Roye (80)
Histoire de Roye
Roye est une commune de Somme, en Hauts-de-France, qui compte 5 662 habitants. La localité a été successivement mentionnée sous les formes suivantes: Rodium sur la table de Peutinger; Rodrina sur le Manuel de géographie de Ptolémée vers 150; Roudium vers 200 (itinerarium de Tongres); Rauga en 933 (Flodoard); Rogia, Regia et Rugia vers 1190 (Vita S. Boll.); Roya en 1103 (Du Cange); Roia en 1143-1214-1218 (Cartulaire d’Ourscamp); Roga en 1149 (Cartulaire de Prémontré); Roye en 1175 (Philippe et Elisabeth de Vermandois); Roie en 1196-1300 (Cartulaire de Noyon); Roae en 1256 (Tabule ceratæ Johannis Sarraceni); Ruya en 1278 (Du Chesne, Histoire des cardinaux); Villa Royensis en 1280 (Cartulaire d’Ourscamp); Roye en Vermandois en 1373 (Ord. du Louvre); Roye en Senterre en 1420 (Monstrelet); Roye-sur-l’Avre (sans date); Raga (dictionnaire de Vosgien) et Avre-Libre en l’an III de la République.
Roye peut représenter la fixation du nom de personne gaulois Roudios (hypothèse défendue par Hermann Gröhler), employé alors absolument. Les habitants s’appellent les Royens.
Il existait un vicus à Rodium à l’intersection de la via Agrippa de l’Océan qui reliait Lugdunum (Lyon) à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) et de la voie romaine reliant Caesaromagus (Beauvais) à Bagacum Nerviorum (Bavay). Roye dépendait alors de la civitas Viromanduorum, en Gaule belgique, dont la ville principale était Augusta Viromanduorum (Saint-Quentin). L’archéologie aérienne a permis de révéler la présence de vestiges de deux villas gallo-romaines situées à l’ouest de la ville à proximité de l’autoroute A 1 et de la ligne TGV Paris-Lille. Au lieu-dit le Vieux-Catil, à l’ouest de Roye, subsistaient jusqu’à la Première Guerre mondiale, les vestiges d’un camp romain. En 451, les Huns d’Attila envahirent la Gaule romaine. Selon la tradition, arrivant de Reims, les Huns furent battus au cours d’une bataille entre Corbie et Roye, dans la plaine du Santerre par Mérovée. Cependant, aucune source historique ne mentionne ce fait. Il est vraisemblable que le vicus de Roiglise ayant été dévasté par les incursions germaniques, le site fut délaissé par les habitants au profit de Roye.
En 486, Clovis traverse Roye en se dirigeant vers Soissons. En 891, après avoir pillé Balâtre, les Vikings sèment la terreur dans la région puis arrivant à Roye, incendient la chapelle Saint-Firmin et le faubourg de Thoule puis Roiglise et se dirigent ensuite vers Noyon. En 1030 une terrible famine décima la population de Roye. À la suite du traité de Boves signé en juillet 1185, le roi de France Philippe Auguste obtient la possession définitive du comté d’Amiens, ainsi que des places vermandoises de Roye et de Montdidier. En 1214, le seigneur de Roye et les milices communales royennes s’illustrèrent lors de la bataille de Bouvines, mais y perdirent. Le roi Philippe le Long épouse Jeanne II de Bourgogne, la fille d’Othon IV de Bourgogne et de la comtesse Mahaut d’Artois. À la mort de Mahaut, la reine Jeanne se rendant en Artois pour prendre possession de son comté, fait étape à Roye, dans une hostellerie fort en renom qui se situait sur la place du Marché. Elle passe la nuit à se divertir et le lendemain, elle meurt soit par l’excès de libation soit par le poison.
Si l’on en croit l’auteur de la Chronique de Flandre, il semblerait plutôt que ce fut le poison: « Tantôt que la Reine fut en son lit, il luy prit la maladie de la mort et assez tôt rendit son esprit et coula du venin par la bouche, par les yeux, par le nez et par les oreilles et devint son corps tout taché de blanc et de noir ». Robert d’Artois est alors soupçonné d’en être l’auteur. Au, les paroisses de la ville et de ses faubourgs forment un doyenné particulier. La ville a compté également à la fin de l’Ancien Régime trois couvents: celui des Cordeliers, fondé au par Raoul Poultier, celui des Minimes, fondé en 1633 et celui des Annonciades, fondé en 1493. Durant la guerre de Cent Ans, en 1369, le commandant anglais Robert Knowles à la tête de dévaste la région, prend la ville, la livre aux Flamands qui la réduisent en cendres. En juin 1373, le duc de Lancastre fils du roi d’Angleterre, ravage la Picardie, investit Roye en juillet et la détruit. La ville dispose d’une garnison de archers et de l’arrière-ban commandés par le seigneur de Mouy et Louis de Gomel, seigneur de Balagny-sur-Thérain, gouverneur de Beauvais. La place étant forte et bien munie, ils ont la volonté de se défendre, mais les francs archers effrayés du massacre de Nesle, refusent de combattre et se rendent aux Bourguignons.
Les commandants de la ville sont donc contraints de se rendre. Charles le Téméraire leur laisse la vie sauve, ainsi qu’aux soldats, les laissant tous partir avec un bâton à la main vêtus d’un simple pourpoint. Ils se retrouvent quelques jours plus tard lors du Siège de Beauvais. En 1473, met le siège devant la ville qui se rend le 6 mai. Le roi, irrité de la reddition sans combattre de l’année précédente, fait démanteler le château-fort et incendier la cité. En 1634, des réfugiés illuministes originaires de Séville tentent de s’établir en France. Deux religieuses rejoignent l’abbaye de Maubuisson au début de 1628, mais leur prosélytisme les désigne à l’attention de la mère supérieure, Angélique Arnauld, qui les fait arrêter. Poursuivant leur route, ces Alumbrados convertissent Pierre Guérin, curé de la paroisse Saint-Georges.
Se prétendant directement inspiré par des messages célestes, Guérin fait de nombreux disciples, appelés les Guérinistes. Systématiquement recherchés, ils sont tous exécutés en 1635. Pendant la Guerre de Trente Ans, en 1636, les Impériaux et les Espagnols commandés par Thomas de Savoie, Jean de Werth et Jean de Nassau s’emparent de la ville, qui est reprise l’année suivante par les troupes françaises. Jusqu’en 1659, année de la signature du traité des Pyrénées, Roye est très proche de la frontière avec les Pays-Bas espagnols passant par Marché-Allouarde; elle est donc en première ligne lors des guerres. Né à Saint-Quentin le 23 novembre 1760, François Noël Babeuf se fait appeler plus tard Gracchus Babeuf en hommage aux Gracques, les deux tribuns de Rome qui avaient proposé une réforme agraire et payé de leur vie cette audace. Après avoir travaillé au creusement du Canal de Saint-Quentin, il devient clerc chez, notaire à Flixecourt, puis « feudiste » chez le seigneur de Damery, une commune voisine de Roye. C’est là qu’il rencontre sa future femme, Marie Anne Victoire Lenglet, au service du châtelain de Damery, qu’il épouse en 1782. Il s’installe à Roye, d’abord au de Paris et, plus tard, au Saint-Gilles.
Il est alors « feudiste » et « commissaire à terrier » (géomètre). Son rôle, comme « feudiste » est de recenser pour le compte des seigneurs qui l’emploient, les droits et privilèges liés à leur condition seigneuriale et dont certains sont tombés en désuétude. C’est ce qui l’amène à imaginer un « cadastre perpétuel » sur lequel serait fondé, sans contestation possible la perception des droits. Dans son métier, il acquiert une bonne connaissance des questions foncières et fiscales et de leurs conséquences humaines dans les usages de l’époque. D’origine modeste, mais autodidacte passionné Babeuf s’intéresse à tout, l’aérostation, la vaccination, le magnétisme, l’électricité… et entretient des relations avec les esprits éclairés de son époque, avec l’Académie d’Arras à laquelle appartiennent Robespierre et Carnot. Dès 1785, il préconise l’exploitation des terres en fermes collectives, le travail en commun et la répartition des fruits du travail. Il demande que la dîme soit payée par tous. Il propose de remplacer les gabelles et les aides par un impôt unique proportionnel aux revenus.
Le 17 juillet 1789, peu après la prise de la Bastille, il se trouve à Paris où il cherche à éditer son « cadastre perpétuel ». Les événements révolutionnaires l’enthousiasment mais il déplore, dans une lettre à sa femme, la cruauté exercée par le peuple contre les défenseurs de la Bastille. En abolissant les privilèges, la Révolution réduit à néant le métier de Babeuf., qui se reconvertit un temps dans le journalisme puis revient à Roye le 18 octobre 1789, où ce jeune homme de se heurte à la municipalité modérée de Roye. Les cabaretiers de Roye s’opposent au versement des impôts d’ancien régime. Babeuf, à son retour de Paris, se montre solidaire du combat des cabaretiers, des tanneurs, des tisserands, dénonçant l’injustice des anciens impôts. Il adresse un libelle à la municipalité de Roye puis un message de félicitations à l’Assemblée Nationale qui a supprimé les gabelles, qui est qualifié de « libelle incendiaire » par l’Assemblée nationale. Babeuf est emprisonné une première fois à Paris le 19 mai 1790 et n’est libéré quelques semaines plus tard qu’à la suite d’une campagne de soutien du révolutionnaire Jean-Baptiste Marat. Mais Longuecamp, le maire de Roye, profite de cette condamnation pour faire annuler l’élection de Babeuf au « conseil général » de la commune.
Après un accueil triomphal à Roye, Babeuf récidive. Devant la municipalité de Roye, il défend à nouveau les cabaretiers et l’idée que « tous les impôts doivent être répartis sur chaque citoyen en proportion de ses facultés ». Lorsqu’en juillet 1791, le maire Longuecamp organise l’élection du juge de paix, il mobilise la garde pour empêcher Babeuf d’accéder à la salle de vote, de peur qu’il ne soit candidat et qu’il ne soit élu. À partir d’octobre 1790, Babeuf rédige et imprime le Correspondant Picard, dont il fait une tribune politique. Il y réclame le suffrage universel, la suppression du droit de déshériter les enfants, celle du droit de champart permettant aux seigneurs de prélever une partie des récoltes. Pour l’abolition effective des privilèges, Babeuf se rend, à la tête de quelques patriotes, au château de Champien pour y brûler les papiers de famille. A Roye, il fait dresser un bûcher de tous les actes féodaux de la noblesse locale. Il soutient les habitants de la commune de Davenescourt contre leur châtelaine, la comtesse Philipinne de La Myre.
En février 1791, il se lance dans un nouveau combat tendant à faire reconnaître les marais de Bracquemont qui appartenaient aux Célestins d’Amiens, comme propriété communale. À la tête d’un groupe de citoyens, il occupe la mairie jusqu’à ce que soit signé un écrit déclarant que les marais sont « propriété communale appartenant au peuple »; Babeuf est à nouveau arrêté, incarcéré à Montdidier le 8 avril, libéré le 13 et accueilli triomphalement à Roye. Il est élu conseiller général de la Somme en 1792, par un électorat pourtant modéré, mais pour peu de temps, car, devenu administrateur du district de Montdidier, il est poursuivi pour un faux commis dans un acte de procédure. Arrêté en 1793, élargi grâce aux Jacobins, il est libre quand tombe Robespierre. Il conspire contre le Directoire avec des hommes comme Jean-Baptiste Drouet et Philippe Buonarroti. Il est l’animateur de ce qu’on appellera la « Conjuration des Égaux » et meurt guillotiné le 28 mai 1797 à Vendôme. Cet homme aux idées avancées et généreuses le feront désigner comme le premier « communiste ». Il est, à ce titre, connu dans le monde entier.
Roye est durement touchée par les combats de, en 1916 et surtout en 1918, au cours de la Offensive du printemps et de la Troisième bataille de Picardie. Pendant la bataille de la Somme de 1916 et le repli allemand sur la ligne Hindenburg, selon l’abbé Calippe, alors que la bataille n’a causé que des dégâts rép de chasseurs à pied (BCP) s’empare de Villers-lès-Roye. Le 20 août 1918, « la ayant reçu l’ordre d’attaquer dans la direction de Roye le reçoit la mission de suivre la progression et d’assurer le nettoyage de Roye.
L’attaque, déclenchée à, échoue […]. La (Le Couppey) du occupe durant toute la nuit les rives nord de l’Avre en première ligne devant les ponts de Saint-Mard ». La ville de Roye, durement bombardée, est libérée dans les jours suivants, après de terribles combats. Au début de la Seconde Guerre mondiale, lors de la Bataille de France, Roye est sévèrement bombardée du 18 mai au 5 juin 1940, étant dans l’axe d’attaque de deux divisions blindées allemandes. On estime que 37 % des immeubles de la ville sont détruits.