Gaillon

Histoire de Gaillon

Gaillon est une commune de Eure, en Normandie, qui compte 6 801 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Gaillo (Guill. V), Gallyo, Guaillon, Gaillonium, Gaillum, Gwailium (Deville, Comptes de Gaillon); Guaillum; Fortalitia Gaillonis (Rigord, Rec. de France), Castrum Gaallonii (traité entre Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion) et Gaallonii en 1195; Gaillonem en 1196.

Albert Dauzat et Charles Rostaing considèrent qu’il s’agit du nom de personne germanique *Wadal. Ernst Förstemann cite l’anthroponyme Wadilus, suivi du suffixe -o /-one de localisation. Ernest Nègre suggère l’emploi d’un autre nom de personne germanique Gailo pris absolument.

Cependant, la forme Wallio pour Gaillon et de Wallonio pour son homonyme Gaillon-sur-Montcient dans les Yvelines, ainsi que l’existence du hameau Gailloncel dérivé de Gaillon, désigné Waillonchel en 1231, implique le rejet de cette explication, en effet, elle ne peut pas rendre compte du W- initial. Le passage de [w] à [g] est un phénomène phonétique régulier en français (voir l’étymologie de gagner, garder, guetter, gué, etc.), elle n’a cependant pas affecté les dialectes d’oïl septentrionaux dans lesquels [w] est resté tel quel, avec cependant une évolution postérieure en [v] en normand septentrional. L’isoglosse [v] / [g(u)] passe légèrement au nord de Gaillon (parallèlement à la ligne Joret), ainsi les communes de l’Eure situées plus au nord ont-elles conservé le W- initial devenu V-, comme dans Verclives (Eure, Warcliva vers 1025) ou Vascœuil (Wascoilus 876, Guascolium ).

François de Beaurepaire indique en outre que le mode de composition avec le suffixe -o / -one de la proposition d’Albert Dauzat est tout à fait inusuel avec un nom de personne germanique.

L’histoire de la ville est fort liée à celle de son château. La Préhistoire laisse quelques traces dans la contrée. (Sarthe), dont des vestiges semblables ont été mis au jour à Saint-Aubin-sur-Gaillon. C’est au cours de l’époque romaine que l’on peut apprécier un regroupement de populations dans la vallée et surtout sur les hauteurs: en effet, Saint-Aubin-sur-Gaillon est peut-être la ville gallo-romaine des origines. Alphonse-Georges Poulain y a exhumé des bains publics et des petits temples gallo-romains. D’ailleurs, avec l’avènement du christianisme, Saint-Aubin fut longtemps paroisse mère de Gaillon. Par contre, l’archéologie moderne n’a pas révélé de trace d’un oppidum celtique à l’endroit du château local. En outre, on ne trouve aucun vestige archéologique qui ait pu être documenté relatif à la présence d’un castrum du Bas-Empire romain sur les sites de Saint-Aubin ou du château de Gaillon.

Un château ducal destiné à défendre la frontière de Normandie contre le roi de France est édifié vers le et il fait alors partie de tout un système de fortifications majoritairement construites le long de l’Epte côté normand (Malassis, Gasny, Baudemont, Écos, Château-sur-Epte, Gamaches), mais aussi entre Eure et Seine (rive gauche) parmi lesquelles Gaillon. En 1192, au terme d’un accord conclu entre Philippe Auguste, le roi de France, et Jean sans Terre, le roi d’Angleterre et duc de Normandie, Gaillon passe sous la domination du roi de France, au même titre que le Vexin normand et quelques autres places fortes, dont Évreux. Jean sans Terre n’est qu’un roi suppléant pendant la captivité de son frère Richard Cœur de Lion mais, dès sa libération et son retour en terre normande en 1194, ce dernier récupère quelques-unes de ses possessions après avoir défait le Capétien à Fréteval, mais pas Gaillon ni Vernon, ni Gisors que Richard perd à la fin de l’année 1195 au terme du traité de Gaillon conclu avec Philippe. C’est pourquoi il consolide ses positions en faisant construire Château-Gaillard aux Andelys sur l’autre rive de la Seine. Ce n’est cependant qu’en 1204, après la chute de la place forte et la conquête de toute la Normandie qui s’ensuit, que Gaillon est définitivement rattachée au domaine royal français. En 1194, Philippe Auguste confie la défense du château de Gaillon au chef mercenaire Lambert Cadoc et à ses troupes. Il lui en fait don en 1197 pour le remercier de ses faits de guerre. Lambert Cadoc est seigneur de Gaillon de 1197 à 1219.

Il est à l’origine des armes de Gaillon. En 1207 et 1208, Philippe Auguste rend visite à Lambert Cadoc dans la forteresse qui contient à cette époque de nombreuses machines de guerre: trois balistes à tourniquet, treize balistes à deux pieds, et huit balistes à étriers. En 1219 ou 1220, Philippe Auguste reprend le château par la force et jette Lambert Cadoc en prison. Un virage patrimonial va engendrer la célébrité de Gaillon avec Louis IX, roi de France, qui recueille l’héritage philippien du manoir féodal. Le roi ne s’intéressant guère à cette propriété, il cède à Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, tours et murailles médiévales moyennant finances et en échange de viviers et des moulins de Rouen (1262), Henri IV, plus tard Louis XIV, Pierre Séguier, François de Harlay (1643-1644), mécène des lettres, auteur du Mercure de Gaillon, y sont reçus, accompagnés de la fine fleur des gentilshommes du moment. Quant à l’archevêque fils du ministre Colbert, Jacques Nicolas, il fait adjoindre aux lieux une orangerie par les soins qualifiés de Jules Hardouin-Mansart et remodeler les jardins par Le Nôtre, tandis que le dernier résidant (contemporain de la Révolution), le cardinal de La Rochefoucauld, y reçoit, le 14 juillet 1785, Benjamin Franklin en chemin vers Le Havre d’où il doit s’embarquer pour définitivement s’en retourner, malade et âgé, vers son pays et, le 28 juin 1786, le roi Louis XVI, de retour de Cherbourg. À la Révolution, le château, bien de l’Église, devient bien national. Son nouveau propriétaire le dépèce et met en vente les éléments sculptés.

À la suite d’une mission ordonnée par le ministre de l’Intérieur Jean-Antoine Chaptal entre les 11 août et 11 septembre 1801, Alexandre Lenoir, conservateur du musée des Petits Augustins de Paris, fait remonter les éléments de la Porte de Gênes dans la cour des Beaux-Arts et place le reste à l’abri. Le château vidé devient sous Napoléon un pénitencier, tandis que le 11 décembre 1840, on rend hommage aux cendres de l’Empereur glissant par la Seine vers Paris. Le voit la région bouleversée par des affaires retentissantes secouant la bourgeoisie locale: affaire Tournebut, relative à la chouannerie normande (1809), ou le drame du château de Jeufosse (1856-1857) qui a défrayé la presse régionale dans ses chroniques judiciaires. La ville est occupée le 10 juin 1940 à par des éléments de la 58. Infanterie-Division qui faisait partie de la division d’infanterie et du XXXVIII. Armeekorps, commandé par le Generalfeldmarschall Erich von Manstein. Les Allemands ont traversé la Seine à la nage et en canots pneumatiques en dépit du pétardage du pont de Courcelles-sur-Seine. Gaillon est ainsi la première ville occupée par les Allemands sur la rive gauche de la Seine, au même titre qu’Aubevoye ou Villers-sur-le-Roule.

Le château délaissé voit l’installation d’un camp pour les internés politiques et de droit commun, et camp de transit pour les juifs raflés. Envoyé dans ce camp en octobre 1941, Pierre Villon parvient à s’en évader le 17 janvier 1942. Au début 1942, Pierre Semard est transféré au camp d’internement de Gaillon puis à Évreux où, comme otage des autorités allemandes, il est fusillé le 7 mars.

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Population

6.801 habitants

Région

Normandie

Département

Eure
(27)

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