Illiers-Combray
Histoire d’Illiers-Combray
Illiers-Combray est une commune de Eure-et-Loir, en Centre-Val de Loire, qui compte 3 224 habitants. Le nom Illiers proviendrait d’Illhari ou Islar, nom de personne d’origine germanique. Hilaire, Hilarius, le patron de la paroisse est saint Hilaire dont le nom Hilarius toutefois est d’origine grecque (anthroponyme dérivé de ἱλαρός, en latin hilarus, joyeux). Marcel Proust rendit la ville célèbre en la décrivant sous le nom de Combray dans son cycle romanesque À la recherche du temps perdu.
Le « Illiers » est rebaptisé « Illiers-Combray » par décision du ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin pour le « centenaire de la naissance de Marcel Proust » en application d’un décret du précédent, publié le au JORF. C’est une des rares communes françaises à avoir adopté un nom emprunté à la littérature.
Après des recherches archéologiques effectuées entre 2012 et 2015 à Illiers-Combray, une occupation néandertalienne a pu être mise en évidence, datant du paléolithique moyen. La séquence limoneuse présente sur le site comporte trois cycles glaciaire-interglaciaire, dont les plus récents couvrent le Saalien, l’Éémien et le Weichsélien. Sur une surface de fouillée manuellement, des vestiges lithiques ont été trouvés et ont pu être dégagées. L’analyse archéologique suggère la présence de chaînes opératoires de débitages et de façonnages marquées par la présence d’éclats, de lames, de pointes et de bifaces. Dans l’Antiquité, la région était située en pays carnute, avant d’être conquise par Jules César. La Gaule appartenait à l’Empire romain, puis à l’Empire romain d’Occident. La région fit brièvement partie de l’Empire des Gaules (260-274). Illiers est une des plus anciennes baronnies du pays chartrain et le sire d’Illiers fut un des quatre barons qui avaient le privilège de porter le nouvel évêque de Chartres lors de son entrée solennelle dans la ville.
Les seigneurs de cette famille, qui d’ailleurs a donné plusieurs évêques de son nom au diocèse de Chartres, se sont souvent distingués aux grandes époques de notre histoire., chevalier, baron du chesne doré, bailly et capitaine de Chartres et sa femme Jeanne de Coutes. Les murs qui protégeaient la petite ville ont disparu depuis longtemps et de son antique château il reste à peine aujourd’hui quelques traces reconnaissables. Le 5 juin 1589, Henri de Navarre, futur roi de France, fait son entrée à Illiers. Un acte de baptême de ce même jour atteste de son arrivée. Pendant la dernière phase des guerres de religion, connues sous le nom de Guerre des Trois Henri, le prétendant au trône tente de reconquérir le nord de la France qui est alors sous la domination de la Ligue. C’est à ce moment qu’il tente de pacifier la Beauce, région stratégique pour contrôler l’approvisionnement de la ville de Paris et enlever toute velléité de révoltes aux partisans de la Ligue dans ce secteur. et Briançon, Sénéchal d’Anjou (1585), Lieutenant-Général en Auvergne, conseiller d’Etat, Gouverneur de Gaston de France
Le futur Henri IV est accompagné à ce moment de François de Daillon, marquis d’Illiers et partisan du prince. Après ce séjour, la troupe du roi de Navarre enlève la ville voisine de Brou, ville partisane des ligueurs. Henri et ses hommes réclament ensuite des réquisitions à la ville d’Illiers en vue des investissements pour le siège de Paris en 1590. Entre septembre et Novembre 1589, le capitaine de Bréhainville, qui défendit Brou contre les troupes royales et se réfugia à Chartres, reprend les armes, enlève Villebon, assiège Illiers qu’il emporte. Bréhainville meurt à Bonneval, ville restée fidèle à Henri III. Bréhainville inhumé le 17 décembre 1589 à Chartres, Jacques de Courcillon, marquis de Dangeau, huguenot et grand-père de Philippe de Courcillon de Dangeau reconquiert Illiers pour le parti royaliste, ses troupes ayant déjà occupé Illiers quelques mois auparavant. La présence protestante à Illiers est attestée dans un cahier de doléances pour les États généraux de 1576-1577. Si la présence du poète Ronsard et de son rival Philippe Desportes (1546-1606) sont attestées dans la région, c’est bien à Illiers-Combray qu’Olives Desportes, nièce du célèbre poète, épousa Jacques de Milleville le 18 mai 1592.
Ce commandant des Canonniers de la ville de Chartres s’était fait un nom l’année précédente durant un épisode sanglant de l’histoire du siège de Chartres par Henri IV. 1788, la Beauce est sujette à une crise de subsistance et à une très forte hausse du prix du blé; en novembre, Brou, village voisin, s’est révolté, remarque de façon laconique le procureur du Roi, d’Illiers; il affirme également que « les pauvres ne peuvent plus acheter du blé sur le marché et préfèrent acheter au boulanger ». Drouet, l’officier de police du bourg, ne sait comment faire face à des boulangers, qui ne souhaitent pas vendre aux indigents et aux ouvriers le pain à un prix où ils ne tireraient aucun bénéfice. Il est finalement décidé que la première heure du marché sera strictement réservée aux habitants d’Illiers. Les blatiers et les négociants pourront s’approvisionner ensuite. En 1789, le cahier de doléances de la paroisse fera apparaître une demande pour que les laboureurs soient obligés d’ouvrir les magasins afin que les personnes les plus modestes puissent recevoir du blé. Le 21 janvier 1790, l’Assemblée nationale constituante décrète que le département d’Eure-et-Loir est divisé en six districts. Le canton d’Illiers est rattaché au district de Chartres.
Le 11 juillet 1792, à Paris est déclarée la Patrie en danger par l’Assemblée législative. Le 30, Illiers se dote d’une garde nationale de soixante hommes armés. Six mois après l’exécution de Louis Capet, les français sont appelés à voter pour la seconde fois au suffrage universel masculin. Ce scrutin fait suite aux premières élections de 1792, qui décidèrent des représentants à la Convention nationale. Lors de ce plébiscite pour la Constitution du 6 messidor an I (24 juin 1793), dite aussi Constitution de l’an I, une forte abstention eut lieu dans l’assemblée primaire d’Illiers. Les motifs sont d’ordres pratiques; le vote en plein mois de juillet chevauchait les travaux de moissons, que beaucoup de paysans ne souhaitaient pas interrompre, fût-ce même une journée. Cette même année, la société populaire des sans-culottes d’Illiers envoie deux pétitions à la Convention nationale. La première, le, la société annonce sa formation à l’Assemblée.
Par là vous aurez mérité le juste titre de sauveurs et de pères de la patrie que vous donnent les Français. Daignez regarder notre formation et cette adresse d’un œil favorable et recevez les bénédictions de la société républicaine et sans-culotte d’Illiers, district de Chartres, département d’Eure-et-Loir » (suivent 35 signatures). Sur la façade se trouve un balcon en fer forgé représentant un bonnet phrygien. Sur le haut de la porte était inscrite la date de 1794, aujourd’hui illisible. La seconde adresse à la Convention, le, félicite les députés pour les journées du 31 mai et du 2 juin 1793 ainsi que d’avoir « fait tomber la tête de l’infâme veuve Capet et purgé votre sein des traîtres et des fédéralistes qui le déchiraient; pour ceux enfin par lesquels vous avez fixé le maximum du prix des grains, des marchandises et denrées de première nécessité ». La société déclare qu’ils ont bien mérité de la patrie; elle reçoit la mention honorable de la Convention. La société populaire d’Illiers remet avec cette pétition des médailles reçues par certains de ses membres lors de la fête de la Fédération à Orléans le 9 mai 1790. Nous saisissons avec empressement cette occasion de vous prouver que nous sommes au pas et dans les vrais principes dont nous ne dévierons jamais.
Braun, président; Denfert, secrétaire. Ce vingt-deux frimaire an II de la République française, une et indivisible.», la municipalité élue proclame le culte de la Raison, de la liberté et de l’égalité dans l’église Saint-Jacques qui devient par la même occasion un temple de la Raison. Le club des jacobins d’Illiers, fait une demande qui est renvoyée au comité d’agriculture. Il réclame le recensement des récoltes et le contrôle des grains. Cette peinture a longtemps été identifiée comme un portrait de Jean-Baptiste Milhaud attribué à David. Elle est aujourd’hui sans attribution certaine. Sous la Convention thermidorienne, le représentant en mission Fleury est envoyé dans le département d’Eure-et-Loir en ventôse an III afin de presser l’approvisionnement de Paris qui vit une crise frumentaire.
Le 2 germinal, Illiers a un arriéré de 3000 quintaux de blé. Fleury menace la municipalité de sanctions financières si sous trois jours, l’arriéré n’est pas envoyé à Chartres. Les élus locaux protestent sur le risque d’une crise de subsistance dans la localité. Malgré les moyens mis en place par les envoyés en mission, Paris sera touchée par l’Insurrection du 12 germinal an III. Pendant le Directoire, la cloche de l’église descendue en l’an II afin de la fondre pour garantir des fournitures aux armées lorsque la patrie a été déclaré en danger est toujours sur place. À la suite de la loi du qui proclame la neutralité religieuse de la République, les cloches sont aussi réglementées. Elle ne sera sonnée qu’une seule fois par jour et non pour convoquer à l’exercice du culte. Pendant la guerre franco-allemande de 1870, cette localité a subi, dès le, les douleurs de l’invasion et même un commencement de bombardement, dont Illiers.
Les réfugiés, essentiellement des femmes et des enfants (les hommes sont désarmés et retenus dans le Sud de la France), sont soumis à une quarantaine stricte, vaccinés, le courrier est limité, le ravitaillement, s’il est peu varié et cuisiné à la française, est cependant assuré. Une partie des réfugiés rentrent en Espagne, incités par le gouvernement français qui facilite les conditions du retour, mais en décembre, 922 ont préféré rester et sont rassemblés à Dreux et Lucé. Après la percée allemande lors de la bataille de France, Illiers subit de plein fouet la débâcle. Dès, un flux de réfugiés passent par Illiers pour rejoindre la Bretagne ou le sud de la Loire; dans ce long cortège d’exilés, Simone de Beauvoir y passera la nuit du 10 au 11 juin. Au cours du mois de juin, le village est bombardé trois fois par la Luftwaffe. Le premier bombardement le 13 juin est le plus meurtrier, dix victimes civiles sont à déplorer ainsi qu’une trentaine de blessés. Le lendemain, terrifiée, une partie de la population prend les chemins de l’exode, ou se cache dans les bois et les fermes environnantes. Les quelques habitants avec l’appui de l’équipe municipale restante essaient d’organiser la fabrication et la distribution du pain, de mettre fin aux pillages ainsi que de gérer le flot passager mais continu des réfugiés.
Le même jour, le préfet d’Eure-et-Loir, Jean Moulin, fait placarder dans tout le département une affiche ou le message est de ne pas écouter les « paniquards » et qui prévoit de sanctionner les élus qui quitteront leurs postes; le préfet termine par ses mots: « J’ai confiance. Le lendemain, une batterie de D.C.A. 15 juin, deux bombardements perforent de nouveau la ville. Le 16 juin, une partie des autorités municipales, les gendarmes, le garde champêtre sont déjà partis. française a tiré sur les avions allemands jusqu’à deux heures du matin. La Wehrmacht fait son entrée à Illiers le 17 dans l’après-midi, arrivant par la route de Chartres. Les soldats allemands rentrent dans les maisons et font prisonniers les soldats français restants. Cinq évadés du camp de Voves sont recueillis par Rémi Sédillot conseiller municipal d’Illiers et militant communiste, ainsi que par ses fils Pierre et François, dans leur ferme de la Grande-Barre, le 10 janvier 1943.
Le 30 mars 1944, cinq résistants islériens, Ellie Gallou, Spada Girard, Pierre Sédillot, François Dargent et Gilbert Damas, membres des FTP-F sont fusillés par les forces d’occupations allemandes au Mont Valérien. Gallou est arrêté par la gendarmerie française à Illiers. Il est accusé de sabotage de voies ferroviaires, de protection d’aviateurs alliés et de réception de parachutages. Girard est arrêté par la Sipo-SD en 1943. Sédillot est arrêté le 21 janvier 1944 à Péronville également par la Sipo-SD pour « activités de franc-tireur », sabotages et attentats. Dargent est arrêté par les allemands pour sabotage et comme réfractaire au S.T.O. le 17 novembre 1943 à Chartres. Damas entre dans la Résistance en et est arrêté le 20 décembre 1943 par la police allemande pour « activité de franc-tireur ».
Leurs noms figurent sur le monument aux morts d’Illiers-Combray ainsi que sur la cloche commémorative du mémorial de la France combattante.