Plouigneau
Histoire de Plouigneau
Plouigneau est une commune de Finistère, en Bretagne, qui compte 5 057 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Parochia Iunau au, Ploeigneau vers 1330, Plouigneau en 1427. Plouigneau vient de l’ancien breton ploe (paroisse) et de saint Gwiniau (Winniavus ou Igneau).
Le territoire était habité dès la Préhistoire comme en témoignent le Menhir de Creac’h Edern, le tumulus de Cazin et la tombe de l’Âge du bronze de la Chapelle du Mur. Une stèle gauloise de 3 mètres de haut, caractéristique du second âge du fer, se trouve à Kroas Ar Peulven. Elle fut réutilisée par les Romains comme borne milliaire. À l’époque gallo-romaine, trois voies romaines traversaient le territoire actuel de Plouigneau, l’une venant de Corseul et se dirigeant vers Vorganium (elle passait par Pradalan et le Mur), une autre venant de Vorgium et se dirigeant vers Lanmeur et Primel (c’est le long de celle-ci que se trouve la borne milliaire de Quillidien) et une troisième allant de Coz-Yaudet à Morlaix, qui passait par Langonaval et Kerstrat). Un pont gallo-romain se trouve à Keribot. Plouigneau serait une paroisse de l’Armorique primitive remontant au et dépendant du diocèse de Tréguier (Jean-Baptiste Ogée écrit qu’elle existait déjà en 714, sous l’épiscopat de Martin, sixième évêque de Tréguier) et qui aurait alors englobé des parties des territores actuels de Lannéanou et de Garlan. Mais c’est à Lannelvoez que se trouvait le siège initial de la paroisse. L’ancien presbytère, le puits, la fontaine Saint-Ignace attestent l’existence de cette première fondation religieuse.
Plouigneau est cité pour la première fois au dans la « Vie de saint Tugdual ». Paroisse très étendue, Plouigneau comptait alors 8 trèves: Saint-Éloi, Luzivilly, Lanleya, la Chapelle-du-Mur, la Villeneuve, Lannelvoëz et Saint-Didy. La forteresse de Castel-Dinan, en Plouigneau, fut au haut Moyen Âge, le chef-lieu du pagus Castelli, dit aussi « Pougastel », un des trois pagi du Léon. Louis Le Guennec décrit ainsi le site: « Sur une colline âpre et nue dominant à d’altitude le confluent du petit fleuve côtier le Douron et le ruisseau de Trogoff, le camp retranché de Castel-Dinan, très vaste ouvrage placé dans une exceptionnelle situation défensive, à la crête d’une sorte de promontoire bordé à l’Est et au Sud par la vallée, au Nord par une dépression humide, et à l’Ouest par une barrière rocheuse naturelle que renforce un large talus bordé d’un fossé. L’aire du camp est de forme ovale et peut mesurer de pourtour, mais les retranchements extérieurs, très visibles dans la partie Nord-Ouest, se sont éboulés sur le reste du périmètre, et ont même disparu en certains endroits du côté de la vallée. Au milieu de l’enceinte existe un réduit ou motte prétorienne ovale environné de douves profondes et de retranchements d’une hauteur de 4 à 5 mètres. L’esplanade intérieure, de environ de tour, montre encore, sous les ajoncs et les ronces, les ruines d’un édifice qui la remplissait presqu’entière et dont les murs, épais d’un mètre, sont formés de moellons à peine dégrossis, sans appareil caractérisé. (.) Ce camp retranché a une origine gallo-romaine.
(.) La maison de Dinan, qui a possédé durant cinq siècles au moins un domaine considérable dans la châtellenie de Morlaix-Lanmeur, y avait pour chef-lieu de ses terres cet antique ouvrage fortifié qu’elle transforma en manoir féodal et auquel elle donna son nom ». Plouigneau fut partagé par la suite en plusieurs fiefs: Castel-Dinan, Coat-ar-Ferté, Kerviniou et Bourouguel. (.) À l’enceinte de Coat-ar-Ferté s’applique trait pour trait la description d’un château du ». En 1463, un tiers des habitants succombent lors d’une épidémie à Plouigneau. Les paroissiens de Plouigneau déclarent lors d’une enquête datée de 1482: « Et aussi régna en icelle paroisse autre épidémie de peste d’épidémie sur les ans 1472 et 1473, dont mourut pareillement grand nombre des dits habitants ». Dans la même enquête les paroissiens se plaignent de la « stérilité des blés » et « des grandes charges de fouage » qu’ils sont contraints de payer, si bien que « plusieurs des habitants ont guerpi (.) et sont allés demeurer ailleurs ». Cette enquête indique également que les 192 familles paysannes (nobles et métayers exclus) de la paroisse possédaient alors têtes de bétail, que 67 d’entre elles possédaient un cheval, 6 un attelage de 2 bœufs. Pendant les Guerres de la Ligue le château de Bourouguel, qui était occupé par une garnison royaliste (il appartenait au chef de bandes Anne de Sanzay de la Magnane), fut pris par les Morlaisiens de la Sainte Union favorables aux Ligueurs, qui en démolirent les fortifications.
Anne de Sanzay de la Magnane y mourut vers 1630 et le château tomba en ruines. Il fut remplacé par un manoir. Un autre château, celui de Kervenniou, qui était situé au sud-est de Luzuvilly, fut aussi détruit pendant les Guerres de la Ligue. La maison noble de Lanleya date du Moyen-Âge; elle est citée lors de la réformation de 1543; elle appartient en 1574 à Jean du Parc, époux de Catherine du Plessis, dame du lieu; le manoir passa par mariages successifs aux mains de la famille Dresnay, puis en 1595 de la famille de Kermoysan, en raison du mariage de Marie du Dresnay avec Philippe de Kermoysan, originaire de Goasmap en Pommerit-le-Vicomte. En 1695, tombant à nouveau en quenouille, le manoir passa aux mains de la famille de Kergariou; lors de la Révolution française, le manoir appartenait à Jonathas de Kergariou, puis à son gendre Sébastien-François Barbier, marquis de Lescoat, lequel émigra, ce qui entraîna la vente du manoir, de la chapelle et du moulin comme biens nationaux; tombé en déshérence, le manoir fut reconstruit dans la seconde moitié. En 1753 Plouigneau, y compris sa trève de Lannéanou, comptait 30 manoirs dont Lanidy (au seigneur du Ponthou), Le Mur (au seigneur de Kergornadeth), Kergueguen (à Jean Porzborgen), Jean Le Rouge (à Jean Le Rouge), Goëzbriand (à François de Goëzbriand), Lanleya (à Jean du Parc), Kernethallec (à Jehan de Gaspern), etc. Au moins 21 de ces manoirs étaient sans fief ni juridiction, donc étaient de simples domaines fonciers. de Plouigneau et Le Ponthou (1783).
En 1759, une ordonnance de Louis XV ordonne à la paroisse de Plovignau [Plouigneau] de fournir 70 hommes et de payer 459 livres pour « la dépense annuelle de la garde-côte de Bretagne ». Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Plouigneau en 1778 de la paroisse Saint-Ignace Malgré l’érection en commune indépendante, après la Révolution de 1789, de la trève de Lanneanou qui anciennement faisait partie des 8 trèves que composait la commune de Plouigneau (Saint Eloi, Luzivilly, Lanleya, la Chapelle-du-Mur, la Villeneuve, Lannelvoëz et Saint-Didy), Plouigneau est restée une des communes les plus étendues du Finistère:. Intégrée au canton de Plougonven puis à celui du Ponthou, la commune de Plouigneau devint chef-lieu de canton en 1829. Une ordonnance royale en date du 29 avril 1829 transfère à Plouigneau le chef-lieu de la justice de paix du canton du Ponthou, situé jusque-là au Ponthou. Plouigneau et son canton suivaient les usages et règlements locaux de l’usement de Tréguier car la région faisait partie sous l’Ancien Régime du diocèse de Tréguier. Le manoir de Pradalan ou Prad al Lan (construit vers 1775) fut la maison natale de l’amiral Alphonse Fleuriot de Langle.
Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Plouigneau en 1853 La mission organisée à Plouigneau entre le 27 septembre 1856 et le 5 octobre 1856 sous la direction de deux prédicateurs jésuites fut un plein succès: « Sauf le premier jour, l’église ne s’est pas trouvée désemplie un seul moment depuis cinq heures du matin jusqu’à sept heures du soir ». L’évêque de Quimper vint pour la cérémonie de clôture: « Un arc de triomphe tout champêtre a été dressé en son honneur et des couronnes de fleurs suspendues à son passage ». L’arrivée en 1865 du chemin de fer (ligne de Paris-Montparnasse à Brest) entraîne une activité importante à la gare de Plouigneau: trafic de voyageurs, embarquement de bestiaux, négoce d’engrais, bois, ciment, vin, matériel agricole, etc. En 1877 à Plouigneau 18 hommes furent privés d’absolution, ayant commis un péché mortel selon le recteur, car ils avaient voté pour les républicains. Armand Jaouen, maire républicain de Plouigneau, fut révoqué pour ses convictions politiques à deux reprises le 24 mars 1873 et le 16 mai 1877, par la majorité d’Ordre moral. En 1873 le vicomte et vice-amiral Fleuriot de Langle fut nommé à sa place par le préfet, alors qu’il n’était même pas conseiller municipal. Les électeurs ignaciens s’obstinant à voter pour la liste républicaine et le vice-amiral ne parvenant pas à être élu, la commune fut divisée en quatre sections électorales dans l’espoir que ce sectionnement modifie le verdict des urnes; en vain, mais Fleuriot de Langle resta maire deux ans.
Armand Jaouen déclare lors de sa candidature aux élections législatives (il fut élu député) de mars 1892: « J’honore la religion, je respercte le prêtre se mouvant dans le cercle de ses attributions religieuses. Mais je le veux à l’église et non à la mairie. Il doit le respect au gouvernement. Le gouvernement doit exiger de tous l’obéissance aux lois ». Il se dit par ailleurs favorable au protectionnisme. Fin la construction de 67 écoles de hameaux a été autorisée dans le Finistère par deux décrets Le 21 juillet 1895 une adjudication fut organisée en mairie de Plouigneau pour la construction d’une école de filles et la rénovation de celle des garçons. Une « surtaxe de 10 francs par hectolitre d’alcool pur contenu dans les eaux-de-vie, esprits, (.), liqueurs et absinthes » fut percue à l’octroi de Plouigneau jusqu’au 31 décembre 1899 pour financer la construction de la maison d’école de filles, ainsi que la reconstruction du clocher.
En 1896, un document indique que les sœurs de l’Immaculée Conception de Saint-Méen assistaient et soignaient gratuitement les malades de Plouigneau à domicile. Lors du Concours agricole organisé en septembre 1897 à Plouigneau, le maire Armand Jaouen fit « les éloges du gouvernement républicain et fait ressortir les avantages qu’en a retiré l’agriculture. Il a terminé en faisant les éloges de M. Méline, président du conseil (.) ». Auguste Jouêtre, originaire de Plouigneau, mais alors électricien à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), fut arrêté par deux uhlans alors qu’il se promenait dans un bois proche de la frontière le 5 août 1914; il serait le premier français à avoir été fait prisonnier par l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale, même s’il ne fut prisonnier que pendant deux heures car les deux uhlans furent tués par une patrouille française et il fut libéré. Le monument aux morts du cimetière de Plouigneau porte les noms de 211 soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale; parmi eux 123 au moins sont morts en Belgique (parmi eux, Nicolas Le Gall fut décoré de la Croix de guerre), dans les Balkans dans le cadre de l’expédition de Salonique (deux, Jean Berrou et Eugène Savy, en Macédoine); un, Jean Ourlay, en Croatie); un, Yves Hamon, en Italie; un, Lucas Brigant, en Algérie; deux, François Denis et Yves Jaouen, alors qu’ils étaient prisonniers de guerre en Allemagne. La plupart des autres sont décédés sur le sol français: parmi eux, Jean Caër, caporal au 219e régiment d’infanterie, et Yves le Rouge de Guerdavid, sous-lieutenant au 247e régiment d’infanterie, furent décorés de la Médaille militaire et de la Croix de guerre; Yves Cotty a été décoré de la Médaille coloniale, agrafe « Afrique occidentale ». Le monument aux morts de Plouigneau fut inauguré le 30 mai 1920.
En 1933, Armand Jaouen, notaire, fils et petit-fils de deux maires de Plouigneau, gravement blessé pendant la guerre, fut décoré de la Légion d’honneur. Il décéda le 5 avril 1933 à Plouigneau. D’autres Ignaciens reçurent aussi la Légion d’honneur, par exemple en 1939 François Moal, grand mutilé de guerre. Un bal travesti était organisé à cette époque chaque année le Mercredi des Cendres, qui était aussi le jour d’une foire très fréquentée. En 1930 une « Association catholique des chefs de famille du canton de Plouigneau » demande, dans une letre écrite à chaque maire du canton, l’interdiction des bals « source de débauche crapuleuse des mineurs » et lieux créant « une atmosphère favorable à la tuberculose ». François Tanguy-Prigent créa une coopérative agricole modèle, la « Coopérative agricole de Défense Paysanne », active dans la décennie 1930 dans le canton de Plouigneau. Le monument aux morts de Plouigneau porte les noms de 38 personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale; parmi elles, des résistants comme Joseph Jourdren et Constant Heiser. François Bescond est mort victime du torpillage du cuirassé Jean Bart le 8 novembre 1942 à Casablanca.
Trois au moins sont des marins disparus en mer (François Berthou et Yves Paul lors de la bataille de Mers el-Kébir le 3 juillet 1940, Arnaud Bouget au large d’Oran le 8 novembre 1942. Hervé Folleroux, aviateur, est mort en combat aérien au-dessus de l’Allemagne le 26 septembre 1939; Eugène Jaouen est mort des suites de ses blessures le 2 février 1945 alors qu’il combattait en Allemagne; Guillaume Morin est aussi décédé en Allemagne. Une stèle commémorative située près du monument aux morts évoque la mémoire de cinq civils fusillés par les Allemands le 9 août 1944: Joseph Jourdren, Jean-François Le Coz, Albert Perrot, Jean-Yves Ropars et un inconnu. Henri Venner, né à Plouigneau, mais qui habite Tressignaux (âgé de 102 ans en 2024), fut résistant FFL. Quatre soldats originaires de Plouigneau (Jean Bourhis, Henri Gouil, Jean L’Hénaff, Jean Silliau) sont morts pour la France pendant la guerre d’Indochine et deux (Jean Le Deunff, Marcel Lirzin) pendant la guerre d’Algérie. Le 1, Plouigneau et Le Ponthou fusionnent, à la demande des habitants du Ponthou, pour créer la commune nouvelle de Plouigneau. « C’est une manière de mieux exister avec une commune plus importante dans une communauté agrandie. Avec un souci de mutualisation des services indispensables au développement et à l’épanouissement des habitants » a déclaré Pierre-Yves Minec, maire du Ponthou.
Un référendum organisé localement donna 72,45 % des voix pour la fusion (la participation au vote étant de 29 % du corps électoral).