Bruz
Histoire de Bruz
Bruz est une commune de 19 651 habitants située dans le département d’Ille-et-Vilaine, en région Bretagne. Le territoire communal s’inscrit dans l’aire urbaine de Rennes, dont la cité gallo-romaine de Condate Riedonum constituait l’ancien chef-lieu. Le toponyme est attesté dès 1066 sous la forme Brud, puis sous les graphies Breuth en 1084, Brutz et Brus aux siècles suivants, avant la stabilisation en Bruz au XVIIIe siècle. L’origine du nom demeure discutée par les linguistes: François de Beaurepaire le rapproche de Brix, dans la Manche, et penche pour un radical prélatin d’origine inconnue, tandis qu’Ernest Nègre propose le nom de personne gallo-romain Bruttius. La lénition du [d] en th puis en z observée dans les formes anciennes rappelle l’évolution phonétique du breton, et deux communes voisines, Goven et Guichen, portent des toponymes de type brittonique. En français, le z final est muet et la prononciation locale se réduit à Bru.
L’occupation humaine du territoire remonte au Néolithique: vers 3000 avant notre ère, des chasseurs se sédentarisent sur le site du Boël et y érigent deux menhirs, celui du Cas Rouge en schiste rouge et celui de la Pierre-qui-Chôme. Bruz appartient ensuite au peuple gaulois des Riedones et entre dans la Gaule lyonnaise après la conquête romaine. Le territoire est traversé par la voie reliant Condate Riedonum à Rieux, qui franchissait la Vilaine au pont de Pont-Réan. L’historien Guy Souillet a identifié dans le tracé des chemins et des champs autour de Martigné les restes du cadastre romain et plusieurs grands domaines dont les noms de propriétaires Lalius, Martinus, Carcius et Sabinus ont donné les toponymes actuels de Laillé, Martigné et Carcé. La paroisse de Bruz est attestée pour la première fois en 1070, lorsque Hodierne, abbesse de Saint-Georges, achète à Quimarhoc une terre située au village de Pan. En 1084, le comte de Rennes Geoffroy Grenonat donne la seigneurie à l’évêque de Rennes Sylvestre de La Guerche: la localité demeurera une seigneurie ecclésiastique jusqu’à la Révolution française. Le manoir de Saint-Armel, au bord de la Seiche, sert longtemps de résidence d’été aux évêques rennais avant d’être reconstruit par Anselme de Chantemerle. Bruz reste un bourg rural d’agriculture céréalière et d’élevage laitier, complété par quelques vignobles dont le cru de la Biardais. En 1529, selon Jean-Baptiste Ogée, deux officiers d’une troupe anglaise stationnée à Brutz furent tués par des paysans, ce qui valut au bourg d’être incendié en représailles, puis reconstruit à son emplacement actuel. Les Filles de la Charité s’y établissent en 1682, et la famille Champion occupe à partir de 1566 le château de Cicé, érigé en baronnie en 1598; Louis Champion, né en 1648, deviendra missionnaire en Chine, évêque de Sabula et vicaire apostolique du Siam.
Patrimoine religieux
L’église Saint-Martin-de-Tours a été construite de 1950 à 1954 par l’architecte Louis Chouinard, en remplacement de l’édifice antérieur détruit lors du bombardement de 1944. Sa structure associe béton armé et pierre violette marbrée de vert, dite jaspée, et l’édifice est titulaire d’un label patrimonial. Louis Chouinard a également édifié le presbytère contigu. Plusieurs chapelles privées et croix de chemin sont disséminées sur le territoire communal: la chapelle du château de Cicé, dédiée à saint Charles Borromée, celle du château de Carcé, datée de la même époque, la chapelle de la Pommeraie ainsi que celle de la Haye de Pan, érigée en 1756. Trois chapelles citées par l’abbé Guillotin de Corson dans son Pouillé historique de Rennes ont disparu: la chapelle Saint-Armel, ancien oratoire privé des évêques de Rennes, Notre-Dame du Bout-du-Pont, ruinée dès 1756, et Notre-Dame de la Biardaye. Le manoir Saint-Armel, inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1975, témoigne quant à lui de la longue présence de l’épiscopat rennais sur la commune. Le manoir a été reconstruit à plusieurs reprises au cours de son histoire: à l’époque médiévale par l’évêque Anselme de Chantemerle, puis à la fin de l’Ancien Régime, avant d’être remanié au siècle suivant. Vendu comme bien national lors de la Révolution française, il quitte alors le domaine ecclésiastique pour passer en mains privées. La commune de Bruz a par ailleurs compté de nombreux châteaux, manoirs et autres demeures, dont la distinction entre les différentes dénominations reste fluctuante: seuls trois bâtiments sont aujourd’hui désignés sous le nom de château. Cette densité de demeures seigneuriales reflète l’attachement de l’évêché de Rennes à ce territoire et la place qu’occupait Bruz dans la mouvance ecclésiastique de la cité épiscopale. La toponymie locale conserve par ailleurs la mémoire des cellules monastiques antiques et médiévales: ainsi la petite enclave de Saint-Jacques, qui a donné son nom à Saint-Jacques-de-la-Lande, ou les ruisseaux et marais qui entouraient l’ancien manoir épiscopal et étaient alimentés par le ruisseau de Risnel. La fondation de la paroisse en 1070, l’établissement des Filles de la Charité en 1682 et la dévotion locale aux saints titulaires des chapelles privées, parmi lesquelles saint Charles Borromée pour Cicé, illustrent la continuité d’une vie religieuse rurale solidement implantée jusqu’au seuil de la Révolution.