Paimpont
Histoire de Paimpont
Paimpont est une commune de Ille-et-Vilaine, en Bretagne, qui compte 1 781 habitants. conduisant de Rieux à Corseul. Le nom de la localité est attesté sous les formes Caput Pontis et Penpont en 850, Painpont en 1406, lui même étant un emprunt au latin vulgaire pontus. Le toponyme signifie littéralement « bout du pont ».
C’est également la forme normalisée préconisée par l’Office public de la langue bretonne. Dans une étude publiée en 1990, Jean-Yves Le Moing indique que 18,8 % des toponymes de la commune sont bretons.
Le site est fréquenté avec certitude depuis au moins le Néolithique, avec ensuite une présence gauloise puis gallo-romaine. La paroisse de Paimpont englobait Saint-Péran et Tréhorenteuc., fondateur de l’abbaye de Paimpont. de l’abbatiale de Paimpont, datant du XIIIe siècle. Le monastère fondé au VIIe siècle par Judicaël est devenu l’abbaye Notre-Dame de Paimpont. Longtemps le bourg ne fut constitué que de l’abbaye avec ses bâtiments associés tels que l’hôtellerie pour l’accueil des pèlerins, du cimetière et de quelques habitations. Les Usements de la forêt Brécilien, rédigés en 1467 par le comte Guy XIV de Laval, décrivent la gestion de la forêt de Brécilien (ancien nom de la forêt de Paimpont) au XVe siècle. Paimpont était une des paroisses de l’évêché de Saint-Malo.
L’évêque avait d’ailleurs à sa disposition une résidence d’été dans la paroisse de Saint-Malo-de-Beignon située au sud de Paimpont. La paroisse avait comme succursale la trève de Saint-Péran au nord-est. On trouve par exemple certains registres des actes de naissance, mariage ou décès de Saint-Péran incorporés à ceux de Paimpont. Les principaux villages possédaient leur chapelle et même certains leur école au XIXe siècle, évitant ainsi de longs déplacements vers une abbatiale qui n’aurait peut-être pas pu tous les accueillir. À Beauvais, la chapelle Saint-Mathurin se dresse toujours à mi-pente, au carrefour de la voie en direction du château de Trécesson et celle allant vers le Val-sans-Retour, près d’une fontaine-lavoir qui laisse son eau approvisionner l’Aff naissant non loin de là. Au village de Coganne, la chapelle Saint-Jacques-le-Mineur a été préservée et appartient maintenant au domaine public. Telhouët possédait également une chapelle ainsi que le village des Forges, celle-ci étant dédiée à saint Éloi, le patron des forgerons. Une autre chapelle, dédiée à sainte Anne, fut construite en 1610 dans le cimetière d’alors (elle a été détruite lors du déplacement du cimetière à la fin du XIXe siècle).
La paroisse de Paimpont relevait également de l’archidiaconé de Porhoët et du doyenné de Beignon. Plusieurs juridictions seigneuriales se partageaient en principe l’essentiel du territoire de la paroisse de Paimpont. Mais on sait que ces juridictions dites inférieures – surtout les plus petites – avaient partout une activité très variable dans le temps et de l’une à l’autre selon le caractère ou intérêt de leurs possesseurs et le zèle des sénéchaux, procureurs fiscaux et autres officiers de juridiction. Peu d’archives nous sont parvenues. La juridiction royale immédiatement supérieure était la sénéchaussée de Ploërmel, c’est elle qui assurait le respect minimal du droit en cas de défaillance des juridictions ou par sa compétence propre. Pour ce qui concernait l’administration de l’Intendance de Bretagne au XVIIIe siècle, Paimpont faisait partie de la subdélégation de Plélan. Certainement soucieux au nom du roi de la prospérité du secteur, l’intendant n’ignorait pas l’importance des forges et pas moins celle de la considérable activité exercée dans le village du Cannée entre lesdites forges et le bourg: le blanchiment de fil et de toiles. Dans des prés ou parcelles de petite taille entourées de haies, appelés parcs, étaient exposées à la lumière et au soleil de grandes pièces de toile.
Cette activité s’est éteinte au XIXe siècle avec la concurrence des procédés chimiques. Extrait des archives: « Le village du Cannée est tellement populeux qu’il serait difficile de commettre un vol semblable en plein jour sans être aperçu.». de Paimpont et de sa forêt (1785). Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Paimpont en 1778 La partie sud de l’évêché de Saint-Malo est particulièrement touchée par des révoltes agraires au début de 1790, ce qui s’explique par les abus importants des seigneurs et de leurs procureurs fiscaux. Entre le 25 et le 28 janvier 1790 les vassaux des seigneurs de Plélan, Saint-Malo-de-Beignon et Paimpont attaquent les châteaux de leurs seigneurs et demandent la suppression des droits féodaux. Le manoir des évêques à Saint-Malo-de-Beignon est attaqué le 28 janvier 1790 et l’abbaye de Paimpont le lendemain. « Le 27 juin 1790 une bande de jeunes gens de Paimpont, de Saint-Malo [Saint-Malo-de-Beignon], de Plélan (.) forçait l’entrée de Comper, alors au marquis de Sérent, malgré pont-levis, porte, herse, et mettait le feu au château, en ayant bien soin de faire flamber en un tas les titres des droits haïs et des privilèges abhorrés ».
Ce n’est qu’au cours du XIXe siècle, bien après la vente de l’abbaye comme bien national le 30 mai 1792 (5 acquéreurs s’en partagent les biens), que le bourg commença à prendre la physionomie qu’on lui connaît aujourd’hui. La commune conserve la possession de l’église, des bâtiments abbatiaux, du cimetière et des jardins situés dans l’enclos abbatial. Jean-Guillaume Belouart, né le 14 février 1725 à Paimpont, recteur de Lanrelas, prêtre réfractaire, après avoir été un temps emprisonné, fut assassiné le 6 janvier 1796 par des soldats républicains. La prospection archéologique a révélé un très grand nombre de sites ou emplacements de la forêt et de sa périphérie ayant connu une activité touchant l’exploitation du minerai de fer: points d’extraction du minerai, bas fourneaux tels que ceux découverts vers 1980 sur la rive de l’étang du Perray, ferriers, c’est-à-dire accumulation de scories et autres déchets ferreux, sans parler des emplacements plus récents des fouées des charbonniers dans la forêt ni des maisons des cloutiers si nombreux au XIXe siècle. Les plus anciens sites datent de Hallstatt et/ou du début de la Tène ancienne (750 à 500 ). Plusieurs sites de réduction de minerai, fouillés ces dernières années, sont à relier à la Tène moyenne. On dispose aussi de plus rares indices gallo-romains et du haut Moyen Âge. Les ferriers les plus importants en volume, atteignant parfois jusqu’à plus d’un millier de tonnes de déchets, sont datés entre la deuxième moitié du XIIIe siècle et le début du XVe siècle.
On y a découvert des types de fours de réduction de minerai appartenant à une lignée technique inédite. Enfin, une première datation radiocarbone (C14) situerait le fonctionnement d’un premier haut-fourneau au niveau de l’étang du Pas du Houx dans le courant du XVIe siècle, quelques dizaines d’années avant l’implantation des Forges. En complément de ces données archéologiques, de rares et brèves mentions dans les archives assurent furtivement le relai avec l’histoire des Forges créées au XVIIe siècle. Elles mettent en avant, non pas les Forges célèbres sous l’ancien Régime, mais des forges dites « grossières » réparties à divers endroits de la forêt, ainsi que l’activité du village du Gué situé sur le territoire de Plélan et cœur de cette commune jusqu’au milieu du XIXe siècle. La fête du fer a lieu tous les deux ans (2014-2016-.) et met en avant les différentes pratiques de la forge. De nombreux ateliers de clouterie existèrent longtemps principalement dans les villages de Gaillarde, la Ville Danet et Telhouët. Entre cinq et douze ouvriers pouvaient travailler dans chaque forge: Au printemps on entendait les maillets dès 3 heures, 4 heures du matin.
À l’hiver, les cloutiers continuaient leur besogne jusqu’à 9 et 10 heures du soir. Ils travaillaient aux pièces, et les plus actifs pouvaient faire jusqu’à à clous par jour. Ils se servaient d’enclumes que l’on appelait clouxière. [.] Les cloutiers confectionnaient leurs clous avec des baguettes de fer rachetées en bottes de à Rennes et à Angers [depuis que l’usine des Forges avait fermé]. De 1801 à 1926 Paimpont fait partie de l’arrondissement de Montfort, avant, en raison de sa suppression, de faire ensuite partie de l’arrondissement de Rennes. Paimpont dépendait du canton de Plélan-le-Grand jusqu’à la suppression de celui-ci lors de la réforme administrative de 2014 et désormais du canton de Montfort-sur-Meu. En 1821 le bourg de Paimpont ne compte 66 habitants (12 familles) pour une population communale totale de habitants; le bourg n’existe pour ainsi dire pas encore; les premières maisons contiguës (type corons), destinés à loger des ouvriers des Forges sont construites peu après. La première école des garçons de Paimpont ouvre en 1835; tenue par les Frères de Ploërmel, elle se trouve dans le grand logis abbatial (ils tinrent cette école jusqu’en 1888, année de la laïcisation en raison des lois Jules Ferry).
L’école des filles, tenue par des Sœurs de la charité de Saint-Louis, installée dans le manoir abbatial, ouvre en 1846. En vertu des lois de 1792 et 1793 donnant aux communes le droit de se faire attribuer les terres vaines et vagues possédées par les anciens seigneurs, la commune de Paimpont en revendiqua la propriété; mais elle fut déboutėe par un arrêt rendu par la Cour royale de Rennes le 24 mars 1827, confirmé par la Cour de cassation le 17 mars 1830, les propriétaires des Forges et de la forêt pouvant en justifier la juste propriété depuis l’acte de vente de 1653 consenti par leur propriétaire d’alors, le prince de la Trémoille. Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Paimpont en 1853 Ce n’est qu’à partir du milieu du XIXe siècle que la municipalité entreprend d’édifier un bourg le long de l’ancienne allée qui menait de l’hôtellerie du porche à l’abbaye: « l’allée des Litières ». En octobre 1888 la nouvelle école catholique construite à Paimpont ne peut pas ouvrir en raison du refus des autorités administratives, sous le prétexte que « les plâtres ne sont pas secs », ce qui soulève des protestations des parents chrétiens. » relatant l’inventaire des biens d’église à Paimpont. Comme en beaucoup d’endroits, lors de l’inventaire des biens d’église, organisé le 6 mars 1906, seul fut possible un inventaire extrêmement sommaire des biens de l’église en raison de la forte hostilité des habitants. En novembre 1906 le Christ en ivoire (attribué à un moine bénédictin, mais d’âge incertain (variant du XVIe siècle au XVIIIe siècle selon les estimations), et le bras reliquaire de saint Judicaël furent momentanément volés dans l’église abbatiale.
En novembre 1907 la municipalité loue une paertie des bâtiments de l’abbaye pour en faire un presbytère et en réserve une autre pour y loger les instituteurs publics; elle vend aussi la prairie qui se trouve derrière les maisons du bourg et fait démolir une partie du mur de l’abbaye pour permettre à la population un accès direct aux jardins). La ligne de tramway à voie métrique et voie unique de la Compagnie des tramways à vapeur d’Ille-et-Vilaine allant de Rennes à Plélan (inaugurée en 1898) et surnommée « le Tacot », est prolongée jusqu’à Guer via Paimpont-les-Forges et Beignon (mise en service le 6 juin 1913, elle ferma le 31 août 1948). Une ligne de chemin de fer à voie étroite servant à transporter le minerai de fer extrait au niveau de l’actuel « Étang bleu » jusqu’à la gare de Mauron fonctionna entre 1903 et 1907. Le 25 octobre 1900 Joseph Monin, industriel, est autorisé à construire un chemin de fer à voie étroite et à traction électrique « pour transporter les produits de la mine de Paimpont à la gare de Mauron ». Mais cette ligne n’eût qu’une existence éphémère, la mine de fer étant déjà fermée en 1907. Une école laïque des filles est construite en 1911 (après bien des querelles), remplaçant l’ancienne école du manoir abbatial (elle est devenue l’école laïque mixte en 1965). Des écoles privées de garçons, puis filles, ouvrent respectivement en 1908 et 1916 (elles ont fermé en 1976). Le tableau commémoratif de la chapelle Saint-Jacques contient 17 de ces noms.
Une autre source indiqué que 157 soldats de Paimpont auraient perdu la vie (selon la liste gravée sur l’obélisque du monument aux morts inauguré en 1923 et dressé près de l’abbaye (place des Litières maintenant place du Roi-Saint-Judicaël). Le monument aux morts de Paimpont, construit par Jules Hignard (de Lanhélin) est inauguré le 15 juin 1924; il a la forme d’un pilier commémoratif en granite surmonté de la statue d’un poilu due à Charles Pourquet, sculpteur à Paris. En septembre 1925 la statue de saint Judicaël fut bénie par le cardinal Charost, archevêque de Rennes; ce fut à Paimpont l’occasion d’une grande fête religieuse. Charles Le Goffic a décrit, dans son ouvrage Brocéliande, un charbonnier de la Forêt de Paimpont qu’il rencontra vers 1930. Certains auteurs véhiculent des clichés fantaisistes concernant Paimpont: un journaliste écrit en 1932: « Dans Paimpont, naguère, vivaient des druides à longue barbe, en robe blanche; les jours de fête ils distribuaient du gui aux fidèles assemblés »; par contre sa remarque: « Paimpont est un petit pays, mais possède à peu près autant de cafés que de maisons » est sans doute plus exacte. Paimpont bénéficie d’une attractivité touristique, facilitée par l’organisation régulière à la belle saison de trains touristiques par la Compagnie des Tramways d’Ille-et-Vilaine desservant la gare de Paimpont-les-Forges, l’organisation de régates sur le lac de Paimpont, etc. Après la défaite française de 1940, l’armée allemande prit possession du camp de Coētquidan, y remplaçant l’armée polonaise qui l’occupait entre septembre 1939 et juin 1940. Pendant la deuxième moitié de 1943, l’armée allemande décide un agrandissement du camp de Coëtquidan qui concerne hectares de forêt et ha de terres labourables répartis dans les quatre communes de Paimpont, Augan, Campénéac et Beignon et provoque l’expulsion des habitants, les usages agricoles et forestiers pouvant être maintenus en dehors des périodes de tir; à Paimpont la Haute-Forêt de Paimpont (2 300 ha), le hameau du Cannée (200 ha) et le hameau de Beauvais (400 ha), regroupant 143 foyers et 390 personnes, étaient concernés.
Mais en raison de l’arrivée des troupes alliées, les personnes expulsées purent revenir dès août 1944. Pendant l’Occupation l’armée allemande établit un poste de commandement des forces allemandes de l’Ouest au pavillon des Forges de Paimpont, défendu par tout un réseau de blockhaus. Le monument aux morts de Paimpont porte les noms de 10 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale; parmi elles Joseph Bigot et Louis Tannoux sont des soldats morts au printemps 2940 lors de la Bataille de France; Louis Glochon est mort en captivité en Allemagne. Menant une existence nécessairement discrète, elle entendit à la radio que son fils avait été condamné par le régime de Vichy. À sa mort, quelques semaines plus tard, le 16 juillet 1940, une foule importante assista à ses obsèques et installe ses quartiers au Monterfil et à Paimpont (elle est baptisée Henri Moras, pour honorer cet homme abattu en service à l’entrée de Paimpont par un officier SS qui fuyait se cacher en forêt). Tous les groupes qui en sont membres avaient, avant cette date, déjà participé à des actions de sabotage et à des embuscades contre des convois allemands. Elle reçut comme mission le nettoyage de la présence allemande en forêt de Paimpont, en coopération avec l’armée américaine. Sur les 800 Allemands faits prisonniers en Forêt de Paimpont, environ 350 le furent par la 12e compagnie FFI et furent remis aux Américains ou convoyés au camp de prisonniers de Vezin-le-Coquet.
22 charbonniers sont recensés à Paimpont en 1946 (la Seconde Guerre mondiale ayant provoqué un regain de l’activité charbonnière), mais ils ne sont plus que 6 en 1954 et un seul en 1962.