Hesdin
Histoire d’Hesdin
Hesdin est une commune de Pas-de-Calais, en Hauts-de-France, qui compte 2 222 habitants. Hesdin est une ville forte construite en 1554 par Charles-Quint après la destruction du Vieil-Hesdin, construite sur le village de Marconne au lieu-dit « le Maisnil », à six kilomètres environ du Vieil-Hesdin. Le nom primaire de la localité est attesté sous les formes Maisnils, Mainil au; Maisnilg en 1257; El Maisnil au; Le Maisgnil en 1365; Le Maisnil-lez-Hesdin en 1366; puis sous les formes Hesdin-Fort en 1559; Hesdin-Fert en 1560; Le nouveau Hesdin en 1585; Esdan en 1591; Hédin au; Hesdain en 1685; Hesdin en 1793 et depuis 1801.
À la suite de la mort sans héritier, en juin 1191, du comte de Flandre Philippe d’Alsace, Philippe Auguste prend possession effective de l’Artois, comprenant les places d’Arras, Bapaume, Hesdin, Saint-Omer et Aire-sur-la-Lys, ainsi que la suzeraineté sur les comtés de Boulogne, Guînes et Saint-Pol, et de la place vermandoise de Péronne. En 1477, à la suite de la mort de Charles le Téméraire, Hesdin retourne à la couronne française. Le roi confirme les privilèges de la ville, par ses lettres patentes, avant d’y arriver le 3 avril 1477. La ville médiévale se trouvait à l’emplacement de l’actuel Vieil-Hesdin, à cinq kilomètres plus à l’est. L’empereur Charles Quint la fit détruire en 1553, pour faire reconstruire Hesdin quelques années plus tard à son emplacement actuel, sur un terrain situé au centre de la paroisse de Marconne. Le château d’Hesdin appartint notamment à Mahaut d’Artois, mais il fut rasé quand la ville fut prise par Charles Quint. Ses ruines se trouvent sur une propriété privée. La ville reste sous contrôle espagnol jusqu’à sa prise par les troupes de, commandées par le maréchal de la Meilleraye, en 1639.
Pendant la Révolution, des tensions opposent le conseil de ville, de tendance aristocratique, à la Garde nationale. L’ancien colonel d’artillerie Varlet de la Vallée, élu commandant de la milice le 23 juillet 1789 et président du comité de ville le 10 août, veut faire entrer dans la Garde « tous les citoyens en état de porter les armes » en attribuant une solde aux plus pauvres; le conseil de ville fait annuler cette mesure, dissoudre l’assemblée des électeurs et, le 6 octobre, tente de suspendre la Garde nationale en prétextant son « ivrognerie » et indiscipline. Le 30 novembre, l’Assemblée nationale constituante décrète que la Garde sera subordonné au conseil de ville, sans vraiment résoudre le problème. Le 26 septembre 1789, le conseil de ville veut faire appel au régiment Royal-Champagne cavalerie, caserné dans la ville depuis 1784, pour réprimer l’agitation populaire contre l’octroi, impôt indirect qui pèse lourdement sur les plus pauvres: le colonel Varlet demande le départ du régiment mais son ordre est aussitôt annulé par le conseil de ville. Aux élections municipales de janvier 1790, en raison d’une législation fiscale désuète, à peine 200 habitants sur sont citoyens actifs et peuvent prendre part au vote, alors que le reste de l’Artois a déjà un système de suffrage plus large: la nouvelle municipalité est aussi aristocratique que la précédente et le 23 janvier 1790, deux conseillers, « aristocrates zélés et ennemis déclarés de la Garde nationale », veulent réquisitionner la troupe régimentaire, fusils chargés, pour s’opposer à toute agitation. Cependant, plusieurs militaires, parfois mariés dans la ville ou en bonnes relations avec les civils, sympathisent avec la cause révolutionnaire: quelques-uns comme le jeune sous-lieutenant Louis-Nicolas Davout, futur maréchal d’Empire, fréquentent le club des Jacobins qui s’est formé dans la ville. Le 26 avril, de nombreux soldats et sous-officiers du régiment vont rencontrer Varlet pour lui proposer une Fédération. Le 27 avril 1790, un « Pacte fédératif » est conclu devant l’hôtel de ville entre les soldats du régiment, la Garde nationale et la maréchaussée: le conseil de ville refuse d’y participer, ne voulant pas cautionner cette « insubordination » mais, le 7 mai 1790, l’Assemblée constituante envoie un message de félicitations aux nouveaux fédérés.
Les officiers du Royal-Champagne se plaignent vivement de ce mouvement: selon eux, Davout avait appelé les citoyens à se faire justice eux-mêmes et menacé de mettre « à la lanterne » les ennemis de la fédération. À partir du 16 mai 1790, une mutinerie éclate: les soldats refusent d’obéir à un ordre royal qui les envoie en Normandie et demandent aux officiers de présenter leur comptabilité. Malgré les ordres réitérés de Stanislas de Biaudos de Castéja, gouverneur d’Artois, puis la désapprobation de l’Assemblée constituante, le régiment reste à Hesdin, moins Davout qui se met en permission. Les deux camps envoient des pétitions à l’Assemblée. L’affaire d’Hesdin survient dans une période de forte agitation dans l’armée, avec en particulier l’affaire de Nancy en août 1790. Le 7 août 1790, l’Assemblée vote un décret condamnant la conduite des soldats du Royal-Champagne. Le marquis de Fournès et le conseil de ville envisagent de se retrancher dans l’hôtel de ville et sélectionnent les éléments les plus sûrs de la Garde nationale. Le 19 août, un ordre du roi demande au gouverneur d’Artois d’aller en personne à Hesdin pour ramener dans l’obéissance les cavaliers du Royal-Champagne.
Le 21 août, sur la place d’Armes, des troupes sûres amenées d’Arras et des gardes nationaux, avec quatre canons braqués, encerclent les soldats du Royal-Champagne; 36 d’entre eux sont renvoyés dans leurs foyers, quelques-uns emprisonnés, les autres doivent renouveler leur serment de fidélité et désavouer les mutins. Les soldats congédiés vont se plaindre à Paris où ils trouvent des appuis, notamment chez les sans-culottes de la section de Bon-Conseil. Une commission de l’Assemblée arrive à partir du 12 septembre et procède à plus de 200 interrogatoires. Plusieurs soldats, sous la pression de leurs officiers, doivent signer des rétractations. Le 5 octobre 1790, le régiment Royal-Champagne quitte Hesdin pour Falaise en Normandie. Mais la campagne en faveur des soldats congédiés se poursuit et, le 11 décembre, l’Assemblée casse leurs condamnations et ordonne de les réintégrer, non pas dans leur régiment mais dans la maréchaussée. L’élection de Varlet comme maire, le 2 septembre 1792, confirmera la victoire des révolutionnaires. Davout, après six semaines en prison, démissionne de l’armée où il reviendra plus tard.
Au, la ville abritait une unité d’infanterie (caserne de la Frézelière), une autre de cavalerie, et une de gendarmerie (garde mobile – caserne Tripier), cette dernière ayant fermé ses portes dans les années 1960. La troupe a été mise à contribution pour plusieurs grands travaux Vers 1880, Henri Caux-Dion crée une usine de petite métallurgie, rue du Quartier Suisse. Les frères Caux en produisent plusieurs modèles à meilleure tenue en main dont une série de prestige dite « tête de serpent ». Pendant la Première Guerre mondiale, Hesdin accueille une école d’état-major de l’armée britannique créée en sous la direction de puis de. À l’issue de la guerre, un Britannique installe une usine électrique sur la Canche, à peu près au niveau des anciens remparts pour bénéficier d’une chute d’eau (turbine verticale, de type Kaplan). L’usine électrique, longtemps désaffectée, est transformée en logements sociaux dans les années 1970, et la turbine disparaît dans les années qui suivent. Durant la Seconde Guerre mondiale, lors de l’invasion allemande, le 21 mai 1940, dont, sont tués par les blindés allemands de la 6e Panzerdivision.
Une plaque commémore ce massacre. Le 13 juillet 1942, trois résistants du parti communiste français de la région d’Hesdin, Marcel Fréville (1899-1942), né à Contes, Victor Mariette (1904-1942), né à Mouriez et Élie Fauquet (1891-1942), né à Aubin-Saint-Vaast, sont exécutés, par les Allemands à la citadelle d’Arras. Andrée Patoux (1908-1971), née Armand, tenant l’imprimerie Patoux à Hesdin, résistante avec eux, est internée en Allemagne et en revient après la guerre; Fidéline Fauquet (1886-1945), née Sallembien, épouse d’Élie Fauquet, meurt en déportation dans le camp de Ravensbrück. Sur un mur de la citadelle d’Arras sont apposées trois plaques en mémoire des trois résistants. Une rue d’Hesdin porte le nom de Marcel-Fréville depuis 1944. Entre mars et août 1944, les forces d’occupation allemande font construire dans la forêt proche deux rampes de lancement de V1: les premiers missiles sont tirés sur Londres les 12 et 13 juin 1944. Ce site est abondamment bombardé par l’aviation britannique: les ruines sont toujours visibles aujourd’hui. Un camp de travail forcé fournit la main-d’œuvre nécessaire: 500 à 600 prisonniers de guerre, principalement soviétiques et polonais, logés à la caserne de La Frézelière.
Quelques-uns arrivent à s’évader avec l’aide des habitants; les autres, à l’approche des troupes alliées, sont déportés au camp de Buchenwald. Dans les années 1980, le maire d’Hesdin André Fréville a proposé aux communes de Marconne, Marconnelle, Sainte-Austreberthe et Huby-Saint-Leu de fusionner pour former une commune unique qui se serait appelée Hesdin-la-Forêt. Ce projet n’a pas abouti, à la suite notamment de l’opposition de Marconne et de ses contribuables. La réflexion est relancée en 2023 et, après le vote favorable le 16 septembre 2024 des quatre conseils municipaux (52 votes pour sur 59 élus), la commune nouvelle est finalement créée le 1er janvier 2025, regroupant ainsi Hesdin, Huby-Saint-Leu, Marconne et Sainte-Austreberthe sous le nom de Hesdin-la-Forêt par un arrêté préfectoral du 16 octobre 2024et après que les quatre conseils municipaux en aient formulé la demande le, et transformant les communes historiques en communes déléguées.