Le Faou
Histoire du Faou
Le Faou est une commune de Finistère, en Bretagne, qui compte 1 832 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Le Fou en 1173, Fagus en 1225. Il procède du mot latin fagus (hêtre) passé en breton sous la forme fao. En français, ce nom se prononce le fou: le mot « faou » est en effet prononcé fou pour tous les noms de lieux (Le Faou, Châteauneuf-du-Faou, Plonévez-du-Faou, rivière du Faou) et fa-ou pour tous les noms de personnes, assez répandus dans la région, (Faou, Le Faou).
Un poignard « lame et soie en fer, fourreau et poignée en bronze, ornementés en fort relief » a été trouvé près du Faou. Il se trouve au Musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye. Attribué dans un premier temps aux Romains, il s’agit probablement d’un poignard celte breton. Selon le cartulaire de Landévennec, vers 490, saint Guénolé semble avoir débarqué avec ses disciples près de Landévennec pour y fonder une abbaye. Il aurait, selon la légende, d’abord vécu dans l’île de Tibidy. Par la suite certains de ses compagnons comme saint Ethbin, saint Balay (ou Walay) et saint Martin (à ne pas confondre avec Martin de Tours) se retirèrent avec sa permission « pour vivre en solitude à Ploërmellac près du Faou et qu’avant leur procession ils étaient seigneurs de Rosmeur et de Rosmadeuc ».
La légende dit qu’un seigneur du Faou, encore païen, avait commis un double crime dans l’église de Daoulas La région de Daoulas – Le Faou – Châteauneuf-du-Faou formait le pagus en Fou, un pays historique, c’est-à-dire un pagus; c’était une subdivision administrative de la Cornouaille. « La ville du Faou n’a jamais été murée, mais elle avait un château très fort, dont il reste une portion de tour croulante, entourée de douves à demi comblées »
Le pagus (pays) du Faou, cité pour les premières fois dans des actes du cartulaire de Landévennec (vers 1050) ou encore dans la charte de fondation de l’Abbaye Notre-Dame de Daoulas en 1173, sous le nom de Fou, Pou ou Fago, trouverait son origine dans un démembrement du pagus antérieur plus vaste du Poher. Ce « pays du Faou » s’étendait de la rade de Brest aux monts d’Arrée, ce qui explique que le toponyme se retrouve dans le Finistère intérieur associé au nom de deux localités: Plonévez-du-Faou et Châteauneuf-du-Faou. Les limites de ce pagus, qui dépendait du comté de Cornouaille, restent floues, en particulier vers le nord et l’est: si, selon le cartulaire de Landévennec, Irvillac en faisait certainement partie, on ignore ce qu’il en était précisément pour des localités comme Plougastel, La Martyre, Sizun ou Ploudiry par exemple, un dicton en langue bretonne (« ») disant d’ailleurs qu’entre Le Faou et Landerneau, vous n’êtes ni en Léon, ni en Cornouaille. La vicomté du Faou s’étendait depuis la mer jusqu’aux portes de Carhaix-Plouguer et était l’une des plus puissantes seigneuries de Cornouaille. C’est en 1047, dans un acte du cartulaire de Redon, qu’est mentionné pour la première fois un seigneur du Faou, assimilé par certains historiens à Morvan, vicomte du Faou, qui aurait vécu au et qui a aussi donné son nom à Roc’h Morvan (Rupe Morvan dans un texte de 1263), devenu par la suite La Roche-Maurice Le premier vicomte du Faou ayant une date certaine était en guerre en 1163 avec son voisin, le vicomte de Léon. Vers 1180, Morvan, vicomte du Faou figure comme témoin dans des accords entre l’évêque de Quimperet la comtesse Constance. En 1203, Soudan, vicomte du Faou, assiste à la réunion des seigneurs bretons assemblés à Vannes après l’assassinat du duc Arthur; en 1218, Morvan vicomte du Faou part pour la croisade; en 1364, Guy vicomte du Faou fut fait prisonnier à la bataille d’Auray en 1364 alors qu’il combattait sous la bannière de Charles de Blois; Jehan du Faou, combattit dans les rangs de l’armée du duc de Bretagne en 1393 et pris part à la croisade contre les Turcs en 1396 et il fut fait prisonnier à Nicopolis, avant d’être relâché et de décéder à Avignon en 1397.
Son frère cadet, Even, lui succéda, mais il décède en 1405 devant la ville de Yarmouth alors qu’il participe à une expédition menée par Guillaume du Chastel.
La branche aînée se fondit dans la Famille du Quélennec par le mariage en 1371 de Typhaine du Fou avec Jehan du Quélennec qui après la mort de son beau-frère Even vicomte du Faou, devint à son tour vicomte du Faou et un des plus grands seigneurs de Bretagne. La vicomté du Faou passa ensuite successivement aux Beaumanoir (1572), aux Guemadeuc, aux Vignerot (1626), aux Rohan-Chabot (1736) et aux Magon de la Gervaisais (1762) pour qui elle fut érigée en marquisat en 1768. Les vicomtes du Faou portaient d’azur au léopard d’or à partir du; la combinaison or et azur étant le marqueur ducal de la Maison de Dreux. Avant cette époque, ils portaient de gueules au léopard d’or; le léopard étant quant à lui le marqueur des Plantagenêt. Avant le, ils portaient une combinaison or et gueules, combinaison typique de la Cornouaille. Pol Potier de Courcy écrit que la famille du Parc, du pays de Dinan est un ramage du Faou et E. Le Gal de kerlinou indique « Ramage du Faou » pour la famille du Fou dans le Bulletin mensuel de la société polymathique du Morbihan.
René Kerviler écrit qu’il ne faut pas confondre la famille des vicomtes du Faou avec la famille du Fou, originaire de la paroisse de Mûr-de-Bretagne. La maison située 2, rue de Rosnoën appartint aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem et fut un temps fin une aumônerie. En octobre 1595, une troupe d’Anglais ravage la région. « Il y a eu toujours grand nombre de soldats, comme à Craouzon [Crozon], Douarnenez ou Le Faou, qui ordinairement viennent à l’abbaye [de Landévennec], ravagent et pillent tout ce qui s’y trouve, comme ils le font dans le plat pays, de façon que tout le canton est dénué des hommes qui y demeurent obstant la cruauté et tyrannie des gens de guerre, tellement que le cartier [quartier] est demeuré en friche sans estre semé, travaillé ny labouré». Pendant les guerres de la Ligue (1562-1598), Anne de Sanzay, comte de la Magnane, connu pour être « un bon voleur tant sur mer que sur terre » et qui était du parti de la Ligue, « profitant de la licence des guerres civiles pour exercer toutes sortes de brigandages », « pille Le Faou, bat les habitants des communes voisines, indignés de ses excès et leur tue plusieurs centaines d’hommes ». Il en tua même entre et en deux combats si l’on en croit Eugène Bonnemère. Il soumit aussi la ville du Faou à rançon. Le chanoine Jean Moreau raconte les exactions commises ensuite par Anne de Sanzay, par exemple cet épisode daté de novembre 1593
Au, les terres de la vicomté du Faou appartiennent à Armand-Jean de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu avant de passer à la famille de Rohan. Gaspard Carmel, d’origine bretonne et neveu par alliance d’un prédicateur de la Réforme protestante dénommé Guillaume Farel, aurait prêché en breton en faveur de la religion réformée au Faou. Dans l’église paroissiale du Faou, construite en 1640, existe une porte (désormais murée) qui était réservée aux cacous (groupes d’habitants exerçant le métier de tonneliers ou de cordiers, considérés comme des descendants de lépreux). Le clocher de l’église paroissiale est construit en quatre campagnes de travaux échelonnées de 1628 à 1647. Anthyme-Denis Cohon, célèbre représentant de l’éloquence religieuse, émule de Michel Le Nobletz, devenu un temps évêque de Léon, aurait évangélisé Le Faou ainsi que d’autres villes avoisinantes (Landerneau, Quimper) et les îles (Sein, Ouessant, Batz) dans le deuxième quart du, inventant cantiques nouveaux et peintures symboliques (taolennou) pour toucher le cœur des fidèles. Pierre Tourmel, surnommé le « Cicéron breton », disciple de Julien Maunoir, curé de Guitelmezeau (Ploudalmézeau), prêcha aussi une mission au Faou dans les dernières années. Des habitants du Faou ont participé à la Révolte des Bonnets rouges en 1675 et trois d’entre eux furent même exclus de l’amnistie de 1676. En 1686 l’ambassade du roi de Siam débarquée à Brest passa par Le Faou puis Châteaulin pour se rendre à la cour de Versailles rencontrer le roi Louis XIV.
Bernard Roy écrit: « Cahin-caha, le convoi bigarré serpente à travers la Bretagne. Les bonnes gens, dans les champs, n’ont jamais salué par-dessus les haies pareille procession, et la rumeur d’étonnement court de bourg en bourg, devançant les pelotons de cavaliers et les litières poussiéreuses ». Un établissement des religieuses Ursulines exista un temps à la fin du, fondé vers 1672, mais il fut supprimé dès 1690. En 1715, le port du Faou exporte 100 tonneaux de blé et 100 tonneaux de seigle. En 1756, au décès de Louis Auguste de Rohan-Chabot (1722-1753) (un des fils de Louis II de Rohan-Chabot), mort sans descendance, les terres et seigneuries du Faou, de la Villeneuve, de la châtellenie d’Irvillac et Logonna, correspondant aux paroisses de Rosnoën, Hanvec, Guimerch [Quimerc’h], Lopérec, revinrent aux familles de Châtillon, d’Enrichemont, de Broglie et de Pouyanne et louées pour quelques années au sieur du Pontois, puis à Joseph Le Roy, greffier de la cour royale de Lesneven et de la principauté de Landerneau. En 1762, ces terres sont vendues à Messire Nicolas Magon de La Gervaisais, seigneur de la Gervaisais et de la Gicquelaye, lieutenant général des armées du roi entre 1761 et 1765. C’est alors qu’elles portèrent le nom de « marquisat de la Gervaisais et du Faou ». En 1759, une ordonnance de Louis XV ordonne à la paroisse du Faou de fournir 9 hommes et de payer 59 livres pour « la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne ».
En mai 1790, les citoyens de la ville du Faou « adressent à l’Assemblée nationale une offrande patriotique que ses trésoriers ont reçue le 27 avril dernier, consistant en dix-sept marcs quatre gros et demi d’argent, deux gros d’or, une paire de boucles d’oreilles, une paire de bracelets, un mouvement de montre et trois livres 12 sols en argent ». Louis-Alexandre Expilly, premier évêque constitutionnel du Finistère, fit donner fin 1791 une grande fête patriotique au Faou. En 1793, Le Faou est la plus petite des communes du département à être pourvue de deux études de notaires. Le Chevalier de Fréminville écrit en 1844 que l’on remarquait naguère au Faou « beaucoup d’anciennes maisons bâties en colombage, avec des corniches de bois chargées de sculptures grotesques, bizarres et même souvent obscènes. En 1741, une épidémie de dysenterie fait des ravages dans toute la Bretagne. Le subdélégué du Faou écrit que « la maladie se fait sentir en plusieurs paroisses et qu’il est mort à Crozon seul plus de 420 personnes et 150 au moins au Faou »; en 1758 une nouvelle flambée épidémique se répand dans la subdélégation du Faou, particulièrement à Plonévez-Porzay, Plomodiern, Ploéven. Deux épidémies de choléra font quinze morts au Faou en 1850 et 31 en 1855-1856. Lors de cette dernière épidémie, Le Faou est la quatrième commune du Finistère par le nombre de morts dus à l’épidémie derrière Brest (715 morts), Moëlan (83 morts) et Le Guilvinec (52 morts).
En réponse aux épidémies, le cimetière est déplacé depuis l’enclos paroissial vers l’extérieur de la ville en 1866. En août 1895, un réseau de distribution d’eau potable ouvre au Faou, ce qui contribue fortement à l’amélioration des conditions sanitaires. Dans le cadre de son voyage en Bretagne, Napoléon III, venant de Landerneau et se rendant à Quimper, s’arrête un moment au Faou le 12. Jean-Marie Poulain-Corbion en fait le récit suivant Un bureau télégraphique municipal est créé au Faou en 1879. Édouard Vallin dans son Voyage en Bretagne publié en 1859 écrit à propos du Faou Le peintre Eugène Boudin a décrit ainsi en 1867 la foire du Faou: « C’était aujourd’hui la grande foire du Faou (…). La petite ville aux pignons du est bondée de Bretons descendus de tous les coins de Bretagne.
Les Plougastels qui ressemblent aux Napolitains: bonnets phrygiens, culottes serrées par le bas; les « brayons-bras » des montagnes avec leurs habits en pillon [pillou] faits de tous les fragments de laine achetés comme chiffons, espèces de colosses souvent vêtus de peaux de mouton, ils vont jusqu’aux confins de la Loire vendre et acheter (pilhaouer). On les voit sur les routes derrière de grands troupeaux, montés à la façon des amazones. Ils ont un vaste chapeau de feutre tout dégingandé qui leur sert de toiture. On voit aussi les gros bouchers de Brest, de Châteaulin et d’autres moindres villes. (…) Mais voici les premières gouttes d’un orage violent: c’est un sauve-qui-peut général, on s’enfourne dans tous les bouchons [= cafés]. Toutes les maisons se changent pour la circonstance en débits [de boisson] ». Benjamin Girard décrit ainsi le port du Faou en 1889 Albert Clouard, venant en bateau de Landévennec, visite Le Faou en 1892.
Voici sa description de la petite ville Le port du Faou est alors actif: « Le bétail, les céréales, le bois, très abondant car une forêt est proche [la forêt du Cranou], assurent au port un fructueux trafic » écrit Valentine Vattier d’Ambroyse en 1892. Un article de presse de 1901 évoque « les rudes marins de Daoulas, du Faou, de l’Hôpital-Camfrout, de Logonna et de Plougastel qui déchargent sur ses quais [ceux de Port-Launay] le maërl et le sable du Minou, récompense de leurs pénibles dragages ». Émile Souvestre a écrit à propos de la campagne avoisinant Le Faou: « Vous êtes en Arcadie (= synonyme de « région prospère »), au lieu des ruisseaux gazouillants, des vergers ombrageant les fontaines, des ombrages où retentit la trompe de sureau des pâtres. Le géographe Louis Gallouédec décrit ainsi la région en 1893 Sous le titre Une journée de sacrilège, le journal Le Gaulois relate l’expulsion des prêtres des presbytères de Rumengol et du Faou en 1907, en application de la loi de séparation des Églises et de l’État: « À Rumengol, pèlerinage célèbre, les mêmes scènes odieuses [qu’à Saint-Urbain, décrit précédemment dans l’article du journal] se reproduisent. Cette fois, le commissaire est obligé d’employer la force et c’est en le poussant violemment qu’il expulse le curé. L’expulsion du vicaire est plus mouvementée encore.
À ce moment, le curé, s’adressant au commissaire, lui crie: « Vous êtes un vrai bandit et un voleur! L’opération n’a pas demandé moins d’une heure. À Moëlan, à Clohars-Carnoët, à Locunolé, au Faou, le commissaire a dû également employer la force ». Quelques jours plus tard, le même journal écrit: « C’est par une pluie torrentielle que la colonne d’expulsion a quitté Le Faou ce matin à quatre heures pour Rosnoën, distant de sept kilomètres. Le tocsin a sonné et les habitants sont accourus. Le curé ayant refusé de livrer passage aux expulseurs, les sommations légales ont été faites et les portes enfoncées. Le recteur a été expulsé par la force et les meubles jetés dans la boue ». En 1908, une hutte habitée par cinq bûcherons brûle dans le bois de sapins de Kervez, à trois kilomètres du Faou et deux d’entre eux périrent dans l’incendie.
Dans les décennies 1920 et 1930 se tient chaque semaine au Faou une « petite foire pour chevaux de races postières et de traits légers » et une « vieille foire » chaque mois. En avril 1933, un incendie ravage l’hospice du Faou. « La ville n’a pas de pompiers et les efforts des habitants, qui durent aller puiser de l’eau dans la rivière à l’aide d’ustensiles de ménage, sont demeurés stériles, l’hôpital ayant été complètement détruit. (…) Les malades furent évacués à temps » écrit le journal La Croix. Le monument aux morts du Faou porte les noms de 99 soldats morts pour la France dont 64 pendant la Première Guerre mondiale, 31 pendant la Seconde Guerre mondiale, un pendant la guerre d’Indochine, un en Tunisie et deux pendant la guerre d’Algérie. Quinze résistants, membres du réseau Vengeance, furent arrêtés au Faou et à Quimerc’h le 25 par le kommando de Landerneau, condamnés à mort par un tribunal militaire allemand siégeant à Quimper et firent partie des fusillés du 15 à Mousterlin en Fouesnant (voir le monument commémoratif des « fusillés de Mousterlin »); parmi ces victimes se trouvent plusieurs personnes originaires du Faou, leurs noms se trouvent sur une plaque commémorative située Place des fusillés et des résistants D’autres résistants membres du même réseau et victimes de cette même rafle, également fusillés à Mousterlin, étaient originaires de communes voisines comme Jean Brosset de la Chaux (de Rosnoën), Roger Guéguen et Jean Le Foll (de Quimerc’h), Jacques Guillou (de Brest). Un autre résistant, Alexandre Nédélec, né le 28 au Faou, fut arrêté le 20 à Landerneau, incarcéré à la prison de Pontaniou à Brest et probablement fusillé quelques jours plus tard.
Son corps n’a jamais été retrouvé. Jean Bernard, né le 1 août 1924 au Faou, gravement blessé lors d’opérations militaires contre les Allemands et le kommando de Landerneau à Scrignac, est mort des suites de ses blessures le 19 juillet 1944 à Commana. Par ailleurs Pierre Le Berre, né le 13 au Faou, décédé le 30 mars 2003 à Berthecourt (Oise), fut aussi un résistant appartenant, ainsi que son épouse, au réseau d’évasion « Bourgogne ».
Patrimoine religieux
Le village a fait partie de l’association « Les Plus Beaux Villages de France », mais n’est plus labellisé à ce jour. Il possède deux monuments classés et 25 inscrits au titre des monuments historiques.