Bourgoin-Jallieu
Histoire de Bourgoin-Jallieu
Bourgoin-Jallieu est une commune de l’Isère, en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 29 577 habitants. Le nom de la commune correspond à deux paroisses de l’Ancien Régime devenues deux communes distinctes, ensuite réunies sous un seul nom avec l’ajout d’un trait d’union, à l’origine du gentilé Berjallien. Les habitants de Bourgoin étaient auparavant appelés les Bergusiens. Le nom de la cité est attesté sous la forme Bergousia au IIe siècle, Bergusia aux siècles suivants, puis Bergusinna. Le toponyme Bergusia s’est transformé en Bourgoin sous l’influence du nom de personne germanique *Burgundiu, désignant le Burgonde, hypothèse formulée par Auguste Vincent. Le nom de Jallieu, attesté sous les formes Jaliacum, prieuré de Jaillieu, paroisse de Jayllief et chapelle de Jayllieu, dérive du type toponymique gallo-romain *Galliacum, formé sur l’anthroponyme gaulois ou latin Gallius accompagné du suffixe -(i)acum, qui prit la forme spécifique -(i)eu dans le domaine franco-provençal. L’évolution du [g] dur en [ʒ] résulte de la palatalisation qui a affecté la partie centrale du domaine gallo-roman, comme dans le passage du latin gamba au français jambe.
Des occupations néolithiques ont été identifiées sur le territoire de communes voisines, notamment à Saint-Marcel-Bel-Accueil dans la grotte de Messenas, située à proximité de Bourgoin. Dans les marais avoisinants, des sondages archéologiques menés sur le secteur de la Maladière ont révélé l’installation, près d’un lac d’origine glaciaire aujourd’hui disparu, d’un village contemporain du site des Baigneurs du lac de Paladru. Le secteur actuel de Bourgoin-Jallieu se situait à l’ouest du territoire antique des Allobroges, ensemble de tribus gauloises occupant l’ancienne Savoie ainsi que la partie du Dauphiné située au nord de l’Isère. Durant l’époque gallo-romaine, une voie détachée de la Via Agrippa, reliant Vienne, alors Vienna, à Aoste, l’antique Augusta Praetoria Salassorum, traversait Bergusia. La première mention historique de la ville figure sur la table de Peutinger, copie médiévale d’une carte romaine recensant les routes et villes principales de l’Empire, qui désigne la cité sous le nom de Bergusium; l’itinéraire d’Antonin reprit ensuite le nom au féminin, Bergusia. Des restes de villas gallo-romaines ont été découverts à l’est et au nord de la ville, et un long mur romain a été mis au jour en 1981 dans le quartier de la Grive, attestant d’une présence durable durant l’Antiquité.
Avant la chute de l’Empire romain, Bourgoin appartenait au Pagus Viennensis, qui devint plus tard, en partie, le comitatus Viennensis. Au Ve siècle, Bourgoin et le Pagus Viennensis furent soumis par les envahisseurs burgondes, qui se réapproprièrent l’administration gallo-romaine. Après leur domination, puis celle des Francs, Bourgoin dépendit du royaume de Bourgogne. Au début du Moyen Âge, l’importance de Bourgoin est évoquée dans un acte qui désigne la cité sous le vocable villula, signifiant petite ville. À l’époque féodale, la châtellenie de Bourgoin, qui incluait Jallieu et Ruy, fut rattachée à la seigneurie de la Tour-du-Pin, intégrée au Dauphiné en 1282. Elle faisait face à Maubec, baronnie importante dans la mouvance de la famille de Savoie opposée au Dauphin. L’octroi d’une charte de franchises libérale par le dauphin Humbert Ier en 1298 favorisa le développement urbain de la cité, qui devint le siège du tribunal de bailliage du Viennois, le plus riche en revenus des sept bailliages du Dauphiné.
Durant deux siècles, la cité bénéficia des avantages que lui conférait cette juridiction. La transformation du chanvre, cultivé en milieu humide, fut la première activité textile pratiquée à Bourgoin et à Jallieu: de nombreux rotoirs à chanvre, bassins destinés au rouissage de la fibre, existaient en amont et en aval de la ville. Dérivé de la Bourbre, le canal Mouturier permit d’aménager des chutes hydrauliques actionnant le Moulin Delphinal, première installation artisanale de la cité, située à l’emplacement de l’immeuble Le Gutemberg, à l’angle des rues de l’Escot et Dos-de-l’Âne. Un coup sévère fut porté à la prospérité de la ville en 1450, lorsque le Dauphin Louis II, futur Louis XI, décida de transférer le siège du bailliage à Vienne après le rattachement de la cité viennoise au Dauphiné. Selon l’historienne Stéphanie Couriaud, les guerres de Religion du XVIe siècle furent particulièrement destructrices dans la région, accompagnées de troubles et de pillages. Les pestes de 1628 et de 1643 anéantirent plus de la moitié de la population, et la ville subit d’importantes inondations en 1637, 1653 et 1673, illustrant les difficultés sanitaires et naturelles auxquelles la cité dut faire face durant la première modernité. La continuité d’occupation du site, depuis les villas gallo-romaines mises au jour à l’est et au nord jusqu’au mur romain découvert dans le quartier de la Grive en 1981, atteste néanmoins de la résilience d’un peuplement structuré sur cette voie reliant les territoires antiques de Vienne et d’Aoste, un axe hérité de la Via Agrippa qui maintint Bourgoin dans le réseau d’échanges régionaux jusqu’à la première modernité.