Puttelange-aux-Lacs
Histoire de Puttelange-aux-Lacs
Puttelange-aux-Lacs est une commune de la Moselle, dans la région Grand Est, qui compte 3 051 habitants. Son nom est un toponyme germanique composé du nom d’homme Putilo, d’origine germanique, suivi du suffixe -inga désignant un établissement rural appartenant à une famille, francisé ultérieurement en -ange comme nombre de noms de villages mosellans. Le déterminant complémentaire -aux-Lacs a été ajouté plus tard, en référence aux pièces d’eau qui caractérisent le site. Au XIXe siècle, les habitants de Puttelange furent surnommés Püttelinger-Hesiber en référence à la fabrique de tamis en crin de cheval, le mot Hesiber désignant les fabricants de tamis. La commune est située dans le pays de Sarreguemines, à l’est mosellan, dans une zone historiquement marquée par sa position aux confins de l’évêché de Metz, du duché de Lorraine et des terres impériales germaniques.
La route du Hérapel à Guéblange, qui reliait entre elles les grandes routes de Metz à Worms et de Metz à Strasbourg, passait le long de la rive droite du Mutterbach, par Puttelange, Rémering, Holving et Hirbach. Cette voie ancienne explique l’antériorité de l’occupation humaine. La cité vit le jour au haut Moyen Âge, époque où Putilo, chef d’origine germanique, créa avec ses compagnons un établissement le long de la Mutterbach. Le toponyme conserve la mémoire de cette fondation. Au Moyen Âge, Puttelange appartenait à la famille des comtes de Lunéville, dont une branche possédait le comté de Metz, fief épiscopal, et une autre la seigneurie de Blieskastel.
En 1135, Folmar, cinquième du nom comme comte de Metz, fonda une abbaye cistercienne à Beaupré, au sud-est de Lunéville, démolie en 1804 et aujourd’hui devenue une ferme. Il la dota de la forêt de Hériménil qu’il tenait en fief de l’évêché de Metz. En compensation, il céda Puttelange, jusque-là franc-alleu, à l’évêque et le reprit en fief de l’évêché. C’est de là que date la suzeraineté de l’évêché de Metz sur Puttelange, qui sera plus tard contestée par le duc de Lorraine. La fille de Folmar, Clémence, héritière de Lunéville et de Puttelange, apporta ses domaines à son époux et cousin Folmar, comte de Blieskastel, anciennement appelé comté de Castres, autre fief de l’évêché. Du mariage de leur petit-fils Henri de Blieskastel avec Agnès de Sayn naquirent sept filles.
À la mort d’Henri en 1237, le comté fut remis à sa fille aînée Élisabeth par l’évêque Jean de Metz, contre reconnaissance de la suzeraineté de l’évêché. Élisabeth épousa en 1238 Renaud de Lorraine, oncle du duc Ferry III. Leur mariage permit de réunir la seigneurie de Bitche, que Renaud avait reçue comme apanage du duché de Lorraine, et le comté de Blieskastel, dont Élisabeth était l’héritière, avec notamment Puttelange. Renaud se fit attribuer la localité en fief par son frère l’évêque de Metz Jacques de Lorraine en 1240, qu’il reprit de son neveu le duc Ferry III en 1264 et qu’il conserva après la mort de son épouse en 1273. L’héritage fut disputé par les sœurs d’Élisabeth, et tout particulièrement leur mère Agnès de Sayn, qui poussait sa fille cadette Laurette et son époux le comte Henri IV de Salm à le revendiquer. En 1257, Puttelange était considéré comme « castrum et urbs », bourg castral. La seigneurie était composée d’un bourg principal et d’un certain nombre de villages.
En 1261, Renaud et Élisabeth fondèrent une chapelle dans leur château de Puttelange. Elle fut dédiée à la Vierge et à saint Jean-Baptiste, dotée de blé et d’avoine, ainsi que de revenus à percevoir sur la dîme de Rémering et sur les cens de Puttelange. Renaud et Élisabeth firent don de la chapelle castrale à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, qui l’attribuèrent à la commanderie de Dorlisheim. L’installation des Hospitaliers renforça la position centrale de Puttelange dans la région; ils conservèrent la chapelle jusqu’à la fin du Moyen Âge. À la mort de Renaud en 1274, la dévolution de sa succession provoqua une guerre entre, d’une part, le comte Henri IV de Salm soutenu par l’évêque de Metz Laurent de Lichtenberg, et, d’autre part, le duc de Lorraine Ferry III, allié du comte de Sarrebruck. Henri fut vainqueur en 1278 mais, fortement endetté, vendit à l’évêché de Metz la seigneurie de Blieskastel en 1284 et, en 1290, le château de Schaumbourg près de Tholey, dans la Sarre, ne gardant que Puttelange.
Une petite partie de Puttelange appartenant à la seigneurie de Forbach, fief lorrain, fut acquise par Salm. La maison de Salm possédait alors, en plus de Salm (Senones et Badonviller) et de Puttelange, Morhange, fief de Lorraine, et Viviers, fief de Bar. Jean III trouva la mort en 1431 lors de la bataille de Bulgnéville, laissant la succession à son fils Simon II de Salm. Jeannette de Salm avait sa cour au château de Puttelange, dont elle ne possédait qu’une moitié, l’autre étant détenue par Jean VI de Salm-Badonviller. Des réclamations s’élevèrent de part et d’autre et ne trouvèrent de solution qu’avec l’accord du 26 avril 1482, qui prévoyait une propriété commune de Puttelange. Cette histoire seigneuriale, marquée par les rivalités entre l’évêché de Metz, le duché de Lorraine et la maison de Salm, illustre la position de carrefour qu’occupait la commune dans la géopolitique médiévale du nord-est de la France.
Patrimoine religieux
La paroisse de Puttelange a hérité d’une longue tradition liée à la fondation, en 1261, d’une chapelle castrale dédiée à la Vierge et à saint Jean-Baptiste par Renaud de Lorraine et Élisabeth de Blieskastel. Cette chapelle, donnée à l’ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem et rattachée à la commanderie de Dorlisheim, constitue le plus ancien témoignage d’un encadrement religieux structuré à Puttelange. La présence des Hospitaliers, bénéficiant des dotations en blé, avoine et dîme prélevés sur les terroirs voisins, marqua durablement le territoire jusqu’à la fin du Moyen Âge. La commune appartient au diocèse de Metz.