Crolles
Histoire de Crolles
Crolles est une commune de l’Isère, en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 8 317 habitants. Le nom du village est issu du bas latin crotalare, qui a donné crollar en vieux provençal et signifie « crouler », ou d’une variante latine corotulare qui a donné « croller », ce qui peut être interprété comme une zone d’éboulement, d’écroulement. La commune est implantée dans la vallée du Grésivaudan, au pied des contreforts de Belledonne et face au massif de la Chartreuse, dans un secteur où agriculture, vignoble et élevage ont longtemps structuré la vie locale.
Dès le IIIe millénaire av. J.-C., les flancs du Grésivaudan et de la Combe de Savoie furent progressivement mis en culture par des paysans néolithiques, comme l’ont établi des recherches archéologiques. Durant la période antique, dans la vallée de l’Isère, les premiers résidents historiquement connus sont les Allobroges, installés à partir du IIIe siècle avant notre ère, dont le territoire allait du nord du Vercors et de Belledonne jusqu’au Grésivaudan et sur une grande partie de la future Sapaudia, qui deviendra la Savoie. Entre 125 et 118 av. J.-C., les Allobroges, les Arvernes et les Voconces subirent plusieurs défaites face à Rome, ce qui permit à la République romaine de dominer une vaste contrée allant des Alpes aux Pyrénées et donna naissance à la province de la Gaule transalpine.
La première évangélisation de la région de Crolles aurait été effectuée par Nazaire de Milan, né à Rome au premier siècle, qui décida d’aller prêcher l’Évangile en Gaule, sans qu’on puisse distinguer la part de réalité et la part de légende dans cette tradition. Saint Nazaire aurait franchi les Alpes et longé l’Isère, ses premiers pas le menant probablement en Grésivaudan, mais les détails manquent sur son itinéraire apostolique. Il s’est rendu ensuite à Cimiez, ville romaine proche de Nice, où il a rencontré son disciple Celse, dont il ne devait plus se séparer; son zèle indisposa le gouverneur de Cimiez, qui le fit jeter en prison, et il aurait sans doute payé de sa vie sans l’intervention de la femme du gouverneur. La commune voisine de Saint-Nazaire-les-Eymes en garde la mémoire dans son nom officiel. Après l’effondrement de l’Empire romain d’Occident, le pouvoir local resta aux mains du clergé, malgré l’arrivée des Burgondes qui, profitant de cet effondrement, fondèrent un royaume couvrant la Suisse romande actuelle et le quart sud-est de la Gaule.
Au Moyen Âge, de nombreuses luttes féodales entre la Savoie et le Dauphiné dévastèrent à plusieurs reprises le Grésivaudan et, par voie de conséquence, une partie de la commune. Crolles dépendait du domaine des seigneurs de Montfort, du nom d’un village et d’un château datant de 1261, dont les ruines partiellement restaurées subsistent sur le territoire communal. Dès le bas Moyen Âge, grâce à son agriculture, son artisanat et son industrie, la région de Crolles et du Grésivaudan connaît une grande activité commerciale, la vallée bénéficiant de sa position de voie de passage entre le Bas-Dauphiné, le Valentinois et la Provence d’une part, la Savoie, Genève et le bassin lémanique d’autre part. En 1334 ou 1343, le Dauphin Humbert II offrit à Amblard de Beaumont, son principal ministre, le fief de Beaumont ainsi que ses biens situés sur la paroisse du Touvet, qui comprenait les terres du Touvet et de Crolles; les Beaumont portèrent ainsi le titre de seigneurs de Crolles et de Montfort jusqu’en 1617. Entre le Moyen Âge et la Révolution industrielle, les Crollois étaient majoritairement agriculteurs, vignerons et éleveurs; les plantations s’établissaient en altitude relative sur les coteaux, la présence de marais rendant la culture délicate en plaine. Du milieu du XVIe au XVIIe siècle, des conditions climatiques très difficiles, marquées par des hivers très rigoureux, des canicules estivales et de multiples famines, firent diminuer la population. Louis XII, traversant le Grésivaudan en 1507, se déclara « enchanté par la diversité de ses plantements, par les tours en serpentant qu’y fait la rivière Isère » et l’appela « le plus beau jardin de France ».
Patrimoine religieux
L’église Saint-Pierre-Saint-Paul fut construite à partir de 1648 sur l’emplacement d’une église médiévale détruite par les guerres de Religion. Elle abrite des peintures murales restaurées et un riche mobilier, dont un maître-autel Louis XV en marqueterie, des chandeliers et de nombreuses statues. En 1678, lors de sa visite pastorale, l’évêque de Grenoble Étienne Le Camus (1632-1707) déclara qu’il s’agissait de la plus belle église de son diocèse. Le clocher fut reconstruit après la Révolution française. L’édifice présente une structure harmonieuse: cinq travées, une nef haute éclairée par de grandes baies vitrées et bordée d’arcades sur les bas-côtés, des fenêtres dominées par de petits oculi, ainsi qu’une galerie de tribunes donnant sur la nef par des arcades à balustrade. À l’ouest, la façade montre trois autres oculi disposés en triangle au-dessus d’un portail de style Louis XIII. Deux chapelles latérales au chœur portent des décors anciens restaurés en 1998. Les orgues, installées en tribune sur la façade ouest, ont été commandées conjointement par la mairie et le ministère de la Culture, fabriquées en 1983 à Rives, et se présentent sous la forme de deux buffets en noyer massif, avec deux claviers en buis de 56 touches, un pédalier de 30 notes et 15 jeux. Du logement de l’abbesse subsiste un bâtiment, propriété privée protégée au titre de l’inventaire supplémentaire des monuments historiques; les stalles de l’abbaye se trouvent désormais à la chapelle de la Salette (ou des Pénitents blancs) à Grenoble. À la différence de l’abbaye, le moulin à eau a été conservé et a fonctionné jusque dans les années 1980, avec de nombreuses modernisations.