Aytré
Histoire d’Aytré
Aytré est une commune de Charente-Maritime, en Nouvelle-Aquitaine, qui compte 9 578 habitants. Le toponyme d’Aytré est mentionné sous les formes Aitriacus en 970, Aitriaco, Aitrec en 1110, Aitré en 1244, idée véhiculée tout d’abord par Louis-Étienne Arcère. En réalité, les formes anciennes et la forme actuelle s’opposent à cette interprétation. La mention Estrée, isolée, est une erreur de copiste liée à une confusion, car l’ancien français estree est devenu « étrée » et *AITRIACU a évolué en « Aytré » dont la prononciation est quasiment identique (homophonie).
C’est pourquoi les toponymistes la considèrent comme étant fantaisiste et erronée. En réalité, Aytré est issu d’un type toponymique gaulois ou gallo-roman *AITRIACU comme le suggèrent les formes anciennes et les règles des changements phonétiques. Il s’agit d’un dérivé en -i-acum, dont l’évolution phonétique romane a le plus souvent conduit à la finale -é à l’ouest de la France.
Le radical Aytr- peut s’expliquer par l’anthroponyme gallo-romain *Aitrius ou latin Atrius, comme c’est parfois le cas pour ce type de formation toponymique, d’où le sens global de « propriété, domaine rural d’*Aitrius ou Atrius ».
Aytré est le lieu d’une découverte archéologique importante. Les archéologues ont mis au jour les vestiges d’un immense bâtiment, long de presque 50 mètres pour une vingtaine de mètres de largeur, datant du néolithique moyen (4500–4000 ans avant J.-C.). Il s’agirait du premier édifice de ce genre découvert en France. Le site d’Aytré était occupé dès l’Antiquité, au moins à partir du de l’ère chrétienne, comme en témoignent le mur d’origine gallo-romaine découvert sur la place des Charmilles ainsi qu’une « urne gravée en terre grise datant du » lors des travaux de rénovation urbaine vers 1988. En périphérie du village initial, des céramiques et des vestiges gallo-romains ont été mis au jour au lieu-dit « la Moulinette » – alors baigné par les eaux de l’océan. De plus, à Bongraine, dans le quartier nord-ouest d’Aytré, une ferme gallo-romaine a pu être exhumée à l’automne 2004; cette villa romaine s’étendait sur. L’archéologie a pu y mettre en évidence que la production de vin était l’activité principale de ce vaste domaine agricole fondé probablement dans le courant du à la suite de l’édit de Probus qui autorise de nouveau, à partir de 276, la production de vin local et de créer de nouveaux vignobles. eut lieu dès 843 d’abord sur les côtes de l’Aunis.
Bordé par l’océan, Aytré est un territoire vulnérable et mal protégé lors des incursions des Vikings qui eurent lieu dans la région de 843 à 930. Ils installent une base à Aytré pour se livrer au pillage de la côte de l’Aunis, alors dotée de riches salines, depuis l’île de Ré jusqu’à l’île d’Aix et à l’embouchure de la Charente. Une chronique médiévale atteste qu’« ils descendaient d’ordinaire dans la baie d’Angoulins, qu’ils s’étaient même établis à Aytré, qu’ils livrèrent bataille à Fouras et pillèrent Angeriacum ». Après ce siècle tourmenté, vers le milieu du, les Vikings finissent par délaisser définitivement la région, la vie reprend plus paisiblement son cours à Aytré qui s’adonne alors à l’exploitation des salines. Le village n’est définitivement rattaché à la Couronne royale qu’en septembre 1372 après que Charles V de France aura reconquis l’Aunis et la Saintonge avec l’aide du connétable Bertrand Du Guesclin. En 1374, l’Aunis est officiellement reconnue comme une province à part entière par le roi Charles V de France qui la sépare définitivement de la Saintonge. Pendant le règne de Louis XI, les terres d’Aytré et sa seigneurie qui avaient appartenu au duché de Guyenne, deviennent définitivement possession française et entrent dans la royauté de France par un acte signé le 14 juillet 1469. En 1572, le bourg catholique d’Aytré fut détruit par les Rochelais protestants.
En 1590, le faubourg de Saint-Nicolas est annexé par La Rochelle, puis le pont Saint-Sauveur, le Gabut et la Prée de Maubec. et le cardinal de Richelieu, victorieux devant La Rochelle. En 1604, une épidémie de peste sévit dans le bourg. La Rochelle, devenue place forte protestante, fut assiégée une dernière fois d’août 1627 à octobre 1628 par les troupes de Louis XIII et de Richelieu. Ce siège terrible vit périr sur les que comptait la cité à cette époque. Le roi Louis XIII fit d’Aytré son quartier général et s’installa au château des Réaux tandis que Richelieu était au Pont de la Pierre. Une armée de près de stationna alors sur le territoire de la commune, ce qui bouleversa la vie quotidienne de ses habitants. Durant cette période, l’église du bourg fut transformée en chapelle royale.
Le 20 septembre 1632, soit quatre années après la fin du siège de La Rochelle, la reine Anne d’Autriche, épouse du roi Louis XIII, vient séjourner au château de Bongraine « où les habitants de La Rochelle, en manteau noir, vinrent la saluer ». En 1660, un grand feu de joie célèbre la paix retrouvée dans le bourg. En 1680, un bateau fait naufrage sur les rives d’Aytré. Mais après le siège de La Rochelle, la communauté protestante connut rapidement des vicissitudes. Précédant la Révocation de l’édit de Nantes qui eut lieu en 1685, le temple protestant d’Aytré fut supprimé le 9 novembre 1670; puis, 14 ans plus tard, « tous les temples d’Aytré sont rasés ». En 1703, une trombe fait de nombreux dégâts dans le village. En 1762, on y dénombre 237 feux fiscaux, ce qui correspond à une population d’environ 1 185 personnes. En 1773, une émeute de la faim éclate dans le village (comme à Bordeaux la même année).
Pendant la Deuxième République – qui va de 1848 à 1852 -, Aytré va connaître quelques aménagements importants. Le bourg qui n’est pas encore équipé d’un bureau de Poste est pourvu d’un service postal journalier en novembre 1849 à la suite de la demande du Conseil municipal. C’est également pendant cette courte période historique que la municipalité entreprend, dès 1850, de restaurer l’église et de construire un clocher. La grande richesse d’Aytré pendant les années fastueuses du Second Empire reposera essentiellement sur la culture de la vigne dont la production était expédiée par les négociants rochelais vers les États-Unis d’Amérique avant la guerre de Sécession, puis vers la Grande-Bretagne à la suite du juteux traité de libre-échange de 1860. Un évènement spectaculaire vint troubler la quiétude de ce gros village qui vivait de la prospérité de la vigne. Dans la nuit du 23 au 24 avril 1860, un formidable orage s’était abattu sur Aytré et la foudre avait frappé son église où le clocher subit de gros dommages ainsi que la toiture. L’horloge du clocher sera installée en juin 1876. Le 12 mai 1878, le conseil municipal demande un temps d’arrêt au passage à niveau à la sortie du bourg et « le 6 février 1883, une délibération est prise pour la création d’une halte à Aytré ».
Celle-ci sera inaugurée le 1 juillet 1887. Cette nouvelle gare va rompre définitivement l’isolement du bourg et lui permettre d’entrer véritablement dans la modernité suscitée par la Révolution des transports. Mais avant cela, la commune a connu quelques vicissitudes dans son économie villageoise. En effet, la viticulture était devenue la principale ressource économique d’Aytré comme pour nombre de gros bourgs ruraux de l’Aunis jusqu’à ce que survienne la funeste crise du phylloxéra qui a ravagé le vignoble de l’Aunis à partir de 1876. Progressivement depuis cette date, la vigne a été complètement abandonnée à Aytré. Les paysans se sont alors tournés vers les cultures céréalières et fourragères et un peu vers l’élevage laitier mais le bourg a accueilli sa première laiterie très tardivement, seulement au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale alors que le mouvement de la coopération laitière avait été lancé dès 1888, près de Surgères. La transformation du village se poursuit activement dans la dernière décennie de la fin du grâce au développement économique. En mai 1893, la Poste d’Aytré est pourvue d’un bureau de facteur-receveur et, deux années plus tard, le service télégraphique est inauguré en mars 1895.
La Poste devient alors l’un des premiers bureaux des P.T.T. de la Charente-Inférieure avant la fin du, va favoriser le développement des commerces et de quelques petites industries locales dont une briqueterie, un four à chaux, des carrières de sable et l’exploitation de quelques salines sur l’anse de Godechaud. En 1896, la municipalité fait construire dans le vieux bourg une mairie, la Poste, des écoles et des logements pour les fonctionnaires. Ces nouveaux bâtiments, alors situés sur la rue Pasteur, furent inaugurés en 1898. Les loisirs sont rares dans la commune mais dans le village de Bongraine, non loin de son château reconstruit en 1863, un hippodrome est établi et aura la visite d’un illustre hôte en la personne du Président de la République, Sadi Carnot, en août 1890. Durant la Première Guerre mondiale, les Américains assemblent à la gare de La Rochelle-Ville, alors inachevée, du matériel ferroviaire militaire. Une fois l’armistice signé, la Middletown Car Company, une société américaine, fonde en 1920 à Aytré une usine pour la fabrication de wagons et de matériel roulant, sous le nom d’Entreprises industrielles charentaises (EIC). La société est rachetée en 1934 par la Pullman-Standard Car Manufacturing Company.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’usine de construction de matériel ferroviaire est réquisitionnée par l’armée allemande, puis elle est rachetée par le groupe Rothschild. Entre et, un groupe de résistants menés par Paul Manauthon sabotent un ligne de chemin de fer dans la commune. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, Aytré s’est retrouvée dans la poche de La Rochelle, bastion de résistance de l’armée allemande. Une grande partie de la population locale fut évacuée en vue des ultimes combats de la libération. Aytré va connaître au lendemain de la Seconde Guerre mondiale de profondes et rapides transformations qui vont en faire une ville industrielle et ouvrière de premier plan dans l’agglomération rochelaise. Cette situation particulière découlera notamment de l’évolution de sa principale usine qui va affecter durablement la transformation de cette ville. L’usine de montage du matériel ferroviaire qui est reprise en 1956 par la société Brissonneau et Lotz deviendra Alsthom en 1972 par suite de l’absorption de cette société. Ce site industriel ferroviaire va alors profondément marquer et changer la destinée du village agricole en le transformant en une ville de banlieue industrielle et ouvrière.
Alsthom qui emploie déjà plus d’un millier d’ouvriers et de techniciens dans ses ateliers dans les années 1970 deviendra Alstom (sans h) en 1998. Par son poids économique sur la ville et son effet d’entraînement, elle favorise dans son sillage la mise en place de zones industrielles périphériques dont la première apparaît en 1974 avec la ZI de Belle-Aire tandis que l’usine Alstom s’est retrouvée complètement enclavée par le développement de la ville. De par son lourd héritage industriel, générant une population ouvrière nombreuse, Aytré devint alors la « banlieue rouge de La Rochelle » avec ses maires communistes dont Jean-Claude Parage, élu en 1971, et qui sera réélu deux autres fois. Son successeur, Pierre Garnier, d’obédience communiste lui-aussi, sera reconduit également trois fois dans son mandat municipal de 1989 à 2008. C’est pendant la municipalité communiste de Jean-Claude Parage, puis de Pierre Garnier à partir de 1989, que la ville va connaître un embellissement de son centre et le début d’une rénovation urbaine systématique à partir de 1987. Cet aménagement du cœur de la cité a concerné en premier lieu la place de la mairie, puis l’installation de la sculpture Le Cheval d’Aytré en 1989 qui, depuis, est devenue le symbole de la ville qui est toujours « en mal d’identité », en raison de sa trop grande proximité de La Rochelle. À ces opérations de rénovation urbaine s’ajoutent les chantiers d’aménagement des voies de communication et du plan de circulation routière avec la construction de la route des Cottes-Mailles qui contourne le nord d’Aytré, la fin de la mise à 2×2 voies de la rocade urbaine avec la mise en place de trois bretelles d’accès et, enfin, le passage à partir de 1992 du TGV à Aytré. La fin du a été ternie par le passage de la tempête Martin qui, dans la nuit du 27 décembre 1999, a causé de gros dégâts dans Aytré, arrachant la toiture d’un immeuble d’habitations HLM dans le quartier des Grands-Prés et endommageant fortement celui d’un autre.
Quarante familles durent être relogées. Le parc des Tilleuls a été complètement aplati et beaucoup d’arbres en ville ont été couchés. Sur la côte, la dune a subi une très forte érosion, les pontons en rondins qui longeaient la plage ont été désintégrés tandis que les maisons en bord de mer ont été inondées jusqu’à d’eau mais aucune victime n’y a été déplorée. Si l’urbanisation de la commune s’est poursuivie au détriment des surfaces agricoles cultivées, il ne reste aujourd’hui que deux fermes sur les trente initiales, la ville a décidé au début de ce nouveau siècle de préserver des espaces naturels, appelés dans le jargon des urbanistes des coulées vertes, et d’aménager son front de mer. Elle a commencé à se réapproprier les espaces de marais dont le Marais doux au sud, en voisinage de la commune d’Angoulins, par une réhabilitation du paysage du marais, la plantation d’arbres et la mise en place de voies vertes (chemins piétonniers, pistes cyclables). Dans la première décennie des années 2000, les grandes opérations de revitalisation du centre-bourg d’Aytré se sont poursuivies avec notamment l’aménagement de la place de la République dont les travaux se sont achevés à la fin de l’année 2004. Le plan de circulation urbaine a été revu avec la sécurisation de l’une des artères les plus fréquentées de la ville, l’avenue Edmond-Grasset, où transitent en moyenne par jour entre La Jarne et le centre-ville. Sur le plan des loisirs et du tourisme, la ville a commencé à s’ouvrir vers son littoral qu’elle avait longtemps boudé, non par désintérêt, mais à cause de sa fragilité où son maire déclarait encore « C’est historique.
Aytré a toujours tourné le dos à la mer ». Dans la première décennie du, la municipalité a aménagé son front de mer favorisant alors la multiplication des résidences secondaires (351 en 2009) et l’hôtellerie de plein air par l’implantation de quatre terrains de camping dont la capacité totale d’accueil a été portée jusqu’à. Ce bel optimisme et les efforts entrepris en vue de faire d’Aytré une ville balnéaire ont été rayés en une seule nuit. En effet, le 28 février 2010, Aytré a été ravagée par la terrible tempête Xynthia qui a entièrement dévasté son littoral, détruit des hôtels, campings et restaurants, inondé des dizaines de maisons dont un grand nombre d’habitations principales, causant la mort de trois personnes. En avril 2012, l’ombre de Xynthia plane encore sur le littoral de la ville puisque 72 maisons ont dû être démolies, ce qui fait du quartier de la Plage d’Aytré un secteur impropre à l’urbanisation et dont les possibilités du tourisme balnéaire sont sérieusement limitées. La mairie d’Aytré envisage maintenant la reconversion de cette zone en espace naturel. Le liseré côtier va faire l’objet d’une sécurisation de ses abords avec la mise en place d’un PAPI – Programme d’actions et de prévention des inondations. Il consistera en une surélévation du littoral rocheux de – pointe de Roux et anse de Godechaud – par un enrochement avec mise en place de batardeaux et par un renforcement de la dune qui sera revégétalisée et pourvue de trois rangées de haies, nommées « girondines », afin de fixer le sable.
Si la vocation balnéaire de la ville semble maintenant délaissée, le littoral d’Aytré se transforme désormais en un lieu de promenade et de détente. Devenue de longue date la deuxième commune la plus peuplée de l’agglomération rochelaise, plus que jamais, Aytré ambitionne de préserver sa cinquième place des villes de la Charente-Maritime.
Patrimoine religieux
L’église Saint-Étienne d’Aytré date du mais elle a subi de nombreuses transformations, notamment dans le courant du où l’édifice subit de profonds remaniements avec l’aspect actuel d’une église néo-gothique. En 1850, l’église est surélevée pour revoûter la nef et le clocher est construit pour être achevé en 1853. Le Cheval-Navire, plus communément appelé le Cheval d’Aytré, est une sculpture de Christian Renonciat. Cette œuvre monumentale en fonte de est posée au centre d’un bassin en cascades. Pour sa conception, cet artiste s’est inspiré des drakkars des Vikings qui fréquentaient au bas Moyen Âge la baie d’Aytré tandis que les pieux sont une réminiscence de la digue de Richelieu lors du siège de La Rochelle de 1627/1628.
Cette belle place arborée a été réaménagée lors de la réception de cette sculpture originale qui est depuis devenue l’emblème de la ville. La mairie d’Aytré est un édifice du qui est une reconstruction d’un bâtiment érigé pendant le siège de La Rochelle et qui avait servi de cantonnement à l’état-major des armées du roi Louis XIII. Il a conservé de cette première construction la porte d’entrée principale de la mairie. La tour d’entrée de l’ancien château des Réaux, construite au, est l’unique vestige d’un domaine racheté par le conseil général en 1974 qui abrite un important centre médico-éducatif. Il avait servi de demeure au roi Louis XIII pendant le Grand Siège.
Le château de Bongraine, reconstruit en 1863, est une demeure privée caractérisée par un corps de logis central en pierres de taille flanqué à chaque extrémité de tours rondes à toits coniques en ardoise. Il s’agissait d’une ancienne forteresse dont il reste quelques mâchicoulis. Cet ancien château qui servait de sentinelle face à La Rochelle avait reçu, quatre ans après la reddition de la cité protestante, Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, le 20 septembre 1632. L’ancienne mairie et les écoles forment un ensemble immobilier à l’architecture typique de la Troisième République datant de 1896 et peuvent être observées rue Pasteur.