Louvigné-du-Désert
Histoire de Louvigné-du-Désert
Louvigné-du-Désert est une commune de Ille-et-Vilaine, en Bretagne, qui compte 3 331 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Lupinaci au; Luviniaco en 1041; Luviniacum au; Louvigneium au; Lupiniacum en 1516; Loupvigny. Le type toponymique gallo-romain Louvigné est fondé sur le latin « loup », suivi du suffixe -iniacum (forme allongée du suffixe de localisation et de propriété -(i)acum, d’origine gauloise) ou sur le nom de personne latin Lupinius. Le « nom de « désert » fut sans doute appliqué en mémoire des saints ermites qui étaient venus e’y établir aux et et y donhèrent naissance aux paroisses qui existent encore aujourd’hui » écrivent en 1846 Amédée Bertin et Léon Maupillé.
Homonymie avec les nombreux Louvigné; Loubigné; Louvigny; etc. Le nom traduit en breton est.
En 1909 des ouvriers carriers trouvèrent sous un bloc de granite une cachette d’objets en bronze contenant notamment des haches à douille et des haches à aileron en jade et en silex, datant de l’Âge du bronze; la totalité des objets trouvés fut acquise par le Musée de Laval. Près du village de Logier il a été trouvé des haches celtiques, des coins gaulois, des cercueils en calcaire coquillier renfermant des urnes cinéraires, des objets en or et des monnaies anglaises. Deux voies romaines se croisent à Pierrelée en Louvigné-du-Désert. Louvigné-du-Désert faisait partie de la Région du Désert (dans les « Marches de Bretagne », à la limite du Maine et de la Normandie) et du « Petit Maine » qui regroupait aussi les paroisses de La Bazouges-du-Désert, Pontmain et Saint-Ellier, alors principalement recouvert de forêts, habitées notamment par des ermites: l’un d’entre eux, connu sous le nom de saint Maxime, habitait au Mont Louvier (Montlouvier); il avait creusé dans la roche deux entailles, l’une lui servant de lavoir, l’autre de fontaine; il envoyait son âne quémander de la nourriture dans les villages voisins; lassés de ce stratagème, des habitants chargèrent le pauvre animal de pierres; l’ermite quitta alors la région. Ces paroisses, entre Maine et Bretagne, prétendaient échapper aux impôts de ces deux provinces. « À la fin du la Bretagne et le Maine étaient séparés comme le sont aujourd’hui les départements d’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne (.) par la rivière de Léron; mais Juhel de Mayenne ayant réclamé à Geoffroy de Fougères la propriété de sa baronie, celui-ci (1209) consentit à transiger avec lui, et Juhel se désista de ses prétentions, moyennant 50 livres en monnaie de Tours, que le seigneur de Fougères lui assigna sur le moulin de la Bignette et le fief du Loroux, et la cession de tous ses droits sur la forêt de Glaine dans les paroisses de Louvigné et de la Bazouges. C’est de là qu’est venu à cette contrée le nom de « Petit-Maine » ». Les habitants, devenus vassaux du seigneur de Mayenne, demeurèrent néanmoins attachés à leurs anciennes paroisses, et continuèrent à faire partie de l’évêché de Rennes.
En raison de cette position particulière, ils continuèrent à être exemptés des tailles et de la gabelle comme dans le reste de la Bretagne. Il a existé un doyenné de Louvigné (son existence est attestée par une charte du ) qui comprenait les paroisses de La Bazouge-du-Désert, La Selle-en-Coglès, Le Châtellier, Le Ferré, Landéan, Louvigné-du-Désert, Mellé, Monthault, Montours, Parigné, Poilley, Saint-Brice-en-Coglès, Saint-Étienne-en-Coglès, Saint-Georges-de-Reintembault, Saint-Germain-en-Coglès, Saint-Jean-en-Coglès, Villamée et témoigne de l’existence d’un château, disparu, à cet endroit, probablement le plus ancien de Louvigné. Les seigneurs de Villavran avaient droit d’enfeu, de pierres tombales dans l’ancienne chapelle Saint-Jean (antérieure à la chapelle actuelle) et qui, selon la tradition, pourrait être l’ancienne église paroissiale au temps où la cure et le prieuré étaient distincts. Au commencement du Main I (Méen I), seigneur de Fougères, donna à l’abbaye de Marmoutier une maison dans le bourg de Louvigné qui servit à l’établissement d’un prieuré, dédié à saint Martin. En 1166 Main II (Méen II) confirma la donation de son aïeul et abandonna à l’abbé de Marmoutier le droit de présenter à la cure et les dîmes de la paroisse, et d’autres revenus, depuis une charte d’Étienne, évêque de Rennes entre 1157 et 1166. En juin 1703 l’avocat général de la Cour de justice de Rennes interdit « une espèce de procession scandaleuse à cheval » qui se tenait tous les ans le lundi de Pentecôte dans les paroisses de Mellé, Saint-Georges-de-Reintembault et Louvigné-du-Désert. L’un des acteurs faisait fonction de prêtre, et l’on chantait au pied des autels des trois paroisses. « Les paroissiens de Saint-Georges-de-Reintembault se soumirent, deux paroissiens de Mellé résistèrent seuls, mais ceux de Louvigné-du-Désert, en très grand nombre, se révoltèrent tout net » et organisèrent malgré tout leur cérémonie, avec la complicité du curé de la paroisse.
Renée Collibeaux de Linières, membre des « Filles de l’Union », dite aussi « Filles de l’instruction chrétienne » (une association de dames charitables), créa une « escole charitable » de filles dans une maison du bourg achetée en 1731 oar le recteur Jean Ferron. Elle mourut « en odeur de sainteté » en 1770, mais son école dura jusqu’en 1790, tenue par deux religieuses surnommes « gigonnes », du nom de la fondatrice de l’association, dénommée Marie Gigon. Un prêtre, Jean Riban, vivant en 1749, créa un petit hospice dans le village du Plantis (Planty) dans lesuel il soignait les malades. Il a été surnommé « Vincent de Paul de Louvigné »: la cure est à l’alternative. Il s’y tient un marché le mercredi, et deux foires par an. Le territoire est un pays couvert [de bocage] et coupé de monticules; il est borné, à deux mille toises au Nord, par la province de Normandie; et, à deux tiers de lieue à l’Est, par la rivière d’Eron qui sépare le Maine de la Bretagne. On n’y voit qu’un seul bois auprès de la maison de la Vallière, dans l’angle de séparation des provinces de Normandie, du Maine et de Bretagne.
Le seigneur de Monthorin, aussi propriétaire des terres seigneuriales de Villavran et de Bois-Garnier, disposait du droit de haute justice et aussi du droit de prééminence, mais il devait au prieuré de la Trinité de Fougères une rente annuelle de 500 livres. Plusieurs manoirs se trouvaient dans la paroisse, notamment la Morinaye (Morinais), les Alleux, Pré-de-l’Aulne, Bonne-Fontaine, la Folletière (Foltière) et la Chapelle, ainsi que les manoirs désormais disparus du Val, de la Fleuriais, Breil-Morin, Bois-Garnier, Gilotère, Géraudaye, Vau-de-Glenne, Champsavin, la Haussière, Petit-Maine et la Gasserie. Amédée Guillotin de Corson recense 11 chapelles à Louvigné-du-Désert au, dont, outre la chapelle Saint-Jean (ancienne fondation des seigneurs de Villavran), les chapelles Sainte-Anne (1646, chapelle privative du manoir de la Gasserie), la Rallaye (mentionnée en 1660), Saint-Julien (fondée en 1671 par François de Cheveru, seigneur de la Haussière), Saint-Étienne de Villavran (près du château éponyme, reconstruite vers 1540), Notre-Dame (dépendant de l’hôpital), Notre-Dame du Sacré-Cœur (dépendant du couvent des Sœurs de Rillé), les Alleux (dépendant du manoir éponyme), Saint-Louis du Bois-Garnier (restaurée en 1678 par Jacques des Vaux, seigneur de Monthorin), Monthorin (chapelle privative du château éponyme), Notre-Dame du Plantis (Planty), Notre-Dame du Tertre-Alix; la plupart ont disparu. Un convoi de vivres et de munitions à destination de Louvigné, via le fourgon de la messagerie de Rennes à Caen, transportant plusieurs voitures avec d’assez nombreux voyageurs et des valeurs pour un chiffre considérable fut attaqué dans la nuit du 26 juillet 1795 en Landéan sur la route de Louvigné par environ 700 chouans, au lieu-dit le Rocher de la Piochais). La bataille fit une bonne centaine de morts dans les rangs républicains, principalement dans l’escorte du convoi. L’organisation des fêtes révolutionnaires témoigne cependant du maintien d’un sentiment favorable au nouveau régime, surtout après la fin de la Terreurdatant de 1833 (tableau d’assemblage). Le 1 décembre 1834 une bande de chouans armés dans le contexte de la Cinquième Chouannerie, se présenta au château de Monthorin et exigèrent de la propriétaire Mme de Lariboisière francs. Un domestique ayant sauté par la fenêtre prévint les gendarmes qui, à leur arrivée, trouvèrent les brigands à table; ceux-ci firent feu; un gendarme fut blessé, un chouan fut tué et un autre gravement blessé. Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Louvigné-du-Désert en 1843 L’église paroissiale Saint-Martin est en partie reconstruite et agrandie selon les plans de l’architecte Jacques Mellet dans la décennie 1850. La congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus ouvrit une école de filles à Louvigné-du-Désert en 1858. L’hospice Saint-Joseph ouvre en 1861 dans l’ancien manoir de Villeneuve à l’initiative de l’abbé Lepannetier qui fit appel aux Sœurs de Rillé pour tenir l’établissement; un nouveau bâtiment est construit les années suivantes et la chapelle est construite entre 1867 et 1870. En 1867 la vente du mobilier du vieux manoir de la Grasserie tourna au drame: la foule venue assister à la vente étant nombreuse, une poutre soutenant la salle où se déroulait la vente se rompit entrainant dans sa chute les personnes présentes; il y eut deux blessés graves.
En 1869 le docteur Édouard Riban, médecin, fut destitué par le gouvernement de ses fonctions d’adjoint au maire car il faisait preuve de trop d’indépendance d’esprit par rapport à l’Empire « libéral » et notamment parce qu’il n’avait pas soutenu le candidat du gouvernement aux élections législatives de 1869. Le château de la Touche est construit pendant la décennie 1870 par un patron granitier, Pierre Brault, pendant une période de récession de l’activité, dans le but de donner du travail à ses ouvriers, contre un maigre salaire, d’où le surnom de « château du pain sec » attribué à ce château. Louis Gouyet, qui possédait deux carrières, fut pendant la décennie 1890 l’un des plus importants patrons granitiers de la région. Le conseil municipal de Louvigné-du-Désert fut dissous par décret du ministre de l’Intérieur en décembre 1888. Cette description de Louvigné-du-Désert date de 1905: « Que manque-t-il à Louvigné? Son église a de l’aspect, aussi bien que le bourg. Le granite bleuté se détache en clair sur le feuillage vert et vivace. Le curé doyen, Joseph Erard, et le président de la fabrique, F.
Guérin, de Louvigné-du-Désert écrivirent en mars 1906 une lettre de protestation contre l’inventaire des biens d’église dans leur paroisse. La ligne de chemin de fer allant de Fougères à Vire ouvre en 1894. Sa construction est financée par l´État et le département, son exploitation est concédée à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest en 1883. Le tracé de la ligne Vire-Fougères a été confié à Fulgence Bienvenüe. La gare de Louvigné-du-Désert se trouvait dans l’actuelle avenue de la Gare, non loin de l’entreprise Gouyet et de la carrière de l’Avenir qui l’exploitèrent pour l’exportation du granite. La gare fut désaffectée en 1972 après la décision de la S.N.C.F. d’arrêter le trafic voyageurs. Le château de Monthorin fait l’objet d’une description détaillée et illustrée de plusieurs photographies dans la revue La vie à la campagne de février 1908.
L’abbé Henri Chasle écrit en 1911 qu’à Louvigné-du-Dé|sert le Rosaire entier est récité traditionnellement tous les dimanches après les vêpres. Le monument aux morts de Louvigné-du-Désert porte les noms de 183 soldats morts pour la France penant la Première Guerre mondiale; parmi eux 19 sont morts en Belgique dont 10 dès l’année 1914 (dont 5 le 22 août 2914: Joseph Béhaitre, Raphaël Gallais, Francis Tirot à Virton, Joseph Laobert à Falisolle et Eugène Leray à Sambreville); Léon Froget le 25 septembre 1914 aussi à Virton; Léon Barbier et François Deshays tous les deux à Kortekeer respectivement le 10 et le 11 novembre 1914; Dominique Evrard, Romain Lazé et Dominique Friteau tous les trois à Pilkem respectivement les 7, 10 et 11 novembre 1914; par ailleurs deux sont morts en mer (Victor Alphonse Morel le 9 septembre 1916 à bord du navire-hôpital France IV et Francis Faucheux le 4 octobre 1916 à bord du Gallia); trois sont morts de maladie alors qu’ils étaient prisonniers de guerre en Allemagne (Victor Avenel en 1915, Louis Cotten et François Lambert, ces deux derniers après l’armistice); tous les autres sont morts sur le sol français (dont Louis Cheminant dès le 22 août 1914 à Gorcy (Meurthe-et-Moselle); 9 ont été décorés de la Médaille militaire et de la Croix de guerre ( Joseph Brion, Maurice Charbonnel, François Couanon, Auguste Gautier, Jean Hamel, Amand Lambert, Joseph Lambert, Rolain Ronceray et Louis Vadaine), 11 de la Croix de guerre et un, Ange Leray, de la Médaille militaire). En novembre 2025 les noms de trois soldats oubliés ont été rajoutés sur le monument aux morts, dont celui de Victor Morel, mort en 1916. Jean-Marie Guérault est mort pour la France en Cilicie le 27 janvier 1920 lors de la Campagne de Cilicie. Quinze syndicalistes créent le 27 août 1921 une coopérative ouvrière « L’Avenir » qui compte en 1926 plus d’une soixantaine de membres. Elle devint dans la décennie 1950 la deuxième plus importante entreprise de granite en Bretagne; en 1971 elle emploie 210 peronnes. Mais l’activité d’extraction cesse en 1975 et l’entreprise ferme en 1985; le site a été repris par la « Générale du Granit ». En septembre-octobre 1926 une grève des ouvriers granitiers de Louvigné-du-Désert dura plus de 6 semaines.
Le « Répertoire des carrières et industries annexes » de 1935 indique l’existence de 11 entreprises de granite à Louvigné-du-Désert, dont les carrières des Rochers-Ribaux et du Rocher de Montlouvier (appartenant à Pierre Brault), la carrière de la Toulle (à Le Tensorer), celle de Chollais (à Louis Lévêque), les carrières du Petit-Monthorin et de Bellevue (à Armand Ménard), etc., toutes produisant du « granite bleu de Bretagne ». À la suite d’un cas de rage signalé à Landéan un arrêté préfectoral réglemente la circulation des chiens jusqu’au 12 septembre 1929 prochain inclus sur les communes de Landéan, Le Loroux, Louvigné-du-Désert, Laignelet, La Bazouges-du-Désert, Parigné et Saint-Germain-en-Coglès. Le monument aux morts de Louvigné-du-Désert porte les noms de 10 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale; parmi elles, 2 sont morts au printemps 1940 lors de la Bataille de France (Henti Aussant et Jean Pony; ce dernier, lirutenant, a r de l’armée américaine à du matin le sans opposition. Une stèle dans le cimetière commémore 7 victimes civiles de la guerre: Joséphine Deshayes et son fils Armand, mitraillés par un avion le 3 août 1944; Julienne Desse, Abel Lemoine et Evelyne Heuverswyn (cette dernière originaire de Loos) tués le 8 août 1944, tous les cinq à Louvigné-du-Désert; Gérard Offroy et Mme Veuve Robbes, morts dans des circonstances non précisées. Trois soldats originaires de Louvigné-du-Désert sont morts pour la France lors de la Guerre d’Indochine (Joseph Legendre, Louis Royer et Victor Tamoine) et trois également lors de la Guerre d’Algérie (Jean Larcher, Pierre Pennetier et Roger Talva).
Patrimoine religieux
La commune abrite un monument historique