Crosne
Histoire de Crosne
Crosne est une commune de Essonne, en Île-de-France, qui compte 9 532 habitants. Albert Dauzat et Ernest Nègre, qui citent toujours des formes anciennes, n’en mentionnent aucune à propos de Crosne, signe qu’ils n’en connaissent pas. Cependant, ils proposent tous deux une explication. L’un comme l’autre écrivent le nom de la commune avec un -s final: Crosnes.
Pour eux, le toponyme représente l’ancien français crosne « trou d’eau ».
Crosne est née en 1234, date à laquelle elle se sépare de Villeneuve-Saint-Georges. Elle est alors un modeste village qui fait partie des biens de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Cependant, le site lui-même a été peuplé dès l’époque néolithique et le tracé de la départementale 32, imposé par la géographie de la lisière des surfaces inondées par l’Yerre, se perd dans la nuit des temps. Il fut, plus tard, emprunté par la voie romaine d’Auxerre au Havre. Au XVe siècle se constitua la seigneurie de Crosne qui à la Révolution française appartient à la famille de Brancas. Au début du XVIe siècle, le premier dimanche de juillet 1509, l’église Notre-Dame de Crosne fut dédiée par Jehan Nervet, évêque de Magarence. Cependant certaines parties de l’église, notamment les colonnes d’angle du chœur et le portail, semblent remonter au douzième ou au treizième siècle. Le site de Crosne est peuplé dès le Néolithique, comme l’attestent les découvertes sur son territoire de vestiges datant de cette époque: une herminette vers 1947 et une hache polie en 1977.
D’autres vestiges découverts à Villeneuve-Saint-Georges ou à Montgeron concourent à confirmer la fréquentation de cet endroit. Imposé par la géographie des lisières de l’Yerres, le tracé du chemin courant le long de la rive droite de la rivière (correspondant peu ou prou à la départementale 32 de nos jours), se perd dans la nuit des temps; par sa situation, il a certainement été à l’origine du peuplement définitif de ces lieux. La voie romaine d’Auxerre au Havre qui reliait Villeneuve-Saint-Georges à Montgeron passait par Crosne, ainsi que l’indique la table de Peutinger et les vestiges de cette route découverts en 1892 au Petit-Crosne, sur le site de l’ancienne propriété Baille-Lemaire; la traversée de l’Yerres se faisait par un gué situé à l’endroit du moulin de Senlis. Crosne fait partie des biens de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés dès le; il n’est à cette époque qu’un simple écart de Villeneuve-Saint-Georges, doté cependant d’une chapelle, comme l’indique la bulle de confirmation du pape Alexandre III de 1177. Pour l’anecdote, le petit village de vignerons d’alors est dit produire un vin qui passe pour être le meilleur de la région. Dans les années qui suivent, une église vient remplacer la chapelle; elle est dédiée à Notre-Dame de la Compassion et son second patron est saint Eutrope, réputé pour « la guérison des maux de tête et surtout des estropiés ». En 1249, les habitants de Crosne, de Villeneuve-Saint-Georges et de Valenton acquièrent de Thomas de Mauléon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, au prix de mille quatre cents livres, l’exemption des impôts de taille et de formariage. En 1277, le chevalier Jehan de Crosne devient le premier seigneur laïc de Crosne.
Il apparaît, au début du, le nom d’Adam de Crosne, chevalier: il est très probablement le fils de Jehan de Crosne, de Jacques de Ligneris, président du parlement de Paris ou de plusieurs membres de la famille Brûlart, dont Noël Brûlart, Procureur général au parlement de Paris, ou Pierre Brûlart, Secrétaire d’État sous Charles IX et Henri III. Le 7 juillet 1589, les troupes de la Ligue catholique, qui font le siège de Paris, occupent Villeneuve-Saint-Georges et ses alentours, et font subir aux habitants de terribles exactions; Crosne connaît alors des jours sombres. En décembre 1626, la maison de Brûlart est toujours en possession de la seigneurie de Crosne quand Louis XIII, de passage à Crosne, loge en son château. En 1636, naît Nicolas Boileau Despréaux, le « législateur du Parnasse ». Au-delà de la polémique sur son lieu de naissance, Crosne et Paris s’en disputant l’honneur (étant communément admis que c’est bien à Paris qu’il naquit). Enfin, au siècle finissant, le duc Henry d’Harcourt, maréchal de France, devient propriétaire de Crosne à raison de l’héritage de sa femme, Marie-Anne-Claude Brûlart. Au cours de la première moitié du, la seigneurie est successivement possédée par le maréchal d’Harcourt (jusqu’en 1706); par Jean-Martial de Jancen, écuyer et secrétaire du roi; par Pierre Larcher, président de la chambre des comptes, époux de Marie de Jancen, fille de Jean-Marial de Jancen, et enfin par André-Guillaume Darlus, fermier général, qui acquiert le domaine le 5, au décès de Pierre Larcher, pour quatre cent quarante mille livres. En 1745, un recensement du village y dénombre cinquante-deux foyers.
Le domaine est vendu à Pierre Nicolas Caulet d’Hauteville, fermier général des messageries et entrepreneur en vivres. Il ne tarde cependant pas à départir le domaine: le, il en cède l’usufruit au duc Louis-Paul de Brancas-Céreste pour la somme de deux cent trente mille livres, et le, il en vend la nue-propriété à Antoine-Jean-François Mégret de Sérilly, trésorier de l’extraordinaire de la guerre. Ce dernier étant débiteur envers l’état et ayant failli dans ses remboursements, ses biens lui sont confisqués en juin 1787. Sans qu’aucune date soit précisée, elle est donnée pour avoir appartenu à différents seigneurs; la chronologie de leur suzeraineté donne lieu à des versions contradictoires. Selon une première variante, Pierre Nicolas Caulet d’Hauteville, fermier général des messageries et entrepreneur en vivres, propriétaire du domaine de Crosne, en aurait cédé l’usufruit au duc de Brancas et la nue-propriété à M. de Sérilly, trésorier de l’extraordinaire de la guerre; ce dernier étant débiteur envers l’état et ayant failli dans ses remboursements, le domaine lui est confisqué. Une deuxième variante rattache le domaine à Louis-Lazare Thiroux d’Arconville, président de la première Chambre des enquêtes du Parlement, du fait de son mariage avec Geneviève-Catherine Darlus, dite présidente Thiroux d’Arconville, fille d’André-Guillaume Darlus, évoqué plus haut; plus tard, Louis Thiroux de Crosne, leur fils, dernier lieutenant général de police de Paris, en hérite; à la Révolution, il fuit en Angleterre. Une troisième variante, parvient en tant qu’usufruitier à prouver qu’il n’est point bien national et ainsi en garde la jouissance.
En fin de compte, le domaine de Crosne n’étant pas disponible, c’est la ferme de la Ménagerie, l’hôtel du comte de Choiseul-Gouffier qui abrite la régie des douanes et l’hôtel de Monaco avec son mobilier qui sont monnaie d’échange. Antoine Joseph Dezallier d’Argenville donne une description très élogieuse du château et plus particulièrement de ses jardins de Flore « ajustés dans le goût le plus mignon », et comprenant une figure de la Mélancolie exécutée par le sculpteur Falconet. Jacques-Antoine Dulaure, pour sa part, note que « le village est plein de jolies maisons bourgeoises, habitées dans la belle saison par des Parisiens qui y sont attirés par la beauté du lieu et par la commodité de s’y transporter par les coches d’eau ». Enfin, en cette fin de siècle, Crosne et Villeneuve-Saint-Georges connaissent un bref épisode de réunification. La municipalité de Crosne demande à s’associer à celle de Villeneuve-Saint-Georges, et la demande en est transmise au directoire du district dès le. Cependant, rivalités et incompréhensions font qu’en juillet 1792, les Crosnois demandent par pétition à recouvrer leur indépendance. Constatant que la réunification n’a jamais été ratifiée par la Convention nationale, le directoire du département déclare celle-ci nulle et non avenue. Dès le 4 juin 1802, au décès du duc de Brancas-Céreste, l’État retrouve la pleine propriété du château de Crosne.
Et c’est à ce titre que le 17 janvier 1805, Napoléon Bonaparte se réservant la jouissance exclusive du château de Fontainebleau, signe le décret transférant le chef-lieu de la Première cohorte de la Légion d’honneur de Fontainebleau au château de Crosne. Le 30 mars 1805, Louis-Alexandre Berthier, Maréchal d’Empire, Grand-aigle et chef de la Première cohorte, est autorisé à fixer sa résidence à Crosne; qualifié de « démolisseur de bâtiments », Dieudonnat bâtit sa richesse sur l’achat et le démantèlement de biens nationaux: le domaine de Crosne fait partie du lot. Dieudonnat est maire de Crosne de 1815 jusqu’à sa mort, en 1823. Le domaine est vendu l’année d’après au cours d’une audience des criées aux sieurs Colin et Jeunesse pour la somme de quatre-vingt mille francs. En 1835, Jacques Fromental Halévy compose l’essentiel de son opéra La Juive à Crosne, dans la propriété qu’y possède Henri Duponchel, directeur de l’Opéra de Paris, ouvrage dont le succès justifie 5 rééditions. Qualifiée d’œuvre magistrale, l’acclimatation du Stachys affinis Bunge, plante d’hiver originaire de Chine, aux tubercules comestibles, est réalisée par Pailleux et Bois entre les années 1882 et 1885. Convaincu que les ménagères ne pourront prononcer le nom savant Stachys affinis, Pailleux décide de donner aux nouveaux tubercules le nom de crosnes, « qui est celui de [sa] commune ». Plus tard, la plante prend également le nom de crosne du Japon.
Ernest Lemoine (né le 31 octobre 1830 à Paris, mort le 28 juin 1926 à Crosne), exerçant la profession d’aviculteur dès 1856, possède une importante propriété au bord de l’Yerres, à Crosne. Il y installe en 1872 un établissement d’élevage de volaille de race, qui gagne au fil du temps une renommée importante en raison de la qualité de sa production, sanctionnée par un total de huit cent cinquante-six récompenses, dont vingt-deux prix d’honneurs, glanés à différents concours agricoles. Ernest Lemoine est par ailleurs fait chevalier de la Légion d’honneur, officier du Mérite agricole et se voit décerner la croix de chevalier de Dannebrog. Il fonde la Société d’aviculture de France dont il est président entre 1891 et 1897 puis, par la suite, président honoraire. Il est également élu, par deux fois, maire de Crosne. Armand Lemaire (1821-1885) fonde en 1846 à Paris, une fabrique d’instruments d’optique (verres optiques, jumelles, longues-vues…), qui acquiert sous la marque Abeille une renommée mondiale. Jean-Baptiste Baille (1841-1918), gendre et associé de Lemaire, prend au décès de celui-ci la relève à la tête de l’entreprise, devenue la maison Baille-Lemaire. En 1892, la place manquant à Paris, l’usine est déménagée à Crosne, sur des terrains acquis par Lemaire.
Les conditions de travail y sont exemplaires pour l’époque, et en 1889 monsieur Baille se voit décerner par l’Académie des sciences morales et politiques la médaille d’or du prix Jules Audéoud, récompensant les établissements œuvrant à « l’amélioration du sort des classes ouvrières ou au soulagement des pauvres ». En effet, la maison Baille-Lemaire fait bénéficier ses ouvriers d’importants avantages pour l’époque, tels qu’une caisse de secours mutuels, une caisse d’épargne ou un système de participation aux bénéfices; en 1905, des pavillons d’habitation leur sont construits à proximité de l’usine: la cité Baille-Lemaire. Auparavant, entre 1886 et 1902, Baille-Lemaire s’essaie à l’industrie automobile, et conçoit quelques véhicules automobiles à moteur trois cylindres à pétrole délivrant une puissance de huit chevaux; il engage l’un des exemplaires dans la course automobile Paris-Amsterdam-Paris de 1898. Au décès de Baille-Lemaire, son fils Jean-Louis lui succède, mais l’usine finit par péricliter, et le peu d’activité qui lui reste est rapatriée au début des années 1930 à Paris. Le fils d’Alfred Dreyfus, Pierre — dont la mère Lucie, familière des Baille-Lemaire, aide à lutter contre le saturnisme en distribuant du lait aux ouvriers de l’usine — reprend en 1938 l’usine et y installe avec un associé une fabrique de câbles électriques, la Câblerie de la Seine (qui devient plus tard la Câblerie de Crosne), qui a pour clients EDF, la SNCF, la RATP ou l’armée. L’activité de l’usine s’arrête définitivement en 1993; celle-ci est débaptisée le 15 juin 1941, en application des instructions du Régime de Vichy. Cependant, en 2006, est inaugurée l’allée du Capitaine-Dreyfus, desservant la nouvelle résidence construite sur l’emplacement de l’ancienne câblerie. Au début des années 1960, naît l’idée de construire à Villeneuve-Saint-Georges un centre hospitalier intercommunal desservant une trentaine de communes de la banlieue sud-est parisienne; l’emplacement choisi, un terrain à flanc de coteau, est cependant situé sur le territoire de Crosne, à la frontière avec Villeneuve-Saint-Georges.
Les deux communes conviennent par conséquent d’un échange de parcelles, nécessitant donc une modification des limites territoriales; celle-ci est officialisée le 6 octobre 1967 par décret en Conseil d’État, peu de temps avant l’éclatement du département de Seine-et-Oise. En effet, depuis 2002, Crosne s’est associé aux communes voisines du Val d’Yerres à travers cette communauté d’agglomération.
Patrimoine religieux
L’église Notre-Dame-de-l’Assomption, construite entre les XIIe-XIIIe siècles, a fait l’objet le 17 d’un classement au titre des monuments historiques. Le pigeonnier, les bâtiments et la toiture de l’ensemble appelé « ferme de la Seigneurie » ont eux fait l’objet d’une inscription le 28.