Couzon-au-Mont-d'Or
Histoire de Couzon-au-Mont-d’Or
Couzon-au-Mont-d’Or est une commune de Rhône, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 2 452 habitants. La commune était anciennement appelée Coson (latinisé en Cosonis), puis Cozon et Couzon au début du siècle; elle a pris le nom de Couzon-au-Mont-d’Or en 1897 afin d’éviter la confusion qui existait entre Couzon (Rhône) et Couzon dans la Loire. Son activité viticole a suscité des rêveries étymologiques faisant descendre ce nom de celui de l’île grecque de Cos dont on aurait amené des ceps dès l’antiquité. Mais ce nom pourrait aussi dériver de la racine hydronymique pré-celtique *kus, kos que l’on observe dans les noms de rivières comme la Couzon, Couze, la Cuse, le Cousin etc.
L’origine du premier peuplement sur le territoire de la commune de Couzon est incertain; il pourrait remonter à la période gallo-romaine. Les rives de la Saône étaient à l’écart du réseau de voies romaines, entre celle de l’Océan qui, depuis Lugdunum, joignait Anse par l’ouest des monts d’Or et celle du Rhin qui passait par le travers de la Dombes. L’aqueduc des monts d’Or a toujours été reconnu. de notre ère, mais date probablement du début de cette période, vers l’an 20 av. À partir du captage de la source du Thou, en dessous du hameau des Gamblins, sur la commune de Poleymieux, il gagnait au terme de 26 km le quartier lyonnais des Minimes en contournant par l’est le massif des monts d’Or. La traversée de Couzon était de 2750 mètres au lieu de 1250 mètres en ligne droite: il fallait suivre la courbe de niveau avec une très faible pente d’écoulement (1,4 mm par mètre) afin d’éviter une dégradation du radier. Un vestige est visible au lieu-dit Rochon ou Saut de Roche. Le nom de Couzon apparaît pour la première fois en 984, à l’occasion de séries de donations à l’Église de Lyon.
Le bourg appartenait aux archevêques de Lyon: il sera pillé en 1270 par les Lyonnais révoltés contre l’archévêque et le chapitre de Saint-Jean. Au, les grands bénéficiaires sont les chanoines de Saint-Jean. Ils sont représentés sur place par des chanoines obéanciers, nommés et révocables par le chapitre. Ils exercent les mêmes pouvoirs de basse justice que des seigneurs laïques et perçoivent des « droits, cens, servis, dîmes, livres capitulaires ». Ils disposent de nombreuses prérogatives sauf à en abénéviser (concéder) certains à des particuliers. Eux seuls sont autorisés à choisir le curé de la paroisse. Ils choisissent le châtelain-capitaine chargé de la défense de la communauté. Le cadre de la vie de la collectivité couzonnaise a été transformé.
Contre la population conduite de son maire, la société PLM s’est vu concéder le droit de traverser le bourg en creusant une profonde tranchée. Sur l’emplacement de cette tranchée, se trouvait le cœur du village. A l’intérieur d’une enceinte trapézoïdale, d’environ 600 mètres de côté, se trouvaient le château, (demeure seigneuriale au nord-ouest), l’église paroissiale (construite au sud-est à la fin du ) et une quinzaine de maisons au nord-est. Les propriétaires en partiront au fil des siècles pour s’installer dans le bourg; elles deviennent de simples entrepôts. La fonction défensive n’a plus grand sens, mais l’autorité des chanoines ne fera que se renforcer dans tous les domaines et sur l’ensemble du corps social. Le territoire, encore réduit par la raideur des pentes, ne se prête pas à la construction de résidence campagnarde, comme dans la périphérie de Lyon. La masse paysanne est forte de plus de 1000 habitants à la veille de la Révolution (1124 en 1793); quelques riches familles de la ville s’installent dans le bourg; connue aujourd’hui sous le nom de maison Saint Léonard, une famille s’installe en limite d’Albigny. Cette propriété de notables lyonnais devient au, avec 13 ha, le grand domaine de la commune.
Une chapelle désaffectée subsiste. Les sept autres édifices privés recensés dans le pré-inventaire faisaient corps avec le bourg. Des Lyonnais étaient propriétaires de la Chanoine. Ils ont été rejoints par ceux de la Guerrière au, des Dorchères et de la Viarde au, du domaine Servan, au début, et de Saint-Raphael vers la fin. Ils devaient, chaque fois, obtenir l’aval des chanoines. Ceux de la Chanoine, suspectés de porter préjudice à l’église voisine, à propos de travaux d’agrandissement, ont la visite d’une députation. Ceux de la Guerrière sont accusés par le chapitre d’avoir élevé des créneaux: c’était trois décors peints symboliquement au-dessus des portes d’entrée. La domination des chanoines est jugée sévèrement
Les propriétés détenues par le clergé deviendront biens nationaux lors de la Révolution par décision de l’assemblée constituante. Leur importance est précisée dans le détail par Ennemond Fayard. Elle a justifié leur division pour leur vente en quatre lots adjugés à de riches propriétaires de la commune en 1791. L’Eglise n’a pas trouvé de défenseurs à Couzon pendant la Terreur. Lorsque les relations s’enveniment entre les autorités lyonnaises et les Montagnards dans l’été de 1793 et que ceux-ci entreprennent la reconquête armée de la ville rebelle, ils sont soutenus par la municipalité, même dans ses aspects antireligieux. Un seul épisode tragique concernera la famille de François Valesque. Ce négociant en épices, ennobli par ses fonctions d’échevin à Lyon et devenu propriétaire de la Guerrière en 1774, a été prévenu de son arrestation; il a échappé à la guillotine en fuyant en Suisse. De ses deux fils, l’un fut tué dans les combats défensifs des Lyonnais, l’autre a été fusillé le 18 septembre 1793, avec 49 de ses compagnons de détention Une rue porte leur nom, en raison de leur générosité.
Sauf un étroit liseré alluvial le long de la Saône, la totalité du territoire de Couzon correspond au revers d’un crêt de roche calcaire datant de l’Aalénien, étage du Jurassique moyen (vers – 170 millions d’années). Par sa coloration jaune, le massif des Monts d’Or s’apparente au pays voisin des Pierres Dorées dans le sud du Beaujolais. La tranche de cette couche, une falaise d’une puissance de 60 mètres, forme comme une toile de fond au nord de la commune où elle correspond à la limite avec Albigny-sur-Saône. Elle présente un pendage d’une vingtaine de mètres en direction de la Saône. Le 23 octobre 1993, cette falaise a fait l’actualité quand un énorme bloc s’est effondré, son couvert forestier restant intact. Sur l’ensemble de la commune, l’érosion a réduit cette couche à des lanières étirées en direction de l’est-sud-est.Les restes ou entroques des organismes marins qui constituent l’essentiel de cet étage géologique sont un excellent matériau de construction se liant bien au mortier. La pierre est utilisée sous forme de moellons (pierre de taille) mais aussi par des éléments longs comme des linteaux de portes, des chambranles, des piliers, des cheminées de cuisine de bonne résistance au feu. L’ouverture de carrières (on dit aussi perrières) est attestée dès le, sous la forme d’abenevis (sortes de contrats emphytéotiques) accordés par les chanoines-comtes de Lyon et une première période d’exploitation massive correspond à la grande prospérité de la Renaissance.
Après un certain tarissement de la demande, un nouvel essor commence. Le métier de tailleur de pierre est alors souvent associé à celui de vigneron. C’est à cette association de métiers qu’ont fait référence les auteurs du blason de Couzon « écartelé au 1 de au cep de vigne feuillé et fruité au naturel; au 2 à une carrière d’argent; au 3 d’azur à trois outils de vignerons posés en fasce l’un sur l’autre d’argent; au 4 de gueule à trois outils de carrier posés 1 et 2 d’argent ». En 1836, sont recensés 26 carriers, 71 tailleurs de pierre, 2 marchands de pierre. Le record de production est atteint en 1842 avec 115 000 m3 de moellons. Le déclin dans la deuxième moitié du, comme pour les carrières d’Oncin, est sans doute lié à la concurrence de celles de Villebois- Montalieu dans l’Ain, desservies par le chemin de fer. Les perrières de Couzon présentaient des servitudes de transport. Un premier problème était celui du charroi jusqu’au bord de la Saône.
On en compte 5 au nord dans le secteur de Moletant-Saint-Léonard et ils sont nombreux (14) dans celui des Torrelles. Le terme de « passages voûtés » serait plus approprié. Ils étaient construits avec soin et non creusés et présentaient une voûte en pierre sèche, plus ou moins en anse de panier et à claveaux. Les plus longs pouvaient atteindre cinquante mètres. Grâce à l’espace ainsi libéré en surface la plantation de vigne se présentait en continuité. Tel tailleur de pierre au énumère comme faisant partie de son patrimoine. L’acheminement jusqu’à Lyon se faisait essentiellement par la batellerie sur des sapines qui n’étaient pas récupérées au terme du voyage.
Il existait trois ports de chargement, le plus ancien à la limite de Saint-Romain (le nom en est resté), le second aménagé au début du pour les tailleurs de pierre à l’est du bourg et enfin celui de l’île des Brotteaux, à la limite d’Albigny. En 1851, on comptait à Couzon 61 mariniers et voituriers. Des interruptions de trafic pouvaient se produire. L’alternative de la route n’était pas envisageable: la D51, de Lyon à Anse par la rive droite de la Saône, n’a été élargie et aménagée qu’en 1957. La solution était d’autant plus urgente que la population, trop spécialisée, n’était pas autosuffisante et devait s’approvisionner à l’extérieur pour se nourrir.
La construction d’un pont grâce auquel la commune serait reliée à la Grande Charrière de Lyon à Trévoux s’imposait. La décision de construire un pont suspendu selon la technique mise au point par Marc Seguin fut prise 19 février 1839 par ordonnance du roi Louis-Philippe. Les plans et le cahier des charges en furent dressés par l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées du département du Rhône, Mondot de Lagorce. C’est un peu le frère jumeau du pont de l’Ile Barbe ouvert en 1827.
Il s’agissait d’un pont à péage au nom d’une compagnie concessionnaire dont l’un des actionnaires était maire de Couzon. Son ouverture à la circulation le 29 novembre 1840 et son inauguration officielle le 19 septembre 1841 ont fait date dans l’histoire de la commune. Cette construction contribua à la création d’un marché à Couzon en 1841. En 1877, fut construit en amont du pont, un barrage joignant Couzon à la commune de Rochetaillée-sur-Saône afin de retenir les eaux de la rivière pour les besoins de la navigation. Il s’inscrivait dans le programme d’aménagement du cours de la Saône entre Verdun et Lyon. Il comprend un système d’écluse et a été reconstruit en 1970 puis équipé d’une usine électrique en 1983. À cette date, les carrières de Couzon n’utilisaient plus guère la voie fluviale. En 1853, le conseil municipal aborda le problème de l’église, du, au vu de sa petitesse et de son délabrement.
Elle garda son nom de Saint-Maurice. C’était celui de la chapelle castrale, remplacée par l’église paroissiale au Moyen Âge. Il évoquait le chef de la légion thébaine converti à la religion chrétienne, qui en 286, avait été exécuté avec ses 6 600 légionnaires plutôt que de sacrifier au culte impérial. De l’ancienne église, normalement orientée vers l’est, seraient conservés le chœur et l’abside rebaptisée chapelle du Saint Coeur de Marie. (La porte de son tabernacle a été reportée sur le mur nord). Cette chapelle. La travée du chœur forme la base du clocher, également conservé, mais dans l’état où il avait été reconstruit en 1759.
Sa partie supérieure est. La toiture à quatre pans en tuiles rondes et à faible pente est surmontée d’une croix en fer forgée. Elle a remplacé la flèche qui avait reçu la foudre. Sitôt la décision prise par le conseil municipal en 1853, la construction de la nouvelle église a été confiée à l’architecte Pierre Bossan, le futur réalisateur de Fourvière, et à Wilhelm Léo. Les travaux ont été exécutés de 1855 à 1861 et les aménagements intérieurs ont été achevés en 1876. La consécration par Joseph-Alfred Foulon, archevêque de Lyon, eut lieu le 7 juillet 1889. A la même époque était creusée la tranchée ferroviaire nord-sud de la ligne du PLM et c’est en fonction de cette contrainte qu’a été choisie l’orientation parallèle du nouvel édifice. Le style néo-roman en vogue à l’époque ne jurait pas avec les parties conservées de l’ancienne église.
Les matériaux ont été choisis et agencés selon un mode original: sur toute la hauteur, un niveau intercalaire de pierres calcaires ordinaires (blanc gris) souligne deux niveaux de pierre dorée de Couzon. Le plan d’ensemble cruciforme de l’église est classiquement constitué d’une nef de quatre travées, d’un transept saillant, d’une travée de chœur et d’une une abside semi-circulaire. La manière de traiter l’édifice dans son ensemble diffère de celle appliquée à la façade antérieure au sud. Celle-ci est richement ouvrée. Ses trois travées en préfiguration de l’intérieur, sont séparées par des contreforts, la travée centrale plus large couronnée d’un pignon souligné d’une frise d’arceaux et sommée d’une croix byzantine. Les deux travées latérales sont creusées de niches à colonnettes abritant une statue en pied. Celle de droite représente saint Laurent tenant une palme et s’appuyant sur le gril de son supplice, celle de gauche saint Vincent avec une palme dans une main une coupe de raisins dans l’autre. Toutes deux ont été offertes par la société des tailleurs de pierre en 1863.
C’étaient les deux activités dominantes de la commune, saint Vincent patron des vignerons et saint Laurent celui des tailleurs de pierre, comme aux carrières d’Oncin. L’ornementation de la travée centrale retient l’attention. Le portail à ébrasement à ressauts est encadré de doubles colonnettes qui supportent le bandeau horizontal de l’archivolte sur lequel prend appui un arc en plein cintre à larges voussures. Le décor sculpté est à la gloire de Maurice, le saint éponyme de l’église. C’est sa statue équestre qui trône dans le tympan tandis que dans l’architrave, de part et d’autre, sont figurés ces fameux soldats de la légion thébaine agenouillés dans l’attente de leur supplice. Le haut de cette même travée est éclairé d’une baie à trois lancettes en plein cintre surmonté d’un oculus, en faire-valoir en quelque sorte par comparaison avec les arcatures aveugles des travées latérales.À la différence de la façade antérieure, les travées des façades latérales donnent l’impression d’une forteresse. Elles sont rythmées d’un niveau de baies à trois lancettes et scandées par des contreforts droits s’élevant jusqu’à la hauteur du toit. Ceux-ci sont reliés par une frise d’arceaux à la manière de machicoulis.
Dans l’angle inférieur droit, une porte encadrée d’élégantes colonnes et typiquement romane par son arc en plein cintre est encastrée sous une arche accidentant le mur lui-même. Autour du chevet, les contreforts s’arrêtent à la hauteur des arcs des fenêtres à une lancette en plein cintre et sont relayés par des colonnes jumelées posées en surplomb.La largeur de la nef centrale contraste avec l’étroitesse des collatéraux. Ceux-ci sont voûtés en berceau tandis que la nef centrale est voûtée d’arête. La coloration d’ensemble rouge sang en hommage aux martyrs est divisée en quartiers par un bandeau de couleur claire qui fait croire à la croisée d’ogive. La voûte retombe sur les chapiteaux feuillagés. Le chœur est traité à la manière gothique. Il est divisé en cinq quartiers rayonnants. La richesse de l’immobilier tient d’abord aux divers autels à commencer par le maître autel.
Parmi les autres autels, celui de saint Joseph se distingue. De bas en haut sont étagés la table sur colonnettes supportant cinq arcatures en plein cintre puis le tabernacle et la grande niche qui abrite la haute statue du saint en plein cintre également. Deux anges tenant respectivement une couronne et un lys sont assis sur le bord du gradin encadrant la niche. L’autel dit du Sacré cœur et de saint Nicolas présente aussi sainte Philomène, ce qui justifie la présence des trois niches séparées par des colonnes. La table est portée par trois piliers octogonaux couronnés de chapiteaux à volutes feuillagées.Parmi les richesses de l’église, le préinventaire décrit 15 vitraux. Les ébénistes et sculpteurs sur bois ont réalisé stalles, confessionnaux et, en collaboration, la chaire à prêcher. La statuaire s’est enrichie d’un saint Antoine de Padoue polychrome, en plâtre. Les fonts baptismaux ont été taillés dans la pierre et le bois.
Les divers objets du culte (vases, ostensoir etc.) sont exposés dans une vitrine éclairée. Le pré-inventaire a recensé 14 croix de chemin sur le territoire de la commune. Les plus anciennes mentions concernent la croix de Tignot qui date d’environ 1360 et celle de la Balme en 1495. Cette antiquité explique que chacune d’elles ait fait l’objet de nombreuses restaurations (en 1571, 1727, 1801 et sous le règne de Louis-Philippe pour cette dernière) voire de relocalisation selon les circonstances. Si la pierre de Couzon en constitue toujours la base, sinon la totalité, la variété provient de la nature de la croix elle-même, parfois en fer, de son logement contre un mur, dans une niche ou de son exposition aux quatre vents. Elle a été inaugurée une première fois en 1888 puis, après avoir été foudroyée, en 1893 et restaurée en 1988. La plaque apposée sur le socle fait référence à l’Immaculée Conception: son dogme venait d’être proclamé sous le pontificat de Pie IX le 8 décembre 1854. La statue en bronze peint est un moulage de la Vierge couronnée de Lourdes, provenant de la Maison Raffl.
L’Église catholique a exercé, pendant le, une activité hospitalière et scolaire dans les bâtiments d’anciens domaines dont elle avait fini par devenir propriétaire. En 1865, celui connu jusqu’alors sous le nom de la Côte a été placé sous le patronage de Saint Léonard lorsque sa direction a été prise en charge par le curé Pierre Villion. Celui-ci l’a transformé en établissement pour recevoir des prisonniers adultes libérés repentis avec une capacité d’accueil d’une soixantaine de personnes (un autre établissement du même type était situé dans le méandre du Saugey à Brangues en Isère). Ces volontaires étaient occupés à la fabrication de chaussures. L’établissement a été reconnu d’utilité publique en 1868 et a obtenu de nombreuses médailles. Dans le cimetière, la tombe de Pierre Villion serait l’œuvre d’un de ses anciens pensionnaires. La croix y est à peine reconnaissable car recouverte par deux branches d’arbre croisées dont les rameaux pendent, cassés, avec de longs feuillages fanés. Une grande bâtisse de la fin du fut achetée en 1875 par le curé de la paroisse; il y a installé sous le patronage de Saint-Raphaël un hospice et une pension pour personnes âgées.
Elle a été cédée en 1893 à la congrégation Saint Charles qui y restera jusqu’en 1987. La Viarde est un vieux domaine. Il a été acheté en 1828 par le curé de la paroisse qui en a confié la direction à la communauté Saint François d’Assise. De jeunes filles pauvres y étaient employées au tissage de la soie et à la confection de vêtements. En 1874, ses locaux ont accueilli des malades hospitalisés et une école de filles. Les religieuses de Saint Charles ont été chargées de l’instruction des filles en 1828. Les petites sœurs de Saint Joseph et les Franciscaines de la Propagation de la foi les ont remplacées à la Viarde. Au début du siècle, la commune de Couzon est dotée d’une mairie.
Les écoles laïques étaient obligatoires depuis la loi Jules Ferry de 1881. La maison achetée à un grainetier lyonnais fut transformée par l’architecte lyonnais Marc Desplagnes. Des agrandissements étaient programmés pour la construction des écoles de garçons et de filles. Au terme des travaux engagés en 1905, l’inauguration de l’ensemble, mairie et écoles, eut lieu à l’automne 1908. L’élégante façade est surmontée d’un clocheton pour l’horloge. Des services communaux y sont logés; une ancienne poste fut transformée en mairie annexe pour accueillir le public au centre du bourg. Une école maternelle fut construite dans le prolongement de l’aile des garçons. En 1861, 1260 habitants travaillaient la viticulture et exploitaient des carrières.
Ils sont 962 Couzonnais en 1921. Le diagnostic a été porté par E. Fayard en 1885; il n’y a eu aucun redressement pendant les 36 années suivantes. Les deux piliers de l’économie se sont effondrés. Le développement du réseau ferroviaire a été fatal pour les carrières. La tranchée de la ligne PLM avait bouleversé le système traditionnel de voies, avec ses tunnels, sans possibilité de raccordement: le nord du département de l’Isère jouxtant la métropole lyonnaise s’était équipé d’un réseau à écartement métrique avec les VFD (Voies Ferrées du Dauphiné). Fayard incrimine la facilité de liaison avec les carrières de la Grive et de Trept mais il faut rappeler celles de Villebois. Dans les dernières décennies, la crise du phylloxéra a frappé la viticulture.
La jeunesse a émigré vers Lyon. La Grande Guerre de 1914-18 a aggravé la situation. Le conseil municipal a prévu l’érection d’un monument à la mémoire de ses héros: il a été inauguré, dans le cimetière, le 12 novembre 1919. À la fin du, chaque riche famille lyonnaise se devait de posséder une résidence dans la proche campagne, par exemple, la commune de Lentilly. À Couzon, l’exiguïté du territoire empêchait de telles constructions, à une très notable exception. La maison des Cyclamens a été construite entre 1902 et 1909 par Jean-François Dubuisson, architecte renommé sur la place de Lyon pour le compte d’un maître imprimeur, sur la marge sud du bourg, dans un parc qui s’étendait jusqu’à la Saône. Depuis la rue, le jeu de décrochements des différents niveaux de ce château mène jusqu’à une sorte de dôme, gardé par de hautes murailles. Le pré-inventaire donne des précisions sur la richesse de la décoration intérieure.
À défaut de résidences bourgeoises, Couzon a attiré une famille lyonnaise illustre. Claudius Regaud est né à Lyon mais la commune des monts d’Or était le lieu de vacances de ses parents; ils s’y sont installé définitivement en 1916. Ils ont leur tombe au cimetière et Claudius, décédé en 1940 à l’âge de 70 ans, y repose. Les mérites de cet éminent chercheur en cancérologie et collaborateur de Marie Curie sont exposés sur une stèle inaugurée en 1970 pour le centenaire de sa naissance. La population passe de 962 habitants en 1921 à 1293 en 1946, puis, 2434 Couzonnais en 1975: l’augmentation est proche du doublement (1,9 fois). Dans le dernier demi-siècle, 2598 habitants sont comptés au dernier recensement (2019). La progression des années 1946-1975 s’explique: dans la variation positive annuelle de 3,4 % de cette période, le solde migratoire (2,8 %) intervient pour les quatre cinquièmes (2,8 %, contre 0,6 % pour le solde naturel). C’est un mouvement de rurbanisation par migration, depuis le cœur de la métropole lyonnaise.
A cette époque, la construction procédait d’une multiplication des initiatives individuelles. Au total, le classement des habitations en fonction de leur date d’achèvement permet d’affirmer que le noyau villageois forme toujours le centre d’un ensemble qui n’a pas été submergé par une marée pavillonnaire. En 2015, 36,5 % du bâti datent d’avant la Deuxième Guerre mondiale. La même statistique fait apparaître le renouveau des Trente Glorieuses: quasiment la moitié du patrimoine actuel a été construit entre la Libération et 1990. La nature de la vague migratoire du dernier après-guerre peut encore aujourd’hui être appréciée à travers la statistique du niveau de diplôme dans la mesure où s’observe une grande inertie dans la possibilité d’ascension sociale. En 2019, 40 % des adultes ont poursuivi des études au-delà du baccalauréat ce qui donne à penser que le mouvement migratoire a concerné des privilégiés de la fortune et de la culture. Cette affirmation est confortée par la statistique du classement par catégories socio-professionnelles. Alors qu’il n’y a plus un représentant de l’activité agricole, la proportion des cadres supérieurs apparaît dominante avec 32,5 %, pourcentage qui monterait à 55 % si l’on y ajoutait les représentants des professions dites intermédiaires.
Les autres catégories ne sont pas écrasées pour autant et figurent avec des valeurs moyennes de 12 % pour les artisans et commerçants, 24,8 % pour les employés et 22,4 % pour les ouvriers. Le problème de l’emploi est à la fois quantitatif et qualitatif. Selon l’Insee en 2018 826 personnes ont un travail dans la zone (c’est l’expression consacrée) face à une demande de 1084, soit une insuffisance du quart. Par ailleurs, 55,6 % des emplois locaux concernent bien les secteurs administratifs, sociaux et enseignants contre 4,7 % dans l’industrie, 11,0 % dans la construction et 28,9 % dans le commerce et les transports. Mais les services assurés par ces 55,6 % le sont au niveau le plus modeste, en l’absence de tous organismes des échelons supérieurs. Les 40 % de cadres à formation de niveau universitaire ne peuvent satisfaire sur place leurs ambitions de carrière; d’importantes migrations sont quotidiennes, vers la métropole lyonnaise plus spécialement. Les automobilistes comptent pour 63 % dans ces déplacements. Les transports en commun ne manquent pas: trois lignes d’autobus entre les deux rives de la Saône et un TER met le quartier de Vaise avec son métro à 10 minutes de la gare de Couzon, commune dortoir.
Le la communauté urbaine de Lyon (COURLY puis Grand Lyon). Le Grand Lyon disparait le 1, et laisse place à la collectivité territoriale de la métropole de Lyon, à laquelle Couzon adhère. La commune quitte ainsi le département du Rhône.