Ergué-Gabéric
Histoire d’Ergué-Gabéric
Ergué-Gabéric est une commune de Finistère, en Bretagne, qui compte 8 553 habitants. Son nom breton est An Erge Vras signifiant Le Grand Ergué. La première mention écrite du nom date de 1160 sous la forme Arke, qui laisse supposer une forme plus ancienne Arkae. À l’origine, le terme Erge en vieux-breton se décompose en ar signifiant aux abords de, en avant de, et kae pour haie, talus défensif.
Le territoire d’Erge a été divisé en deux au: le suffixe Gabéric est probablement issu du patronyme Cabellic, dont un représentant Guy Cabellic fut évêque de Cornouaille de 1267 à 1280.
Une motte féodale a existé au lieu-dit « Castel » (Coz-Castel). La maison noble de Kerfort appartenait en 1420 à Anceau de La Marche. « Vers l’an 1640, Gui Autret, seigneur de Missirien, fit bâtir, près de l’avenue de son château d’Ergué, une chapelle dédiée à saint Joachim, dans laquelle il fonda quatre messes par semaine ». Les multiples interdictions concernant les inhumations dans les églises, décidées par les Évêques dès la fin du et par le Parlement de Bretagne en 1719 et 1721 suscitèrent parfois des réactions très violentes à l’encontre du clergé de la part des paroissiens: ce fut le cas à Ergué-Gabéric. En 1759 la paroisse d’Ergué-Gabéric [le nom est écrit Ergué-Gabérit] devait chaque année fournir 25 hommes pour servir de garde-côtes. Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Ergué-Gabéric en 1778 Marie-Hyacinthe de Geslin est né le au château de Kerlut en Plobannalec. Seigneur de Pennarun (le manoir de Pennarun se trouve en Ergué-Gabéric]) et de Quimperlé, il fut réputé être, selon un rapport de gendarmerie, « un des plus cruels parmi les chouans qu’il commandait.
Surnommé « le chouan de Pennarun », il a dirigé une grande partie des assassinats qui ont eu lieu dans le Finistère ». En raison de son réseau hydrographique dense (l’Odet et le Jet, ainsi que certains de leurs affluents), 17 moulins à eau ont été recensés, ayant existé à des époques variables; neuf existaient encore en 1790, ainsi qu’en 1809. Huit se trouvaient sur l’Odet et ses affluents (les principaux étant le moulin de Kergonan, connu depuis 1540 et Meilh Poul, connu depuis 1426 et en service jusqu’en 1924) et neuf sur le Jet et ses affluents (dont Meilh Jet, Meilh Faou, arrêté en 1976 et Pennarun, qui ferma aussi en 1976. C’était des moulins à farine sauf Meilh Paper, sur l’Odet, qui est à l’origine de l’implantation de la papeterie Bolloré en 1822. Le cheval du moulin de Meilh Poul fut une nuit attaqué par un loup affamé. Appuyant son arrière-train contre un têtard de chêne, le cheval fit face toute la nuit. À un moment le loup eut soif et alla boire à l’Odet. Le cheval en profita pour lui écraser la tête avec ses sabots.
Cette scène n’eut pas de témoins mais fut reconstituée grâce au cadavre du loup et aux diverses traces laissées sur place par les deux animaux. C’est à Ergué-Gabéric que sont fondées par Nicolas Le Marié, en 1822, les papeteries d’Odet, situées dans le village de Lestonan, au nord-est du bourg. Ces papeteries, qui fabriquent du papier d’emballage, du papier bulle, du papier pour cahiers et du papier à cigarettes, dirigées par Jean-René Bolloré à partir de 1861, ont fait depuis, la fortune de la famille Bolloré. René Bolloré I dirige l’entreprise à partir de 1881, René Bolloré II lui succède en 1905, Gaston Thubé (beau-frère du précédent) en 1935, puis René Bolloré III et Michel Bolloré en 1946 et Vincent Bolloré à partir de 1981. En 1881, l’usine Bolloré emploie plus de; Jean-René Bolloré, catholique fervent influencé par les idées de Marc Sangnier, a établi des relations paternalistes au sein de l’entreprise; conseiller général, il échoue à deux reprises aux élections législatives en 1876 et 1877. René Bolloré II fait construire en 1910 le manoir d’Odet. En 1914, les deux papeteries d’Odet et de Cascadec (laquelle a ouvert en 1893 à Scaër) comptent en tout. Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Ergué-Gabéric en 1845
Vers la fin du et le début du, la commune est connue pour la pratique de la polyculture et l’élevage des doubles bidets. Un rapport du Conseil général du Finistère indique en qu’Ergué-Gabéric fait partie des 27 communes de plus de 500 habitants du Finistère qui n’ont encore aucune école de filles. Fin, la construction de 67 écoles de hameaux a été autorisée dans le Finistère par deux décrets Des paysans découvrirent fortuitement au printemps 1911 le gisement d’antimoine de Kerdévot en défrichant des broussailles, en particulier de la stibine. La « Compagnie des mines de La Lucette » obtint en 1913 une concession de, à cheval sur les communes d’Ergué-Gabéric et Elliant, creusa 3 puits et un kilomètre de galeries de mines, les plus profondes descendant jusqu’à une cinquantaine de mètres, employant jusqu’à en 1915, le minerai étant expédié à la fonderie du Genest (Mayenne). En 1916, la société arrêta l’exploitation sur ce site et entreprit le démontage des installations, puis reprit des recherches en contrebas de Niverrot en 1927, ce qui provoqua une reprise éphémère de l’exploitation qui cessa définitivement le. Le Bureau de recherches géologiques et minières a effectué un travail de prospection dans la décennie 1970, trouvant plusieurs gisements, mais de trop faible teneur en minerai pour être économiquement exploitables. La « mine de Kerdévot » fait l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope en date du « afin de garantir la protection du biotope nécessaire à la reproduction, au repos et à la survie des chauves-souris », attendu que cette mine abrite diverses espèces animales protégées dont le grand rhinolophe, le grand murin, le vespertilion à moustaches, le vespertilion de Daubenton et l’oreillard roux.
« La pénétration des personnes dans les parties souterraines de la zone de protection est interdite ». 668 Gabéricois auraient été mobilisés pendant la Première Guerre mondiale, soit 23,1 %de la population communale, estimée en 1914 à habitants. Le monument aux morts d’Ergué-Gabéric porte les noms de morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Parmi eux, plusieurs ont été décorés: Corentin Le Gall et René Le Gall; Joseph Chausse fut décoré de la Légion d’Honneur. Deux au moins (Corentin Le Failler et Louis Bacon) sont morts alors qu’ils étaient membres de l’Armée d’Orient, deux alors qu’ils étaient prisonniers de guerre en Allemagne (Mathias Espern et Jean Jaouen, ce dernier le, donc après l’armistice), d’autres sur le front belge comme Simon Himidy et François Gourmelen, certains sont disparus en mer comme Guénolé Le Meur et Jean Le Grand, la plupart des autres étant décédés sur le sol français: parmi eux, trois frères Le Menn, de Kerourvois, ont été tués: Henri, tué le à Ville-sur-Tourbe (Marne), Jean-Marie, tué le à Verdun (Meuse) et Yvon, tué le à Méricourt (Somme). Louis Riou, de Quélennec, tué à l’ennemi dès le à Arsimont (Belgique) fut le premier mort gabéricois de la guerre, trois autres (Yves Guillou, Michel Le Bihan et René Philippe) étant tués dès le lors de la Course à la mer dans le Pas-de-Calais. François Moullec, de Menez Groas, fut tué le, donc la veille de l’armistice, à Flize (Ardennes), mais le dernier mort gabéricois lié à la guerre fut Michel Rannou, de Reunic, mort le dans le port russe d’Odessa. Étienne Le Grand, né le à Lestonan en Ergué-Gabéric, qui était employé chez le photographe Joseph-Marie Villard (fils de Joseph Villard) avant la guerre, soldat mobilisé d’abord au régiment d’infanterie, troqua rapidement son fusil contre un appareil photo à la demande des autorités militaires, et son fonds photographique contient environ 700 photos illustrant la Première guerre mondiale dont 200 sont reproduites dans le livre « Étienne Le Grand.
Un regard breton dans la Grande Guerre ». Des Gabéricois ayant survécu à la guerre furent décorés de la Légion d’honneur: par exemple Pierre Le Naour, Louis Le Guay, Jean Louet (après une grave blessure reçue en 1915), Hervé Herry (gravement blessé à la tête le et décoré le ). d’Ergué-Gabéric, appartenant à, furent déclarés pupilles de la nation. Le monument aux morts, placé dans le nouveau cimetière (ouvert le ), fut inauguré le: il est composé du socle du calvaire de l’ancien cimetière et représente un immense crucifix dû à René Ménard; la partie haute du socle porte sur une face une plaque en marbre portant l’inscription: « Aux enfants de la commune d’Ergué-Gabéric morts pour la France priez pour eux » (en lettres capitales); sur les autres faces, respectivement l’inscription en breton « EVIT BUGALE AN ERGE VRAS MARO AR BREZEL » (« Aux enfants du Grand Ergué morts à la guerre »), une croix de guerre en bronze entourée de deux palmes et un médaillon en bronze représentant un poilu devant une croix, tenant un drapeau dans ses bras, portant l’inscription « Dieu et Patrie », œuvre du sculpteur Charles Breton en 1822 sur les bords de l’Odet, puis développée par plusieurs générations de Bolloré; la marque « OCB », acronyme de « Odet-Cascadec-Bolloré », est une marque française de papier à rouler (ou papier à cigarette) fondée en 1918, qui dépendait du groupe Bolloré. La Cité de Keranna, construite dès 1917 par l’architecte nantais René Ménard pour le compte de la famille Bolloré, était destinée à loger les ouvriers et ingénieurs qui travaillaient à la papeterie toute proche au village de Lestonan. L’expansion de l’entreprise Bolloré est spectaculaire: en 1930, elle livre de cahiers « à rouler » les cigarettes, ce qui représente plus de de cigarettes. Les groupes Reynolds Tobacco Company et British American Tobacco font partie de ses clients. Henri Le Gars, ancien ouvrier de cette papeterie entre 1939 et 1941, date de l’arrêt momentané de l’usine, puis à nouveau de, date de la réouverture de la papeterie, à 1981, a décrit ses souvenirs sur un site Internet.
René Bolloré II, alors adjoint au maire d’Ergué-Gabéric, fit ouvrir une école privée pour filles, l’école Sainte-Marie (confiée à la congrégation des Filles du Saint-Esprit), en 1928, et une pour garçons, l’école Saint-Pierre (confiée aux Frères de l’instruction chrétienne), en 1929 à Lestonan; auparavant il organisait un service de cars pour conduire les enfants de ses ouvriers aux écoles privées du bourg. L’abbé Louis Le Gall crée une société sportive, « Les Enfants de Notre-Dame-de-Kerdévot », comprenant notamment une section de gymnastique, en 1913. Le est déclarée au Journal officiel la société « Sans Peur », qui y ajoute la pratique du tir, nom bretonnisé en « Paotred Dispount » en 1921. Le club a rapidement diversifié ses activités (clique de musique, théâtre, football, etc.). En 1928, René Bolloré met un terrain à disposition du club à Ker-Anna, remplacé en 1993 par un nouveau terrain situé à Lestonan. Le monument aux morts d’Ergué-Gabéric porte les noms de mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale et Eugène Laurent) sont morts hors de France alors qu’ils étaient membres des Forces françaises libres et un autre français libre, Jean Berri, fut tué peu après le débarquement de Normandie le à Ducey (Manche); un (Michel Le Cam) est décédé en mer; un (Alain Le Grand) est mort alors qu’il était en captivité en Allemagne. Trois Gabéricois (François Louet, Jacques Le Mouel, Jean-Louis Le Meur) sont des civils victimes des combats lors de la Libération en 1944. Hervé Bénéat, fut le plus jeune des Gabéricois à avoir participé au coup de main contre les archives du STO à Quimper; arrêté le et déporté au camp de concentration de Neuengamme, mort en déportation le au camp de concentration de Wöbbelin (Allemagne).
Louis Léost est décédé le au camp de concentration d’Orianenbourg. René Bolloré III rejoignit les rangs de la France libre à Londres dès. Son frère Gwen-Aël Bolloré en fit autant dès qu’il atteint ses en: il fit partie, comme son cousin René Thulé, du commando Kieffer. Yves Benoit, résistant FFI, qui participait aux combats dans la presqu’île de Crozon, fut tué le à Telgruc-sur-Mer lors d’un bombardement allié effectué par erreur, les aviateurs croyant ce bourg encore occupé par les Allemands et René Le Roux) originaires d’Ergué-Gabéric sont morts pendant la guerre d’Indochine et un (Louis Le Roux) pendant la guerre d’Algérie. En le clocher de l’église paroissiale s’effondre, victime d’un orage. En 1979, l’usine d’Odet, alors contrôlée par la Compagnie Financière Edmond de Rothschild, commence la production de film polypropylène (déjà en cours depuis 1969 à l’usine de Cascadec à Scaër); en 1981 l’entreprise est au bord de la faillite quand Vincent Bolloré en prend la direction, après avoir racheté l’entreprise, avec son frère Michel-Yves Bolloré, pour une somme symbolique; l’usine produit aussi du papier pour condensateurs et du papier carbone. Les papeteries Bolloré sont rebaptisées Bolloré Technologies. François Mitterrand vient visiter les usines d’Odet en 1985.
Dans la décennie 1990, une usine ultramoderne à Lestonan fabrique du plastique pour condensateurs et du plastique d’emballage. C’est aussi à Lestonan qu’a été conçue la batterie d’accumulateurs équipant la Bolloré Bluecar par la société Batscap. « Je souhaite (…) que notre Groupe ne perde pas ses racines: il a été créé il y a à Ergué-Gabéric; il doit y garder son siège et veiller à ce que nos activités bretonnes (…) soient toujours à la pointe du progrès technique et social », déclare Vincent Bolloré lors de la cérémonie de vœux à ses employés en janvier 2 000. L’ancienne carrière de Kerrous (carrière Delhommeau), qui a fonctionné pendant un demi-siècle (elle a fermé en 2018), les roches extraites servant principalement à l’entretien des routes, a formé pendant la durée de son exploitation une importante excavation qui sert depuis 2020 de réserve d’eau (1,2 million de m); celle-ci est pompée dans l’Odet et pourra en cas de besoin être reversée dans le Steïr grâce à une canalisation longue de 5 km afin d’y maintenir un débit suffisant en période d’étiage. La carrière de gneiss de Kerrous, exploitée par la société CMGO (Carrières et Matériaux du Grand Ouest), a été exploitée pendant une cinquantaine d’années, fournissant des granulats; elle a fermé en 2018. Le site a été remis en état par l’entreprise exploitante et désormais c’est un lieu de promenade (un belvédère a été aménagé), un accès vers les sites du Stangala (grâce à une passerelle aménagée sur l’Odet en ) et une réserve d’eau pour l’agglomération quimpéroise
Patrimoine religieux
Cette chapelle était celle d’une trève qui englobait les deux anciennes trèves de Kergonan et Quillihouarn; située dans le quart nord-est de la commune d’Ergué-Gabéric, elle comprenait le menhir et la ferme de Kergonan, un tumulus signalé au début du par Paul du Châtellier sous lequel se trouve un caveau fouillé en 1961 contenant un vase en terre cuite et daté de l’âge du bronze moyen, la fontaine Saint-Jacques.