Bernay
Histoire de Bernay
Bernay est une commune de l’Eure, en région Normandie, qui compte environ 9 622 habitants. Le nom est attesté dès le Xe siècle sous la forme Brenaico, dans une copie postérieure, puis Brenaicum vers l’an 1000 dans le dotalitium de la duchesse Judith, Bernaium en 1017 dans son épitaphe, Bernaicus en 1025, Berniacus en 1026 dans une charte de Richard II, et Bernai dès 1032-1035. Le toponyme peut être issu d’un type gallo-roman BRINNACU ou BRINNACO, latinisé en -acum à l’époque gallo-romaine et qualifiant à l’origine la propriété. La métathèse du r est un phénomène phonétique fréquent, attesté dans les formes anciennes Brin- évoluant en Bern-. François de Beaurepaire préfère pour sa part un thème prélatin bren- ou brin- qu’il croit reconnaître dans les noms de la Brenne, région marécageuse, et qui aurait pu signifier « terrain marécageux » ou « terrain fangeux », ce qui s’accorde avec la situation de Bernay, où la rivière Charentonne vient buter sur un coteau, les Monts, et reçoit le Cosnier au débit important. Pierre-Yves Lambert cite encore le terme bran ou bren signifiant « son » au sens de déjection.
Des vestiges d’habitat du néolithique mis au jour près du hameau des Granges attestent une occupation très ancienne du site. Entre 996 et 1008, le duc de Normandie offrit cette région en douaire à son épouse Judith de Bretagne, qui fonda aussitôt une abbaye bénédictine, l’abbaye Notre-Dame. Les moines aménagèrent le site par d’importants travaux hydrauliques d’assainissement, de moulins et de pêcheries, et bâtirent une abbatiale qui compte parmi les exemples majeurs de l’architecture romane normande. Pour couvrir les frais et assurer leur défense, ils cédèrent une partie de leur propriété en 1048. L’activité commerciale, attestée dès 1198, prit son essor sur l’axe principal de la ville, l’actuelle rue Thiers. L’industrie du drap était réputée, les foires nombreuses, en raison de la diversité et de l’abondance des produits agricoles régionaux. Bernay devint un grand marché chaque samedi.
En 1231, Saint Louis tint dans la ville des assises de justice et y fonda en 1250 un Hôtel-Dieu, en reconnaissance de l’accueil que lui avait réservé la population. Cet Hôtel-Dieu possédait une entrée rue Thiers et s’étendait jusqu’à la rue de la Geôle. À la mort de son fils, Bernay fut incorporée au comté d’Évreux et donnée par Philippe le Bel à son frère Louis de France en 1281. La vénération de Notre-Dame de la Couture, attestée dès le Moyen Âge, est à l’origine de pèlerinages importants qui attirent les foules de toute la Normandie: le pèlerinage marial diocésain a toujours lieu chaque lundi de Pentecôte. La ville connut de nombreuses périodes troublées, notamment durant la guerre de Cent Ans, changeant plusieurs fois de mains. En 1354, à la suite du traité de Mantes, elle fut cédée par le roi à son gendre le roi de Navarre, avec de nombreuses autres terres normandes. Mais les deux hommes entrèrent rapidement en conflit. Bernay fut reprise aux Navarrais après l’arrestation du roi de Navarre, avant de lui être restituée en 1358. Après un court siège, la forteresse fut prise par Bertrand Du Guesclin contre la promesse faite à son capitaine Pierre du Tertre d’intercéder en sa faveur auprès du roi. Dans la tour de la forteresse, les Français s’emparèrent d’archives secrètes du roi de Navarre qui n’avaient pas été brûlées et mirent au jour de nombreuses alliances et complots avec les Anglais. La forteresse fut détruite peu après. Bernay fut un temps restituée au fils du roi de Navarre, avant d’être confisquée par le roi en 1385. La ville passa par la suite aux mains des Anglais avant d’être reprise par les troupes royales.
Au Moyen Âge, Bernay comptait une population aussi importante qu’à Évreux ou à Lisieux. Ce sont les guerres de Religion, puis la révolte populaire des Gauthiers en 1589 — du nom du village de La Chapelle-Gauthier — contre les taxes, qui mirent un terme à la quiétude de la ville. D’importants combats eurent lieu à Bernay lors de la guerre franco-allemande de 1870. En 1881, la desserte ferroviaire de la ville s’accrut avec la mise en service de la ligne d’Échauffour à Bernay, donnant une connexion vers Sainte-Gauburge, alors nœud ferroviaire important. En 1902, la place de la gare devint l’un des terminus des lignes du chemin de fer secondaire à voie métrique de Cormeilles à Glos-Montfort, dont l’exploitation cessa en 1946. La desserte voyageur de la ligne vers Sainte-Gauburge fut interrompue dès 1938. Le 10 septembre 1910, le train express Cherbourg-Paris dérailla en aval de la gare de Bernay, au niveau du passage à niveau de Boucheville; l’accident provoqua douze morts et quarante-sept blessés. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la ville fut occupée par la Wehrmacht pendant quatre ans.