Chinon
Histoire de Chinon
Chinon est une commune d’Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire, qui compte 8 052 habitants. Le plateau de Chinon, dominant la Vienne, finit en éperon presque à toucher la rivière. Les hauteurs de la face sud de ce saillant escarpé abritent des habitations troglodytiques très anciennes. Très tôt, son extrémité ouest est fortifiée, probablement par les Gaulois et sans aucun doute par les Romains. L’archéologie locale atteste la présence à Chinon d’une importante agglomération gallo-romaine protégée par des défenses permanentes.
Avec saint Martin de Tours, mort en 397 à Candes-Saint-Martin, la chronique chrétienne évoque la ville et ses alentours. C’est l’un de ses disciples, saint Mesme, également appelé Maxime ou Mexme, qui fonde à Chinon un couvent de moines cloîtrés dont il est le premier abbé. Autour du monastère la population se regroupe, et Mesme doit faire construire un second lieu de culte, l’église Saint-Étienne. En 845, Chinon est pillée par le chef viking Hasting. Sous le règne de Clotaire Ier, l’épouse du souverain Radegonde se retire du monde et suit les enseignements de l’ermite Jean le Reclus, établi dans une des grottes du coteau de Chinon. À la mort du roi, la Touraine passe à son fils Sigebert. La décadence des Mérovingiens laisse la main libre aux institutions religieuses, et les archevêques de Tours deviennent seigneurs de Chinon, composant par la suite avec les comtes de Touraine. C’est l’un d’eux, Thibault le Tricheur, comte de Blois et de Chartres, qui fait restaurer la forteresse de Chinon en 950. Sa fille Emma, épouse de Guillaume Fierabras, hérite de la ville, qui passe à son fils Guillaume le Grand puis à l’oncle de ce dernier.
Chinon est alors entraînée dans les querelles suscitées par les vues expansionnistes de l’Anjou sur les provinces voisines de Touraine et du Poitou. Thibault, comte de Touraine, doit céder à son voisin angevin Geoffroy Martel, fils de Foulques Nerra, toutes ses possessions tourangelles, dont Tours et Chinon. À sa mort, Geoffroy Martel partage ses biens entre ses deux neveux: Geoffroy le Barbu reçoit la Touraine et Chinon, son frère Foulques le Réchin l’Anjou et la Saintonge. Lutte fratricide à l’appui, le second s’empare de l’héritage du premier, usurpation entérinée par un don du Barbu au fils du Réchin, Geoffroy. Mort sans postérité en 1106, ce dernier est remplacé par son demi-frère Foulques V, dont le mariage avec Sybille, fille du comte du Maine, lie cette province à l’Anjou et à la Touraine. Le fils de Foulques, Geoffroy Plantagenêt, épouse en 1128 Mathilde l’Emperesse, ce qui lui permet de réclamer l’héritage de Guillaume le Conquérant, grand-père de la mariée. Il impose sa loi sur ses possessions françaises et réduit à l’obéissance la noblesse turbulente. À sa mort en 1151, ses États passent à son fils Henri, qui épouse en 1152 Aliénor d’Aquitaine apportant le Poitou et l’Aquitaine, puis accède en 1154 à la couronne d’Angleterre. Son cadet Geoffroy reçoit les places fortes de Chinon, Loudun et Mirebeau, mais doit en 1156 renoncer à toutes ses possessions en échange d’une pension. En raison de la position stratégique de la ville, les comtes de Touraine puis ceux d’Anjou ne confient jamais Chinon à un vassal et en conservent l’administration via des gouverneurs; Henri II en fait l’une de ses résidences favorites et apporte à la cité la prospérité d’une cour royale.
Patrimoine religieux
La ville ancienne se développe autour d’un axe est-ouest, la rue Haute, au pied du coteau et donc à l’abri des crues de la Vienne; cet axe correspond aujourd’hui aux rues Haute-Saint-Maurice, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau et Diderot. Son réseau urbain et de nombreux bâtiments remontent au Moyen Âge, en particulier au XIIe siècle, période où la présence de la cour royale a favorisé un important développement urbain. La forteresse royale de Chinon est située sur l’éperon rocheux dominant la rive droite de la Vienne et la ville. Cette position stratégique lui permettait de contrôler le passage sur la rivière, qui se jette dans la Loire à quelques kilomètres de là. La forteresse médiévale, par ses dimensions importantes, domine l’ensemble de la vieille ville développée en contrebas, ses murailles suivant le contour de l’éperon rocheux sur environ quatre cents mètres de long.
L’ensemble est divisé en trois parties que les rois ont appelées leurs trois châteaux et qui figurent de manière stylisée, sous la forme de trois tours, sur les armoiries de la ville. D’ouest en est, l’éperon est barré par une série de fossés qui séparent le fort du Coudray, le château du Milieu et le fort Saint-Georges, chacun possédant une enceinte indépendante. Le château du Milieu abritait les principaux corps de logis, dont les logis royaux, ainsi que la chapelle Saint-Melaine. L’entrée du château du Milieu, partie centrale de l’ensemble, se fait par la tour de l’Horloge, bâtie au XIVe siècle. Une cloche, la Marie-Javelle fondue en 1399, est placée dans un lanternon sur la plate-forme: elle sonne toutes les heures et est actionnée à la main pour les grandes occasions. Vers l’est, le fossé séparant le château du Milieu du fort Saint-Georges était autrefois enjambé par un pont de bois aboutissant à un pont-levis, depuis remplacé par un pont de pierre.