Goderville

Histoire de Goderville

Goderville est une commune de Seine-Maritime, en Normandie, qui compte 2 839 habitants. Le nom de Goderville apparaît en 875 sous la forme Godardi villa, sur une charte du roi Charles le Chauve, concernant le dénombrement des biens appartenant au chapitre de Rouen. Il s’agit d’une formation toponymique médiévale en -ville au sens ancien de « domaine rural » ou plutôt, dans ce cas, de « village », dont le premier élément Goder- représente le nom de personne Godard, anthroponyme d’origine germanique occidentale Godhard (vieux haut allemand Godahard). Il se perpétue dans les noms de famille et.

L’identification à la mention précoce de 875 est contestée par François de Beaurepaire qui ne se fie qu’aux attestations du du type Godarvilla et Christo (Manche, également Christot, Cristot).

Une voie romaine reliait Lillebonne (Juliobona) et Étretat et passait par Goderville. Le trajet suivait Bréauté, Versailles, Goderville (La Fosse aux Precheux), Bretteville (La Chaussée), Gerville et Maniquerville (le marché aux raies, au croisement avec la voie romaine de Harfleur à Fécamp), Les Loges (La Grande Rue), Bordeaux, Saint-Clair et Étretat. Goderville semble devoir son origine aux défrichements pratiqués aux dans la forêt de Fécamp qui s’étendait jusque-là. Au, l’archevêque de Rouen, Hugues III d’Amiens, concède aux moines de Fécamp le droit de tenir canoniquement les églises qui seraient élevées dans cette forêt, ainsi que celles de Goderville et de Villainville déjà édifiées. La paroisse est créée dans un essart en 1155 et sa fondation est attribuée à Godard des Vaux, justicier du Roi entre 1154 et 1158. L’un des premiers habitants de Goderville qui nous soit connu est Gautier le Forestier de Goderville, cité comme témoin en l’an 1210 dans une charte de vente du tènement (terre tenue d’un seigneur) par Guillaume Martel aux religieux du Valasse. En 1204, le roi de France Philippe Auguste confisque la Normandie et la rattache au domaine royal. Goderville est un plein fief de haubert tenu du duc de Normandie, dont l’une des principales résidences est située à Fécamp (l’ancien palais des ducs de Normandie oppose de 1337 à 1453, la dynastie des Plantagenêt à celle des Capétiens.

Celle-ci est entrecoupée de trêves plus ou moins longues. Un journalier de Goderville, Robin Desloges, cité dans un acte de rémission en 1425, déclare qu’il y a alors dans cette paroisse « XII mesnages ou environ ». Les Anglais mènent de nombreux raids sur la France que l’on nomme chevauchées, le roi d’Angleterre débarque dans la région en 1415 et a pour but de s’emparer de la région, mais le siège d’Harfleur lui a coûté trop d’hommes, il s’en va pour Calais et lors de sa traversée il bat l’ost royale à la bataille d’Azincourt. Les Anglais reviennent en 1417 soit 2 ans plus tard. Leur objectif: s’emparer de la Normandie. Ils attaquent Caen puis se tournent vers la Seine Maritime et mettent le siège devant Rouen qui tombe après cinq mois de siège. Ils pacifient la région et par acte du 5 mai 1420, Henri V confisque la seigneurie de Goderville au profit d’un de ses fidèles, Henri John. Peu de temps, un autre Anglais, Jean Zieberth, est seigneur de Goderville.

En 1424 les Français aidés par les Écossais tentent de reprendre la Normandie mais sont défaits à la bataille de Verneuil. Les Français résistent encore au mont Saint-Michel. Leur retour dans la région intervient après l’exploit de la pucelle Jeanne d’Arc. Après son arrestation et son exécution en 1431, des troupes françaises stationnent dans la région. Le duc Jean II d’Alençon opère dans le sud des attaques sur les Anglais, mais il faut attendre la campagne de Normandie, pour que la région passe définitivement côté français. En 1449, l’armée de Charles VII reprend la Normandie. En 1482, Nicolas Roussel devient seigneur de Goderville, par son mariage avec Guillemette le Macheerier, fille d’écuyer. La famille Roussel conserve le fief de Goderville jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

Nicolas Roussel, puis « de Roussel », écuyer puis chevalier, Seigneur de Godarville, sert de bonne heure dans la gendarmerie. Dès son plus jeune âge, il y est archer. Adulte, il est considéré comme « bon gendarme » et il y est très estimé. Plus âgé, il se retire dans sa maison et seigneurie de Godarville où il vit noblement, « suivant le Ban du Roi ainsi que les Nobles du Pays ». Nicolas de Roussel est fait chevalier par François le 14 mars 1515 à Paris. Au nord de l’église se trouve le château, édifice en briques, pierres et silex, construit par Nicolas de Roussel entre la fin du et le début. Il était autrefois entouré d’eau et muni d’un pont-levis. Une ancienne partie de ce fossé est appelée « la mare au vivier ».

Malgré les guerres extérieures, la première moitié du est une période relativement heureuse mais à peine le bourg de Goderville s’est-il relevé de ses ruines, qu’un autre fléau jette la consternation parmi ses habitants. Un incendie se produit, détruisant les maisons bâties en bois et couvertes en chaume, à l’exception de l’église, du manoir seigneurial et du manoir de Réville, couverts en tuile plate. Les Gordervillais assistent impuissants à la destruction de leurs biens. Ils adressent alors une requête aux États de Normandie le 26 novembre: le feu, disent-ils, a détruit « leurs maisons, écritures, biens, grains, bestiaux et marchandises ». Le mal causé est promptement réparé. Non seulement la population atteint les qu’elle comptait au mais elle sera de 122 feux vers 1774, soit environ. Le 13 juillet 1597, le bourg de Goderville est désigné pour rassembler les soldats du régiment du sieur Boniface, suivant le commandement du roi. C’est sans doute à cette occasion que Jean de Roussel arme les hommes de la vicomté.

Entre 1571 et 1789, la vicomté de Montivilliers regroupe: la sergenterie de Harfleur-Saint Romain et la sergenterie de Montivillers et Goderville, dite « sergenterie du Plaid de l’Épée ». Un commis assermenté est chargé de récolter tous les dus au roi, sous l’autorité du possesseur de la sergenterie (métier semblable à celui des huissiers aujourd’hui). Une lettre patente de mars 1651 érige Goderville en baronnie. Pendant la guerre de Sept Ans, Goderville aurait été le centre de ralliement des troupes de la Haute-Normandie, au cas où les Anglais, dans une tentative pour prendre Le Havre à revers, débarqueraient à Étretat. Des bataillons réguliers y cantonnent à différentes reprises. Les habitants de Goderville et des alentours peuvent également être appelés à repousser toute tentative de débarquement. À cet effet, ils sont armés et équipés pour surveiller les côtes de jour comme de nuit. Goderville fait partie de la capitainerie de Fécamp dont Épreville est le lieu de rassemblement.

Une compagnie de fusiliers doit pouvoir être fournie par les paroisses de Goderville, Annouville, Bénouville, Bretteville, Auberville, Cretot, Imauville, Écrainville et Sausseuzemare. Goderville, a toujours été un centre agricole important. Les cultures étaient réalisées selon un assolement triennal: le premier compost est chargé de froment, de méteil (mélange de froment et de seigle) et de seigle destiné à faire des liens pour la moisson. Le second reçoit de l’orge et de l’avoine, dont une partie est ensemencée avec du trèfle. Le troisième est consacré à la culture des pois, de la vesce, du lin et des pâturages. Le lin était, et reste, une culture intensive sur les terres du canton de Goderville. La Normandie est aujourd’hui le premier producteur de lin au monde, en particulier sur les terres du Pays de Caux. Il y est cultivé par rotation tous les sept ans avec d’autres cultures.

Les origines du marché de Goderville remontent. Les foires: une foire renommée se tenait tous les ans le jour de la Sainte Madeleine. On y compte en 1793, 1305 en 1841, 1486 en 1911. Goderville, jusqu’alors un village, devient un bourg important. Maupassant a rendu célèbre le marché de Goderville par sa nouvelle La Ficelle. Au, les habitants du canton se rendent dans ce gros bourg cauchois pour y vendre beurre, œufs, volailles, blé ou laine. Vers 1830, marché et foire se tiennent près de l’ancienne église. Lors du Second Empire, la construction de l’église actuelle, des grandes halles et de la halle à l’avoine témoignent de l’essor du bourg et son rôle cantonal.

Les foires aux chevaux de la mi-carême attirent des marchands boulonnais, alsaciens ou bourguignons et tous les cultivateurs des environs, qui affluent vers le marché, venant d’Écrainville, Sausseuzemare, Bretteville, Grainville, Bréauté, Bornambusc ou Manneville. On marchande sur place mais on règle ensuite l’affaire à l’hôtel du Bras d’or ou à l’hôtel de Rouen, dont les cours sont transformées en parcs de stationnement pour voitures à cheval. Alors, l’acheteur sort son énorme portefeuille car on paie comptant en espèces, puis l’on joue la traditionnelle partie de dominos puis on déjeune. Les femmes arrivent au marché avec leurs paniers et il s’agit de vendre au meilleur prix œufs, beurre, poulets et autres produits comestibles aux acheteurs, grossistes, crémiers ou épiciers, du Havre, Fécamp ou des environs. Et puis, l’argent obtenu, on fait son marché et on achète, en marchandant, les fruits, le poisson, la viande ou quelques vêtements nécessaires à la famille. C’est dans ce cadre et cette ambiance que parait la nouvelle de La Ficelle le 25 novembre 1883 dans Le Gaulois. Les personnages campés par Maupassant sont Maïtre Hauchecorne de Bréauté, Fortuné Houlbréque, riche laboureur de Manneville, Malandain le bourrelier et Jourdain l’aubergiste, tous deux de Goderville. On voit aussi Maïtre Breton cultivateur et son valet de ferme Marius Paumelle, qui demeurent à Ymauville.

Goderville, terre de lin et d’expérimentations. On cultive largement le lin à Goderville depuis des siècles. Au -début, des courtiers belges et des marchands de lin visitent la région chaque année en juin. Ils achètent sur pied les plus beaux champs qu’ils rencontrent. Au moment de la récolte, si l’arrachage répond à leurs espérances, ils s’exécutent sans difficulté. Si par contre, l’orage ou la grêle ont abîmé la récolte, les acheteurs annulent leur commande. À la suite de la Première Guerre mondiale, la production du lin en Normandie décline, passant de en 1902 à en 1919. La Russie, grand fournisseur de l’industrie linière en Normandie avant la guerre, ne peut plus fournir car les ports de la mer Baltique ont souffert de la guerre.

Pourtant, les besoins sont immenses, car tous les stocks de fils et de tissus ont été épuisés au cours de ces cinquante-deux mois, où toute fabrication a été interrompue. On cherche donc à augmenter les surfaces et à travailler la matière première, par de nouvelles méthodes de rouissage et de teillage pour un obtenir un meilleur rendement, en créant sur les lieux de production, des lineries agricoles ou industrielles. C’est ainsi qu’à la veille de la guerre, en Normandie, un ingénieur, M. Feuillette, installe une première linerie, en 1913 à Goderville, pour pratiquer le travail du lin d’après ses procédés scientifiques présentés en juin 1911 auprès du Comité linier de France et du Comité de filature et tissage de la Société. Il achète le terrain situé sur la route de Sausseuzemare à madame Blot, propriétaire de la ferme de Réville. L’usine comprend trois hangars: le plus grand abrite le battage du lin, les machines nécessaires à la mise en bonjeaux, la cuve de rouissage, l’essoreuse. Le second bâtiment contient le séchoir, la teilleuse. Le troisième comprend la machinerie, le bureau du directeur et le logement du gardien.

Feuillette démontre la réelle valeur, pratique et économique, du procédé naturel de rouissage bactériologique, d’une extrême simplicité, ne demandant que six jours environ et très peu de main-d’œuvre, avantage considérable au moment de cette période de conflit. Le rouissage est une fermentation bactérienne, décomposant l’enveloppe des fibres de cellulose du lin. Ces opérations naturelles sont toutes effectuées dans l’usine, sans dépendre des conditions météorologiques. L’usine commence à fonctionner en avril 1914 et toute la filasse fabriquée à Goderville à titre démonstratif, est achetée par la « York Street Flax Spinning Cy », de Belfast, la plus ancienne et l’une des plus importantes filatures au monde. La démonstration que le lin peut être traité à n’importe quelle époque de l’année, quel que soit le temps pour le transformer en filasse de toute première qualité en une dizaine de jours et sans aucun transport a été faite dans cette linerie de Goderville. Le lin est traité sans frais de transport ou d’intermédiaire. Le procédé Feuillette conduira au développement des lineries agricoles et industrielles en France. La linerie sera rachetée par les frères Chédru (Jean, Gustave, Roger et Robert), qui posséderont également une deuxième linerie au Bec-de-Mortagne et développeront un commerce avec les liniers des Flandres.

Patrimoine religieux

La première église de Goderville date de 1150. Elle était construite au milieu de la place du marché. Son clocher est quant à lui édifié. On sait que cette église tombe en ruines. Il faut dire qu’en 1562, l’église est pillée par les Protestants, pourtant peu nombreux à Goderville.

Puis en 1582, elle a échappé à l’incendie qui a détruit tout le centre de Goderville. À la fin du, l’église est donc grandement remaniée. On n’en conserve que le clocher gothique. L’église est ainsi du jeune temps de Maupassant « un édifice tout en silex, tapissé de lierre, avec des croisées de boutique ». En 1825, Crétot est rattaché à Goderville, faisant passer sa population à.

L’église de Crétot est vendue puis démolie. Par ailleurs, Goderville devient un doyenné en 1837. Il faut sûrement voir là les raisons et les moyens qui vont conduire à l’édification d’une nouvelle église, plus grande et plus majestueuse en 1860. Pour cette nouvelle église, on fait appel à un grand architecte: Jacques-Eugène Barthélémy, architecte diocésain qui a réalisé la nouvelle flèche de Saint-Maclou à Rouen, les églises Notre-Dame de Bonsecours, Sotteville-lès-Rouen, Saint-Jacques-sur-Darnétal, Maromme ou encore Oissel. Cette nouvelle église est construite en néo-roman, toute en pierre, un peu plus en retrait de la place.

Le temps de sa construction, l’ancienne église reste en activité. Elle est enfin démolie en 1863. Les cloches de l’ancienne église sont conservées le temps que le clocher soit définitivement terminé en 1880. Celles-ci seront ensuite remplacées le 12 mars 1899 par 3 nouvelles cloches. Les vitraux sont réalisés en 1876 et 1877 par l’atelier Boulanger.

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Population

2.839 habitants

Région

Normandie

Département

Seine-Maritime
(76)

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