Montauban
Histoire de Montauban
En octobre 1144, Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, fonde sur les rives du Tarn l’une des toutes premières bastides du Sud-Ouest de la France. La ville nouvelle, dessinée selon le plan hippodamien — rues se croisant à angle droit, place centrale rectangulaire — deviendra le modèle auquel se référeront des dizaines de fondations ultérieures. Au XIIIe siècle, Montauban reste fidèle aux comtes de Toulouse face à la croisade des Albigeois, puis passe progressivement dans l’orbite royale. En 1317, le pape Jean XXII, lui-même originaire du Quercy, érige la ville en siège épiscopal. L’église Saint-Jacques, achevée en 1280, et le pont Vieux, bâti entre 1304 et 1335, témoignent de cette prospérité médiévale.
La grande rupture intervient au XVIe siècle: Montauban se convertit massivement au protestantisme et devient l’une des capitales huguenotes du royaume. L’édit de Nantes (1598) lui confère le statut de place de sûreté, aux côtés de La Rochelle. En 1621, les armées royales l’assiègent pendant quatre-vingt-seize jours; la ville résiste sous la conduite du consul Jacques Dupuy, et le clocher de Saint-Jacques porte encore les traces des boulets de canon. En 1629, après la chute de La Rochelle, Montauban capitule devant Richelieu et Louis XIII. La reconquête catholique s’accompagne de grands chantiers: Louis XIV commande une cathédrale entièrement construite en pierre — paradoxe délibéré dans cette ville de brique rose — pour marquer symboliquement le retour du catholicisme.
Le XVIIIe siècle est celui de l’apogée: avec ses minoteries, ses tissages de soie et de laine, Montauban compte 30 000 habitants en 1700. Les hôtels particuliers en brique toulousaine et la place Nationale reconstruite après l’incendie de 1614 donnent à la ville le visage qu’elle conserve encore. En 1808, Napoléon crée le département du Tarn-et-Garonne et fait de Montauban son chef-lieu. Deux Montalbanaises illustrent chacun à leur façon cette période: Olympe de Gouges, qui réclame l’égalité des femmes avant de monter à l’échafaud en 1793, et le peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres, dont l’œuvre orne aujourd’hui le musée qui porte son nom — le même musée où la Joconde fut discrètement mise à l’abri en 1940. En 1944, un prêtre orthodoxe établi dans la ville, le père Léonide Chrol, convainquit les soldats de la division Das Reich de quitter Montauban sans effusion de sang, épargnant à la cité le sort d’Oradour-sur-Glane.
Toponymie de Montauban
La ville reçut du comte Alphonse Jourdain le nom latin de Mons Albanus, « mont Blanc » ou « mont des Saules ». Ce nom faisait écho à celui de l’abbaye bénédictine de Montauriol — Mons Aureolus, « mont Doré » — fondée vers 820-830 sur la hauteur voisine, autour de laquelle s’était formé le premier noyau d’habitat avant la fondation de la bastide. La transformation phonétique de Mons Albanus en « Montauban » s’est opérée régulièrement au fil des siècles médiévaux.
Patrimoine religieux à Montauban
L’église fortifiée Saint-Jacques est, avec le pont Vieux, le seul vestige médiéval de la ville. Son clocher de type toulousain porte encore les impacts des boulets du siège de 1621; transformée en tour de guet et en fortin durant les guerres de Religion, elle fut reconstruite à l’identique sur ordre de Richelieu et servit de cathédrale de 1629 à 1739. La cathédrale Notre-Dame, construite en pierre de taille sur commande de Louis XIV, tranche volontairement avec le paysage de brique rose: son autel, réalisé par les ébénistes d’art Onéglio et Irène Fasan, est l’un des rares éléments d’époque conservés. L’ancienne chapelle du collège des Jésuites — installés en 1629 dans le sillage de Richelieu — est aujourd’hui l’église Saint-Joseph.