Bagnols-sur-Cèze
Histoire de Bagnols-sur-Cèze
Bagnols-sur-Cèze est une commune de Gard, en Occitanie, qui compte 18 248 habitants. La toponyme « Bagnols » vient du latin balneare qui signifie se baigner, ce serait plus précisément le dérivé de diminutifs du mot balneum qui désigne d’après Pierre Thiénard une station thermale en voie d’abandon. Les occurrences les plus anciennes du nom de la ville sont Baniolas (1119), Balneolae (1281), Balneoleum (1307). Quoi qu’il en soit, elle n’existent plus aujourd’hui.
Des ruines proches de l’école de l’Ancyse en seraient des vestiges. Un lotissement proche a reçu le nom de « rue des bains romains ». La seconde hypothèse explique le nom de la ville par la nécessité pour un voyageur parcourant l’axe nord-sud de la rive droite du Rhône de se mouiller les pieds pour traverser la Cèze à gué.
Pierre Thiénard, qui formule cette hypothèse, remarque que tous les « Bagnols » n’ont pas de source thermales et il relève un cas de « Bagnols » s’expliquant par l’existence d’un gué. Enfin, en vieux français, bagnole désigne une habitation ou un petit groupe d’habitations isolées, un hameau.
Les groupes humains qui peuplent la région de Bagnols durant l’Antiquité sont en étroites relations avec les Grecs de Marseille. Du Moyen Âge aux années 1950, Bagnols est un petit centre urbain rayonnant sur la basse vallée de la Cèze, au carrefour de la vallée de la Cèze et de la route de Lyon au Midi par la rive droite du Rhône. La création du centre d’études nucléaires de Marcoule, lancée en 1954, lui fait faire un rapide saut dans la modernité, triplant sa population, transformant de façon spectaculaire le paysage urbain. Depuis les années 1970, la croissance de la ville a retrouvé un rythme plus modéré, mais Bagnols et le « Gard rhodanien » ont su conserver un réel dynamisme économique. L’actuelle commune de Bagnols fait partie du territoire des Volques Arécomiques, peuple celte qui entretient des relations étroites avec les Grecs de Marseille. Elle est ensuite, puis à partir du Ve siècle de la cité d’Uzès.
Durant l’Antiquité, la voie romaine de Nîmes à Alba-la-Romaine (capitale des Helviens) passe au pied de la colline de l’Ancise (dans l’axe de l’actuel chemin vieux de Lyon) et franchit la Cèze au niveau du gué des Hamelines. L’archéologie révèle que plusieurs sites témoignent d’activités humaines aux quatre coins du territoire communal, sans apporter la preuve qu’à cette époque-là le site actuel de la vieille ville, autour de la Grande Fontaine, soit le plus important. Cependant, la version la plus courante du récit des origines de la ville considère qu’une petite ville romaine se trouvait à l’emplacement de l’actuel centre historique et que l’église paroissiale a pris la place d’un temple d’Isis. C’est au début du qu’apparaît dans les textes le nom de la ville de Bagnols. La plus ancienne mention se trouve écrite sous la forme Baniolas dans le cartulaire de Psalmody, document daté de 1119. Le et le sont des siècles de croissance et de développement pour Bagnols, qui comptera 400 feux ( à?) en 1314.
Bagnols grandit autour de son château féodal (à l’emplacement de l’actuelle médiathèque) et de son marché (transféré depuis Saint-Victor-la-Coste sur décision royale en 1223). La voie menant de Nîmes à Viviers (future RN 86) est déplacée d’un demi-kilomètre vers l’est pour passer par l’actuelle rue de la République et traverser la Cèze comme aujourd’hui: un pont est vraisemblablement construit dès cette époque. Le point d’eau principal, la « Grande Fontaine », est aménagé près de l’église romane Saint-Jean-Baptiste. Dès le, Bagnols a ses seigneurs, et cette seigneurie de Bagnols passera dans de nombreuses mains jusqu’en 1789. Cependant, du à la Révolution, la ville sera administrée de façon autonome par ses consuls. C’est également au que Bagnols, jusque-là dans la mouvance des comtes de Toulouse, est rattachée à la couronne de France par les rois capétiens directs.
Sur le plan administratif, Bagnols fait partie de la sénéchaussée de Beaucaire-Nîmes et reçoit le statut de chef-lieu de viguerie. Sur le plan religieux, Bagnols est située dans le diocèse d’Uzès. Les sont des temps de crise et de dépopulation, marqués notamment par les méfaits des « Grandes Compagnies », les pestes, la révolte des « Tuchins ». Arrivés près de la vallée du Rhône, au début de 1382, les Tuchins campèrent dans les gorges de la Cèze où ils furent rejoints par des nobles dont Régis de Saint-Michel-d’Euzet, Étienne Augier, dit Ferragut du Pin, Vachon de Pont-Saint-Esprit et Verchère de Vénéjan qui prirent leur tête. Ils s’emparèrent alors de Cavillargues, Chusclan et Tresques, avant de piller les châteaux de Sabran, La Roque-sur-Cèze, Saint-Laurent-des-Arbres et Cornillon.
Son neveu, Guillaume III Roger de Beaufort, alors Lieutenant des armes du Sénéchal de Beaucaire, organisa la répression. Il recruta des mercenaires et fit venir une compagnie d’arbelétriers d’Avignon. Ses troupes cantonnées à Bagnols-sur-Cèze attaquèrent alors Cornillon. Dirigées par Gantonnet d’Abzac, Commandant du Saint-Père pour le Païs de Saint-Esprit, elles semèrent la terreur. Guillaume III fit ensuite intervenir son capitaine des gardes de Bagnols, Jean Coq. Ce dernier réussit à pacifier le pays en expulsant les chefs du Tuchinat.
Ce qui permit de signer la paix en février 1383. Si la Renaissance est une embellie, la ville subit ensuite des désordres liés aux guerres de Religion. En 1632, l’armée de Louis XIII assiège brièvement la ville, soupçonnée de soutenir la révolte menée par Henri de Montmorency et Gaston d’Orléans (frère du roi). C’est à la suite de cet épisode que le château est démoli et que les remparts perdent l’aspect qu’ils avaient au Moyen Âge. Les sont des siècles de prospérité, avec comme secteurs moteurs l’artisanat textile, l’élevage du ver à soie, la culture de la vigne et de l’olivier. En ces terres un temps dominées par les protestants, les prêtres missionnaires de Saint-Joseph se voient confier en 1661 la paroisse et un collège.
Ce collège est installé sous Louis XVI dans de nouveaux bâtiments, sur l’emplacement de l’ancien château (l’« ancien collège », devenu « l’îlot Saint-Gilles », c’est-à-dire la médiathèque). Un nouvel hôpital (l’« hôtel-Dieu », actuel bâtiment administratif du CHG de la ville) est édifié au même moment à l’emplacement de l’ancienne citadelle qui gardait la ville. Bagnols donne naissance en 1753 à l’écrivain Antoine Rivarol, qui sera l’une des figures les plus célèbres de la contre-révolution. À la fin du XVIIIe siècle, Bagnols compte environ habitants. Bagnols inscrit son nom dans l’histoire de la Révolution française avant même que celle-ci ne commence: au début d’avril 1789, une émeute populaire éclate, conséquence de la hausse du prix du pain. Au début de 1790, Bagnols devient une commune du département du Gard, dont elle est le chef-lieu d’un canton.
Le régime napoléonien l’attribue à l’arrondissement d’Uzès (supprimé en 1926, date à laquelle Bagnols est rattaché à l’arrondissement de Nîmes). Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle la population bagnolaise se maintient entre et habitants, mais la ville se modernise: destruction de portes et remparts, création de boulevards et d’espaces verts (le jardin du Mont-Cotton avec son théâtre de verdure), assainissement et amélioration de l’approvisionnement en eau, revêtement ou pavement des rues, déplacement du cimetière… Dans les années 1870, le chemin de fer dessert la commune. La gare est inaugurée en 1881. Le tournant majeur de l’histoire bagnolaise a lieu au milieu des années 1950: la création à quelques kilomètres de Bagnols du centre d’études nucléaires de Marcoule (site du CEA) entraîne une transformation spectaculaire de la ville, dont la population triple en une quinzaine d’années ( habitants à la fin des années 1960 contre seulement au milieu des années 1950). L’agriculture cède la première place à l’industrie et aux services et Bagnols devient un temps « la ville la plus jeune de France ». Un lycée « classique » et un lycée « technique » prennent le relais du « vieux collège » tandis qu’un centre hospitalier moderne sort de terre à proximité de l’Hôtel Dieu.
Depuis les années 1970, la population communale poursuit sa croissance à un rythme plus lent, tandis que Bagnols, désormais troisième ville du département, affirme un rôle de capitale du « Gard rhodanien », entre Alès, Nîmes, Avignon et Montélimar.