Maromme
Histoire de Maromme
Maromme est une commune de Seine-Maritime, en Normandie, qui compte 11 024 habitants. Le nom de la localité est attesté sous la forme Matrona en 1028 – 1034, Marrona vers 1135, Marrone en 1156-1162, Marrona en 1154-1175, Maronam vers 1175, Marrona en 1180, Marrone en 1198, Marrona en 1210, Marronne en 1234, Marronam en 1235, Marrona en 1271, Maroma en 1271, Marroma. Matrona (celtique *Mātronā) est basé sur le thème celtique *mātr « mère », dérivé en -onā, d’où la signification de « grande mère » la Marne et le moyen gallois Modron, nom d’une déesse. Malgré les apparences, le terme n’est pas issu du latin matrona, qui est cependant un proche parent du mot celtique.
Homonymie avec les noms de la Marne, Marronne à Bazenville, Mayronnes, Meyronne, etc. Remarque: alors qu’ailleurs, le [n] s’est conservé, on observe pour Maromme, un passage de [n] à [m] à la fin. Il a pu se produire spontanément ou alors être motivé par la finale des noms d’îles et de villages au bord de l’eau du type le Hom ou -(h)omme.
Cet appellatif toponymique est issu de l’ancien scandinave holmr « îlot, terre entourée d’eau, prairie inondée » devenu Houlme ( le Houlme), Hom ou -(h)omme dans Engohomme au (à Martot, ancien nom d’une île entre Seine et Eure); île Meuromme (Seine-Maritime, Freneuse, ) aussi le toponyme anglais Marholm. En revanche, c’est l’inverse qui s’est produit pour Petit- et Grand-Couronne (Seine-Maritime, Corhulma en 1032 – 1035).
L’occupation de la vallée du Cailly est ancienne; des terres fertiles, la présence d’une rivière aux eaux vives et d’un couvert forestier à proximité s’avérant des conditions favorables à l’implantation des hommes. La découverte de pierres taillées laisse suggérer la présence d’une communauté de chasseurs-cueilleurs dès l’époque moustérienne, voici quelque 30 à 40 000 ans. L’endroit a certainement été utilisé par les Celtes (Gaulois) comme lieu de culte, d’où son nom de Matrona « déesse mère », particulièrement vénérée au bord des rivières. En revanche, peu de vestiges de la période romaine ont été mis au jour, Le village de Marrona ou Matrona appartenait à l’abbaye de Fécamp à partir de 1034. Maromme aurait accueilli une léproserie en 1257 mais il n’en reste aucune trace actuellement.
Il est peut-être état de confusion avec celle de Saint-Gervais, fondée par les abbés de Fécamp. En réalité, il ne s’agirait que d’un lieu accueillant les malades de Saint-Gervais. De même, une chapelle dédiée à saint Sulpice, datant du, se trouvait sur la commune et donnait lieu à un pèlerinage. Elle était encore mentionnée au sur les cartes de Cassini. L’église Saint-Martin, encore présente actuellement, fut édifiée. Étant devenue trop exiguë et dangereuse (l’une des cloches tomba en 1836), elle fut reconstruite de 1852 à 1869 dans le style néogothique du par le conseil de la fabrique sous la direction de Jacques-Eugène Barthélémy, architecte diocésain.
Appartenant à l’Hôtel-Dieu de la Madeleine de Rouen à l’époque, le fief de Maromme fait l’objet d’une acquisition le par Jean-Claude Trugard, lieutenant général de police de Rouen et laïc. La commune est constituée en seigneurie et Jean-Claude Trugard devient alors le premier seigneur de Maromme. Les papiers de la seigneurie se trouvent aujourd’hui conservés aux archives départementales sous la cote et regroupent des documents s’échelonnant entre le et le. Même si le débit du Cailly se révèle être « assez faible », la pente importante et le dénivelé de la rivière rend le courant très rapide et la force vive considérable. Seule source d’énergie jusqu’à la première moitié du, les industries nécessitant une force motrice s’implantaient donc naturellement sur la commune. C’est dans ce contexte favorable que Maromme a vu apparaître ses premières industries textiles (filature, tissage, retordage) tandis que l’industrie de fabrication de papier, de blé, de bois de teinture, d’indigo etc.
Ces industries cotonnières ont connu une prospérité croissante sur la commune, et ont permis ensuite l’essor de fabrique d’indiennes (impression sur étoffes) grâce aux eaux limpides du Cailly et aux vastes prairies de la vallée permettant d’exposer le tissu à l’air libre pendant plusieurs semaines. Construit sous le règne d’Henri IV, le moulin à poudre de Maromme, dont l’édifice est encore visible aujourd’hui, fut la fonderie de canon du royaume de France jusqu’à son arrêt en 1834. Il est d’ailleurs fait état de deux explosions très importantes en 1771 et 1803, dont les déflagrations se seraient fait sentir jusqu’à Rouen. Maromme connaît durant cette période une explosion démographique et voit sa population tripler. Les activités de la ville étaient la filature, le tissage et le retordage de coton, la fabrique d’indiennes (toiles peintes), la blanchisserie, la teinturerie, la corderie, la tannerie et le commerce de cidre. La commune comptait près de 200 usines au milieu.
L’afflux de travailleurs venus de la campagne pour travailler dans les usines entraîne la construction des premiers quartiers ouvriers. Cet exode rural entraine une transformation importante de la ville. Ainsi en 1840, Maromme se dote de son premier marché de plein air, puis en 1842, une mairie-école est édifiée. Du côté des transports, Maromme voit l’arrivée du chemin de fer en 1847, suivi d’un réseau important de tramway en 1873. L’éclairage public des rues débute en 1875, tandis que se met en place la distribution de l’eau potable dès 1881 avec l’industriel Charles Besselièvre. Vers 1880, à la suite de la crise cotonnière (1861-1865), la vallée du Cailly voit apparaître un mouvement de conversion industrielle.
Des nouvelles industries comme le chanvre ou la laine vont s’implanter sur la commune avec beaucoup plus de succès, souvent dans les anciens locaux de filature de coton laissés vacants. Les usines vont se moderniser et l’arrivée de la machine à vapeur va peu à peu remplacer la force hydraulique. L’industrie cotonnière restera prédominante à Maromme jusqu’en 1935, marque du déclin. L’ère du coton s’achève définitivement au milieu du à Maromme. Elle laisse la place à des entreprises comme la fonderie Senard, l’imprimerie Féré ou encore la scierie Boury, toutes nées au début du siècle dernier. Peu à peu, l’accès à la voiture individuelle transforme le territoire marommais.
La commune fut relativement épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, grâce notamment au résistant marommais René Delisle, qui participera à une vague campagne de désinformation auprès des Allemands afin d’éviter le bombardement des industries sur la ville en 1944. Après la Seconde Guerre mondiale, Paul Vauquelin, ancien résistant devenu maire de Maromme jusqu’en 1977, entreprit d’importants projets de construction urbaine. De nouveaux quartiers sont créés (quartier du Stade, Clair-Joie), ainsi que de grands ensembles sortent de terre (Tours Auvergne et Bourbonnais). Les infrastructures urbaines sont également remodelées (création et extension du réseau routier, développement des réseaux d’éclairage public et d’adduction à l’eau). La maison de retraite, le groupe scolaire Thérèse-Delbos, le collège Alain ou encore le stade sont édifiés à cette période. Dans les années 1970, l’urbanisation s’intensifie avec le changement de municipalité et l’arrivée de Colette Privat en 1977, maire communiste jusqu’en 1998.
Pour lutter contre la crise du logement, de nombreux programmes HLM sont mis en place sur l’ensemble de la commune et un nouveau quartier sort de terre (Quartier des Portes de la Ville). La reconstruction du centre-ville donne leur place à plusieurs squares, parcs et jardins. Le complexe sportif Rabelais, l’espace culturel Beaumarchais ou encore le lycée reconstruit Bernard-Palissy ouvrent leurs portes à la fin. Le développement urbain se poursuit au début. Des infrastructures telles que la médiathèque le Séquoia, la maison municipale des Associations, l’EHPAD Les Aubépins, le centre commercial Poudrerie Royale, le SHED – centre d’art contemporain de Normandie…, sont créées. Maromme poursuit l’amélioration du cadre de vie de ses habitants.