Martigues

Histoire de Martigues

Martigues est une commune de Bouches-du-Rhône, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte 48 568 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Martigum en 964, [stagnum] Marticum en 1057. Albert Dauzat croit reconnaître dans le premier élément Mart-, une racine pré-indo-européenne (non attestée) *mart- « rocher », suivi du suffixe -icu(m). Ce nom s’est d’abord appliqué à l’étang de Berre qui aurait été un « étang des rochers ».

Bonnieu: Il s’agit d’une formation toponymique gauloise (rare ici) ou gallo-romane en -(i)acum (forme latinisée du suffixe celtique continental -acon), suffixe locatif à l’origine, devenu également un élément marquant la propriété. La forme prise par ce suffixe dans domaine franco-provençal aboutit généralement à la terminaison -ieu, alors qu’ailleurs, c’est plutôt -(e)y / -(a)y (ou -ac dans le domaine d’oc). La marrane: juif ou Maure converti au catholicisme de force par l’inquisition et continuant sa religion en secret.

De l’espagnol marrano (« porc »). Les bregues: machoirs (provençal) Estret: passage etroit, défilé

La gacharelle: latin médiéval gachare ou provençal gachar signifient la même chose: épier, faire le guet.

Martigues abrite des communautés humaines depuis l’époque néolithique comme l’attestent des fouilles menées sur les sites du Collet-Redon (-4300 à -3800), de La Gacharelle, au village de Saint-Pierre (de – 3400 à -2600), vers le village de Ponteau ou encore vers La Couronne (-2800 à -2500), qui donne ainsi son nom à la culture couronnienne de la fin du quatrième millénaire à une partie du troisième (-3200 à -2500), entre le Chasséen et le Campaniforme. De plus, de nombreux autres sites ont fait simplement l’objet d’un repérage et n’ont pas encore été explorés. Ces sites ont révélé quelques outillages en silex comme des meules ou des haches. Vers 1800, ces sites prennent davantage d’ampleur avec l’édification de murailles en particulier au Collet Redon. Des ensembles funéraires sont aussi relevés sur la période. Par exemple, les fouilles ont permis de retrouver un tertre vers le village de Ponteau. Trois cents ans plus tard, vers 1500, les sites d’Albion et des Salins commencent à être occupés par des habitats lacustres où les fouilles ont révélé un important mobilier et des traces de pilotis. Ces villages semblent avoir été occupés du jusqu’au de manière continue.

La région martégale est désormais habitée par un peuple d’origine celto-ligure nommé Avatiques. L’oppidum grec de Saint-Blaise, fondé vers -650 sur le territoire actuel de Saint-Mitre-les-Remparts, tend ainsi à devenir la principale agglomération de l’ouest de l’étang de Berre. Elle concurrencera même Marseille pendant un temps. La découverte d’un mur de 8m d’épaisseur datant de la deuxième moitié du en fait la plus ancienne de la région. Les objets étrusques et grecs (amphores, cratères, coupes) datant de la même époque pourraient en faire le lieu de peuplement initial pour les grecs, selon Jean Chausserie-Laprée qui rejoint ainsi les écrits de Trogue Pompée six siècles après l’épisode. Plus au sud, sur le rivage de la mer Méditerranée, se forment les deux villages des Tamaris (-640–560) et de l’Arquet (-625–560)sur deux promontoires voisins. Ces deux villages ne sont occupés que l’espace d’une ou deux générations avant d’être abandonnés. La période voit aussi l’émergence de petits villages situés sur des sommets particulièrement difficiles d’accès comme les oppidum de l’Escourillon ou de la Mourre du Bœuf.

Après les centres côtiers des Tamaris et de l’Arquet, des sites plus importants commencent à apparaître. La colline de Saint-Pierre est occupée à partir de 550. Le site deviendra progressivement le plus important oppidum avatique et la principale ville dans l’ouest de la chaîne de la Nerthe. Vers 475, un autre centre urbain avatique d’importance se met en place sur l’Île. Ces trois centres connaissent une occupation continue pendant plusieurs siècles. Les relations avec Marseille sont d’abord relativement pacifiques. Des échanges auront lieu entre Celtes et Massaliotes. Vers la fin du, les Avatiques semblent ainsi être les premiers indigènes à avoir utilisé l’écriture grecque.

Cependant, avec la prise de Phocée par les Perses et la fuite de ses habitants vers leur domaine colonial, la puissance marseillaise a considérablement augmenté. De fait, Marseille a le monopole du marché provençal d’amphores. Il semble que Marseille ait cherché à diviser les peuples gaulois. Cela n’exclut cependant pas quelques interventions directes. Au, le village de l’Arquet, reconstruit près d’importantes carrières, est rasé. La plus violente crise militaire entre Avatiques et Marseillais date de la période -200–190 La ville de l’Île est détruite, mais rapidement reconstruite. Cette opposition n’empêche pas les celto-ligures de profiter des avancées technologiques des Phocéens. Dans des couches datées entre 375 et 325 avant notre ère, il a été découvert des vases contenant des résidus de moût, donc qui avaient servi à une production de vin indigène.

À la même période ont été identifiées ici les plus anciennes huileries. La fin du est marquée par la destruction de Saint-Blaise par les Romains ou par un peuple indigène vers 125 En 123, Marseille demande l’aide de Rome pour éliminer les Salyens. L’oppidum d’Entremont est ainsi détruit par les Romains qui occupent la région où ils fondent notamment Aix-en-Provence (122 ). Entre -104 et -102, les Romains occupent directement le secteur de Martigues et creusent le premier canal à travers l’étang de Caronte. Les eaux de l’étang de Berre, alors presque douces, voient leur salinité augmenter. Dans la foulée de l’occupation romaine, Marseille prend le contrôle des territoires à l’ouest de l’étang. Saint-Pierre semble cependant échapper à ce mouvement. L’oppidum survivra aussi à la chute de Marseille en 49 qui voit pourtant de nombreux habitats gaulois être détruits.

Les Romains fondent alors Maritima Avaticorum sur le site de Tholon peu après leur prise de la région. La cité est d’abord concurrencée par Saint-Pierre, mais finit par l’emporter quand l’oppidum est abandonné à la fin du Des villas romaines sont construites un peu partout sur le territoire de la commune pendant l’Empire. Le déclin romain et la prise d’Arles (480) entraîne l’abandon de Maritima Avaticorum, non fortifiée et exposée dans la plaine, au profit des hauteurs comme le site de l’ancien oppidum de Saint-Blaise. Les invasions barbares contraignent donc les habitants à gagner les hauteurs et le secteur de l’Île et ses environs. Un village de pêcheurs existe à Saint-Geniès en 540. En 963, un acte du pape Léon VIII indique la persistance de ce village situé près de l’ancien collège Picasso (aujourd’hui l’école de danse municipale). En 1078, le seigneur des Baux, le vicomte de Marseille, le comte de Provence et l’Archevêché d’Arles se mettent d’accord pour construire un château sur l’Île de Martigues. Les Marseillais cherchent à l’empêcher et s’emparent de la ville avant lui.

Ils se fortifient dans l’île de Brescon mais une contre-attaque du comte et des Arlésiens réussit à les en déloger. En 1225, Raimond Bérenguer V accepta que les Marseillais maintiennent leurs fortifications à Bouc (sur l’îlot de « Corenthe » qui deviendra Caronte) mais n’en construisent plus aucune autre, de détruire les siennes à Saint-Geniès à condition que la ville lui verse. Enfin, le 11 janvier 1226, l’archevêque d’Arles cède ses droits sur Ferrières au même comte Raymond Bérenger V à la condition d’y construire une ville nouvelle. Sous le règne de Charles d’Anjou (1246-1285), les Marseillais perdent le contrôle des fortifications de Bouc. De Cayro la rendit en 1382 et Martigues fut réuni au domaine des rois de Provence. De plus, la montée de l’antisémitisme en Provence au lui fait perdre les offices qu’elles occupent (à Berre notamment mais aussi à Saint-Geniès et à l’Île). Cette communauté finit par subir de graves problèmes financiers à partir de la décennie 1390. Plus au sud, le village de La Couronne éprouve des difficultés à se maintenir le long de la côte et semble un temps abandonné vers 1350.

Le village de Saint-Geniès est lui aussi abandonné vers cette même période, qui voit la peste de 1346 sévir. Privés d’autonomie, ses habitants ont peu à peu gagné l’Île et en 1323, il était indiqué que le lieu était délabré. Les Marseillais assiègent et prennent Châteauneuf-les-Martigues et tentent le blocus du port de Bouc. Martigues est ensuite cédé à Nicolas du Roux puis récupéré par les rois de Provence en 1414 et fera partie de leur domaine jusqu’en 1473. Le 15 juin 1526, Francois accorda aux Marseillais le droit de pêcher dans les eaux de « Martigues ». Sous son règne, la vicomté est donnée à Pierre de Navarre (Pedro Navarro), un capitaine espagnol, en 1516) est érigée en principauté. En 1560, le bourg de l’Île renforce sa défense avec la construction de la tour fortifiée de l’horloge (détruite en 1864). À partir de 1549, Henri II cherche à rassembler Ferrières, l’Île et Jonquières en une même communauté après la création de la principauté.

Cette communauté compte alors près de quatre mille habitants dont la moitié pour l’Île. Dès l’année suivante, la ville se rallie à la Ligue catholique des ducs de Guise. En 1589, elle est prise par l’armée royale mais se révolte en 1593 et reprend le fort de Bouc avec une aide marseillaise, commence alors à péricliter. Plusieurs catastrophes vont frapper la ville en moins de vingt ans. Tout d’abord, une épidémie en 1705 (probablement de rougeole ou de variole) qui cause la mort de nombreux enfants à ) décime une grande partie de la population. Marseille fut aussi sévèrement touchée par l’épidémie de peste mais La Ciotat, autre port concurrent de la région, fut épargné. De plus, les guerres menées sous Louis XIV et Louis XV ruinent les marchands de la Ville avec la perte de plus de et touchent le cœur de l’économie de la ville. Une partie des marins martégaux participera alors au commerce marseillais (avec également les marins de La Ciotat).

Ainsi, au milieu du, un quart des capitaines trafiquant dans le port de Marseille sont natifs de Martigues. Le 14, les élections désignent Louis Puech comme premier maire de la Ville. Au début du, l’économie de la ville s’oriente vers l’agriculture, la pêche et les métiers de la mer et les marais salins. Ainsi, en 1842, les et martégaux capturent de poissons pour une valeur de (dont 92 pour les bourdigues) dont un tiers sert à la consommation annuelle de la ville. La valeur des armements et du matériel de pêche (filet…) est évaluée à près de, ce qui montre que les revenus des marins couvrent difficilement leurs frais. Cette pêche se divise en « grand art » (pêche au large) et « petit art » (pêche dans les bourdigues). En 1862, la valeur des prises vaut entre francs (dont plus que sur les bourdigues). L’agriculture produit en 1838 de l’huile d’olive et du vin.

Ce cimetière accueille aujourd’hui les tombes de plusieurs notoriétés de la ville. En 1863 débutent aussi les travaux pour construire un canal entre le Rhône et Marseille. Le canal de Caronte est une nouvelle fois réaménagé et recreusé. Ces travaux sont l’aboutissement d’un long débat qui visent alors à faire de l’étang de Berre une zone de refuge et de protection pour les navires, notamment militaires. Plusieurs îles obstruant le nouveau canal sont alors détruites faisant encore décliner la pêche aux bourdigues. Au début du, de nouveaux travaux commencent pour aménager un nouveau canal à Caronte et établir une voie ferrée entre Miramas-Martigues-Marseille. Cette ligne est partiellement finie en 1915, après plusieurs grèves très dures (1908 cette fois, à La Mède (1935). L’importance du site pousse l’armée à construire une batterie côtière au fort de Bouc en 1932 ( de ) puis une autre à La Couronne en 1934 ( de ) et une garnison allemande de la d’infanterie s’installe dans la commune.

Elle va ériger, via les réquisitions d’habitants, de nombreuses fortifications autour du canal et le long des plages du sud de la ville où Rommel effectuera une visite en mai 1944. militaires anciens sont ainsi aujourd’hui recensés entre Lavéra et les Tamaris. La situation changea quand commença de s’organiser le débarquement de Provence qu’il fut un temps question de réaliser vers Martigues. Ainsi, le 8, plusieurs résistants seront arrêtés et rapidement fusillés alors qu’ils préparaient l’union des principaux mouvements locaux. Le 21, la ville s’insurge et se libère par ses propres moyens après une série d’escarmouches contre des patrouilles et des retardataires de la Wehrmacht. L’essentiel de la garnison allemande a cependant le temps de se retirer en faisant exploser les installations portuaires et en sabordant les navires dans le port. À la Libération, les communistes, qui ont subi les pertes les plus importantes de la Résistance martégale, s’installent à la mairie avec Jacques Toulmond (1945-1946) puis Francis Turcan (1946-1947). Aux élections municipales de 1947, la SFIO reprend le pouvoir.

En 1953, la victoire de Paul Pascal (SFIO) est acquise de justesse devant la liste PCF de Francis Turcan. Le 9 novembre 1949, le groupe Pechiney décide d’installer une raffinerie, Naphtachimie, sur le site de Lavéra. Les travaux débutent en avril 1950 et nécessitent près de et l’adduction de l’eau potable. Ce chantier sera mené à bien par l’équipe du maire communiste Francis Turcan élu en 1959. Fort de ce succès et de la mise en place du tout-à-l’égout et de la création de la Régie des Eaux de Martigues, Francis Turcan est réélu en 1965. Ses mandats sont également marqués par la construction du stade municipal qui porte son nom et la construction de l’ensemble de logement des Capucins. En 1968, Total-La Mède se met en grève le 20 mai suivi de Naphtachimie et de BP deux jours plus tard. Parmi les principales réalisations, l’avenue Francis Turcan est percée en 1971.

La ZUP Notre-Dame des Marins est autorisée en 1967. Les travaux sont rapidement lancés et l’école Di Lorto dessinée par Michel Écochard ouverte en 1970-71. L’hôpital des Rayettes est ouvert en 1974, articulant une salle de spectacle (Halle de Martigues) en 1993 et un théâtre (Théâtre des Salins) (1995). Le dessin de ce projet est dû à l’architecte Antoine Grumbach, à la suite d’un concours organisé par la municipalité en 1988. Dans le domaine éducatif, la ville a vu la construction de quatre collèges et de deux lycées (1963 et 1974). À partir des années 1990, de nombreux aménagements sont faits en vue de renforcer l’activité touristique de la ville. Parmi les exemples principaux, la modernisation de la plage du Verdon ou l’acquisition en 1992. En 2009, Paul Lombard démissionne de son poste de maire après passés à la tête de la ville et Gaby Charroux (PCF) lui succède.

Informations Clés

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Population

48.568 habitants

Région

Provence-Alpes-Côte d'Azur

Département

Bouches-du-Rhône
(13)

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