Pont-Saint-Esprit
Histoire de Pont-Saint-Esprit
Pont-Saint-Esprit est une commune du Gard, en région Occitanie, qui compte environ 10 600 habitants. Au milieu du Moyen Âge, la ville portait le nom de Saint-Saturnin-du-Port, en latin Portum Sancti Saturnini. Son nom actuel lui vient de la construction du pont sur le Rhône entreprise par Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis et comte de Poitiers et de Toulouse. Les travaux commencèrent en 1265 et s’achevèrent en 1309. D’après Viollet-le-Duc, l’ouvrage fut confié à la branche pontife des Hospitaliers, ces moines-soldats constructeurs de ponts qui facilitaient les pèlerinages, et fut consacré au Saint-Esprit. La direction des travaux est attribuée à Jean de Tensanges ou de Thianges.
Ce pont, le plus ancien de tous les ponts construits sur le Rhône, reliait la Provence au Languedoc. Long d’un kilomètre, il comprend une vingtaine d’arches et a longtemps constitué un point de passage privilégié sur le fleuve. Il fit la fortune de la ville par le paiement de l’octroi qui lui était associé. Sa construction respecta le cours impétueux du Rhône, ce qui imposa des précautions durables: les chariots de marchandises souhaitant l’emprunter étaient déchargés, les marchandises traversaient sur des barges, et les chariots roulaient sur de la paille disposée sur la chaussée pour ne pas ébranler la structure. La tradition rapporte que le roi Louis XI, se présentant avec ses troupes, dut mettre pied à terre avant de l’emprunter.
Au XIVe siècle, l’imposteur Giannino Baglioni, qui prétendait être le roi de France légitime sous le nom de Jean le Posthume, occupa la ville grâce à des mercenaires avant d’être arrêté, emprisonné à Aix puis à Marseille, et enfin transféré à Naples où il mourut probablement en 1362. Au début de 1382, les Tuchins gagnèrent la vallée du Rhône et campèrent dans les gorges de la Cèze où ils furent rejoints par des nobles, dont Régis de Saint-Michel-d’Euzet, Étienne Augier dit Ferragut du Pin, Vachon de Pont-Saint-Esprit et Verchère de Vénéjan. Guillaume III Roger de Beaufort, neveu du pape, organisa la répression en recrutant des mercenaires et une compagnie d’arbalétriers d’Avignon. La pacification, conduite par Gantonnet d’Abzac puis Jean Coq, capitaine des gardes de Bagnols, aboutit à la signature de la paix en février 1383.
Au XVe siècle, la reine Isabeau de Bavière, qui revendiquait seule le gouvernement et l’administration du royaume au nom du roi Charles VI tombé en démence, s’allia avec le duc de Bourgogne. Pour rallier les provinces, elle envoya des émissaires, notamment en Languedoc. Pont-Saint-Esprit, sous l’influence de Gui de Brosse, moine bénédictin du prieuré de Saint-Pierre et cousin de Jean de Brosse, maréchal de France, fut la première ville de la province à ouvrir ses portes au parti bourguignon. En 1418, elle reçut dans ses murs les délégués de la reine et du duc de Bourgogne pour gouverner au nom du roi sur tout le Languedoc.
Patrimoine religieux
Le patrimoine architectural de la commune comprend dix immeubles protégés au titre des monuments historiques, parmi lesquels la citadelle de Pont-Saint-Esprit avec sa collégiale du Saint-Esprit et la chapelle de l’hôpital, classée en 1910 puis inscrite en 1951. S’y ajoutent l’hôtel de Roubin inscrit en 1938, la porte de Pont-Saint-Esprit inscrite en 1945, la Maison du Roi inscrite en 1946, la chapelle des Minimes inscrite en 1950, ainsi que l’hôtel de Lisleroy classé en 1968, l’église Saint-Pierre classée en 1988, la Maison des Chevaliers classée en 1992, l’hôtel-Dieu inscrit en 2005, la chapelle des Pénitents inscrite en 2005, le lavoir inscrit en 2005 et l’église Saint-Saturnin classée en 2012. Le pont médiéval, classé monument historique en 1966, est composé de vingt-six arches dont dix-neuf grandes et sept petites, avec une arcade de dégagement permettant l’évacuation des hautes eaux pendant les crues. La majeure partie de sa structure se trouve sur la commune de Lamotte-du-Rhône. La tradition rapporte qu’Alphonse de Poitiers, prieur des bénédictins de Saint-Saturnin-du-Port, refusa d’abord la construction puis céda, inspiré par l’Esprit Saint, et posa lui-même la première pierre. La Poste a commémoré le septième centenaire du début de la construction par l’émission d’un timbre spécial. Le passage obligé qu’a longtemps constitué cet ouvrage entre la Provence et le Languedoc explique l’intensité des échanges commerciaux et culturels qui ont traversé Pont-Saint-Esprit depuis le XIVe siècle. La présence de la collégiale du Saint-Esprit, intégrée à la citadelle et accompagnée d’une chapelle d’hôpital, indique l’importance de la fondation hospitalière et religieuse à laquelle le pont était associé. La Maison du Roi et la Maison des Chevaliers, toutes deux protégées au titre des monuments historiques, témoignent du rôle d’étape royale et militaire de la ville sur le Rhône. La chapelle des Pénitents et celle des Minimes rappellent l’implantation des confréries et ordres religieux durant l’époque moderne, tandis que l’hôtel-Dieu signale la fonction d’accueil et de soins assurée par la cité auprès des voyageurs et des indigents. Les hôtels particuliers — hôtel de Roubin, hôtel de Lisleroy — illustrent l’aisance des familles notables qui prospérèrent grâce au commerce et à l’octroi du pont. L’église Saint-Saturnin conserve, dans son vocable, la mémoire du nom médiéval de la ville, Saint-Saturnin-du-Port, attesté avant que la nouvelle dédicace au Saint-Esprit ne s’impose à la suite de la consécration du pont. La présence d’un lavoir protégé et d’un escalier inscrit complète l’inventaire d’un ensemble urbain fortement structuré autour de son rapport au fleuve.