échevinage tandis qu’un châtelain puis un bailli représentent le comte de Flandre. Le nouveau statut est symbolisé par les armes de la cité, un loup d’or sur fond de gueules, et par la construction d’un beffroi signalé à la fin du XIIIe siècle.
En 1237, le comté d’Artois est séparé du comté de Flandre et Aire intègre la nouvelle entité. Devenue ville frontière, elle est marquée par les conflits entre les comtes de Flandre et leur suzerain le roi de France. Si l’Artois est dévasté par la guerre de Cent Ans, les murs d’Aire dissuadent les Anglais de prendre la ville, qui devient un refuge pour les populations rurales environnantes. En 1347, l’un des bourgeois de Calais présentant les clefs de la ville au roi d’Angleterre lors de la reddition de la cité s’appelle Jean d’Aire, vraisemblablement originaire de la commune; la même année, les Flamands assiègent Aire mais doivent abandonner et partent ravager les alentours. En 1374, Marguerite, comtesse d’Artois, octroie à la ville de nouvelles chartes. Le XVe siècle est une période de paix et de prospérité pour Aire et plus largement pour la Flandre: la ville est dynamique tant par son activité économique que par ses fêtes, et son importance religieuse y attirait souvent l’évêque de Thérouanne. La collégiale alors visible était l’une des plus grandes églises de style flamboyant des Pays-Bas méridionaux. La Réforme ne trouva pas beaucoup d’écho à Aire; au contraire, la ville adhéra en 1579 à l’union d’Atrecht qui demandait l’interdiction du culte protestant. L’hôtel de ville fut reconstruit à partir de 1625 et le mur d’enceinte entièrement refait entre 1570 et 1620. En 1635, au cours de la guerre de Trente Ans, la France entra en guerre contre l’Espagne; le maréchal de la Meilleraye assiégea Aire dont la garnison se rendit après de lourdes pertes. Aire reste hollandaise jusqu’au traité d’Utrecht. Le bâtiment actuel de l’hôtel de ville fut achevé en 1721 et le beffroi en 1724. En 1762, le Parlement de Paris décida d’expulser les Jésuites du royaume, et le collège de la ville fut fermé en 1769.
Patrimoine religieux
Aire-sur-la-Lys possède un patrimoine architectural dense, témoin de son importance politique et économique passée. Vingt-trois édifices de la commune sont enregistrés aux monuments historiques, dont cinq classés et dix-huit inscrits à l’inventaire supplémentaire. Le beffroi est en outre inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO; il s’élève à l’angle de la Grand-Place, de la rue du Bourg et de la rue d’Arras. Un premier clocher est signalé à Aire dès 1179; touché à plusieurs reprises par des incendies, notamment en 1872, il fut reconstruit avec un bailliage attenant qui accueille depuis 1970 l’office de tourisme. Les travaux de construction de l’ensemble durèrent cinq ans, de 1716 à 1721. Le second niveau est percé de onze larges ouvertures, trois au centre et quatre sur chaque aile, séparées par dix pilastres soutenant une balustrade sculptée, et le bâtiment accueille depuis 1891 la bibliothèque municipale. Le centre-ville compte de nombreux bâtiments typiques de l’architecture du XVIIIe siècle, parmi lesquels de simples maisons et hôtels particuliers. Les rues du Bourg, de Saint-Omer, la Grand-Place et la rue Saint-Pierre rassemblent chacune plusieurs édifices inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. L’hospice de Saint-Jean-Baptiste présente une porte en anse de panier et deux rangées de fenêtres en arc surbaissé. L’hôtel du Gouverneur, accessible en passant sous une voûte en grès rue du Général-Leclerc, expose une façade ornée de pilastres ioniques et corinthiens, et un portail rappelant celui de la Vieille Bourse de Lille. Le bastion de Thiennes, situé à l’est de la ville, protégeait le chemin menant à la commune du même nom; il atteint aujourd’hui six mètres de hauteur.