Histoire de Levens

Levens est une commune de Alpes-Maritimes, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte 5 165 habitants. Les chartriers (cartulaires) de l’abbaye de Saint-Pons « hors les murs » ou de la cathédrale de Nice attestent de nombreuses formes anciennes: sancta Maria de Leven (1075), castro qui nominatur Levent (1079), castellum Levenni (1108-1109), de Levendis (1125), Leven, Levens (1137-1159), castrum de Levengis (1203), in castro de Levens (enquête demandée par Charles d’Anjou pour le bornage du fief en 1251), Leventio, Levencio (1286, 1351, 1385), villa Levenci (1388), de Leventio (1567). Pendant l’époque sardo-piémontaise, le village est appelé Levenzo, pour devenir l’actuel Levens. Il s’agit d’une formation toponymique obscure peut-être pré-latine.

Elle serait basée sur un radical celto-ligure hypothétique *lev- « [terrain en] pente », suivi du suffixe -entio. L’Albaréa, Balme Riquier, Boussonet, Castelvieil (castel signifie « château »), la Clue, le collet Saint-Pierre, la Condamine, la Coulane, la Coumba, Figharacca (ou Fieracca), Fouon di Mel (fouon signifie « source »), Fouon Puench, Fouon Trebau (la « source des trois rochers »), la Fubia, la Gorghetta, la Gourre, Laval, la Madone, la Mole, l’Ordaléna, Pestiers, Porte Rouge, le pré des Cavaliers, le Revesté, le Rivet, la Rouméghiera, Sainte-Anne, Saint-Antoine-de-Siga, Sainte-Claire, Saint-Roch, les Sarses, la Siga, les Traverses, la Grau, li Sarsi, lou Cros, la Vallière, le Vignal…

Les traces d’occupation les plus anciennes découvertes sur le territoire de la commune de Levens remontent au Néolithique final. Elles ont été mises au jour dans la grotte du Rat, découverte en 1913 par l’instituteur du village Henri Sivade et republiées en 1971 par Roger Cheveneau. La reprise récente des déblais de fouilles anciennes a permis de déterminer une occupation funéraire du site durant le Chalcolithique. Des structures en pierre sèche sont visibles à l’est de la commune: le Castellar, le Véaou, et en divers points de la chaîne du Férion. Au sud, on trouve la Fubia, ou le Castelvieil. La tradition locale les interprète comme des (oppidum), les attribue aux Ligures et les date de l’âge du fer. Malheureusement, ces monuments sont très difficiles à dater. La recherche actuelle tend à montrer qu’on a rassemblé dans cette catégorie de sites des constructions aux fonctions et d’époques très diverses (habitat, enclos, restes de fortifications médiévales, lignes de défense militaire d’époque moderne ou contemporaine…).

Parmi ces structures en pierre sèche, on trouve celles du sommet de la Grave, du Sarguier, l’enceinte de Sainte-Anne, la Véaou, la cote 577, la cote 929 et la cote 948 du Férion, et l’enceinte de la Fubia. Contrairement à une idée reçue, aucune trace d’occupation protohistorique n’a été identifiée dans le village même. Les gros blocs que l’on peut voir intégrés dans certains murs anciens du village ne permettent pas d’affirmer la présence d’une enceinte protohistorique ou d’un oppidum sous le village médiéval. Quelques traces d’occupation ancienne ont pourtant été identifiées sur les enceintes du Castellar, au Castelviel et de la cote 928 du Férion. Il s’agit de céramiques modelées et de céramiques campaniennes à vernis noir qui ne sont pas antérieures au L’on y trouve aussi du mobilier du Haut-Empire qui semble indiquer un maintien de l’occupation de ces sites au apr. Cette « agglomération » n’est pourtant pas avérée. Au mieux peut-on évoquer des indices d’un habitat et de sépultures antiques et médiévales autour de la chapelle Notre-Dame-des-Prés. Dans la cour de cette ancienne chapelle connue sous le nom de la Madone se trouve une stèle funéraire élevée par une veuve à la mémoire de son mari et de son fils.

Cette inscription a été relevée par Bonifacci (1770-1842), curé de Tourettes, et transmise aux archives départementales PLACIDIA PRIMA P.ANIC / 10 TERTIO MARITO SVO / ET M.ANIGIO ALPINO / FILIO SVO PIENTISSIMO / MILITI T.TIBICINO / COHOR XIIII / URBANAE QUINT / VOLUSI SEVERI / F.C. (Placidia Prima à Publius Anicius Tertius, son mari, et à Marcus Anicius Alpinus, son fils bien-aimé, l’un soldat et l’autre trompette de la quatorzième cohorte urbaine de la centurie de Quintus Volusius Severus, a pris soin d’élever ce monument.) D’autres sépultures antiques ont été signalées au au carrefour Saint-Roch. Les autres vestiges d’une occupation d’époque romaine à Levens se trouvent dans le quartier du Pestier indique que ce prieuré existe déjà en 1075 lors de sa restitution par la famille seigneuriale de Nice à l’abbaye de Saint-Pons, qui le conserve jusqu’à la Révolution. Quelques années plus tard, le monastère de Saint-Pons devient le possesseur du fief de Levens, qu’il garde plus de 150 ans. Les chevaliers de l’ordre du Temple établissent leur commanderie à Notre-Dame-des-Prés, après l’accord vers 1135 entre le pape et l’empereur , alors suzerain de la Provence.

La crypte de cette commanderie templière témoigne de sa prospérité. Dans la cour existe encore l’auge en pierre percée d’un trou. Une tradition locale non vérifiable affirme qu’elle servait de mesure aux céréales de la dîme. Ils élèvent, près du sommet du mont Férion, une chapelle dédiée à l’archange saint Michel et dotée d’un campanile. Une autre légende locale tout aussi fantaisiste affirme que la chapelle a remplacé un autel au dieu Mars. Le campanile aurait servi à alerter les populations des vallées de Levens et de Contes en cas d’incursion sarrasine. Charles II d’Anjou fait arrêter tous les Templiers du comté de Nice en 1307, en vertu d’ordres reçus du roi de France Philippe le Bel, et leurs biens sont confisqués. Notre-Dame-des-Prés reste longtemps une source de différends entre les abbés de Saint-Pons et les prieurs de l’église paroissiale Saint-Antonin.

À partir de 1112, Levens et la Provence sont sous la dépendance des comtes de Catalogne après le mariage de Raimond-Bérenger III de Barcelone avec Douce de Provence, héritière des comtes de Provence. Puis ils passent sous la coupe des Capétiens d’Anjou lors du mariage de Béatrice de Provence avec Charles d’Anjou en 1246. Sur l’ordre de Charles d’Anjou, et afin de mettre fin à des querelles interminables, il est procédé le 23 à la délimitation des fiefs de Levens et de Saint-Blaise, acte qui restera valable 300 ans jusqu’au nouveau bornage du 8. Les frères Jean et Anselme de la famille Riquier d’Èze sont attestés comme seigneurs de Levens en 1272. Guillaume Riquier, viguier de Grasse (1350), était coseigneur de Levens; il fut ambassadeur de Nice à Naples, en 1338. Les Riquier conservent ce titre jusqu’au 15, lorsque Hugues Riquier est accusé de rébellion envers le souverain et dépossédé de ses biens, qui sont transmis aux Grimaldi de Beuil le 20 par le duc Amédée VIII de Savoie. Le premier des membres de la famille Grimaldi portant le titre de « seigneur de Levens » est Jean Grimaldi, baron de Beuil et sénéchal de Provence, qui se marie en 1381 avec Bigotte Grimaldi et meurt en 1445. Son fils Pierre lui succède comme baron de Beuil et se marie en 1442 avec Marguerite de Castellane.

Puis c’est au tour du fils cadet de Pierre, Louis, qui porte les titres de seigneur de Levens, de Remplas et de Tourette-Revest et se marie avec Marguerite de Bracas. Il est la « tige » des Grimaldi de Levens, qui s’éteignent en 1841 avec César Grimaldi. Ces titres sont repris par Jean, marié en 1504 avec Marguerite de Forbin. La succession est assurée par Jean II, né en 1512, marié en 1550 avec Françoise de la Baume et mort en 1603, qui porte les titres de seigneur de Levens, de Remplas et de Tourette-Revest en 1543, coseigneur de la Roquette en 1550. Vient ensuite César, seigneur de Levens, de Remplas et de Tourette-Revest, coseigneur de la Roquette en 1603, marié en 1582 avec Philippa de Grasse-Cabris et mort en 1627. Pour doter ses enfants, il vend en 1611 le fief de Tourette-Revest à son cousin Annibal. Il est chassé par les Levensans en 1621 et après lui le titre n’est plus qu’honorifique, car Levens est « comtesse d’elle-même ». Son successeur est Honoré, seigneur de Levens et de Remplas, coseigneur de la Roquette, marié en 1626 avec Suzanne de la Gousse de la Baume.

Puis vient Philippe-Emmanuel, marié en 1660 avec Dorothée Bonfiglio et élu premier consul de Nice de 1682 à 1692, à qui Jean Ribotti essaye de revendre le fief de Levens dont il a fait l’acquisition. Le suivant est Honoré, baron de Sainte-Agnès, comte de Remplas (érigé en comté en 1671), seigneur de Levens, marié en 1696 avec Victoire Léotardi. Puis Jean-Baptiste-Philippe porte les mêmes titres et se marie en 1726 avec Anne-Marie-Rose Caissotti. C’est enfin le tour de Jean-Baptiste-Joseph, baron de Sainte-Agnès, comte de Remplas, qui perd le titre de baron de Sainte-Agnès en 1766 et meurt célibataire en 1776. Tous ses biens passent à sa sœur; la Révolution les fait disparaître des Alpes-Maritimes en s’emparant de leurs propriétés. Les héritiers ultérieurs vendent en bloc ce qui reste à l’avocat Louis-Isidore Mari de Bendejun en 1827. À la fin du, la destinée de Levens est liée à celle de tout le comté de Nice qui se sépare de la Provence pour se dédier à la Savoie, sur l’initiative du puissant Jean Grimaldi, baron de Bueil et sénéchal de Provence. L’acte de dédition est signé le 28, devant le monastère de Saint-Pons.

À cette occasion, Levens, Lucéram et Utelle, réunis en confédération, déclarent refuser le serment d’hommage à Amédée VIII le Rouge, comte de Savoie, si on ne leur rendait pas les libertés et privilèges concédés à prix d’argent par la reine Jeanne. Un événement très important pour toute la vallée de la Vésubie est la construction, à partir de 1433, de la route muletière de Nice à Vinadio, par Levens, Utelle, Lantosque, Saint-Martin et la chaîne de montagnes qui aboutit aux vallées de Coni. Moyennant le droit de péage à son profit, Paganino Del Pozzo, riche patricien niçois et fermier de la gabelle, offre d’ouvrir à ses frais cette route nouvelle pour le transport du sel, dont l’exploitation est à l’époque une branche considérable du commerce niçois. La « route Paganine » favorise largement les relations commerciales des Levensans et reste la principale voie entre Nice et Turin jusqu’à l’acquisition du comté de Tende avec son col par le duché de Savoie en 1581. L’épidémie de peste de 1467 ravage une grande partie du comté, qui perd un tiers de sa population lors de la première vague de « mort noire ». Lors de son investiture comme seigneur de Levens le 8, Louis Grimaldi accorde aux habitants une charte « de liberté » leur conférant le droit de nommer eux-mêmes leurs conseillers et leurs maires (sindaci), et la disparition de la taille seigneuriale moyennant une redevance annuelle de 40 florins d’or à payer aux Grimaldi le jour de la Toussaint. Par une autre charte du 5, il abandonne ses droits de banalité sur les pâturages, les terres non cultivées, les moulins à huile et à farine ainsi que sur les fours à pain, contre une pension viagère de 24 florins d’or réversible à ses successeurs. Ces deux chartes en latin sont les plus anciens documents possédés par les archives municipales.

Son successeur Jean ne laisse pas le même souvenir. Le gouvernement de Savoie, alerté sur ses turpitudes, diligente une commission d’enquête qui ne relève pas moins de 232 chefs d’accusation, parmi lesquels le crime de lèse-majesté, les mauvais traitements exercés envers les Levensans et l’atteinte à l’honneur et à la vie de personnes sans reproches. Jean est condamné en 1508 au bannissement perpétuel avec confiscation de ses fiefs au profit de la couronne ducale. Il vit 7 ans en exil, tantôt à Paris, tantôt à Aix-en-Provence. Il obtient finalement, à la suite de l’intercession du pape Léon X, sa grâce et la restitution de tous ses fiefs contre le paiement d’une amende de écus, par lettres ducales du 25. Pour s’acquitter de cette dette, il remet au duc de Savoie le fief de Levens, dont le village est pillé et le vieux château détruit en 1527 par les troupes favorables à la France de René Grimaldi, seigneur du Val de Massoins, et de Jean-Baptiste Grimaldi, seigneur d’Ascros. Jean II Grimaldi, investi du fief de Levens le 15, prête serment de fidélité à Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, pour aussitôt le trahir et s’engager aux côtés des troupes franco-turques lors du siège de Nice. Convaincu de trahison, Jean II est condamné au bannissement et à la confiscation de ses biens.

Les habitants de Leventio achètent, par acte du 22, directement à leur suzerain savoyard, les moulins à farine et à huile (deficis) avec faculté d’en construire de nouveaux, moyennant la somme de écus d’or d’Italie. Mais après 14 ans d’errance en France et son amende honorable lors de la bataille de Saint-Quentin, Jean II est restitué dans ses titres et propriétés, par acte du 8, soulevant la colère des habitants et rendant, pour longtemps, les Grimaldi impopulaires. Un accord est finalement trouvé le 3, validant celui de 1550, moyennant le versement d’une nouvelle indemnité de écus d’or d’Italie. L’église paroissiale, dont la première mention attestée remonte au 7, reçoit des travaux grandioses entre 1610 et 1615 avec des tableaux des peintres de l’école de Gênes et la fonte de la cloche surnommée « la vieille campane », qui survécut à la Révolution. Dans son ouvrage sur Levens, Garino donne la liste des curés des paroisses de Levens (Saint-Antonin), de Saint-Antoine-de-Siga (Saint-Antoine-de-Padoue) et de Plan-du-Var (Sainte-Anne). Annibal Grimaldi, comte de Beuil et gouverneur du comté de Nice, entretient des relations politiques avec le voisin français et complote, dès 1614, de donner le comté à la France. Charles-Emmanuel, duc de Savoie, retire alors à Annibal Grimaldi son commandement et lui ordonne de le suivre, avec son fils André, à la cour de Turin. Ceux-ci retournent dans leurs terres, et Charles-Emmanuel ne peut plus les considérer que comme rebelles.

Ne pouvant compter sur l’appui du roi de France Louis XIII qui vient de marier sa sœur Christine avec Victor Amédée, le fils de Charles-Emmanuel, Annibal Grimaldi et son fils sont convaincus de lèse-majesté, de rébellion et de félonie, et condamnés par contumace à la peine capitale, à la suite d’un procès qui traîne en longueur. Le comte de Beuil s’enferme alors dans son château de Tourettes-Revest, qui est aussitôt assiégé par les troupes savoyardes. À l’époque de ces péripéties entre le Dès le lendemain, le duc de Savoie accueille favorablement une adresse reçue des Levensans l’assurant de leur dévouement à la Savoie. En retour, Charles-Emmanuel accorde une charte de liberté à Levens qui devient « comtesse d’elle-même ». Le 16, ordre est donné de détruire les remparts défendant le château. Les finances du duché de Savoie étant catastrophiques à la fin du, le duc Victor-Amédée II dévalue la monnaie, augmente fortement les impôts et met en liquidation les communes insolvables.

Les fiefs de villages émancipés depuis des siècles de leur tutelle seigneuriale sont vendus à de riches gentilshommes et à des bourgeois ainsi anoblis. C’est ainsi que Jean Ribotti (1689-1721), docteur en médecine et philosophie exerçant à l’hôpital Majeur de Turin, achète le 14 pour la somme de livres les lieux d’Isola, Venanson, Utelle, Breil, Saorge, Lantosque, Pigna, la Bollène, Saint-Sauveur, Contes, Levens et quatre villages de Val-de-Blore (la Bolline, la Roche, Saint-Dalmas et Mollières), dont il revend certains à des amis. Quand Jean Ribotti veut revendre le fief de Levens à l’héritier des anciens seigneurs Philippe-Emmanuel Grimaldi, les Levensans se révoltent et l’inféodation est annulée par lettres patentes du 14, confirmant l’indépendance de Levens comme « comtesse d’elle-même ». Au fil du temps, la vie quotidienne pastorale des Levensans s’améliore grandement, surtout après le traité d’Utrecht, qui rend le comté de Nice au royaume de Piémont-Sardaigne en 1713, et ce malgré les épidémies de peste en 1631 et de « fièvre maligne » en 1738, ainsi que les guerres de Trente Ans (1618-1638), de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697) et surtout de succession d’Autriche (1741-1748) lors de l’occupation par les troupes franco-espagnoles (« gallispanes ») qui édifient des fortifications sur la ligne de front du Férion. Deux documents importants rédigés à cette époque sont les « statuts champêtres et politiques de Levens » de 1751, qui organiseront la vie locale durant des siècles, et le rapport Joanini de 1752 évaluant l’état du comté exsangue après son retour au royaume de Sardaigne par le traité d’Aix-la-Chapelle. Ce rapport montre que le bilan de Levens était excédentaire, avec cependant une lourde dette d’environ livres pour des biens estimés à livres et des revenus de livres. Dès, le comté de Nice commence à ressentir les contrecoups de la Révolution française sous la forme d’un flot de réfugiés nobles et ecclésiastiques. Le 28, les troupes du général d’Anselme (1740-1814) traversent le Var sans déclaration de guerre et pénètrent le lendemain dans la ville de Nice.

Le 17, les hommes du maréchal de camp Paul de Barral s’emparent de Levens, puis marchent vers Duranus et Lantosque. Le pillage de leurs biens provoque le soulèvement des Levensois qui attaquent et mettent en déroute les troupes françaises stationnant aux Grands Prés. Le futur maréchal Masséna, né à Nice et élevé à Levens même dans ses maisons familiales de la Siga et du Serret, fait partie de cette troupe d’occupation et est chargé de « pacifier » ses compatriotes. Masséna mène à bien cette mission par la persuasion et la force, en vainquant les troupes austro-sardes à la bataille du Brec d’Utelle les 24 et 25. La région devient en 1793 le français, nommé Alpes-Maritimes, après le vote de la population. Levens est nommé chef-lieu de canton. L’arrivée des révolutionnaires français entraîne une division entre deux grandes familles de Levens: les Gilletta, fidèles au roi de Piémont-Sardaigne, et les Goiran, qui prennent le parti de la France. L’occupation est marquée par la mauvaise conduite des troupes révolutionnaires qui « vivent sur l’habitant ».

Ces exactions sont vivement dénoncées par Victor Tiranty et par le rapport de l’abbé Grégoire remis à la Convention nationale. Elles entraînent en retour un mouvement de résistance contre-révolutionnaire appelé « barbétisme », qui pratique le brigandage et harcèle les troupes françaises jusqu’à la chute de l’empereur Napoléon en 1814. Les deux traités de Paris restituent finalement le comté de Nice au royaume de Piémont-Sardaigne et restaurent les frontières de 1760. Lors de la restauration sarde, le roi Victor-Emmanuel de Sardaigne décide de ne pas exercer de représailles contre ceux qui ont servi le régime français, mais s’empresse de supprimer les institutions françaises et de rétablir celles d’avant 1792: l’état civil retourne au clergé, les anciens poids et mesures sont de nouveau utilisés, l’italien redevient la langue officielle et les nominations remplacent les élections. Au, Levens connaît un développement spectaculaire: on bâtit, plante, irrigue, enseigne, etc. En 1806 apparaissent des personnalités locales et le premier instituteur de l’école publique. En 1810, des journaux locaux (comme le Bulletin des lois et le Messager des Alpes) sont édités et lus par la bourgeoisie. À partir de 1829, on construit une voie carrossable de Nice à Saint-Martin-Vésubie passant par Levens, assurant la prospérité du commerce local jusqu’à l’ouverture d’une nouvelle voie en fond de vallée à la fin.

En 1844, des digues sont construites dans la vallée du Var. Cet endiguement permet l’accroissement de la superficie des terres agricoles, la construction de la route de Digne et du chemin de fer, ainsi que la fondation du hameau de Plan-du-Var. Dès la fin de 1847 se dessine un mouvement favorable au rattachement de Nice à la France. Lors de l’entrevue de Plombières du 21 entre Camillo Cavour et Napoléon III, une convention secrète est passée pour que la France aide à faire l’unité italienne en échange de la Savoie et du comté de Nice. Ce comté devient définitivement français le 24 quand Victor-Emmanuel II d’Italie signe le troisième traité de Turin, qui est ensuite validé par le référendum du 15 pour lequel seuls les bulletins « oui » sont imprimés. Sur inscrits au « suffrage universel masculin » dans le comté de Nice, on dénombre « oui », abstentions, 160 « non » et 30 bulletins nuls. Les Levensans votent pour le rattachement à la France par 481 voix sur 487 votants. Après le rattachement du comté de Nice à la France en 1860, le gouvernement français soutient une vigoureuse politique de mise en valeur du pays (cadastrage des Alpes-Maritimes, reboisement, voies de communication, adduction d’eau) et d’enseignement du français.

Le 23 arrive le premier instituteur laïc et français, M. Milon, alors que Tiranty, jeune Levensane de bonne famille mais incapable d’enseigner en français, s’occupe de l’école des filles. L’école est alors payante, sauf pour les nécessiteux. Le tarif est fixé le 16 à par élève et par mois. Le 28, le conseil municipal vote la construction du groupe scolaire dans le quartier Saint-Roch, alors que l’ancien château sert provisoirement d’école. Il y a même des cours pour adultes et une bibliothèque municipale ouvre ses portes. En 1879 commencent de grands travaux pour la construction au départ de Saint-Jean-la-Rivière du canal de la Vésubie apportant l’eau des montagnes à Levens et à Nice. En 1885, on décide la construction d’un lavoir couvert, ainsi que la création d’un poste de cantonnier communal, et en 1887 est décidée la construction du nouveau cimetière pour remplacer celui de l’église devenu trop exigu.

En 1892, le premier train passe par la gare de Plan-du-Var. En 1897, on décide de planter les platanes le long de la route départementale au quartier des Traverses et l’on pose une horloge sur le fronton de la chapelle des pénitents blancs. desservent la commune dès 1908 Le développement se poursuit au début du: l’éclairage public électrique arrive en 1904, les premiers tramways électriques circulent à partir de 1908 et les moulins à huile commencent à fonctionner à l’électricité à partir de 1909. En 1911, on construit le pont suspendu de Saint-Blaise. Au cours du, les forces vives du village s’épuisent peu à peu. Les cultures et le commerce traditionnels périclitent. D’anciens conflits resurgissent entre individus, familles et clans, et les hommes politiques intriguent en pratiquant le clientélisme et le népotisme.

La catastrophe de la Première Guerre mondiale éprouve durement le village, ainsi que l’émigration des jeunes abandonnant le village pour vivre et travailler à la grande ville. Levens souffre peu de la Seconde Guerre mondiale jusqu’en 1944. Le 2, un bombardement américain contre les ponts du Var et de la Vésubie rate sa cible mais frappe le quartier de la coopérative agricole, tuant huit civils, en blessant quinze et en sinistrant soixante. Le 15, les alliés débarquent en Provence et Levens est libéré une première fois le par les FTP. Mais une colonne allemande réoccupe Levens le et exerce des représailles: des résistants capturés sont torturés et exécutés. Les hommes du village entre 18 et 60 ans sont enfermés trois jours dans la chapelle Blanche comme otages. Un jeune soldat allemand blessé et soigné à l’hôpital de Levens intervient cependant en leur faveur auprès de ses supérieurs. Finalement, après quelques jours de combats, les troupes allemandes se retirent sans commettre d’autres exactions et Levens est définitivement libéré le.

Un camp de prisonniers est installé aux Grands Prés en 1944-1945; les prisonniers allemands sont employés à des travaux forestiers. À la fin de la guerre, la commune est pratiquement moribonde: sa population vieillissante y est moins nombreuse qu’à la fin. Au début des années 1980, elle reprend cependant vie avec le développement des moyens de communication et de transport modernes qui permettent à de plus en plus de Niçois de travailler à la ville, tout en habitant à la campagne pour une meilleure qualité de vie.

Patrimoine religieux

Avec la porte de la première enceinte et celle de la seconde enceinte, le Portal, « la tour » est l’un des trois vestiges de l’ancien château. C’est l’ancien donjon, le point le plus haut du village, qui surplombe la piscine en contrebas et permet d’apercevoir la plaine du Var jusqu’à son embouchure et le cap d’Antibes. Le boutàu, pierre cylindro-conique tronquée et fichée en terre (sur l’actuelle place de la Liberté), sur laquelle sautent les danseurs de la farandole, en souvenir symbolique de la révolte de 1621. L’église paroissiale Saint-Antonin, dont le chartrier de l’abbaye de Saint-Pons fait mention en 1286, est la propriété de la commune. Elle est inscrite aux Monuments historiques par arrêté du 22.

La construction de la première église est vraisemblablement antérieure au, mais elle a subi de nombreux remaniements, en particulier au début. Elle présente actuellement un plan basilical, avec une nef de quatre travées et deux collatéraux; le chœur et les bas-côtés se terminent par des chevets plats. Les trois nefs sont séparées par deux rangées de quatre piliers chacune, en calcaire gris du pays. Les bases des colonnes comportent de curieuses têtes de style roman tardif, très diversifiées, dont un « sourire de Levens »! Statue de la Vierge en bois polychrome, chaire et prédelle racontant la vie de saint Antonin, toutes trois.

Sur la tribune en fond de nef, un orgue de facteur inconnu, installé par le facteur Martella de Nice en 1898 et provenant de la chapelle de l’ancien petit séminaire de Nice. Il comporte 32 jeux dans un seul buffet sans positif, répartis sur deux claviers et un pédalier. Dans les années 1950, le titulaire était Joseph Garin, auquel ont succédé Bovis puis Jeannine Gualtieri et actuellement Sylvère Bourges La chapelle de la confrérie des pénitents blancs fondée début, dite « chapelle Blanche », dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, déplacée et reconstruite sur son emplacement actuel (place de la République) en 1775. Retable polychrome du, Vierge à l’enfant du en albâtre, statue processionnelle en bois polychrome du, très aérienne, Assomption de la Vierge de Coriolano Malagavazzo.

La chapelle de la confrérie des pénitents noirs fondée fin, dite « chapelle Noire ». La maison du Portal accueille, tout au long de l’année des expositions temporaires de peinture, sculpture, photographie… Des artistes de renom côtoient leurs confrères locaux et viennent y présenter leurs œuvres. Elle héberge en continu le Bureau d’Information Touristique. Prochainement la, réouverture de l’auditorium du Foyer Rural d’une capacité de 200 places assises.

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Population

5.165 habitants

Région

Provence-Alpes-Côte d'Azur

Département

Alpes-Maritimes
(06)

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