Inzinzac-Lochrist

Histoire d’Inzinzac-Lochrist

Inzinzac-Lochrist est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 6 571 habitants. Le nom de la commune en breton est Zinzag-Lokrist. La paroisse a été dénommée « Isnisac » en 1427, « Disinsac » en 1448, « Dizinsac » en 1464, « Dinsinsac » en 1477 et en 1481, « Dinsinzac » en 1536. Comme tous les toponymes se terminant en -ac, Inzinzac dériverait du nom d’un domaine gallo-romain originel (de type fundus) dont le propriétaire devait être un certain Decentius (Sisentius pour Dauzat), anthroponyme latin que l’on retrouvait aussi en Ombrie et Étrurie.

Le toponyme peut s’expliquer par l’ancien français censie, « terre grevée de cens », redevance due par les tenanciers au seigneur local. Lochrist: attestée sous la forme latine Locus Christi en 1277. Comme tous les Lok-, ce lieu vit s’épanouir un établissement religieux dédié au Christ lors du Bas Moyen Âge, postérieur.

Penquesten provient des mots bretons « pen » [tête] et « kesten » [châtaigne]. Kerglaw (en breton) est le quartier « La Montagne » en français.

Sept haches à talons, dites alors à tort « haches celtiques » au XIXe siècle, ont été découvertes près du hameau de Brangolo avant 1859 sous les racines d’un vieux châtaignier. Trois stèles datant de l’Âge du fer se trouvent près du hameau de Kerguer. L’archéologie révèle sur le territoire de la commune, un ensemble de sites à vocation agricole, datant de l’époque gauloise ( et ), notamment ceux de Pen-ar-Prat et de Kermat Le territoire d’Inzinzac-Lochrist est habité dès le par les Vénètes. Un oppidum gaulois a été identifié à Polvern. La voie romaine reliant Darioritum (Vannes) à Civitas Aquilonia (Quimper) traversait le Blavet, à Locastel, en Lochrist. Sainte Geneviève, saint Aubin, saint Pierre, saint Eutrope (la chapelle Saint-Eutrope se trouvait près du prieuré de Loxhrist) et saint Symphorien (une chapelle Saint Symphorien existait dans la paroisse jusqu’à la Révolution française), les saints patrons d’Inzinzac, témoignent d’une christianisation précoce. Un autre lieu-dit de la commune est dénommé Saint-Sypher et une chapelle, disparue sans laisser aucune trace, y a aussi probablement existé.

L’église paroissiale d’Inzinzac, de style roman, est construite entre 1070 et 1080. Au Xe siècle, la paroisse faisait partie de la seigneurie du Kemenet-Héboé (un château fortifié aurait existé au lieu-dit « Locastel » en Lochrist, qui aurait été démantelé au XIIIe siècle) puis, après le démembrement de cette dernière, fut la propriété peu après 1200 d’Hervé II de Léon. Lochrist possédait un prieuré, dénommé « Sainte-Croix » dépendant de l’abbaye de Saint-Gildas de Rhuys et rattaché au XVe siècle à l’abbaye Notre-Dame-de-la-Joie d’Hennebont. La seigneurie de Brangolo appartenait depuis au moins le XIVe siècle à la famille Caignart dont des membres furent présents aux réformations et montres de la paroisse de Plumelin entre 1448 et 1536. La dernière héritière de cette famille, Louise Caignart de Brangolo, se maria en 1697 avec René Chefdubois et en 1707 avec Jean Léziart du Ter. En 1303, l’ ordre du Temple devient propriétaire d’une partie de la paroisse. Ceux-ci avaient fondé un établissement dont il reste une trace dans le nom du lieu-dit « Temple ». Lors de la dévolution des biens de l’ordre du Temple la commanderie passe en 1313 aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commanderie dont il ne reste aucune trace, et l’annexèrent à leur commanderie du Faouët.

L’évêque de Vannes l’aurait supplié d’accepter la charge de la paroisse d’Inzinzac Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Inzinzac en 1778 Guillaume Le Maistre, recteur d’Inzinzac depuis 1779, refusa de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé; prêtre réfréctaire il se réfugia en 1792 dans sa paroisse natale, Ploërdut. Jean Calvé, un cultivateur et riche propriétaire d’Inzinzac, à la tête d’une force armée chouanne de 70 hommes, délivra 8 hommes prisonniers des troupes révolutionnaires à Lanvaudan le 25 frimaire an IV (16 décembre 1795. Le 25 février 1839 l’église de Pensquesten est érigée en succursale par une ordonnance royale. Varin, continuateurs d’Jean-Baptiste Ogée, décrivent ainsi Inzinzac en 1843 En 1860, la commune prend de l’importance avec la création d’un site industriel métallurgique: les Forges d’Hennebont. Un décret impérial en date du 28 août 1862 autorise les frères Trottier « à établir sur la rive droite du Blavet canalisé deux prises d’eau pour l’alimentation d’une double usine destinée à la fabrication de toiles, fers-blancs, etc.

» dans la commune d’Inzinzac. En 1889 Benjamin Girard écrit: « Cette commune n’a pris une certaine importance et vu s’accroître sensiblement sa population que depuis la création sur son territoire d’une usine où l’on fabrique de la tôle et du fer blanc. Son voisinage d’Hennebont facilite l’écoulement de tous les produits de cette usine. On remarque dans la dite commune un pont, à cinq arches gothiques. D’Inzinzac dépend la section de Penquesten, où se trouve une chapelle, qui a été érigée en paroisse ». Les Forges d’Hennebont sont ainsi décrites lors de la grève de 1903 Dix conseillers municipaux d’Inzinzac demandèrent le 29 avril 1878 l’élection en commune distincte de la section de Penquesten, arguant « l’éloignement du bourg de Penquesten de celui d’Inzinzac, le mauvais état des communications, la grande distance à parcourir pour aller trouver le maire à son domicile (.), que les habitants de la section n’ont, pour se rendre dans les lieux circonvoisins, que des chemins ruraux et des sentiers impraticables en hiver; que cet état de choses a déjà nécessité en 1839 l’érection de Penquesten en paroisse (.) », mais cette demande n’aboutit pas. En 1891 la population totale de la commune est de habitants dont pour la section d’Inzinzac et pour la section de Penquesten.

En septembre 1897 une jeune paysanne d’Inzinzac, Marie Françoise Hellegouarch, qui vivait à la ferme de Kerguer, devint célèbre dans la région par les stigmates de la Passion qu’elle portait aux mains; de nombreuses sommités médicales vinrent la voir sans parvenir à fournir d’explication. Elle vit ses stigmates saigner alors qu’elle effectuait un pèlerinage à Lourdes; l’affaire fut évoquée dans toute la presse qui parla de la « stigmatisée d’Inzinzac ». Elle décéda en mai 1898 âgée de 22 ans. En 1900 la commune d’inzinzac, jusque-là divisée en deux sections, l’une au bourg, l’autre à Penquesten, l’est désormais en trois, avec la création de la section de Lochrist. La construction d’une chapelle à Lochrist, rendue possible par une donation à la fabrique d’Inzinzac des terrains nécessaires, est autorisée par un décret du Président de la République en mai 1901. Les électeurs d’Inzinzac sont alors très marqués à gauche, surtout après la grève des Forges d’Hennebont de 1903: lors des élections cantonales de novembre 1903, si le maire d’Hennebont, Girard, est élu conseiller général du canton d’Hennebont, à Inzinzac le candidat révolutionnaire, Chenu, obtint 587 voix, contre 381 seulement pour Girard. En septembre 1903 des ouvriers des deux usines Debicky (une se trouvait près de l’écluse du Rudet, l’autre à Kerglaw), qui fabriquait des engrais chimiques avec les résidus des Forges d’Hennebont, mais aussi avec des scories importées, se mirent en grève (la grève dura jusqu’en janvier 1904) et des heurts les opposèrent aux forces de l’ordre. En janvier 1904, 40 gabarriers et bateliers qui assuraient la navigation fluviale aux Forges d’Hennebont se mirent également en grève.

Le recensement de 1906 indique que la commune d’Inzinzac a alors habitants dont habitants pour la section du bourg, habitants pour la section de Lochrist et habitants pour celle de Penquesten. En 1907 une religieuse du Saint-Esprit qui tenait une école privée à Penquesten fut poursuivie devant un tribunal, ainsi que la supérieure de son Ordre, pour infraction à la loi sur les congrégations car elle continuait à ouvrir son école. Une école communale de garçons et une de filles sont créées en 1911 à Penquesten. Le 8 février 1909 un incendie détruisit l’école et la mairie d’Inzinzac: les archives municipales et les registres d’état-civil furent détruits. Ne trouvant plus de travail assuré dans la région, 50 ouvriers d’Hennebont et Inzinzac partirent travailler dans les mines de charbon de Courrières, certains partant avec leurs familles. Le monument aux morts d’Inzinzac-Lochrist porte les noms de 145 soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale dont trois péris en mer. Il faut y ajouter les 39 soldats dont les noms sont indiqués sur le monument aux morts de Penquesten. Julien Quenoit, sergent au 144e régiment d’infanterie, décédé le 26 à Lagny-le-Sec (Oise) fut décoré de la croix de guerre.

François Rolland, né en 1889 à Inzinzac-Lochrist, soldat au 265e régiment d’infanterie, fut fusillé pour l’exemple le 13 à Saint-Étienne-Roilaye (Oise) pour « refus d’obéissance et outrages à supérieur ». Le monument aux morts d’Inzinzac fut inauguré le 6 septembre 1925. Une fusée tirée lors du feu d’artifice organisé en cette occasion par la municipalité tomba sur une meule de paille et l’incendie qui en résulta provoqua la destruction de la ferme Le Calvé située à proximité. Le Conseil d’État condamnant la commune à verser francs de dommages et intérêts à la famille victime. L’église paroissiale d’Inzinzac est reconstruite en 1928 en réutilisant de nombreux éléments de l’église antérieure (colonnes et chapiteaux romans, maîtresse-vitre du chœur.). La ligne de chemin de fer d’intérêt local à voie métrique des chemins de fer du Morbihan allant de Port-Louis à Baud avec embranchements à Hennebont et à Port-Louis, déclarée d’utilité publique par la loi du 1 mai 1911, ouvrit en 1921 mais ferma dès 1934 pour la trafic voyageurs (1939 pour le trafic marchandises). Les sections d’Hennebont-Échange à Hennebont-Ville et à Lochrist étaient à 4 files de rail, afin de permettre la desserte par du matériel à voie normale des forges d’Hennebont. Le trafic à voie normale survécut à la fermeture du réseau à voie métrique, et perdura jusqu’à la fermeture des Forges, en 1966.

En 1933 le journal La Dépêche de Brest et de l’Ouest écrit que « le bourg d’Inzinzac est le chef-lieu de cete grosse commune comprenant la ruche ouvrière de Lochrist et la bourgade paysanne de Penquesten. On a dit d’Inzinzac que c’est une pépinière de lutteurs qui en fournit aux environs et notamment au Club athlétique lorientais et au Foyer laïque de Lanester. On n’y voit pas une fête sans luttes, auxquelles ne manquent pas de venir les athlètes du cru, tous plus ou moins cousins, ou au moins camarades d’école (.) ». En 1936 les ouvriers des Forges adhérent en masse à la CGTU; en représailles le patron des Forges, aussi maire d’Hennebont, Camille Herweg, supprime le club de football, mais aussi de gymnastique et de musique, des « Enfants de Lochrist-Hennebont »; seuls subsistent deux clubs catholiques: la « Garde du Vœu » d’Hennebont et les « Tricolores » de Lochrist. Les ouvriers finissent par trouver un terrain pour y pratiquer le football sur les hauteurs de la commune, dans le quartier de La Montagne, d’où le nom donné au Club: « L’US Montagnarde ». Les couleurs choies pour le club furent le bleu et le rouge (comme les chemises bleues et les cravates rouges des « Jeunesses socialistes » à l’époque). Une usine de produits chimiques, appartenant à la société « Engrais chimiques de Bretagne », existait près de l’écluse du Rudet jusqu’en 1937, date où son matériel d’exploitation fut vendu par vente judiciaire. Le monument aux morts d’Inzinzac-Lochrist porte les noms de 11 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale; Joseph Mouello et Joseph Yziquel.

Sept résistants originaires d’Inzinzac-Lochrist: Henri Le Bobinnec, Jean Le Quellec, Paul Maguérès, Pierre Nicolas, Robert Le Novère, Maurice Taglafieri et Joseph Le Terrien, maquisards du FTP font partie des 52 résistants tués lors des combats de Kervernen en Pluméliau le 14. Deux autres maquisards FTP, Eugène Dubois et Yves Le Cloirec, furent tués le 24 à la chapelle du Cloître en Quistinic, transformée en infirmerie pour les résistants. Marcel Cadio, résistant FTP lui aussi, fut tué le 30 à Penhap en Marzan. Diverses actions furent commises par des résistants, par exemple le sabotage d’une ligne haute tension à Inzinzac le 12 septembre 1943 et la destruction de deux pylônes électriques entre Lanvaudan et Inzinzac le 22 septembre 1943. Le 2 juin 1944 les journaux collaborationnistes rapportent que « des malfaiteurs [en fait des résistants] ont volé d’importantes quantités de tabac chez des buralistes et des feuilles de tickets d’alimentation à la mairie ». Début août 1944, les Alliés américains tentèrent de libérer Lochrist, mais ils furent repoussés par les Allemands, comme à Hennebont. Un soldat soviétique, Feodor Feodarevitch Kojemiakin, décédé le 8, est inhumé dans le cimetière d’Inzinzac. Inzinzac-Lochrist fit partie de la poche de Lorient, une zone de résistance nazie mise en place en août 1944, et qui fut libérée tardivement le 10.

Inzinzac prend le nom d’Inzinzac-Lochrist en 1969. Les « Forges d’Hennebont » fermèrent le 18 mai 1966. La perte en 1958 du plus gros client, la régie Renault, condamnant rapidement l’usine, éloignée des grands foyers industriels. L’emprise de l’usine s’étendait jusqu’à l’autre rive du Blavet, à Hennebont, où des cités et des villas avaient fleuri pour loger cadres et ouvriers ». La population d’Inzinzac, particulièrement touchée par la fermeture de son usine, les « Forges d’Hennebont », qui en dernier fournissait des tôles pour l’industrie automobile, fut traumatisée. Après une dizaine d’années pendant laquelle la majeure partie du site industriel a été rasée, une association animée principalement par Gabrielle Le Rouzics est créée en 1978 et permet en 1984 la création d’un écomusée de l’histoire ouvrière. « Tout le village s’est mis à la tâche pour recueillir les souvenirs de cinq générations d’ouvriers: témoignages, photos, anciennes feuilles d’embauche et de paye. et bien que la plupart des bâtiments de l’usine aient été rasés, dès 1977 pouvait être inaugurée dans les locaux municipaux une première exposition ».

L’Écomusée industriel des Forges d’Inzinzac-Lochrist fut inauguré en 2001. De nouveaux emplois furent certes créés, mais dans une zone industrielle située à une dizaine de kilomètres du site des anciennes forges, dans la commune voisine de Caudan et certaines entreprises installées fermèrent rapidement; la plus importante, la « Société bretonne de fonderie et de mécanique, filiale du groupe Renault, perdit rapidement le tiers de ses salariés, échappant de justesse à un dépôt de bilan avant que le groupe Renault s’en désengage une première fois en 1998, revendant l’entreprise à un groupe italien. Contraint par le gouvernement à racheter l’entreprise en 2022 Renault la rebaptise « Fonderie de Bretagne » et la revend à « Callista », un groupe allemand. En 2012, Philippe Noguès, conseiller municipal socialiste d’Inzinzac-Lochrist, est élu député de la 6e circonscription du Morbihan. Il ne fit qu’un mandat (jusqu’en 2017).

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Population

6.571 habitants

Région

Bretagne

Département

Morbihan
(56)

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