Hilsenheim
Histoire d’Hilsenheim
Hilsenheim est une commune de Bas-Rhin, en Grand Est, qui compte 2 626 habitants. Le nom de la localité est attesté dès 642 sous la forme Hiltzheim mais on trouve aussi Hilzen dans un diplôme royal de 684; en 1135 la graphie est Hiltesheim, devenu ensuite Hiltensheim. On trouve aussi à différentes époques les graphies Hilsheim et Hültzheim et plus rarement Hilzheim. En alsacien, le nom du village est Helsa, ce qui se prononce Hélssa.
Ses habitants étant eux nommés Helser, prononcé Hélssair. Il s’agit d’une des nombreuses formations toponymiques en -heim, appellatif d’origine germanique signifiant « maison, foyer ». Il est généralement précédé d’un nom de personne d’origine germanique, sauf exception bien attestées par les formes anciennes.
Les spécialistes identifient l’anthroponyme germanique Hilti. Les armoiries du village sont, comme c’est souvent le cas, réalisées à partir d’une étymologie populaire avec le moyen haut allemand hëlze, hilze « garde d’épée » (cf. ancien français helt « garde d’épée »).
La quasi-totalité des noms de rues se réfèrent à la géographie locale (rue Croisée, rue de Wittisheim, rue de l’Ill, etc.), à des plantes ou des animaux, avec quelques exceptions: la rue Bapst (origine inconnue, peut-être le nom ou surnom d’un habitant, Bapst signifiant pape en alsacien); la rue Schultz (de l’allemand Schulze signifiant prévôt: sans doute parce que ceux-ci y ont eu leur résidence sous l’ancien régime; néanmoins selon une source, la rue se serait appelée « Schlossgasse », soit « rue du Château », jusqu’en 1885, ce qui poserait la question de savoir quel était ce « château »); la rue Grendel (nom d’un quartier ancien du village, voir plus bas); la rue Rivoli (le nom de la bataille napoléonienne, adopté dans les années 1970, à la demande de riverains insatisfaits de la traduction phonétique en « Rue Riwili » du nom alsacien de la voie: Rüweli Waj, soit le chemin tortueux).
L’occupation préhistorique du site est attestée par plusieurs tumuli datant du premier âge du fer (Hallstattien), notamment au lieu-dit Willermatt, dont certains ont été fouillés au début. Il est probable que la proximité du sanctuaire celtique de Novientum (devenu Ebersmunster) ait eu une influence forte sur le peuplement du ban de Hilsenheim par les Médiomatriques, puis les Triboques et enfin les Romains. Néanmoins, il est surprenant que le village se soit développé à relative distance des nombreuses rivières qui l’entourent: aucun cours d’eau ne traverse le village. Ceci peut éventuellement s’expliquer par la faible profondeur de la nappe phréatique qui permettait à chacun de creuser facilement un point d’eau et aussi par le fait que les marais et bras orientaux de l’Ill, aux cours autrefois capricieux et insalubres (cas répertoriés de paludisme jusqu’au ), incitaient plutôt à s’éloigner de l’eau. Hilsenheim se situe en bordure de l’ancienne voie romaine consulaire (environ de large à l’époque, avec pavage central pour les véhicules et deux larges bords engazonnés pour les cavaliers) qui reliait Bâle à Strasbourg. Celle-ci forme aujourd’hui le chemin rural dit Heidenstraessel (‘Petite route des payens’), et l’œil exercé pourra discerner au départ de cette route les indices d’une centuriation romaine remontant sans doute au (installation possible de colons gallo-romains). En bordure de cette ancienne voie romaine, à quelques kilomètres au nord du village, se trouve une résurgence phréatique à l’eau limpide nommée Waechterquellen (‘Sources des Gardes’), laquelle pourrait devoir son nom à l’implantation d’un poste de garde à l’époque romaine, comme cela était alors fréquent au passage d’une rivière. Selon la légende locale, le roi (de Neustrie et d’Austrasie) Dagobert III se serait noyé dans ces Waechterquellen avec son carrosse.
Jusqu’à la fin du, on buvait leur eau ou l’on s’y baignait pour soigner diverses affections. Peu avant cette résurgence se trouve une ferme isolée fortifiée, le Riedhof, qui pourrait être bâtie sur un ancien site romain, peut-être un avant-poste du détachement de la VIII Légion Romaine (basée à Strasbourg) qui gardait l’important centre religieux et administratif (douanes et monnaie) d’Hellelum (aujourd’hui Ehl), ou une caupona sur la voie romaine, ou éventuellement une villa romaine mais ces dernières ne se trouvaient en général pas à proximité immédiate de telles voies. La forêt située au sud de Hilsenheim, entre Muttersholz et Wittisheim, était nommée par les Romains Lucus Augusti, soit « le bois sacré d’Auguste », ce qui laisse supposer un culte rendu par l’empereur Auguste (dont le passage dans le voisinage est attesté) à une divinité locale sans doute bien plus ancienne, comme les anciennes déesses-mères par exemple; selon d’autres sources (interprétant des gravures de tombes à Rome), il pourrait s’agir là d’une forêt sacrée triboque dédiée à Auguste par ceux-ci. On y a trouvé au les vestiges (espace carré de 50 à de côté, surélevé de: pierres taillées, soubassement en briques, fragments, tessons.) d’un bâtiment romain (relais routier, fort, lieu de cultes (fanum) ou de festivités? seules des fouilles modernes permettraient de trancher); le lieu, légèrement surélevé, formait probablement une petite île, et donc un refuge, en cas de fortes crues de l’Ill et du Rhin. La chronique d’Ebersmunster parle également au des vestiges d’une place forte dite Erdburg qui aurait été édifiée à Hilsenheim par un empereur romain: il pourrait s’agir du même bâtiment. Autres vestiges trouvés dans cette forêt: des traces d’un ancien village, Niveratsheim, dont on ne sait pratiquement rien si ce n’est que son étymologie le rattache a priori à Rathsamhausen. Au nord du village, sur les prés situés au sud-est du bois nommé Grossmutterwinkel, de nombreux tessons et débris de tuiles trouvés lors des labours attestent l’existence d’un autre village disparu, situé au bord du Landweggraben, dont on ne sait rien à ce jour.
Le domaine du Willerhof (aujourd’hui occupé par un institut éducatif), à à l’ouest du village, est situé à l’emplacement d’un autre village disparu, Weiller, lequel appartenait à l’abbaye d’Ebersmunster. Mentionné depuis le, peut-être depuis le, Weiller était un village de peu d’importance, mais néanmoins doté d’une chapelle dédiée à saint Rémi (chapelle détruite au début du ). Son étymologie laisse à penser qu’il se situait sur l’emplacement d’une ancienne villa romaine. Ses terres ont probablement été rachetées par l’abbaye bénédictine d’Ebersmunster après l’abandon de la localité lors de la guerre de Trente Ans (1618-1648) et partagées entre Ebersmunster et Hilsenheim. De 684 jusqu’à la Révolution, Hilsenheim fut placé sous l’autorité conjointe de cette abbaye et sous celle de l’évêché de Strasbourg, qui se partageaient la plupart des taxes et impôts prélevés sur la population. La légende locale parle d’un souterrain reliant l’ancien Pfandhuess (« grange dimière », lieu de stockage des impôts en nature) à l’abbaye d’Ebersmunster; étant donné la distance et la nature du terrain, c’est plus que douteux et peut-être dérivé d’une plaisanterie ironique (les impôts récoltés aboutissant tellement vite à Ebersmunster qu’il devait y avoir un souterrain.). Les pages sur l’abbaye d’Ebersmunster donnent quelques précision intéressantes sur le rattachement de Hilsenheim/Hilzen à l’abbaye:
Il abandonna de son domaine toutes les dîmes, églises, bans, serfs et autres biens et les confia aux moines et à ses successeurs sous la protection et l’immunité royale. Le roi ne conserva qu’une cour avec quelques serfs à Hiltzen pour y loger les officiers royaux qui viendraient séjourner dans la région. Dans un diplôme du 9 février 684 adressé à Athic, duc d’Alsace, Thierry III confirme la donation qu’il avait faite de Hiltzen et de son église ainsi que des dîmes. Dans ce diplôme il affirme qu’il prend sous sa protection les hommes libres de ce lieu, en les exemptant de la juridiction des juges royaux pour les soumettre à celle de l’abbaye. Cependant, une famille dite von Hilsenheim est mentionnée dans certains actes remontant au bas Moyen Âge. Ainsi, dans les Actes et Attestations de la Ville de Strasbourg, à la date du 15 juillet 1262, un certain Kuno von Hilsenheim reconnait.
Un château lié à cette famille est réputé avoir existé, dans l’actuelle rue du Cimetière. On peut supposer qu’il a été bâti sur l’unique terre du village que le roi aurait pu attribuer à une famille anoblie (une famille noble dite von Hilsenheim et ne possédant pas de terres à Hilsenheim était difficilement concevable à l’époque), soit la que Thierry III avait conservée. Cette cour et ses bâtiments auraient selon l’histoire locale été situés autour de l’actuelle rue du cimetière, ce que pourrait accréditer le fait que s’y trouve actuellement le presbytère, construit entre 1753 et 1756 sur l’emplacement d’une « cour domaniale » appartenant alors à l’abbaye d’Ebersmunster. Le 5 mars 1445, le village est mis à sac par les Armagnacs/Écorcheurs. Ceci malgré le fait qu’il dépendait de l’abbaye d’Ebersmunster, laquelle avait négocié avec le Dauphin, chef des Ecorcheurs et futur Louis XI, une certaine protection contre les pillages de ses possessions. En 1525, le bailli de Hilsenheim, Hans Leytter (ou Leyder) a été l’un des meneurs de la guerre des Paysans, qui a notamment vu le saccage de l’abbaye d’Ebersmunster et s’est terminée par la sanglante bataille de Scherwiller. Le fait qu’un bailli ait eu sa résidence dans le village, ce qui n’était pas le cas de ses voisins, montre qu’il avait une certaine importance. Au, la guerre de Trente Ans a fortement affecté le village, tous les villages voisins ayant été touchés avec plus ou moins de violence, certains disparaissant totalement, notamment du fait des pillages et massacres par les troupes suédoises qui vivaient « sur le pays » mais les sources historiques directes manquent pour le moment.
D’importantes et sanglantes batailles ont eu lieu à Benfeld et à Ebersheim; Hilsenheim, situé à proximité, n’a pu qu’en subir les retombées: indicateur significatif, le nombre de baptêmes à Hilsenheim était dans la décennie avant 1632 de 15 par an en moyenne et est tombé à 3 pour la période 1642-1650. Les archives de Sélestat indiquent aussi que les villageois cherchèrent souvent refuge à l’intérieur des remparts de cette ville. Après ces années noires, sans doute les pires qu’ait jamais connues la région, le a été une période de prospérité lors de laquelle le village a vu la construction de nombreuses grandes fermes encore existantes de nos jours et typiques (architecture à colombages, orientation perpendiculaire à la rue, construction sur vide sanitaire mais le plus souvent sans cave en raison des fréquentes inondations) et de bâtiments publics (nouvelle église dotée d’un orgue de qualité, presbytère, maison communale, etc.). Ceci malgré un isolement encore élevé puisque la carte de Cassini le montre environné de forêts et de marais (ceux de l’Ill) et sans vraie route le reliant aux villages voisins (tout aussi isolés, à l’exception d’Ebersmunster). En 1789, le curé du village (1779-1792), l’abbé Marin Pinelle (1743-1793), a été l’un des 24 députés alsaciens envoyés à Versailles pour les États généraux. Il était l’un des six représentants du clergé alsacien, envoyé pour ce qui le concernait au titre du bailliage de Sélestat-Colmar. En 1799 une station de la ligne Strasbourg-Huningue du Télégraphe de Chappe a été installée dans la commune, entre les stations de Benfeld et de Mussig. Elle était probablement située sur l’église, mais n’a fonctionné que jusqu’en 1801
À partir de 1815, de nombreuses familles de Hilsenheim ont émigré aux États-Unis, un agent d’une société d’émigration s’était d’ailleurs installé à cette fin dans le village; de 1840 à 1914, plusieurs familles de Hilsenheim ont émigré en Algérie. De 1871 à 1918, le village a été, comme le reste de l’Alsace, annexé par l’Allemagne et a subi une politique de germanisation active. Plusieurs bâtiments administratifs actuels (mairie et écoles) datent de cette époque et présentent une architecture d’inspiration wilhelmienne. Lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux hommes du village ont été incorporés dans les troupes allemandes et certains sont morts au combat. Par ailleurs, des troupes allemandes étaient stationnées dans le village mais cette période de l’histoire est peu documentée pour l’heure. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le village (à la différence de ses voisins situés plus près du Rhin, il n’avait pas été évacué au début des hostilités) a subi l’occupation allemande. Plusieurs habitants du village ont été incorporés de force par l’armée allemande et sont morts en Russie. Un bombardier Lancaster (immatriculé LL637) de la Royal Canadian Air Force s’est écrasé vers 23 h 30 le 15 mars 1944 en bordure du village, à proximité de la route de Wittisheim; son équipage de sept aviateurs du 408th Squadron est enterré dans le cimetière de Hilsenheim.
Ce bombardier faisait partie d’un groupe de 863 avions Halifax, Lancaster et Mosquito qui revenaient d’une mission de bombardement de Stuttgart; il s’est écrasé à la suite d’une collision avec le Lancaster ME658 qui était poursuivi par la chasse allemande et qui s’est lui-même écrasé à proximité de Mussig. Plusieurs casemates de la ligne Maginot sont visibles sur le ban de la commune: l’une en très bon état se trouve sur un terrain privé, rue des Vergers (en lisière du village en allant vers Wittisheim), une autre (en ruines) est à environ du village, en bordure immédiate de la route de Bindernheim, à hauteur d’un bois; un groupe de trois autres casemates, en bon état mais a priori jamais achevées, est visible dans un champ situé à l’est, à la limite du ban de Wittisheim. Ces ouvrages étaient sous le contrôle du d’infanterie de forteresse, qui avait la responsabilité du sous-secteur de Hilsenheim (comprenant toute la bande rhénane entre Marckolsheim et Saasenheim). Lors des durs combats de l’hiver 1944/1945 pour la libération de la Poche de Colmar, en bordure de laquelle il se situait, Hilsenheim a vu certains de ses bâtiments détruits dont son église (érigée en 1756, celle-ci a été reconstruite selon un plan différent dans les années 1950). Après plus de deux mois de combats intenses pendant lesquels la population non évacuée s’était réfugiée dans les caves, combats menés notamment par le Régiment Blindé de Fusiliers Marins de la DB du général Leclerc et les Espagnols de la du régiment de marche du Tchad (dite La Nueve, ou encore la Colonne Drone du nom de son capitaine), le village a été libéré définitivement en janvier 1945 par les goumiers marocains du Tabor ( GTM) de la première armée française du général de Lattre, troupes coloniales de choc dont le film Indigènes a rappelé l’histoire. Ceux-ci poursuivirent leur route vers le Rhin sans s’attarder et furent relevés par d’autres unités de la première armée française. Plusieurs habitants du village furent tués durant ces combats et d’autres périrent encore ensuite du fait du minage de certaines routes et champs.
Patrimoine religieux
L’église de Hilsenheim est mentionnée dans les plus anciennes chroniques de l’abbaye d’Ebersmunster, chroniques qui indiquent qu’elle a été bâtie sur l’emplacement d’un ancien fort romain attribué à Jules César, l’Ertburg. Cette affirmation n’a cependant jamais été confirmée et la plupart des historiens la pensent erronée. L’ancienne église, consacrée en 1756 et détruite par des bombardements en 1944, était ceinturée par un cimetière fortifié, entourée d’un fossé et d’une enceinte de terre; elle pouvait servir de lieu de refuge en cas de danger. Le bâtiment actuel, bien plus grand et de style néo-baroque, comporte une nef unique à grandes baies ouvrant sur un transept et un chœur polygonal. Le clocher à bulbe est recouvert d’ardoise verte, une combinaison assez rare en Alsace.
L’orgue de Louis Dulbois, daté de 1761, a été transféré à Bossendorf et remplacé par un instrument moderne de la maison Schwenkedel en 1962. Cette institution vit le jour grâce à la famille Mertian. Elle abrita d’abord les frères de la Doctrine Chrétienne, postulat et noviciat, ainsi que le collège à partir de 1855. Les frères partirent s’installer à Matzenheim en 1862 et y firent transférer le pensionnat en 1871. L’établissement accueillait alors l’orphelinat de jeunes filles créé en 1842 à Ribeauvillé, revenant ainsi à sa destination première.
Depuis la fin du, la Providence est un foyer pour enfants. L’orphelinat du Willerhof. Situé à la frontière entre la haute plaine et la zone alluviale, il s’étendait à l’origine sur près de de fertiles alluvions limoneuses de l’Ill. Son fondateur, Louis Mertian, décida généreusement de consacrer cette grande propriété à une œuvre de bienfaisance. Les bois furent abattus pour permettre d’étendre la surface cultivée et un hospice destiné à recueillir les fut construit.
Ces enfants devaient être entretenus gratuitement et recevoir une. L’institution a survécu de nos jours et est maintenant sous tutelle publique. Près du Willerhof se trouvait jusqu’à la Révolution une chapelle dédiée à saint Rémi. Sa cloche, d’abord conservée, datait du et était attribuée avec une date de fabrication plausible de 1350 aux ateliers de maître André, un fondeur colmarien célèbre à l’époque; elle a malheureusement été refondue en 1867 pour mieux doter le clocher de l’église mais la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace en a gardé un moulage; elle portait l’inscription que l’on peut traduire par « Je sonne souvent, en l’honneur de tous les saints ».