Drancy
Histoire de Drancy
Drancy est une commune de la Seine-Saint-Denis, en Île-de-France, qui compte 71 363 habitants. Son nom est attesté sous la forme Terentiacum dès le Haut-Empire romain, vers 27 avant notre ère, avant que les locuteurs gaulois ne modifient le premier phonème en Derentiacum. Les formes successives traversent les siècles: Derenzegio en 1096, Derenciacum la même année, Darenciacum en 1133, Derenci en 1147, Darenci par la suite, avant la forme définitive Drancy en 1487. La finale -y traduit l’évolution du suffixe gaulois -acum, marquant la propriété, et le premier élément correspond au nom de personne romain Terentius. Le sens global est celui du « domaine de Terentius », un Romain à qui l’Empire avait concédé des terres en Gaule, à environ trois heures de marche au nord-est de Lutèce, sur des terres réputées propices à la grande culture, comme l’écrivait Georges Archer en 1964 dans son ouvrage De Terentiacum à Drancy.
L’occupation du site remonte au Néolithique, le long d’un axe de circulation, la route des Seuils, dont le tracé correspond approximativement à la RN 2. Les hommes s’installent à proximité de cette voie, en créant une piste dans les bois qui n’est autre que l’actuelle rue de la République. Plusieurs lieux-dits, comme la Haute Borne, le Buisson Barré ou le Baillet, signalent une présence ancienne, attestée plus tard par les Celtes. L’histoire de l’implantation villageoise, de l’Antiquité au Moyen Âge, est similaire à celle de nombreux bourgs ruraux d’Île-de-France: discontinue et complexe. Les fouilles menées lors de la construction de l’école Dulcie-September ont livré une fosse comblée de résidus de travail du métal et une sépulture, dans laquelle reposait le squelette d’une femme allongée sur le ventre, ce qui confirme une occupation gauloise du site. Selon les recherches de Raymond Liegibel, le territoire est habité sans interruption depuis l’Antiquité, voire depuis la fin de l’époque gauloise, hypothèse confirmée par les restes d’une cave en pierre. Une marmite ovoïde à lèvre en bandeau et épaule moulurée, typique de la fin du Moyen Âge, a également été retrouvée sur place.
Les premiers écrits relatifs à Drancy datent de la fin du XIe siècle, sous la forme d’une bulle du pape Urbain II confirmant aux religieux de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs de Paris la possession de l’autel, c’est-à-dire d’une chapelle. À l’époque médiévale, le bourg compte trois seigneuries: le Grand Drancy, le Petit Drancy ou « des Noues », et la seigneurie de Sainte-Geneviève. Au XVIe siècle, le domaine du Grand-Drancy, désigné comme seigneurie principale, devient la propriété de la famille Séguier, qui possédait déjà plusieurs fiefs et y avait fait construire un château en 1533. La seigneurie est alors vassale de celle de Bobigny, elle-même vassale de Livry et de Saint-Denis, qui dépendent toutes deux du roi; le Petit Drancy relève d’Aulnay et, pour partie, directement du roi. La Révolution abolit le système féodal, et c’est sans doute en 1792 que Drancy procède à l’élection de sa première municipalité. La commune ne possédait pas encore de mairie en 1825: la maison Levasseur fut acquise par délibération et aménagée à cet usage, les travaux d’appropriation coûtant plusieurs milliers de francs. La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par l’essor industriel et l’arrivée du chemin de fer; le baron de Ladoucette use de son influence pour que la ligne ne traverse pas le centre, sur ses terres, le chemin de fer étant alors considéré comme un danger qui amène une population ouvrière. La station, déplacée en 1858 à la périphérie, prend le nom de Le Bourget-Drancy. L’industrialisation des villes alentour gagne Drancy avec l’arrivée du chemin de fer; un centre de triage est créé sur la ligne Paris-Soissons et porte, bien que situé sur le territoire de Drancy, le nom de Triage du Bourget. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, le château de Ladoucette est au cœur d’importants combats.
Patrimoine religieux
Le patrimoine drancéen est marqué par l’histoire douloureuse de la cité de la Muette, édifiée en 1933 par Eugène Beaudouin et Marcel Lods dans le cadre de la loi Loucheur pour l’office des HBM du département de la Seine. Cette cité pilote, conçue pour annoncer les futurs grands ensembles, fut réaménagée durant la Seconde Guerre mondiale en camp de transit en raison de sa configuration jugée idéale par les autorités d’occupation: près de soixante-sept mille juifs y furent internés avant leur déportation, parmi lesquels Max Jacob, qui y mourut, le philosophe Jean Wahl, l’écrivain et poète roumain de langue française Benjamin Fondane et sa sœur Line, l’écrivain Tristan Bernard, Louise Jacobson et le chorégraphe René Blum. Les tours furent détruites en 1976, mais les bâtiments en barre subsistent. Le mémorial conçu par le sculpteur Shelomo Selinger et un wagon couvert à voie normale, classé au titre objet des monuments historiques, complètent ce site de mémoire. Le château de Ladoucette, construit en 1553 par le seigneur Pierre Séguier, demeura propriété de la famille Séguier pendant plus de deux siècles avant de passer en 1824 à James Thayer, créateur du passage des Panoramas à Paris, puis, en 1856, au baron Louis Napoléon Charles de Ladoucette et à sa femme Émilie-Victorine Thibault; la baronne, présidente de l’œuvre des patronages de jeunes filles, créa l’Asile de Drancy, un orphelinat. Le château fut détruit lors de la guerre de 1870, peu après la bataille du Bourget, puis reconstruit par la baronne.