Bourbourg
Histoire de Bourbourg
Bourbourg est une commune du Nord, en région Hauts-de-France, qui compte 7 023 habitants, dans la plaine maritime flamande. Son nom est attesté sous les formes Brucburgh en 1035, Brucburch en 1037 et Borburc en 1150, et rappelle l’omniprésence des marais sur le territoire de l’actuelle commune. Si quelques îlots de terre émergeaient en certains endroits — comme au lieu-dit le Guindal, où ont été retrouvés des vases de terre rouge ou grise d’époque gallo-romaine —, le bourg n’a pu se former que progressivement, à mesure que les marais ont été asséchés, notamment grâce au système de la watringue mis en œuvre par les moines. Bourbourg est apparue sur des terres en partie formées des alluvions descendues de la partie supérieure du bassin de l’Aa, dans une zone basse historiquement vouée à l’élevage et à la pêche.
Vers 800, selon une carte de Malbrancq qui représente la partie orientale du delta de l’Aa, le village Burgus in broco est mentionné, entouré d’Ecclesia in broco (Brouckerque), Grunberga (Bergues), Saint-Wilbrordi (Gravelines), Koudekerke, Spikere (Spycker) et Loo berga (Looberghe). Les Normands ruinent la cité vers 880; le comte de Flandre Baudouin II, dit le Chauve, l’entoure de remparts et de fossés vers 900, et Baudouin III poursuit cet effort en 958. À cette époque, Bourbourg est le chef-lieu d’un doyenné de chrétienté chapeautant plusieurs églises et chapelles, dont Gravelines, l’ensemble dépendant toutefois de l’abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer, qui y prélevait de nombreuses dîmes. Le hameau de Saint-Nicolas apparaît vers 1114; village autonome à ses débuts, il payait la dîme des harengs due par les villages côtiers, marqueur de sa proximité avec l’ancien estuaire de l’Aa, dont l’embouchure a dérivé vers l’est avec le temps. En 1057, Baudouin V de Flandre accorde à l’abbaye Saint-Pierre de Gand, qui possède déjà des terres à Bourbourg, le droit de lever la dîme de la pêche à Bruchburch; cet acte s’explique par la proximité de la mer et des marais, et donc des activités de pêche, autour de Bourbourg à l’époque.
Au Moyen Âge, la cité devient le siège de la châtellenie de Bourbourg, qui regroupe les paroisses de Bourbourg, Saint-Georges-sur-l’Aa, Saint-Pierre-Brouck, Cappelle-Brouck, Craywick, Loon, Drincham, Eringhem, Looberghe en partie — une autre partie relevant de la châtellenie de Bergues-Saint-Winoc —, Millam, Merckeghem et Holque. Les premiers châtelains appartiennent à la famille de Bourbourg, puis aux comtes de Guînes, avant d’arriver à d’autres possesseurs; dans le même temps, les seigneurs de Bourbourg sont les comtes de Flandre successifs, avant que la seigneurie ne tombe au gré des successions et des mariages dans les possessions des rois de France. Le rapport entre l’abbaye Saint-Bertin et la ville de Saint-Omer, d’une part, et Bourbourg, d’autre part, engendra de nombreux conflits relatifs à la fiscalité et aux droits ecclésiastiques. En 1177-1178, le pape fixe les droits de procuration dus par Saint-Bertin pour Bourbourg à l’égard de l’évêque de Thérouanne; en 1180, l’évêque Didier charge le doyen R. et les autres prêtres de Bourbourg de faire payer à Saint-Bertin sa part de la dîme des harengs sous peine d’anathème; en 1181, le pape charge les abbés d’Auxy et de Saint-Jean de Thérouanne d’examiner un différend entre Saint-Bertin et le doyen de Bourbourg.
En 1232, l’évêque Pierre de Doij et le chapitre de Thérouanne notifient les droits dus à l’évêque dans les dépendances de Saint-Bertin, à Bourbourg comme à Merken en Flandre. En 1303, le curé de Bourbourg désigne des paroissiens pour répondre à un interrogatoire mené par le chantre de Saint-Bertin, en qualité de conservateur des privilèges de l’abbaye. Plus tard, le Parlement de Paris condamne Walter, bailli de Bourbourg, ainsi que les maire, échevins et jurés de Gravelines à payer des amendes pour avoir attaqué et emprisonné deux jurés et deux échevins de Saint-Omer, qui étaient pourtant placés sous le sauf-conduit du roi de France; les mis en cause contestaient les privilèges dont les bourgeois de Saint-Omer se prévalaient à Gravelines, privilèges qui furent confirmés par le Parlement. En 1318, Philippe V le Long confirme aux bourgeois de Saint-Omer la charte par laquelle, sous l’approbation de Philippe, comte de Flandre et de Vermandois, les échevins et les élus de la terre de Bourbourg avaient réglé les droits dont jouissaient les habitants de Saint-Omer à Bourbourg. Le territoire de Bourbourg apparaît ainsi, dès le haut Moyen Âge, comme un point névralgique de la chrétienté flamande, articulé entre marais asséchés par la watringue, juridictions abbatiales nombreuses et conflits récurrents de droits avec les seigneuries voisines, dont Saint-Bertin et Saint-Omer. Cette superposition de pouvoirs — comtaux, royaux, ecclésiastiques et urbains — explique la densité documentaire des archives qui concernent la cité, et la mémoire conservée jusqu’à aujourd’hui d’un réseau paroissial dense réparti sur l’ancienne châtellenie.