Conty
Histoire de Conty
Conty est une commune de Somme, en Hauts-de-France, qui compte 1 759 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Conteium en 1042, 1203, 1230; Conteyum en 1066; Conteiense castellum en 1069; Honor Conteiensis en 1069; Contiacum en 1142; Conty en 1161; Cunteium en 1169; Contheium en 1190; Conti en 1194; Conthiacum en 1269; Contheyum en 1301; Conthy en 1303; Courty en 1423; Contis en 1607; Comty en 1682.
La Selle, le bois et le promontoire (dominant toute la vallée et où plus tard se dressera le château) sont des facteurs qui incitèrent l’homme à s’y installer. L’histoire de Conty semble d’une grande richesse mais peu de documents sont parvenus jusqu’à nous de la période concernant le premier millénaire de notre ère. Concernant les temps les plus anciens, des fouilles récentes (effectuées lors du décaissement d’une carrière), près de la Selle, ont mis au jour des ossements et des restes de vie en communauté datant des hommes préhistoriques. Au milieu du, vers 450, Attila et ses hordes de Huns auraient détruit Conty, comme ils saccagèrent Amiens et rasèrent Grandvilliers. Conty est située sur l’ancienne voie romaine conduisant à Beauvais, qui est appelée chaussée Brunehaut. Les Romains ayant l’habitude d’enterrer leurs morts sur les bords des chemins, deux tombes datant de l’époque gallo-romaine sont découvertes près du cimetière Saint-Martin, lors de terrassements, le 21 septembre 1848. Le voisinage du cimetière de Conty aurait été, dans des temps reculés, un lieu consacré aux inhumations. Conty doit sa renommée à la source de Saint-Antoine qui aurait des vertus, et qui jaillit, dit-on, sous l’autel de l’église Saint-Antoine.
Au cours du, les Vikings pillent les lieux. Leurs pillages et sauvageries amènent les populations à se réunir en une société hiérarchiquement mieux organisée et contribuèrent à l’installation de la féodalité. C’est au que s’établit la première organisation féodale à Conty. Le tout premier seigneur, nommé Oger de Conty, est cité en 1044. Cette première famille féodale aurait aussi eu Poix et le titre de vicomte d’Amiens, sous la suzeraineté des comtes de Breteuil et des comtes d’Amiens. Au, les seigneuries de Poix et de Conty, qui avaient fait partie du Beauvaisis, étaient des vicomtés dépendant du comté d’Amiens. Ces deux bourgs accueillaient par moitié la justice de la prévôté du Beauvaisi, dont le siège fut transféré par la suite à Grandvilliers. Vers 1300, Agnès de Conty, fille d’Eustache, est, après son père, dame de Conty et de Hallencourt et transmet la seigneurie à son mari Wauthier II du Hamel, vassal de l’Abbaye Saint-Pierre de Corbie.
En 1426, Isabelle du Hamel transmet la seigneurie à son époux Colart de Mailly, reçu sénéchal du Vermandois le: sans postérité, c’est alors Ferry de Mailly, frère de Colart, qui hérite vers 1484. Celui-ci, comme son frère, combat avec les Bourguignons, mais il se rallie au roi de France en 1450. Les guerres médiévales ont, comme ailleurs, considérablement rétréci la surface du bourg, beaucoup plus importante autrefois (au temps où il y avait moins à craindre en dehors de murailles). La châtellenie de Conty disposait des fiefs de Rivière, du Hamel, de Luzières, de Moienbus, de Noyenne et de Rivery, le Clos Saint-Ladre. Adrien de Mailly obtient du roi en 1486, l’établissement de deux foires par an, et un marché-franc, tous les vendredis de l’année, pour la vente du blé dans Conty. Les Mailly, sires de Conty, se sont fondus au dans la Maison de Roye, comtes de Roucy, Madeleine de Mailly, arrière-petite-fille de Ferry épousant Charles de Roye le, au château de Saint-Germain-en-Laye en présence du roi François: par le mariage de leur fille Éléonore de Roye avec Louis Ier de Bourbon-Condé en 1551, les princes de Condé en héritent, puis leur branche cadette de Bourbon-Conti. Conty compte alors de nombreuses rues aujourd’hui disparues ou rebaptisées: rue Moyart, rue de Lombardie (à la suite de l’installation des Lombards (banquiers) à Amiens), rue de Thilloy, rue du Mesnil, rue de Pecquerine, rue de la Chaussée ou rue à l’Eau (ainsi appelée car la source de Saint-Antoine y coulait et un lavoir public y était établi), rue dite Ouin, rue Verte, rue de Ville. Il y avait aussi des moulins à drap, à papier et à tan, mus par le courant de la rivière Selle.
Lors des Guerres de Religion, en 1589, le château est pris par les Ligueurs de la ville d’Amiens. En 1691, le 3 avril, sur les 6 heures du matin, un incendie se déclare dans la grande rue, près de l’église, chez Charles Englart qui meurt avec sa femme en voulant sauver quelques meubles. De nombreux autres incendies (dans les années 1709, 1734, 1809, 1812, 1825, 1827) ont apporté la désolation dans le bourg. En 1758, une inondation considérable se forme par suite de la fonte des neiges. Lors de la Révolution française, en 1790, à cause d’émeutes, un peloton de gendarmes et de Gardes nationaux a été appelé pour rétablir l’ordre dans le bourg. En 1832, Conty subit les ravages du choléra-morbus. L’apparition de cette maladie serait expliquée par les nombreux marais environnants. En 1841, Camille Rouillon installe à Conty une fabrique de papier alimentée par la force de la Selle, agrandie en 1874 et 1880.
En 1896, la papeterie dispose d’une machine à vapeur, mais la turbine hydraulique serait encore en place. Vers 1850, la halle d’autrefois, assez vaste, bâtie en charpente avec des bas-côtés et couverte en tuiles, est détruite par un incendie et remplacée par une construction en briques, couverte en ardoises conçue par l’architecte Firmin Lombard. Elle comportait également le bureau du maire, la salle du conseil municipal, le bureau du juge de paix, ainsi qu’un grenier à grains. La gare de Conty, située sur la ligne Beauvais – Amiens, est mise en service en 1876 et facilite les déplacements des habitants et le développement de l’économie locale. Le service voyageurs a cessé en 1939, et, après la fin de l’exploitation ferroviaire vers 1979, sa plate-forme a été transformée en chemin de promenade, la Coulée verte, qui relie Crèvecœur-le-Grand à Vers-sur-Selles. À la fin du, les frères anglais Battersby exploitent rue Henri-Dunant une fabrique de chapeaux melons en feutre fabriqué avec du poil de lapin importé d’Australie et achètent en 1907 l’ancienne papeterie qu’ils transforment pour les besoins de la chapellerie. Afin de loger les contremaitres et ouvriers, ils font construire le quartier anglais, qui se trouve au sud de la commune, rue des écoles, à de l’usine. Celle-ci fonctionne jusqu’à la fin des années 1950.
Lors de leur retour à Manchester, le quartier est repris en 1938 par la famille française Moreau, et les installations industrielles de l’ancien moulin à eau sont utilisées à partir de 1962 par un fabricant de linoleum, puis par diverses entreprises situé sur l’actuel terrain de football, ainsi que dans l’hospice Saint-Antoine. Les véhicules militaires et sanitaires étaient garés dans la cour de la papeterie située au bout de la rue des chapeliers. Les soldats qui n’ont pas survécu à leurs blessures ont été enterrés pendant quelques années sur un versant de l’actuel cimetière communal, avant que leurs corps ne soient regroupés dans des nécropoles militaires ou rendus aux familles qui en ont fait la demande pour les enterrer dans les caveaux familiaux. La gare de Conty a été utilisée pour le débarquement, à partir de 1917, des premiers chars chars Schneider CA1 français ainsi que du matériel et du ravitaillement pour alimenter le front picard. La 1re armée (France)| du général Debeney a établi son quartier général en juin ou juillet 1918 dans une maison située dans la rue qui porte désormais son nom. Il y a préparé les offensives victorieuses, déclenchées le 8 août et qui se sont terminées par l’Armistice du 11 novembre 1918. Deux bombes sont tombées pendant la guerre sur la ville, l’une dans la rue Caroline Follet (dite rue à l’eau), l’autre a fait un mort et un blessé aux abords de l’actuel Val de Selle. Durant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de résistants FFI (Organisation de résistance de l’Armée) spécialisé dans le sabotage et le renseignement est actif sur le secteur de Conty.
Son chef, le saint-cyrien Guy Marie Dunoyer de Ségonzac, qui habitait ferme de Campreux à Thoix, est tué alors qu’il “nettoyait” Conty avec les troupes britanniques lors de la libération de la ville le. La rue Guy de Segonzac porte son nom et un monument commémoratif y est érigé. Le chef de la gendarmerie de Conty de l’époque, Gilbert Godard, était un agent de renseignements français qui est arrêté par la Gestapo le. Il est interné à Amiens, puis au camp de Royallieu avant d’être déporté pour Dachau. Il meurt dans le train de la mort le 2 juillet 1944. La commune a absorbé en 1973 celle de Wailly.