Aubervilliers
Histoire d’Aubervilliers
Aubervilliers est une commune de Seine-Saint-Denis, en Île-de-France, qui compte 90 071 habitants. La ville est mentionnée sous la forme latinisée Albertivillare en 1059. D’où le gentilé d’Albertivillarien pour désigner les habitants. Nom de lieu en -villiers (variante de -villier, -villers, -viller, issu du bas latin villare, dérivé de villa, ferme, village, puis ville) appellatif caractéristique de domaines agricoles de l’époque mérovingienne et carolingienne.
Le premier élément est le nom de personne germanique Adalbertus qui a donné les prénoms Albert (forme savante) et (forme populaire), devenu patronyme. Homonymie avec un hameau de Seine-et-Marne, Aubervilliers et certains de Normandie (les autres s’expliquant par le nom de personne norrois Osbern > Auber, nom de famille normand).
Comme nombre de communes de la petite couronne parisienne, cette ville a longtemps été un domaine agricole et maraîcher jusque dans les années 1860. Comme le rappelle le nom de son église, Notre-Dame-des-Vertus, Aubervilliers était située dans une vaste zone légumière qui nourrissait Paris. Cette plaine, asséchée et cultivée dès le Moyen Âge, devient au la plus grande plaine maraîchère de France, spécialisée dans la production de choux de Milan « Gros des Vertus », salsifis et oignons « Paille des Vertus », qui fondent la réputation des producteurs [https://www.tourisme93.com/agriculture-vocation-sociale-environnementale.html locaux]. Aubervilliers n’apparaît pas dans les archives avant 1060, date à laquelle Henri en fait donation au prieuré Saint-Martin-des-Champs. En 1111, les serfs d’Aubervilliers sont affranchis. En 1182, le prieuré Saint-Martin-des-Champs de Paris accorde aux bouchers de Paris le droit de faire paître gratuitement leur bétail dans les champs une fois les récoltes faites. En 1221, Guillaume Bateste, seigneur de Franconville, devient le premier seigneur du Vivier-lès-Aubervilliers. L’église, qui dépendait au commencement du d’une des paroisses de Saint Denis, devint bientôt fameuse par les miracles qu’y opéra une image de la Vierge.
En 1336, Jacques du Breul, prieur de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, rapporte le Miracle de la pluie: une jeune fille occupée à parer de fleurs la statue de la Vierge dans l’église voit son visage ruisseler de larmes alors que la pluie se met à tomber sur les récoltes desséchées. En 1338, le roi Philippe de Valois et sa femme se rendirent à Aubervilliers pour visiter l’image. De 1340 à 1792, on s’y rendait en foule chaque année de Paris et de ses environs. Richard de Laillier a épousé Jeanne de Saclay « Dame d’Aubervilliers »; il était attaché au roi Charles V, possédait déjà un hôtel près de Saint-Germain-l’Auxerrois. Leur fils, Michel, sera aussi seigneur d’Ermenonville. Il est changeur et « maître des monnaies », sera nommé prévôt des marchands. Après un bref serment d’allégeance au duc de Bourgogne, maître de Paris, il se rapproche du roi Charles VII et organise le complot qui va chasser les Anglais de Paris et ouvrir la capitale au Roi (1436). En 1429, la ville est occupée par les Anglais qui est reprise par Michel de Laillier en 1436.
Les cultures sont ravagées, la mort rôde et la population baisse. On comptera 125 décès en 1652 pour une population d’environ. Toutefois le petit bourg renaîtra, car il est jusqu’au peuplé d’agriculteurs. La proximité des marchés de Paris favorise la culture maraîchère, notamment dans la plaine des Vertus, célèbre pour ses choux verts (le nom des variétés Aubervilliers et Gros des Vertus en atteste), oignons des vertus et légumes divers. En 1690, les Oratoriens d’Aubervilliers prennent le parti des Jansénistes. L’existence de la ferme Mazier au 70 rue Heurtault est attestée par un document de 1699. Le 12 se tient la réunion de l’assemblée municipale d’Aubervilliers. En 1789, Mesme Monard, curé de la paroisse, et l’un des leaders de la contestation chez les oratoriens, participe à la rédaction d’un cahier de doléances, plaintes et remontrances.
Le se tient l’élection du premier maire d’Aubervilliers, Nicolas Lemoine. En 1792, la délimitation de la commune d’Aubervilliers est réalisée. En 1794, un nouveau curé est nommé pour la commune: Thomas-Juste Poullard, futur évêque constitutionnel d’Autun. La plaine d’Aubervilliers fut, en 1814 puis en 1815, le théâtre d’un combat sanglant entre les troupes françaises et les Prussiens, qui la prirent et reprirent plusieurs fois. Les soldats français, accablés par le nombre, furent finalement contraints de l’abandonner. Le 13 est mis en service le canal Saint-Denis qui facilite l’accès à Paris depuis Rouen et joue un rôle majeur dans l’urbanisation de la ville. En 1832, une épidémie de choléra décime la population. À partir de 1840 se met en place l’industrie avec l’installation d’une fabrique de savons résineux.
Afin de protéger Paris (et le cas échéant, mater ses rébellions) Thiers fait édifier entre 1841 et 1844 les « Fortifications » ainsi que le fort d’Aubervilliers en 1843. Les terrains du fort et de ses dépendances sont annexés par Aubervilliers au détriment de Pantin. Le marché forain du Centre est créé en 1861. La Révolution industrielle et l’expansion de Paris changent radicalement la donne. Les industries s’installent au bord du canal Saint-Denis. Le 6, le baron Georges Tom Hainguerlot commence l’exploitation des Magasins généraux à Saint-Denis, qu’il étend en 1866 à Aubervilliers. En 1866, la Société des Manufactures des glaces et produits chimiques de Saint Gobain, Chauny et Cirey acquiert la fabrique d’acide sulfurique de John Frédéric Boyd située rue du Landy. Madame Lequin commence l’exploitation de la manufacture des allumettes d’Aubervilliers au lieu-dit La Motte, rue du Vivier.
À la fin de la Guerre franco-allemande de 1870, pendant le siège de Paris, l’administration municipale se réfugie dans la capitale, au 20, boulevard de Strasbourg. Au début de l’année 1877, le tramway arrive dans le centre-ville. Elle est rachetée plus tard par Witt SA, un boyaudier de La Courneuve. L’ensemble des bâtiments est racheté en 1921 par les établissements Wanner, qui y fabriquent des matériaux isolants: plaques de carreaux notamment de plâtres et de lièges. Le 18, une fabrique de dégras (huiles et graisses industrielles) s’installe au chemin Haut de Saint-Denis à Aubervilliers et restera en activité jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. En 1898, construction d’un dépôt de tramways situé à l’angle de l’’avenue de la République, au numéro 30 et de la rue du Midi. à Aubervilliers dans les années 1930. À la fin du, la vie du petit bourg est déjà intimement liée à l’industrialisation naissante.
Des Belges, des Lorrains, des Alsaciens, des Bretons, des Espagnols, des Italiens et des Portugais arrivent par vagues successives. Cette capacité d’absorption et de brassage des populations caractérise l’histoire de la commune. Les ouvriers viennent habiter la banlieue, moins chère que la capitale. Depuis, Aubervilliers est une ville multiculturelle, où cohabitent des provinciaux plus de 70 nationalités. Pendant plusieurs décennies, les grandes industries forgeront l’identité de la ville. La Manufacture des Allumettes est marquée par les grèves de 1893 et 1895 contre la dangerosité des produits et sur la question des salaires et des retraites. Elle est reconstruite en 1902 avec sa cheminée de plus de 45 mètres de haut, qui a été conservée et classée monument historique depuis 2005. En 1967, la Documentation française s’y installe jusqu’à fin 2010 avant que le site ne soit repris en 2015 par l’Institut national du patrimoine.
Le quartier des Quatre-Chemins qui chevauche la limite de territoire communal d’Aubervillers et de Pantin, était surnommé de manière péjorative « la Petite Prusse », en rapport avec les nombreux immigrés venus y travailler à la verrerie Saint-Gobain, implantée en 1866 au bord du canal. L’identité du quartier le conduit même à demander en vain un statut de commune de plein exercice, à la fin du siècle. Pierre Laval devient maire d’Aubervilliers lors d’élections partielles en 1923. Il le restera jusqu’à la Libération de la France en août 1944. Lors de l’élection, sa liste constituée de transfuges de la SFIO, d’exclus de la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) et de notables, s’impose face à une liste de la SFIO, une liste du Parti communiste et une liste de modérés. André Guénier devient son adjoint et son éminence grise à la mairie. Son mandat est marqué par la résorption de plusieurs taudis, le nettoyage des espaces publics, la construction de plusieurs écoles et de nombreuses établissements sociaux. Au début des années 1930, la municipalité refuse de scolariser les enfants des familles espagnoles et d’apporter de l’aide aux chômeurs étrangers, premières victimes de la crise économique.
L’ambassadeur d’Espagne intervient auprès de Pierre Laval pour attirer son attention sur les conditions de vie misérables de ces familles.