Rosporden
Histoire de Rosporden
Rosporden est une commune de Finistère, en Bretagne, qui compte 7 609 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Rosperden en 1262, Rosprenden en 1334 et 1407, Rospreden en 1300, 1462 et 1536. En breton, le nom est, forme également préconisée par l’Office public de la langue bretonne.
À l’époque gallo-romaine, des marécages avoisinaient l’Aven à l’emplacement des étangs actuels; une voie romaine traversait le fleuve côtier grâce à un gué, au pied de la butte de Kérentré, où les Romains installèrent un poste militaire, située sur la rive gauche; une villa romaine, dans le sens de domaine, était implantée sur une autre butte située sur la rive droite, avec quelques huttes et des fermes. Toutefois la voie romaine principale allant de Vannes (Darioritum) à Quimper (Civitas Aquilonia) passait plus au sud, empruntant le tracé de l’actuelle D 22 passant par la chapelle du Moustoir en Kernével et celles de la Trinité et Coat-an-Poudou en Melgven. Au début du VIe siècle des groupes venus du Pays de Galles parvinrent dans la région ravagée et dépeuplée à la suite des invasions barbares, y fondant les paroisses d’Elliant et de Tourch et, sur le territoire de la première, édifièrent une chapelle de « Rospreden » dédiée à saint Alar. Après les incursions normandes, le petit village jouxtant la chapelle, édifié sur une éminence dominant l’Aven, fut protégé par un fortin en terre et entouré d’une palissade. Mais au XIIe siècle le village est réduit en cendres lors de la révolte des Bretons contre la domination d’Henri II Plantagenet, mais est ensuite reconstruit autour d’un château en pierre. Le bourg castral contrôle une bonne partie de la région grâce à sa position stratégique, et se dote progressivement d’une cohue, d’un auditoire et de moulins. Au XIVe siècle, le commerce des grains et du vin favorise l’expansion de Rosporden. Vers 1315 commence la construction de l’église en remplacement de la chapelle initiale (il en subsiste la tour, le porche sud et le chœur) par Bertrand du Guesclin, duc de Molina, qui venait de reprendre Concarneau.
Cette donation est confirmée par le roi Charles V le 22. En 1382 elle fut concédée par le duc Jean III de Monfort, ainsi que celles de Châteaulin et Fouesnant, à Jeanne de Retz (née en 1331, décédée le 16 janvier 1406), laquelle décéda sans postérité. Rosporden passa alors dans la possession des ducs de Bretagne. Du point de vue religieux, Rosporden était une simple trève de la paroisse d’Elliant. Le territoire de l’actuelle commune de Rosporden était partagé entre plusieurs seigneuries qui avaient toutes leurs juridictions propres: la seigneurie de Coatcanton, située à Melgven, avait juridiction sur une partie du sud de la ville actuelle et la campagne avoisinante; la seigneurie de Goarlot, située à Kernével, possédait le manoir de Kerouriou (quartiers actuels de Kerhuilet et Kerriou); la seigneurie de Coeteloret en Tourch; la seigneurie de Tréanna en Elliant; la seigneurie de Kerminihy, la seule dont le manoir était situé sur le territoire de la trève de Rosporden, contrôlait toute la partie nord de celle-ci; son nom (« Minihi » signifie « Maison de moines » en breton) indique une probable fondation monastique; le premier membre de cette seigneurie dont l’histoire a conservé quelque trace est Alain de Kerminihy, de même que Jean et Jacques de Kerminihy, probablement ses fils, cités dans des montres de 1379; Guézennec de Kerminihy est cité lors de la réformation des fouages de 1426 et d’autres ensuite, la dernière membre de cette famille étant Françoise de Kerminihy, qui épousa Alain du Plessis, seigneur de Missirien, le nom tombant alors en quenouille par absence d’héritier mâle. Pierre du Plessis, né vers 1545 et décédé en 1608 étant probablement leur fils. La chapelle de Saint-Jean-Baptiste de Locjean date de la première moitié du XVIe siècle; elle aurait appartenu à l’ordre des Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, relevant de la commanderie hospitalière de La Feuillée. Dans l’enclos se trouve un calvaire portant l’inscription S.Johannes et un if sculpté (incendié).
La chapelle, en forme de croix latine, possède un clocher de style cornouaillais, une tourelle parallèle au clocher abrite l’escalier permettant d’y monter. Plusieurs statues se trouvent à l’intérieur dont deux de saint Jean, une Pietà, une Vierge, saint André en Croix, sainte Marguerite, saint Luc. En cette funeste année 1594 la Bretagne est à feu et à sang en raison des Guerres de Religion. Les troupes royalistes fidèles à Henri IV, soutenues par les Anglais, et les troupes des ligueurs soutenues par les Espagnols s’entre-déchirent. Les Espagnols, qui disposent de 7000 hommes de troupe dans la péninsule sous les ordres de Don Juan d’Aguila, possèdent une solide base arrière avec la citadelle de Blavet (futur Port-Louis) et sont en train de construire un fort en face de Brest dans la Presqu’île de Crozon. C’est que Philippe II d’Espagne aimerait bien faire main basse sur la péninsule. Les habitants de Rosporden, qui étaient du côté de la Ligue, firent fête aux Espagnols. Ceux-ci y passèrent une douzaine de jours en divers jeux: tournois et courses de bague.
Mais ils furent mal récompensés de leur hospitalité. En effet, peu de temps après, une trentaine d’espagnols furent surpris et tués par les hommes du commandant de la place forte de Conq (futur Concarneau) qui soutenait le roi Henri IV, aux environs de Locmaria-an-Hent. Pour se venger, faute de mieux, les Espagnols s’en prirent aux habitants de la région. Ils mirent le feu aux maisons de Rosporden dont les toitures étaient couvertes de chaume. La cité se transforma rapidement en un brasier. L’incendie endommagea même l’église dont une partie du mobilier et le beffroi furent brûlés. Les habitants qui n’arrivèrent pas à leur échapper furent massacrés. François-Nicolas Baudot Dubuisson-Aubenay décrit en ces termes Rosporden en 1636 (l’orthographe de l’époque a été respectée)
En 1759 la paroisse de Rosporden devait chaque année fournir 12 hommes pour servir de garde-côtes. Vers 1760, la construction de la route royale allant de Quimperlé à Quimper via Rosporden favorisa l’essor de la ville. Jean-Baptiste Ogée décrit ainsi Rosporden dans son « Dictionnaire de la province de Bretagne » en 1778 Arthur Young indique dans son « Voyage en France » qu’à Rosporden vers 1788 « il y a des prairies qui se louent 24 livres et se vendent 600 ou 700 livres, mais il y a beaucoup de terres cultivées qui ne valent pas plus de 100 ou 150 livres ». Le Chevalier de Fréminville décrit ainsi le château de Coat-Canton (qui faisait alors partie de la commune de Melgven) en 1844: « À un quart de lieue [de Rosporden], derrière une colline boisée, est le vieux château de Coat-Canton. Il fut jadis fortifié, et l’on y remarque quelques vestiges d’ouvrages avancés. Le corps de logis principal a été entièrement reconstruit du temps de Louis XIV; mais la façade qui donne sur le jardin est encore tout entière d’une époque fort ancienne; son architecture porte le cachet du treizième siècle ».
Ce château (plutôt un manoir) a aussi été décrit en 1932 par Louis Le Guennec. Ernest Merson, qui visita Rosporden en 1839, qualifie la ville de « bourg bien sale et bien pauvre du Finistère, dans lequel malgré mes recherches je n’avais pu rencontrer un être parlant autre chose que le brézounce ». Varin, continuateurs d’Ogée, décrivent ainsi Rosporden dans leur « Dictionnaire de la province de Bretagne » en 1848: Rosporden était alors un chef-lieu de perception, la résidence d’une brigade de gendarmerie à cheval et disposait d’un bureau de poste et d’un relais de poste. Ses principaux villages étaient alors Kerléanou, Coat-Culoden, Kerlué, Kerniou, Kerdannes; ses maisons notables les châteaux de Kermeno et de Coat-Canton; une chapelle est citée: Saint -Éloi. Pour une superficie totale de, la commune disposait de de terres labourables; de de prés et pâtures, de de vergers et jardins, de d’étangs et canaux, de de bois et étaient incultes; la commune possédait un seul moulin, celui de Rosporden, à eau. « Rosporden est situé sur le bord d’un joli étang pouvant avoir 45 hect. La rivière d’Aven s’y jette, au lieu de s’y former comme le dit Ogée; au sortir elle est assez forte pour porter bateau. Le bourg est lui-même d’un aspect attrayant.
L’église, d’un gothique lourd et massif, qui peut remonter au, est surmontée par une élégante flèche en granite. À un quart de lieue de Rosporden est le château de Coat-Canton, dont l’arrière-façade est du style, alors que la façade principale est d’une restauration qui remonte tout au plus à la fin. (.) Rosporden ne manque pas de bois de chauffage; mais il faut aller chercher le bois de construction à plus de trois lieues. Il y a foire au chef-lieu les 7 janvier, 8 février, 19 mars, 25 avril, 25 juin, 22 juillet, 16 août, 18 octobre et 6 décembre, le lendemain de la Trinité, le jeudi après le 14 septembre, et le jeudi de novembre. Ces foires et celles de Coray sont à peu près les seules que les habitants de cette commune fréquentent. (.) Géologie: constitution granitique. On parle le breton et le français ». Lors des pardons de Rosporden, des concours de lutte bretonne étaient organisés: celui de 1859, décrit par Eugène Loudun, opposa notamment deux fameux lutteurs Le Guichet et Trolez.
Les parents « se plaignent de ce que leurs enfants n’apprennent pas le français à l’école » écrit un instituteur de Rosporden en 1861. Gustave Flaubert a décrit le marché de Rosporden en 1847 dans Par les champs et par les grèves, publié en 1886 Maxime Du Camp, qui voyageait en compagnie de Gustave Flaubert, écrit pour sa part: « En 1847, à Rosporden, un jour de marché, j’ai été entouré par plus de deux cents pauvres. En 1863, Rosporden est desservie par la voie ferrée de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans allant de Paris à Quimper.
Grâce à sa gare, la ville va trouver un nouveau dynamisme économique. La ville devint même un carrefour ferroviaire, grâce à la ligne de Rosporden à Concarneau (ligne PO), ouverte en 1883 d’une part et à celles à voie métrique du Réseau breton en direction de Carhaix-Plouguer et Morlaix d’une part, ouverte en 1891, et de celle des Chemins de fer armoricains, en direction de Châteauneuf-du-Faou et Plouescat d’autre part, ouverte en décembre 1912. Le manoir de Kerminy avait été édifié au par Antoine René Le Pappe, seigneur de Kerminihy; à l’abandon dans la seconde moitié du, la propriété est restaurée et son parc planté d’espèces exotiques par Émile Avril, ingénieur responsable de la construction de la voie ferrée, puis par son gendre le vicomte Aimé Édouard de Villiers du Terrage et ensuite le fils de ce dernier Marc de Villiers du Terrage. En 1877, l’écrivain Pierre Loti commence à venir fréquemment à Rosporden, qu’il fréquenta de nombreuses fois dans la décennie 1880, dans la maison de son ami Pierre Le Cor, qui a épousé une jeune fille de Rosporden. Il devient le parrain de leur ainé, Julien Le Cor (né le 15 juin 1878) et rapporte tous les rites du baptême de son filleul dans l’Église de Toulven (Rosporden), dans son roman Mon frère Yves. Il se fit même confectionner un costume breton pour assister aux pardons des environs. Il décrit Rosporden dans ce roman, dans lequel son ami Pierre Le Cor est dénommé Yves Kermadec: « Elle est très ancienne cette église de Toulven [Rosporden]; elle s’élève toute grise dans le ciel bleu, avec sa haute flèche de granite à jours, que par endroits les lichens ont dorée. Elle domine un grand étang avec des nénufars ».
Un tableau peint en 1923 par Adolphe Gumery représente Pierre Loti et Pierre Le Cor sur la tombe d’Yvonne. Il se trouve au Musée départemental breton de Quimper. La commune de Rosporden fut augmentée de 3 hectares pris à Melgven par la loi du 1 août 1881. Jules Vagnair, agrégé de lettres en 1862, décrit longuement Rosporden en 1893 dans le supplément littéraire du journal Le Figaro, qualifiant notamment Rosporden d’« infime bourgade du Finistère (.) [qui] se trouve dans une situation merveilleuse, près d’une forêt aux chênes séculaires, au bord d’un lac de toute beauté. (.) Pour suivre ses pardons, des milliers de pèlerins accourent de trente lieues à la ronde ». Il raconte aussi dans le même article l’histoire du carnaval de Rosporden dont un récit exagéré dans certains milieux parisiens, repris par plusieurs journaux de province, provoqua un engouement et une mode temporaire de « chapeaux Rosporden », d' »écharpes Rosporden », d' »ombrelles Rosporden » et de corsages bretons dans la bonne société parisienne, et provoqua un afflux de touristes à Rosporden. Dans les années 1830 déjà, Alexandre Bouët signalait que « quelques-uns, dans les années où le cidre manquait, faisaient de l’hydromel, cette boisson des anciens temps ». Toujours est-il que, dans une partie de la Basse Cornouaille, le chouchen semble, au lendemain de la Première Guerre mondiale, concurrencer le cidre et les autres boissons alcoolisées.
De nombreux faits divers évoquent les « méfaits du chouchen », témoignant à l’évidence qu’il était alors consommé par les couches sociales les plus modestes, ce qui ne l’empêcha pas d’être servi lors de la réception de la fête des reines de Cornouaille de 1928 à Quimper. Un négociant rospordinois, Le Moal, fut le premier à employer le mot chouchen (qu’il écrit d’ailleurs souchen) dans un article daté du 15 novembre 1895 de l’Union agricole et maritime où il présente sa nouvelle liqueur comme efficace pour lutter contre l’influenza; l’appellation fut officiellement déposée vers 1920 par Joseph Postic, négociant et futur maire de Rosporden. La « Société électrique de l’Ouest », constituée en 1899, exploita avant 1914 des usines de production électrique à Quimper, Pont-Aven, Rosporden, Huelgoat et La Gacilly. Dans La vieille France, livre publié en 1900, Albert Robida décrit ainsi Rosporden Le journal La Lanterne écrit le 23 mai 1903 Déclarée d’utilité publique le 12, la ligne ferroviaire à voie métrique des Chemins de fer départementaux du Finistère allant de Châteauneuf-du-Faou à Rosporden, longue de, fut mise en service le 21. Elle desservait les gares de Saint-Thois-Pont-Pol, Laz, Trégourez, Guernilis, Coray, Tourc’h, Bois-Jaffray-Saint-Guénal et Elliant., Monument aux morts de Rosporden (1922).
Le Monument aux morts de Rosporden du sculpteur Armel Beaufils et de l’architecte Charles Chaussepied, dont le piédestal est construit en kersantite, a été érigé en 1922 et porte les noms de cent cinq soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale. Parmi eux, Christophe Le Gall et Joseph Le Gall ont tous deux étés décorés de la médaille militaire et de la croix de guerre. Un au moins (Joseph Mahé) est disparu en mer; la plupart des autres sont morts sur le sol français. Le territoire de la « Giz Fouen » regroupe 33 communes (Elliant, Scaër, Quimperlé, Riec, Bannalec, Concarneau, Fouesnant, Pont-Aven, Rosporden, etc.); Creston a démontré qu’elles eurent comme principal centre d’influence Rosporden plutôt que Fouesnant, trop excentré. La mode de Rosporden conserva jusqu’à la décennie 1930, entre le gilet et la veste, un intermédiaire sans manches, le « korf-chupenn », héritier des filets superposés., Fileuse de Rosporden – Fouesnant, Quimper, musée départemental breton. Le Parti Autonomiste Breton tint à Rosporden sa première réunion officielle et aussi son premier congrès. Il eut lieu le 10 septembre 1927 dans l’établissement dit de la « Vieille Auberge » toujours ouvert aujourd’hui.
Y figuraient entre autres des autonomistes alsaciens et corses. Le parti inaugura le concept autonomiste en Bretagne sur le modèle alsacien. Y étaient présents Yann Sohier, Olier Mordrel, François Debauvais, Morvan Marchal, Paul Schall et Petru Rocca. En septembre 1927, un Congrès des Bretons fut organisé à Rosporden et vit notamment la création du Parti autonomiste breton et d’un « Comité des minorités nationales de France », regroupant des Alsaciens-Lorrains, des Flamands, des Bretons et des Corses. « Les Bretons ont affirmé dans cette réunion, qui a duré trois jours, qu’ils en avaient assez de la centralisation française qui veut supprimer les traditions et la langue de Bretagne, et ils ont formulé un plan de résistance pour la défense de leurs particularités ethniques ». Germain Pensivy fut un maître d’école, un « hussard de la République », qui a influence toute une génération de jeunes rospordinois pendant l’Entre-deux-guerres. Capitaine au régiment de pionniers coloniaux, il est mort pour la France des suites de ses blessures le 18 mai 1940 à Aubigny (Ardennes). Depuis le 8 mai 1980, le collège public de Rosporden porte son nom.
Les entreprises de galoches sont devenues les chaussures Le Roy. Vers 1970, travaillaient sur la commune. Le Monument aux morts de Rosporden porte les noms de trente-deux personnes mortes pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale, résistant, fusillé le 5 à Penmarc’h. Un soldat originaire de Rosporden (Corentin Brunau) est mort sur le front belge en 1940. Jean Mazéas, de Rosporden, membre du commando Kieffer, participa au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Le 21 mai 1944 un train est mitraillé entre Rosporden et Concarneau (quatre blessés). Trois groupes de résistants ont été actifs dans la région de Rosporden: le groupe Libé-Nord, dirigé par François Rivier et comprenant notamment son fils Albert Rivier, Bertrand Petit, dit « Duguesclin », Robert Ricco, Louis Quénéhervé, dit « La Plume », Jean Guéguen, dit « L’Empereur », etc. le groupe Vengeance dirigé par Pierre Le Naour et René Gall; le bataillon FFI du capitaine Mercier (de son vrai nom Louis René Le Cleach) dont l’histoire est racontée par le journal Ouest-France du 14 octobre 1944.
Parmi leurs actions, les combats de Kernabat en Scaër qui firent 18 victimes fusillées par les Allemands le 15 juillet 1944 parmi les résistants dont neuf membres du maquis de Rosporden: Yves Baron, Hervé Delessart, Corentin Guillou, René Le Gall, Roger Kerjose, René Mao, Jean-Louis et Marcel Rannou et Pierre Salomon, qui sont commémorées par le mémorial de Kernabat en Scaër et la stèle de Quillien en Tourch. Les dirigeants de ces trois groupes de résistance se rencontrent secrètement le 12 juillet 1944 à la gendarmerie de Rosporden pour adopter une stratégie commune et se mettent d’accord pour confier le commandement commun au capitaine Mercier, la première compagnie étant commandée par Albert Rivier, la seconde par Yves Le Corre, puis par Pierre Le Naour, la troisième par Robert Ricco. Le capitaine Charron a écrit: dans l’attente du signal de l’insurrection. Le 2, le bataillon Mercier, caché depuis le 28 dans la ferme de Kerodet en Coray (sa base est nommé « camp Delessart » en hommage à l’un des résistants fusillés à Kernabat-Quillien), reçoit par un message codé de la radio de Londres l’ordre de prendre Rosporden. Les troupes américaines sont alors encore à Pontorson, à de là. La ville est libérée entre le 4 et le 6; les combats commencent le 4 et durent toute la journée, Robert Ricco parvenant à hisser le drapeau tricolore sur la mairie; les résistants se retirent le soir, laissant les Allemands encore maîtres de la ville. Ceux-ci, ainsi que des Russes blancs qui étaient hébergés dans l’école Sainte-Thérèse, se livrent alors à des représailles à l’encontre de la population (vols, viols, trente-deux maisons incendiées).
Environ vingt cinq personnes, presque toutes du quartier du Pont Biais, sont prises comme otages et conduites à Quimperlé; parmi elles se trouvait le maire de Tourch, René Le Roy. Le train qui les conduisait de Quimperlé à Lorient est bombardé le 7 à Quéven (Morbihan) et les otages tentent alors de s’enfuir; neuf d’entre eux sont tués: Marguerite Caugant (née Le Naour), Vincent Baudic, Jean Bernard, Jean Flaouter, Jean Hémery, Antoine Hénaff, Jean Le Menn, Albert Pirlo, Jean-Marie Porhiel. L’insurrection recommence le 5 à 5 heures du matin. Un train de l’organisation Todt stationnait cette nuit-là au Pont Biais (à proximité immédiate de la gare de Rosporden), et les Allemands qui s’y trouvaient renforcèrent la résistance allemande. Un groupe de résistants FTP, dirigé par Jean Goarant, dit « Perrochet », est accroché le 5 par les Allemands au Poteau Vert, sur la route de Rosporden à Concarneau: les combats font quatre tués parmi les résistants (Jean Goarant, 41 ans; Yves Hervé, 31 ans; Jacques Quénéhervé, 23 ans; Jean Le Quilliec, 23 ans). Les résistants attaquent la kommandantur locale, qui était implantée dans la maison de l’usinier Caugant. L’entrée officielle du bataillon Mercier dans Rosporden libérée fut fêtée dès le 5 août en début d’après-midi, blessé à mort lors des combats pendant lesquels René Daouphars, un résistant venu de Guiscriff, est également tué, ainsi que Jean Clech’mine, de Kernével. Ces Allemands sont contraints de faire demi-tour et vont se réfugier à Concarneau.
Les Allemands ont en tout vingt-trois camions hors d’usage et environ trois cents tués et blessés; neuf camions sont récupérés par les résistants le 5 et Pierre Le Naour, de Rosporden; Auguste Robic, de Melgven. Le 7, un groupe de résistants du mouvement Vengeance attaque des soldats allemands à Kernaoulan en Nizon et cherche à empêcher une éventuelle attaque allemande à partir des cantonnements allemands du Fresq et de Kerguirizit en Melgven: Yves Trichard est tué ce jour-là par une balle explosive allemande à Croissant-Bouillet. Rosporden fut le théâtre de crimes de guerre commis par les Allemands, mais également par des Rospordinois: quelques jours après la libération de la ville, en représailles contre les atrocités commises par les troupes allemandes et russes blanches, des responsables locaux de la Résistance se firent remettre des soldats allemands faits prisonniers à Riec-sur-Bélon et totalement étrangers à ces exactions. Un soldat fut fusillé sans jugement dans chaque maison brûlée, le plus jeune d’entre eux n’avait pas 18 ans. Les corps laissés à l’abandon furent récupérés par l’armée américaine qui leur donna une sépulture décente. Deux résistants furent maires de Rosporden à la Libération: Albert Rivier (nommé président de la délégation spéciale le 10), puis brièvement René Gall. Le général de Gaulle vint à la Libération de la France à Rosporden, le 22, durement touchée durant la Libération. Il s’arrêta également à la Croix-Lanveur (commune de Kernével à l’époque) où il fut salué par les autorités de la commune de Kernével et par la population du bourg et de ses alentours.
Un projet de création d’un « Grand Rosporden », incluant les communes de Kernével et Melgven, existait depuis 1954; sa concrétisation aurait permis à Rosporden de devenir l’une des plus vastes communes du département (elle serait passée de à et sa population aurait atteint en 1973 en absorbant Kernével et Melgven). Des référendums sont organisés le 18 novembre 1973: si les électeurs de Kernével votent en faveur de la fusion (811 « oui », 691 « non ») car pour eux ce rattachement semblait logique, car ils fréquentaient majoritairement Rosporden pour leur travail, les commerces et les écoles, ceux de Melgven votent contre ( « non » et 633 « oui ») à la suite d’une campagne référendaire acharnée et houleuse animée par un « Comité de défense » hostile à la fusion (une grande pancarte « Non à la fusion » fut accrochée dans le bourg, des manifestations furent organisées) avec à sa tête Alphonse Carnot et le soutien du maire René Balaven, la majorité des habitants étant davantage attirés par Concarneau que par Rosporden; seuls les électeurs du bureau de Cadol (où étaient inscrits entre autres les habitants du quartier de la Butte), plus proches de Rosporden, votant en faveur de la fusion par 576 « oui » contre 285 « non ». Le 26 avril 1976, un décret préfectoral porte « rattachement à la commune de Rosporden de la portion du territoire de la commune de Melgven dite « Quartier de la Butte », d’une superficie de et comprenant 1 148 habitants », ce qui prive aussi Melgven de 42 % de ses recettes fiscales car la partie annexée par Rosporden accueillait de nombreuses entreprises, des salaisons et des conserveries notamment. Depuis la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 2014, Rosporden a été administrée par des municipalités d’abord radicales et radicales-socialistes, puis socialistes. Gilbert Monfort (socialiste) étant maire pendant six mandats consécutifs entre 1977 et 2014. Il défendit notamment le maintien des arrêts de trains express, puis TGV, dans la gare de Rosporden. La société Bonduelle a ouvert en 2003 une usine dans les locaux occupés antérieurement par les.charcuteries Caugant. Depuis 2009 cette usine, abandonnant la production de conserverie, se consacre exclusivement à la préparation de produits frais (27 000 tonnes de produits divers en 2017-2018; c’est la principale unité européenne du groupe).
En 2022, l’usine de Rosporden emploie 250 salariés permanents et 350 saisonniers. Les deux usines de conserverie et transformation de légumes Boutet-Nicolas, issues de deux entreprises distinctes, Boutet (créée en 1921) et Nicolas (créée en 1923), possédées par la CECAB, ont fermé en 2014, entraînant la disparition de 150 emplois permanents et de près de deux cents emplois saisonniers et intérimaires, à 80 % féminins. L’usine, devenue une ruine, est démolie en 2024; le site, classé en zone inondable en raison de son site dans le lit majeur du Ruisseau du Roudou (celui-ci va retrouver l’air libre), va être rendu à la nature La victoire électorale en mars 2014 de la liste menée par Christine Le Tennier, avec 58,73 % des voix au second tour, met fin à des décennies de municipalités de gauche à Rosporden. Mais en avril 2016, la maire est désavouée par de sa liste membres du conseil municipal, qui l’accusent notamment d’autoritarisme, et est mise en minorité, ce qui la conduit à démissionner quelques jours plus tard. La démission de nombreux autres conseillers municipaux oblige le Préfet du Finistère à dissoudre le Conseil municipal et à provoquer de nouvelles élections le 2 juillet 2016 qui voient la victoire de la liste de gauche, emmenée par Michel Loussouarn, qui avait été battue en 2014. En 2020 la commune a reçu de la part de Jean-Yves Sellin un legs d’un million d’euros, sous réserve de donner le nom de Maurice Sellin, son père, ancien joueur de football professionnel, à un équipement sportif. Si le français est aujourd’hui la langue usitée quotidiennement par les Rospordinois, cela n’a pas toujours été le cas par le passé.
Un voyageur de la seconde moitié du XVIIe siècle, Albert Jouvin de Rochefort, n’a retenu de son séjour dans la ville de Rosporden que son embarras pour se faire servir dans une auberge à cause de son ignorance du breton.