Audun-le-Tiche
Histoire d’Audun-le-Tiche
Audun-le-Tiche est une commune de Moselle, en région Grand Est, qui compte 7 180 habitants. Le nom de la localité, Audun, est attesté sous la forme Aqueductus en 898, puis dans une longue série de graphies: Audeux le Thieux en 1289, Aydoch en 1342, Aydoth en 1347, Adecht en 1371, Awedeux, Audieux et Audeux le Thieux en 1389, Adicht en 1404, Adud en 1689, Audun-la-Tiche en 1756, Audun le Tige en 1793 et enfin Audun-le-Tiche en 1801. La forme savante en latin médiéval Aqueductus, « aqueduc », explique phonétiquement les formes postérieures Audeux et Awedeux, identiques à celles d’Audun-le-Roman, attestées Awedeux et Awdeux en 1304 et Audeue-le-Romain en 1776. La forme régulière Audeu correspondait à la prononciation locale en lorrain roman, Audun étant une altération tardive et savante. Le déterminant le Thieux, apparu pour distinguer la commune de l’homophone Audun-le-Roman qui doit sans doute à cette proximité l’altération d’Audeux en Audun, signifie « francique lorrain » en ancien français et se réfère à la langue thioise, c’est-à-dire tudesque, Deutsch-Oth, prononcé localement « déïtch otte ». En luxembourgeois dialectal de Lorraine, on relève Ot et Adicht, sans doute mauvaises graphies pour aducht attesté en moyen haut allemand, ou āduht dans une forme plus conservatrice issue du vieux haut allemand agedoht.
Les premières traces d’occupation du territoire d’Audun-le-Tiche remontent au Mésolithique, vers 8 000 av. J.-C., mais c’est à l’époque romaine que la localité s’épanouit. L’aqueduc gallo-romain qui a donné son nom à l’agglomération a été partiellement retrouvé; vu son gabarit, il ne pouvait alimenter que des bâtiments de grande taille. La bourgade, imposante, comprenait des thermes, des temples et plusieurs nécropoles. Des statues — Minerve, Jupiter à l’Anguipède, tête de divinité, Sirona, Apollon — y ont été retrouvées et furent probablement élaborées sur place dans la pierre d’Audun, calcaire local apprécié dans toute la région et exploité dans des carrières actives à toutes les époques. Aquaeductus était donc un vicus en pleine expansion aux deux premiers siècles, vraisemblablement centre religieux et industriel, l’exploitation du fer lorrain y étant déjà certainement pratiquée.
C’est à l’époque mérovingienne qu’Audun doit sa renommée archéologique: une grande nécropole franque y a été fouillée, originale par de nombreux aspects, qui a livré dans deux cents sépultures armes, parures et accessoires de costume accompagnant les défunts. L’intérêt principal de ce site, hormis des rites funéraires peu courants, réside dans l’agencement des tombes, soigneusement confectionnées en pierres réemployées issues du site gallo-romain tout proche: des milliers de moellons ont été ainsi réutilisés. Il s’agit du plus vaste site mérovingien de Moselle à avoir été publié. De ce site provient également une rare croix de pierre, inscrite à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, datant de la fin de l’Antiquité tardive et attestant d’une pratique chrétienne ancienne. La nécropole a été inscrite par arrêté du 1er décembre 2016, puis classée par arrêté du 3 décembre 2021. Aucun clou n’a par ailleurs été trouvé sur le site. Une retranscription du cartulaire de l’abbaye de Villers-Bettnach mentionne Audun-le-Tiche en 1289 et 1389 sous les formes traduites Awedeux, Audieux et Audeux le Thieux. Au Moyen Âge, l’érection d’un imposant château féodal appartenant à la famille de Malberg, originaire de l’Eifel, conforte l’importance du lieu: ses descendants en restent propriétaires jusqu’à la Révolution française. L’ancien lieu-dit Heymendorf, mentionné Hernedorf en 1220, se situait alors sur le ban de la commune.
C’est à Audun-le-Tiche qu’est née en 1748 l’entreprise de céramique Villeroy & Boch, dont le nom est aujourd’hui associé à un grand groupe industriel européen. En 1817, le village comptait 561 habitants répartis dans 100 maisons, avec pour annexe la ferme de Hirps, et faisait partie de l’ancienne province du Barrois. Au début du XXe siècle, la sidérurgie — mines et usine — prit le relais de l’histoire et transforma la bourgade en ville industrielle, jusqu’à la fermeture, en 1997, de la dernière mine de fer en activité en France. À l’instar de Villerupt et Hussigny-Godbrange, Audun-le-Tiche fut un important centre de l’immigration italienne, qui vint approvisionner le bassin minier de la minette en main-d’œuvre. Une grande partie de cette immigration provenait de Gualdo Tadino, en Ombrie, ville aujourd’hui jumelée avec Audun-le-Tiche. Une escarmouche eut lieu le 30 août 1870, dans laquelle s’illustrèrent les douaniers affectés à la défense de Longwy. Le 29 août, à 23 heures, 110 douaniers, 20 gardes forestiers et 20 gendarmes sortirent de Longwy, commandés par le capitaine des douanes Lostie de Kerhor, parti en reconnaissance vers Audun-le-Tiche. Le 30 août vers 4 heures, la colonne entra dans la ville à la surprise des Prussiens qui occupaient le bourg, et à 6 heures, après une fusillade, les Français firent retour vers Longwy. L’escarmouche d’Audun-le-Tiche fit huit morts, cinq blessés, quatre disparus et quatorze prisonniers dans les rangs allemands, et deux tués et dix-sept blessés dans les rangs français. Cette continuité d’occupation, depuis le vicus gallo-romain jusqu’à la cité ouvrière de la sidérurgie en passant par la nécropole mérovingienne et le château médiéval, fait d’Audun-le-Tiche un palimpseste rare de l’histoire lorraine.