Châtillon-sur-Indre
Histoire de Châtillon-sur-Indre
Châtillon-sur-Indre est une commune de Indre, en Centre-Val de Loire, qui compte 2 304 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes latines Castellionem avant 931 et Castellionum villa, in pago Bituricensi en 931, dans cette phrase Totum castrum quod castellio dicitur ad parrochiam sancti Tiburcii pertinere en 1202, puis sous la forme Casteillone en 1012. Châtillon serait un dérivé, sans doute mérovingien, du bas latin castellum, diminutif de castrum, accompagné du suffixe -ionem. Castrum désigne d’abord tous les types de forteresse, depuis le simple donjon jusqu’à l’enceinte urbaine, puis se spécialise dans le sens de « château fort » et se réduit ensuite à celui de « résidence seigneuriale fortifiée ».
Ses habitants sont appelés les Châtillonnais.
Au hameau de la Gambade, en face de Toizelay, au sud de la route de Tours, et à l’est du GR un menhir est édifié. Il constitue la plus ancienne trace de la présence humaine à Châtillon. Une tombe à char gauloise datant de l’époque augustéenne (fin du ) fut mise au jour dans la localité voisine de Fléré-la-Rivière. Il s’agit de la sépulture de ce type la plus tardive connue à ce jour. Châtillon se situe aux confins de la Touraine et du Berry. La plus ancienne mention de la ville se trouve dans le Liber de compositione castri Ambaziae qui indique que Charles le Chauve a donné, vers 860-870, à la terre de Buzançais, la motte et la demeure de Châtillon, et le tiers d’Amboise. Son fils, hérita de ses biens qui revinrent ensuite à son petit-fils, de Buzançais. Lui succéda Mille-Boucliers vers 950, seigneur de Buzançais.
Ce dernier eut deux fils, (né en 935) qui lui succéda, et Hervé, qui fut trésorier de l’abbaye Saint-Martin de Tours et la fit reconstruire après un incendie, vers 994. eut deux fils: Archambaud et Hervé/. Archambaud eut une fille, Hersende de Buzançais, qui par son mariage avec Lisois d’Amboise a fondé la maison d’Amboise; son frère Hervé/, seigneur de Verneuil et de la tour d’Amboise, succéda à son oncle Hervé comme trésorier de l’abbaye Saint-Martin de Tours. Le comte d’Anjou Foulque Nerra est intervenu dans le partage de la succession d’Archambaud, mais les descendants d’Archambaud sont restés seigneurs de Châtillon au moins jusqu’au tout en étant dépendants des comtes d’Anjou dès le début. En 935 a lieu près de Châtillon-sur-Indre un affrontement entre des troupes d’envahisseurs hongrois avec celles menées par de Déols, dit l’Ancien ou le Noble. Le comte d’Anjou Henri Plantagenêt épouse Aliénor d’Aquitaine, séparée de. En 1154 il devient roi d’Angleterre et duc de Normandie sous le nom d’. Il est le vassal le plus puissant du roi de France et son domaine est le plus grand.
En 1180, Philippe Auguste, fils de et d’Adèle de Champagne, devient roi de France. L’apogée de la ville se situe au sous la domination des comtes d’Anjou, en particulier le conquérant de l’Angleterre, Henri II Plantagenêt, seigneur de Châtillon de 1151 à 1189. C’est lui qui fit édifier le donjon et les murailles de la forteresse destinée à devenir un point d’appui sur les frontières orientales de l’Anjou. Plantagenêt passe un acte à Châtillon-sur-Indre au profit de l’abbaye de Beaugerais. Philippe Auguste y rencontre afin de négocier un accord, sans succès. Une seconde conférence est décidée pour le 18 novembre à Bonsmoulins. Le château a dû être pris par Philippe Auguste la même année. Dans les conflits entre Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste, le château a changé plusieurs fois de contrôle.
Par le traité signé le entre Philippe Auguste et Jean sans Terre (qui négligeait ainsi les intérêts de son frère le roi Richard, alors prisonnier du Saint-Empire), les châteaux de Loches, d’Arches et de Châtillon-sur-Indre sont donnés en gage au roi de France. Philippe Auguste a conquis la Touraine en 1205. Il cède les châteaux de Loches et de Châtillon-sur-Indre au fils du connétable Dreux IV de Mello qui les avait conquis, à la condition qu’ils lui soient rendus à sa demande. En 1249, le roi demanda à ses descendants qu’on lui restitue les châteaux. Les descendants ayant contesté cette restitution, le roi accorda à Dreux, neveu du précédent, pour renoncer aux châteaux de Loches et de Châtillon-sur-Indre. Les recettes des prévôtés de Châtillon et de Loches sont portées au compte des bailliages de France en 1250. En 1274, fils de Saint Louis (lui-même petit-fils de Philippe Auguste), donne le château, la ville et la châtellenie de Châtillon à son chambellan Pierre de La Broce. Bien qu’il n’ait été seigneur de Châtillon que jusqu’au début de 1278, il eut le temps de faire construire le logis seigneurial.
Quand Pierre de La Broce est arrêté, le logis est encore en cours de construction. Les dépositions faites au moment de l’arrestation de Pierre de La Broce donnent le nom d’Harpin, valet de Pierre de La Broce et régisseur des travaux réalisés par maître Pierre du Ru, entrepreneur en maçonnerie. La châtellenie est alors réintégrée dans le domaine royal. Le château sert de séjour royal occasionnel au cours des XIIIe-XIVe siècles. est présent au château entre le 26 novembre- et le. Son fils le roi y séjourne en, et, et son propre fils y signe un acte le. Le futur séjourne au château en 1345 et 1346. La châtellenie de Châtillon-sur-Indre faisait partie du duché de Touraine.
Le duché de Touraine est un apanage de en 1386. Il nomme en 1388 Jean des Barres, chevalier et chambellan du roi, capitaine du château. La paroisse était située à l’origine à Toizelay (à à l’ouest du village actuel), jusqu’à la construction du château à Châtillon. Le château a créé un pôle d’attraction, et le village s’est petit à petit presque entièrement déplacé, jusqu’à ce que le village d’origine ne soit qu’un simple hameau. Il a cependant conservé les cimetières. La concurrence créée entre les deux paroisses, la plus vieille, Saint-Tiburce à Toizelay, et Saint-Outrille, la nouvelle, à Châtillon, suscita un long conflit qui dura. Le nouveau bourg était entouré d’un mur d’enceinte symbolique, de de haut mais de seulement d’épaisseur. En 1432, le château sert de prison à Louis d’Amboise.
En 1441, Robert de Flot, dit Floquin (Robert de Flocques?), est capitaine du château. C’est Jean de Boisredon qui est nommé capitaine du château. Rend hommage lige pour le château, la ville et la châtellenie qu’il reçoit en paiement d’une dette de que lui doit le roi. Son épouse, Jeanne de Raguenel de Malestroit de la Bellière conserva la châtellenie en usufruit jusqu’à ce que le roi la donne à son épouse, Anne de Bretagne, le. Finalement Anne de Bretagne préféra le château de Mehun-sur-Yèvre en 1494. avait marié sa fille, Jeanne de France, en 1476, avec d’Orléans. Cette dernière, mal conformée, était probablement stérile. Il espérait par ce moyen l’extinction de cette maison cadette des Valois.
À la mort de, en 1498, d’Orléans devint roi sous le nom de. Il obtint alors l’annulation de son mariage avec Jeanne de France par le pape. Il donna à Jeanne de France le duché de Berry et la châtellenie de Châtillon-sur-Indre le. L’archevêque de Bourges bénit et consacre la chapelle Notre-Dame du Château et d’y conserver le Saint-Sacrement. À sa mort, en 1505, la châtellenie revient au domaine royal. donne tout le revenu de la seigneurie de Châtillon à Charles de Solier, seigneur de Morette (Solaro di Moretta, cf. [https://fr.qwe.wiki/wiki/Charles_de_Solier,_comte_de_Morette Charles de Solier, comte de Morette], 1480/1481-1552, ambassadeur de France en Angleterre), le, sans en avoir la propriété. racheta ce droit pour pouvoir assigner la châtellenie sur le douaire d’Éléonore d’Autriche, le.
À la mort de la reine, le, la terre retourne au domaine royal. Par lettre patente enregistrée le au Parlement de Paris, donne à son frère François d’Alençon en complément d’apanage les duchés d’Anjou, de Berry et de Touraine. François d’Alençon assigna la terre de Châtillon à Louis de Hacqueville, seigneur de Neuville. Puis lui reprit la terre pour l’engager par contrat, le, pour, à Jean Marteau au nom de Florent Guyot, sieur de Lessart. Florent Guyot était gouverneur de Saumur avant que cette fonction soit attribuée à Philippe Duplessis-Mornay le. Il y a fait d’importants travaux de fortification et de réparations. Un arrêt du attribua une rente de à Louis de Hacqueville en compensation de la terre de Châtillon. Châtillon devient le siège d’une élection par démembrement de celle de Loches, en, et comprenant treize paroisses.
Pour permettre la construction d’un auditoire, tribunal de justice, et d’une prison, des lettres patentes du prévoient la levée d’un impôt de dans l’élection. Florent Guyot vendit ses droits sur Châtillon à César de Vendôme, fils naturel d’, le pour. Bien que la terre fût vendue à un seigneur engagiste, le roi conservait le droit de nommer le capitaine du château. C’est ce que fit en nommant le le baron de Sennevières, Charles de Tranchelion, un protestant, à la charge de capitaine du château de la ville. Cette nomination a été confirmée le par. Les habitants vont entrer en conflit avec lui pour la construction d’une porte et l’ouverture des murailles de la ville sans autorisation du roi. Le conseil du roi examina la plainte le et ordonna d’arrêter les travaux et de remettre la muraille dans l’état précédent. Châtillon devient le siège d’un bailliage et d’un présidial par démembrement du présidial de Tours, en 1639.
Le bâtiment de justice et d’administration afférent est construit dans le quartier Saint-Nicolas. César de Vendôme vend la terre de Châtillon à Georges Ysoré, conseiller du roi, capitaine de cent hommes d’armes, lieutenant général du gouvernement de Touraine, marquis d’Airvault, pour la somme de. La vente comprend aussi la charge de capitaine du château. Il fit d’importants travaux dans ledit château. Il est encore seigneur par engagement dans un acte. Son fils René Ysoré lui succéda, mais la terre est saisie et adjugée le à Jean-Paul de Barillon d’Amoncourt de Branges de Morangis, conseiller d’État, ambassadeur extraordinaire en Angleterre. Il donna Châtillon en dot à sa fille Philiberte au moment de son mariage avec Denis-Jean Amelot de Chaillou, le. Jean-Jacques Amelot de Chaillou succéda à son père à sa mort en 1746.
Antoine-Jean Amelot de Chaillou hérita de ses domaines à la mort de Jean-Jacques Amelot, le. Par lettres de, enregistrées en 1783, la seigneurie de Châtillon est élevée en marquisat de Chaillou. La seigneurie resta dans la famille Amelot de Chaillou jusqu’à la Révolution. Le Parlement de Paris enregistre l’échange avec le roi de la châtellenie de Châtillon contre des terres et des maisons proches du parc de Versailles possédés par Amelot de Chaillou. La châtellenie quitta à cette date le domaine royal. À la fin du, Sylvain Charost, prieur de Miseray, l’abbaye d’Heugnes est arrêté. Il est accusé de complicité de meurtre à Châtillon-sur-Indre. C’est une grossière calomnie et il est innocenté en 1701.
Comme Azay-le-Ferron, cette commune tourangelle fut, en compagnie de quelques-unes de ses voisines, regroupée avec le Bas-Berry pour former le département de l’Indre. Elle fut primitivement chef-lieu du district de Châtillon, de 1790 à 1795. Entre 1790 et 1794, la commune absorbe celle voisine de Saint-Martin-de-Vertou. Les héritiers d’Antoine-Jean Amelot vendent les bâtiments du château sauf le donjon et la terrasse adjacente. Le logis est vendu en quatre parcelles. Édouard de la Cotardière donne le donjon à la commune. Le donjon est transformé en château d’eau par la commune en 1930. Pour permettre l’installation de salles de réunions, d’une salle de spectacles et d’une salle de patronage laïc, la commune acheta en 1932 deux parcelles de l’ancien logis.
Les travaux sont dirigés par les architectes Albert Laprade et Jean Varaine. Les locaux sont inaugurés en 1935. Entre le 29 janvier 1939- et le, plus de espagnols fuyant l’effondrement de la république espagnole devant les troupes de Franco, arrivent dans l’Indre. Contrairement aux départements voisins qui font appel aux communes, l’Indre réussit à les regrouper dans seulement trois, puis sept centres, ce qui permet un meilleur contrôle de cette population considérée comme dangereuse (notamment sur le plan sanitaire). Châtillon-sur-Indre est l’un des centres ouverts en second. Les réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants, sont soumis à une quarantaine stricte, vaccinés, le courrier est limité, le ravitaillement, s’il est peu varié et cuisiné à la française, est cependant assuré. Une partie des réfugiés rentrent en Espagne, incités par le gouvernement français qui en facilite les conditions, mais une grande partie préfèrent rester. La fermeture du camp, prévue pour le 10 mar 1940-, est repoussée au 1er juin 1940-.
L’exode de juin 1940 concerne aussi ces réfugiés, qui une fois la campagne de France passée, reviennent. Le régime de Vichy les rassemble alors au camp de Douadic, surveillé par la police. La région de Châtillon-sur-Indre est pendant la Seconde Guerre mondiale un centre important de résistance à l’occupation. Dès le débarquement en Normandie, les premiers sabotages sont effectués sur le « Pont de fer ». La ville se trouvant sur une des routes de la retraite allemande, des épisodes sanglants marquent cette retraite tout au long du mois d’août, particulièrement les 12, 16, 25, 27 et 28 août, faisant de nombreuses victimes à chaque incident. À la suite du redécoupage cantonal de 2014, la commune n’est plus chef-lieu de canton.
Patrimoine religieux
Le château a été construit à partir d’une motte castrale existant sous, par vers 1150, pour la chemise, et vers 1188 pour la fin de la construction de la « Grosse Tour ». Il en reste le donjon, appelée Tour de César, légèrement conique, sa chemise polygonale ainsi que la courtine nord défendue par deux tours, ou porte d’en bas, rue Isorée tout le reste a été remanié ou détruit. On ne connaît pas le logis contemporain du donjon. Le logis avec le bâtiment des anciennes prisons ont été construits à l’Est du donjon après la donation du château par à son chancelier Pierre de La Broce. Il en a entrepris la construction à partir de 1274.
Le château est revenu au domaine royal après la condamnation de Pierre de La Broce et sa pendaison en juin 1278. La construction a été poursuivie et terminée par, avec la construction de la terrasse avant 1285, faisant du château-fort, un château résidentiel. Bien que partagé entre la commune et des propriétaires privés et profondément modifié lors de l’aménagement de la salle des fêtes vers 1930, il garde l’essentiel de son intérêt. C’est l’un des très rares témoins en France, de l’architecture civile. Même si la datation du réapparaît régulièrement, l’étude réalisée par Jean-Pierre Ravaux en 1984 reste tout à fait convaincante par la quantité et la qualité des arguments architecturaux et des documents d’archives apportés à l’appui de sa thèse.
Des études publiées dans le « Bulletin monumental » de 2010 ont permis de les préciser. Il a été restauré en 2006 est contemporaine de la construction du château fort, la collégiale Saint-Outrille aujourd’hui église Notre-Dame, a été édifiée sur plus d’un siècle. Les éléments les plus anciens de l’abside sont de la fin du, le corps de l’édifice est du alors que la voûte de la croisée du transept ainsi que certains éléments de la façade occidentale sont du début. La richesse de son décor sculpté, ses verrières, la variété des techniques employées pour ses voûtes et son étonnante élévation sont ses intérêts majeurs. Orgue de chœur, chapelle absidiale gauche.