Deauville
Histoire de Deauville
Deauville est une commune de Calvados, en Normandie, qui compte 3 565 habitants. Le nom de Deauville est attesté sous la forme latinisée Auevilla en 1060, d’Auville, puis Deauvilla plus tardivement, Deanville en 1793, Deauville en 1801. Remarques: le germanique auwa qui explique le nom de la ville d’Eu (Seine-Maritime, Auvae ou Awae au, Ou au ) peut difficilement avoir été combiné à un nom en -ville qui est, la plupart du temps, composé avec un anthroponyme. Le nom de personne germanique Avo semble rare en toponymie; il se retrouve, cependant, dans Avocourt (anciennement Avoncourt) décliné à l’ancien cas régime, ce qui n’est jamais le cas pour les noms de personne composés avec les noms en -ville en Normandie, mais fréquent ailleurs.
Il y a homonymie probable avec Auville-sur-le-Vey (parrochia de Auvilla 1274, Auvilla 1277 ~ 1280), dont le premier élément s’explique par l’anthroponyme germanique Awo (masculin) / Awa (féminin) selon Dominique Fournier.
Deauville et ses marais ont peu laissé de traces dans l’histoire avant la création de la station balnéaire. Le village est construit sur la hauteur du mont Canisy, prébende de l’évêché de Lisieux durant l’Ancien Régime. L’activité était agricole, faite d’élevage et de culture, notamment de sainfoin. Sur les hauteurs, un peu à l’écart du village, juste à la limite actuelle entre Deauville et Saint-Arnoult sur les terrains de l’actuel New Golf, étaient visibles, il y a encore peu, les ruines du château de Lassay, décrit par l’historien et archéologue Arcisse de Caumont qui affirme qu’il était encore pratiquement intact en 1830. Ce château a été construit en 1676 par Armand de Madaillan, comte de Lesparre, marquis de Lassay. Bien en cour à Versailles, alors qu’il courtisait la duchesse de Montpensier, comtesse d’Auge, possessionnée à Honfleur, il s’était dit propriétaire du plus superbe des châteaux normands et l’invita à s’y rendre. C’était un peu enjoliver la réalité: le château n’était alors qu’un simple manoir, il était en cela fidèle à ses origines gasconnes. La duchesse ayant accepté, l’histoire prétend qu’il partit alors sur ses terres et se lança dans la construction d’une demeure de rêve, édifiée en un peu plus d’un mois, qui ne verra finalement jamais la venue de son inspiratrice.
fait des paroisses de Benerville, Tourgéville, Saint-Arnoult et Deauville un fief sous le nom de Montcanisy. C’est son fils, comte puis marquis de Lassay, qui fait construire à Paris l’hôtel de Lassay, aujourd’hui résidence du président de l’Assemblée nationale. Le domaine de Montcanisy devient par héritage de sa petite-fille, Adelaïde-Geneviève-Félicité d’O, la propriété du duc de Brancas-Lauraguais. Le duc y donna de somptueuses fêtes en faveur de Madame du Barry, favorite de, mais aussi plus tard pour Sophie Arnould (1740-1802), cantatrice à l’opéra de Paris et sa maîtresse. Le château fut vendu pour la somme de en 1824 à un parisien du nom d’Auger qui le laissa se dégrader. Lors de la division administrative du territoire français, la commune est intégrée à l’arrondissement de Pont-l’Évêque en 1801, puis à celui de Lisieux lors de la suppression du premier en 1926, ainsi que successivement aux cantons de Touques en 1793, de Pont-l’Évêque en 1801, et de Trouville-sur-Mer depuis 1872. C’est Dieppe qui inaugure en France les bains de mer en 1812, elle atteint le succès avec la duchesse du Berry qui y passe la saison. Le relais est pris par Trouville-sur-Mer, qui n’est encore qu’un village, et va se développer avec la nouvelle bourgeoisie française, mais aussi avec l’aristocratie du Second Empire.
En 1847, Trouville, pour établir une correspondance régulière avec les trains de Paris qui arrivent maintenant au Havre, construit une longue jetée, à l’embouchure de la Touques, pour faciliter l’accostage des vapeurs. Celle-ci bouleverse les courants marins et du sable s’accumule désormais le long des marais et des garennes de Deauville, repoussant la mer et créant une grande plage de sable, des investisseurs créent de toutes pièces de nouvelles « colonies » balnéaires: Cabourg par Durand Morimbeau en 1853, Houlgate par Victor Deslise en 1854 et Villers-sur-Mer par Félix Pigeory en 1856. Parmi les habitués de Trouville, le docteur Joseph Olliffe a acheté une confortable villa sur la plage. Ce médecin mondain de l’ambassade d’Angleterre et du duc de Morny est en vogue à la cour de Napoléon III. Il s’imagine lui aussi en créateur-bâtisseur. Il a sous les yeux les garennes de Deauville à peine bonnes pour la chasse aux lapins, comme d’ailleurs le comte d’Hautpoul, nommé maire de Trouville en 1857, qui cherche à étendre sa ville, coincée entre la Touques et les falaises, et qui, en 1847, annexe le petit territoire d’Hennequeville. Encouragé par Morny, Olliffe investit avec le banquier Armand Donon, de la banque ottomane, la somme de francs or pour l’achat de de marais reconnus par l’État propriété de la commune et que sa population soit multipliée par dix. Pour assurer la valorisation de leurs investissements, Olliffe et Donon parlent de leur projet à des financiers, comme Delahante, et des architectes, comme Desle-François Breney qui vient de réaliser les plans du casino-salon de Trouville-sur-Mer.
construite dans un style néo-normand. Un décret impérial du 25 juin 1860 autorise les travaux, le « pont de l’Union » entre Deauville et Trouville est inauguré en 1861. Olliffe et Donon rétrocèdent aux Domaines des terrains pour le creusement d’un avant-port éclusé et d’un bassin à flot, dans le prolongement des digues construites par Trouville qui ne dispose que d’un port d’échouage à l’embouchure de la Touques. Le bassin à flot mesure de long pour une largeur de et comporte une cale de débarquement. La « presqu’île de la Touques », comprise entre le bassin à flot et le fleuve, est concédée à des entreprises spécialisées dans le traitement de la houille venant d’Angleterre et du bois importé des pays nordiques. Pour faciliter le transport des marchandises, un embranchement de la ligne de chemin de fer est prolongé jusqu’à la presqu’île. Le nouveau port de Deauville est inauguré le 1 août 1866. Les fondateurs sont les premiers à construire leurs villas sur de vastes parcelles.
Morny fait réaliser la villa Sergewna, Olliffe le Victoria Loge et Donon la villa Élisabeth. Les investisseurs se disputent les meilleures parcelles, celles disposant d’un accès direct à la plage avec vue sur la mer. Les architectes dessinent les plans des villas dans le « style éclectique », un savant mélange de styles régionaux et historiques. Ces villas doivent être ostentatoires et afficher la réussite sociale de leur propriétaire. Par opposition à Trouville, station balnéaire, Deauville se veut « ville de plaisirs ». Un établissement hydrothérapique est quand même construit en 1862 à l’extrémité de la digue-promenade près de la Touques. Il propose des bains chauds et froids, d’eau douce ou d’eau de mer. Il loue aux estivants des cabines de bains fixes ou mobiles ainsi que le mobilier de plage nécessaire.
Le casino au centre de la promenade fait face à un parc de trois hectares. À l’arrière de celui-ci, « les Arcades » (toujours visibles aujourd’hui) encadrent la perspective, avec des boutiques sur rue et des logements en location à l’étage. Le casino est inauguré le lendemain du 14 juillet 1864. D’un côté du casino, le « Grand Hôtel du Casino », de l’autre, un espace vide attend la construction d’un deuxième hôtel. En 1868, le Guide Conty, Côtes de Normandie parle ainsi de Deauville: udre aux yeux.
Le décès du duc de Morny en 1865 n’affecte pas le développement de Deauville, celle-ci ayant déjà acquis une dynamique propre. Le coup fatal vient de la chute de l’Empire en 1870: en une saison, l’aristocratie d’Empire se fait discrète et déserte ses villas deauvillaises. Le port n’aura jamais de deuxième bassin à flot et l’établissement hydrothérapique est même détruit en 1877 par manque de clientèle. La crise économique de 1870 raréfie le trafic marchand maritime au profit du Havre; les entreprises industrielles, principalement des scieries de la « presqu’île de la Touques » disparaissent. Si le deuxième hôtel de luxe n’est pas construit à côté du casino, sur son emplacement s’édifie, en 1875, le « Cercle des propriétaires » réservé aux grands propriétaires d’écuries de courses. Pour terminer le siècle, le ministère de l’Intérieur ferme le casino pour irrégularités en 1889. Il est racheté, avec le Grand Hôtel du Casino, en 1893 par Edmond Blanc, grand propriétaire d’écuries de courses. Celui-ci démolit le casino en 1895 et prolonge l’avenue de l’Hippodrome jusqu’à « la Terrasse ».
Au début du, Deauville demeure dans l’ombre de Trouville-sur-Mer, station plus réputée pour la clientèle parisienne. Le nouveau maire, Désiré Le Hoc, décide de relancer Deauville. Il fait appel à Eugène Cornuché, exploitant du casino de Trouville depuis 1909. Celui-ci s’installe à Deauville, se rend acquéreur en 1910 du Grand Hôtel du Casino et fait construire à sa place un nouveau casino inauguré le 10 juillet 1912. Dès l’inauguration, le nouvel établissement de jeu de Deauville supplante celui de Trouville, et la croissance de Deauville est amorcée. En 1912 est aussi ouvert l’hôtel Normandy et en 1913, un second palace, l’hôtel Royal, est construit à l’emplacement de la villa La Louisiane du baron Erlanger. En effet, ces hôtels sont pris d’assaut pour leur modernité et leur confort, alors que les villas sont difficiles à entretenir et ouvertes uniquement pendant l’été. Pendant la Première Guerre mondiale, le Royal, comme beaucoup d’autres hôtels normands, est transformé en hôpital militaire complémentaire pour recevoir des blessés directement du front grâce à la ligne de chemin de fer.
La villa des Flots, construite par Botelle, préfet de police du Second Empire, achetée en 1867 par le comte de Gontaut-Biron, est démolie en 1911 pour faire place au Normandy-Hôtel. En 1912 et en 1913, l’architecte Théo Petit, conçoit, à l’arrière du casino, un ensemble de boutiques de luxe pour, entre autres, le joailler Van Cleef & Arpels et la styliste Coco Chanel. Il y incorpore le café de la Potinière. Les Magasins du Printemps ouvrent leur première boutique hors de Paris, dessinée par les architectes Georges Wybo et Émile Mauclerc. Le Casino de Deauville, lieu de rencontres et de mondanités, connaît des soirées de gala réputées, ainsi qu’une grande activité dans les salles de jeu. La période des Années folles marque le sommet de cette réussite avec des grands personnages comme le roi Alphonse XIII d’Espagne ou bien encore André Citroën. Une voie ferrée sort de la gare et court sur des traverses directement posées sur le revêtement de l’avenue de la République avant d’escalader le coteau en direction des fortifications du mont Canisy. Le 19 août 1944, le « kommandant major » Rimmer convoque les autorités municipales, le maire Robert Fossorier, ses deux adjoints et le secrétaire de mairie, pour une réception d’adieu avant de quitter la ville pour se retrancher sur les hauteurs de Trouville et maintenant tout le monde attend les libérateurs.
Après le débarquement de juin 1944 et la bataille de Normandie, les armées anglo-canadiennes du général Montgomery libèrent la côte normande à l’est de l’Orne lors de l’opération Paddle. C’est aux unités de la aéroportée britannique (la Airborne) du major-general Richard Gale qu’est confiée la libération du pays d’Auge. Aux unités belges de la Brigade Piron, qui sont passées aux ordres de Gale, est confiée la libération de la côte, et après Cabourg, Dives-sur-Mer, Houlgate, Villers-sur-Mer, ils arrivent en vue de Deauville et Trouville. Dès le 20 août des contacts sont pris entre des envoyés de Deauville et les troupes alliées qui savent maintenant que les Allemands ont évacué la rive ouest de la Touques, y compris le mont Canisy. Ils ont établi sur ce fleuve leur dernière ligne de défense pour permettre au reste de la armée allemande de passer la Seine sans encombre. Ils sont retranchés dans un fortin qui tient sous son feu ce qui reste du pont qu’ils ont fait sauter et ils disposent sur les hauteurs de canons anti-aériens de 88 qui font merveille sur les objectifs au sol et de mortiers. Les troupes belges, rejointes par des troupes britanniques arrivées par les hauteurs, sont sérieusement accrochées sans que des groupes d’habitants qui fêtent les libérateurs se mettent à couvert, il y a de nombreuses victimes civiles dans les rues rectilignes de Deauville prises en enfilade depuis les hauteurs de Trouville. Ce n’est que le jeudi 24 août à du matin que les troupes belges franchissent la Touques sur une passerelle de fortune jetée sur les ruines du pont entre Deauville et Trouville.
Les forces alliées pourchassent les Allemands dans leur retraite jusqu’en Belgique et aux Pays-Bas. C’est en souvenir de leurs libérateurs que le pont reconstruit entre les deux villes porte le nom de « pont des Belges ». Dans les années 1960, Deauville prend conscience de son image et de ses atouts, mais également de la nécessité de s’adapter aux exigences d’une nouvelle clientèle. Le développement du tourisme de masse, permis par le développement des congés payés, conduit à l’arrivée en villégiature de familles plus populaires, notamment grâce au réaménagement de certaines villas en résidences ou appartements partagés (comme la villa des Abeilles, érigée par Auguste Bluysen en 1910). Ainsi, aux s’ajoute un nombre important de Parisiens venant passer leurs week-ends ou leurs vacances dans la station, à tel point que Deauville est surnommée le « arrondissement ». La ville comprend, en 2008, environ secondaires pour un peu moins de (environ 70 % de résidences secondaires). Les villas anciennes sont au nombre de 300, protégées de nos jours de la pression foncière par une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager.
Patrimoine religieux
Ces autres lieux et monuments sont tous classés au patrimoine de la ville.