Rezé
Histoire de Rezé
Rezé est une commune de Loire-Atlantique, en Pays de la Loire, qui compte 42 998 habitants. Son nom est attesté sous la forme grecque Ratiaton chez Ptolémée au IIe siècle, puis sous la forme Ratiatica civitas en 511 lors du concile d’Orléans. Une ancienne théorie y voit le nom d’une tribu gauloise, les Ratiates, associée aux Pictons, mais les toponymistes et linguistes contemporains analysent les formes anciennes à partir d’éléments gaulois et rapprochent le suffixe -é du suffixe gaulois -ate, comme l’a proposé Albert Dauzat à propos de Razac et Rezay. En 839 apparaît le nom de Raiz, et un acte de Louis le Pieux place un domaine de Saint-Viaud in vicaria Ratense. La forme bretonne normalisée Reudied, donnée par l’Office public de la langue bretonne, est attestée depuis 1993 et figure sur les panneaux bilingues à l’entrée de la commune. Le nom est identique en gallo, la langue d’oïl locale, qui possède une variante plus rare, Rezaï en écriture ABCD ou Raezaé en écriture ELG; les prononciations en gallo se rapprochent de l’usage paydret et poitevin avec lequel les terminaisons en -é se font en -ay, le Pays de Retz constituant une zone de transition entre poitevin et gallo.
Le territoire est peuplé dès la Préhistoire, comme l’attestent les menhirs néolithiques. Rezé est fondée par les Pictons sur le modèle romain à l’époque du Haut-Empire, sous le règne d’Auguste, entre 20 av. J.-C. et notre ère. Elle dépend alors du Bas-Poitou. Sa fondation est étroitement liée aux opérations menées par les Romains contre les Vénètes: pour les vaincre, ces derniers font armer une flotte de trirèmes aux formes fines, conçues pour éviter les bancs de sable, peut-être construites à Prigny, alors au bord de la mer, et à Rezé. Après la victoire romaine, les Pictons, alliés de Rome durant le conflit, obtiennent le contrôle de la rive sud de l’estuaire; les Ambilatres, quant à eux, n’ont pas d’existence officielle dans l’Empire, et les Pictons créent un nouveau port en face du site probable de Condevincum, capitale des Namnètes, qui n’étaient pas alliés des Romains. La cité connaît un développement rapide; au IIe siècle, Ptolémée la décrit comme la seconde ville des Pictons après leur capitale Limonon, l’actuelle Poitiers. Elle s’étend sur la rive sud du Seil, un bras de la Loire, avec ses domus, ses entrepôts et ses boutiques le long du port; un atelier produit des céramiques diverses, dont des amphores au type unique, et les analyses polliniques attestent la présence de la vigne aux abords des habitations.
À partir de 260, les raids des Saxons et des Francs entraînent le pillage et l’incendie de la ville, comme à Nantes; mais c’est Nantes qui se voit dotée de remparts et qui devient chef-lieu de cité et siège d’un évêché chrétien, ce qui favorise son essor au détriment de Rezé. À la suite de l’ensablement de son port, la cité décline à partir de la fin du IIIe siècle. Le christianisme nicéen y est attesté dès le IVe siècle: entre 349 et 367, saint Hilaire, évêque de Poitiers, y baptise un de ses disciples, saint Lupien de Ratiatum, dont parle Grégoire de Tours dans son ouvrage hagiographique De la Gloire des Confesseurs. Le tombeau de Lupien devient un lieu de culte autour duquel s’élève la chapelle Saint-Lupien; la tradition rapporte « qu’un aveugle reçut la vue à son sépulcre, un paralytique y reprit la vigueur de ses membres et marcha sûrement, et un muet y recouvra la parole ». Au haut Moyen Âge, la ville passe sous domination des Francs, qui étendent leur territoire vers 504-508; à partir du milieu du IXe siècle, les Bretons dominent la région, et Rezé fait partie du duché de Bretagne avant son rattachement au royaume de France. Premier chef-lieu du Pays de Retz, Rezé ne se retrouve pas dans le doyenné médiéval de Retz mais dans le pagus Taifali, puis doyenné de Clisson dit communément « Outre-Loire », le primitif Pagus ratiatensis ayant été scindé en deux, sans doute en raison de la proximité de Nantes et de l’installation des Taifales. Sous domination wisigothe depuis 418, la ville passe sous le contrôle des Francs après la victoire de Clovis sur les Wisigoths en 507. Des fouilles menées par l’INRAP face à l’hôtel de ville ont mis au jour, sous un projet immobilier, un cimetière médiéval de cent cinquante sépultures chrétiennes, dont la tête est systématiquement placée à l’ouest, et, sous celui-ci, des vestiges de la ville antique, dont des portions de la rue principale.
Patrimoine religieux
L’élément patrimonial religieux fondateur de Rezé est la chapelle Saint-Lupien, élevée sur le tombeau du disciple de saint Hilaire de Poitiers baptisé sur place au IVe siècle. Plusieurs fois détruite au cours de son histoire, en 1345 puis en 1793, Rezé conserve aujourd’hui peu de monuments antérieurs au XIXe siècle, malgré son passé architectural. Encore visible en 1636, ce que l’on considère comme le quai de Ratiatum a disparu, ses pierres ayant été utilisées pour construire une route entre le bourg et Trentemoult. Les fouilles archéologiques continuent de révéler peu à peu les traces des bâtiments anciens, en particulier autour de la chapelle Saint-Lupien dont le mur et la chapelle sont classés à l’inventaire des monuments historiques. Le château de la Balinière, folie du XVIIIe siècle construite sur ordre de la famille de négociants nantais Ducoudray-Bourgaud, englobe des éléments antérieurs; acquis par la ville en 1987, il abrite un centre musical, et les services municipaux ont aménagé dans son parc un jardin à la française. Le château de la Classerie, construit à la fin du XVIIe siècle par la famille Le Meneust et transformé en folie par la famille de René Darquistade, fut pendant la Révolution un lieu de retraite pour les insurgés vendéens, puis subit un incendie avant rénovation; transformé en maison de repos pour les soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale, il fut acquis en 1958 par une association sportive, puis par la municipalité en 2008 et accueille aujourd’hui une vingtaine d’associations.