Lanester
Histoire de Lanester
Lanester est une commune de Morbihan, en Bretagne, qui compte 23 026 habitants. Le nom breton de la commune est Lannarstêr (prononcé [lanəˈʃteːʁ]). Ce nom vient de l’appellation « lann-er-ster » et se traduit « la lande de la rivière » ou « l’embouchure de la rivière ». Lanester est un ancien pays de lande et de marécage.
Les premiers hameaux qui se sont développés au Moyen Âge sur le site de la future ville sont le village de Lann er Ster (situé approximativement au milieu de l’actuelle rue Kesler-Devillers) et le village de Kerentrech (Kerentré), le « village de la traversée » en breton, où un bac permettait la traversée de la ria du Scorff. Saint Guenaël aurait fondé un monastère au VIe siècle sur la rive droite du Blavet (selon la tradition, le saint aurait rendu son dernier soupir sur la pierre à cupules, une grande pierre plate à 17 trous, située à proximité); le monastère aurait été détruit 5 siècles plus tard lors des invasions normandes; la chapelle Saint-Guenaël a été construite à l’emplacement du monastère au XIIIe siècle et un village de pêcheurs se développa aux alentours. Lanester faisait alors partie de la paroisse de Caudan: six des onze frairies de cette paroisse correspondaient à des terres lanestériennes: Deux-Ponts, Penhoret, Kerguillé, Pendreff, Kerbeban, Locmaria. En 1746 Louis Danet, de Séné, installe un chantier naval sur la rive gauche du Scorff pour construire deux gabares de de longueur; il construit ensuite la corvette La Naïade, puis des frégates (l’Astrée, le Cerf, le Volant, etc., employant jusqu’à 95 personnes, mais il décède en 1759 après avoir construit 45 navires. Les frères Arnous lui succèdent. C’est à Lann er Ster (Lande de la Rivière), alors en Caudan, sur la rive gauche du Scorff, que des cales de construction navale sont implantées en 1755-1757, la place manquant sur la rive droite côté Lorient. En 1756, la Compagnie des Indes étend ses chantiers sur les terres de la seigneurie du Plessis à la pointe de Caudan, future Lanester, et y aménage trois cales, une forge, des hangars, un corps de garde, une batterie. Ces terres furent achetées à plusieurs propriétaires par la Compagnie dont Antoine de Mauduit, le chevalier du Bouëtiez de Kerorguen et Monsieur Chatard.
De 1755 à 1757, la Compagnie des Indes investit à Caudan près de dans la construction d’édifices et de cales sur. En novembre 1762, ont lieu les lancements du Diligent et du Six-Corps, vaisseaux de 74 canons, construits par un négociant lorientais, le sieur de La Frété Bernard. Le nom du Six-Corps provient du financement de la construction du bateau par les six corps des marchands de Paris dans le contexte du don des vaisseaux; venus des campagnes voisines, ils s’installent à proximité des chantiers et du port, provoquant l’essor d’une agglomération et de commerces (principalement à Kérantrech), qui atteint habitants vers 1900, mais qui dépend toujours de Caudan où ne vivent, Lanester exclu, qu’environ habitants. L’arrivée du train à Lorient en 1862 facilita le recrutement de nombreux travailleurs venus de plus loin, notamment des régions d’Auray ou Quimperlé. En 1890 la commune de Caudan contracte un emprunt pour la construction d’un groupe scolaire à Lanester; lequel est agrandi en 1897; un autre est construit à Kerantrech en 1901. Par une délibération en date du 29 mai 1892, le conseil municipal de Caudan demande l’établissement d’une section électorale distincte pour le quartier de Lanester. En 1906, même le Conseil municipal de Caudan est favorable à l’érection en commune distincte de la section de Lanester car la section électorale du bourg de Caudan « n’élit que 5 conseillers municipaux, alors que la seconde [celle de Lanester] en élit 18 et possède donc la majorité au conseil municipal ». Le commissaire-enquêteur est favorable au maintien dans la commune de Caudan « des villages de Kerviec, Pendreff, Kerpart-Vras, Kerlo, Maneguen, Kerbaudrec, Le Poux, Le Guerveur et Touldouar, dont les habitants sont essentiellement des cultivateurs, et à l’annexion à la commune de Lanester des villages de Saint-Nudec, Kervanguen, Saint-Nio, Kerianigo, Kercant, Péros, Kerhervy, etc., parce que le ruisseau de Pendreff, celui de Kerpont et la ligne du chemin de fer sont des limites naturelles ».
La commune de Lanester a été créée par une loi datant du 26 février 1909 par démembrement de celle de Caudan. Les ouvriers travaillant à l’arsenal de Lorient, souvent issus du monde rural, s’y sont installés en grand nombre, avec leur famille. Son premier conseil municipal comprend 7 radicaux-socialistes, 8 socialistes (ouvriers de l’arsenal) et 3 libéraux. Une forme de construction navale couverte d’une toiture métallique, longue de et large de, est construite entre 1913 et 1923 à l’emplacement de l’ancienne fosse aux mâts, qui n’avait plus d’utilité, les navires étant désormais construits en métal. Le conseil municipal de Lanester, composé « presque exclusivement d’ouvriers de l’arsenal » décida le 8 février 1913 « de refuser toutes les correspondances des ministres de la Guerre et de la Marine » en répose à une décision ministérielle de supprimer les congés payés des ouvriers des arsenaux nommés aux fonctions de maire ou d’adjoint. Le maire de Lanester interdit, après des incidents survenus lors du Jour des morts du 2 novembre 1913 (le garde-champêtre dressa proçès-verbal au clergé qui se rendait en procession au cimetière pour y chanter le Libera et les ecclésiastiques trouvèrent la grande porte du cimetière fermée par décision municipale), « toute procession ou manifestation extérieure du Culte, soit sur la voie publique, soit au seuil ou à l’extérieur des églises, chapelles, établissements religieux ou autres, ainsi que toutes manifestations religieuses quelconques ou attroupements ayant le même but, à l’exception du service religieux des enterrements dans les formes ordinaires », ce qui suscita de vives protestations, notamment de la part du recteur de la paroisse de Notre-Dame Auxiliatrice, l’abbé Louis Beuve-Méry. Cette décision du maire fut jugée illégale par le Conseil d’État en 1914 Gascogne, construit aux chantiers de Lanester (article publié dans Le Petit Journal du 21 septembre 1914).
La propriété des Moulins du Plessis fut détruite par un incendie le 21 septembre 1933. Cette propriété avait été habitée par le lieutenant de vaisseau Henri de Maudit du Plessix, qui commandait le contre-torpilleur Framée: alors que son bateau était coupé en deux par le cuirassé Brennus à la suite d’une collision entre les deux bateaux dans la nuit du 10 au 11 août 1900 au large du Portugal, il refusa la ceinture de sauvetage pour la passer à un homme de l’équipage avant d’être englouti; après la guerre les Moulins du Plessis avaient été achetés par un négociant de Lorient, puis par M. » (alors journal collaborationniste). De même que Lorient, Lanester a été très éprouvée par la Seconde Guerre mondiale, la ville ayant subi de nombreux bombardements et beaucoup de destructions (80 % des maisons sont détruites). La plupart des Lanestériens sont évacués en 1943. Les destructions ont continué pendant les combats de la Poche de Lorient; les 7 membres des familles Philet et Guégan tués le 15 janvier 1943 à Lanester lors du bombardement de leur maison; Louis Le Gouanvic, tué le 23 janvier 1943, victime d’un bombardement allié; les trois membres de la famille Le Saëc, ainsi que Joseph et Laurent Guillermic, tous agriculteurs, fusillés par les Allemands le 9 août 1944 au lieu-dit Saint-Nudec (où en tout 6 personnes furent fusillées); 8 Lanestériens furent fusillés le 26 août 1944 près du lieu-dit Kercand; et de nombreux autres. Cinq soldats allemands jugés comme criminels de guerre, dont leur chef, le capitaine Hillenbrandt, furent condamnés à mort en 1945 pour l’assassinat de six cultivateurs à Lanester. » du 27 mars 1944 évoquant la détresse des villes de Lanester et Keryado en raison des destructions survenues pendant la Seconde Guerre mondiale.
Des soldats originaires de Lanester sont morts pendant cette guerre, par exemple Désiré Mialon, adjudant au 65e régiment d’infanterie, tué dès le 9 septembre 1939 lors de l’Offensive de la Sarre, Eugène Le Kernec, mort à Huy en Belgique le 12 mai 1940 et Marcel Kernen, mort en captivité en Allemagne au Stalag IV-F le 8 décembre 1940 à Chemnitz. Des marins ont été aussi victimes comme Armand Toumelin, quartier-maître mécanicien à bord du paquebot Brazza torpillé le 28 mai 1940 au large du cap Finisterre (Espagne) par le sous-marin allemand U-37 et Félix Tanguy, matelot mécanicien à bord du cuirassé Bretagne, mort lors de l’Attaque anglaise de Mers el-Kébir le 3 juillet 1940, d’Eugène Le Bris (qualifié dans l’article du journal La Croix, alors journal collaborationniste, de « dangereux repris de justice » et de Yves Daoudal, de Lanriec, chez qui l’on trouve « environ d’explosifs, un détonateur, un fusil-mitrailleur » et d’autres armes. Des Lanestériens ont été résistants, par exemple parmi les résistants de l’intérieur, Albert Le Bail, mort en déportation au camp de concentration de Mauthausen le 10 mai 1944; Pierre Rouillé, mort en déportation le 24 janvier 1945 à Sanck-Valentin, un kommando dépendant du camp de concentration de Mauthausen (Autriche); Eugène Fichou, mort en déportation au camp de concentration de Buchenwald le 28 mars 1945; Georges Henry, résistant FTPF, tué à Bubry (Morbihan) le 15 juin 1944. Des membres des Forces françaises libres originaires de Lanester ont aussi été tués: par exemple Yves Le Pichon, membre de la colonne Leclerc, mort le 9 novembre 1940 à Libreville (Gabon) et Roger Penverne, membre de l’escadrille Normandie-Niemen, qui a été tué en combat aérien le 5 février 1945 à Pillau (ville située actuellement dans l’enclave de Kaliningrad) et le 28 décembre 1940 lors d’une autre attaque des mêmes installations pour 3 d’entre eux. Juste après la guerre, 21 cités de baraques en bois sont construites pour reloger les Lanestériens, la plus grande étant construite à l’emplacement de l’ancien champ de courses. La ville est reconstruite à partir de 1946 sur les décombres des bombardements et de nouveaux axes routiers créés, notamment l’avenue François-Billoux, qui relie la rue Jean-Jaurès, axe central et traditionnellement commerçant de la ville, au quartier des chantiers navals et, plus au nord, l’axe de la D 194 dont la partie urbaine porte le nom d’avenue Kesler-Devillers, qui relie Lanester au Pont du Bonhomme; des équipements nouveaux sont construits, d’abord le parc des sports Albert et Louis Le Bail (transformé en 1988 en parc Nelson Mandela-Dulcie September), et d’autres par la suite comme la Maison des Jeunes en 1969, la Bibliothèque municipale en 1974 et l’École municipale de musique et de danse en 1975. Après voir repris en 2016 le chantier naval STX et ses 42 salariés, le chantier naval Kership, co-entreprise de Naval Group et des chantiers Piriou construit sur le site du Rohu en Lanester 12 navires anti-mines destinés à la Belgique et aux Pays-Bas au début de la décennie 2020. L’ancien appontement pétrolier, situé rive gauche du Scorff, doit être démolie en novembre 2025.