Saint-Agrève
Histoire de Saint-Agrève
Saint-Agrève est une commune de Ardèche, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 2 325 habitants.
Saint-Agrève a été fréquentée au moins depuis le néolithique, comme l’atteste la statue-menhir de Lichessol trouvée sur son territoire. Saint-Agrève est née sur le mont Chiniac, qui à l’époque se serait appelé le mont Ursin, le mont aux ours. Au seuil de l’histoire, ce n’est encore qu’un pauvre village, à peine quelques masures accrochées au flanc de la colline. La tradition rapporte qu’à l’époque des Gaulois, le pays était peuplé et exploité par la tribu des Segovellaunes, apparentée à celle des Helviens et qu’une immense forêt recouvrait le plateau. Arrive l’emprise du pays par les Romains. Séduits par la forte position stratégique du mont Ursin, ils y bâtissent un fort.
Le mont Ursin prend le nom de Cinnacum, la ville de Cinna. Ce nom serait devenu Chinacum, qui plus tard a donné Chiniac. Ainsi protégée, la cité se développe et le plateau se garnit de petites exploitations agricoles. Des grands ports de la vallée du Rhône, plusieurs routes convergent vers Saint-Agrève pour se diriger ensuite sur le Puy et le pays vellave. Ce premier réseau routier orientera, pendant des siècles, la vie militaire et économique du village. La religion chrétienne se répand peu à peu en Ardèche.
Les campagnes restent longtemps rebelles à la foi nouvelle et ce n’est qu’au début du qu’un évêque du Puy, nommé Agrève, évangélise le plateau de Saint-Agrève où il meurt le février de l’an 602. En sa mémoire, les habitants débaptisent Chinacum pour en faire Sanctus Agrippa, Saint-Agrève. Dès le, plusieurs villes du Vivarais négocient, souvent à l’amiable, le rachat de leurs libertés avec le seigneur local ruiné par les guerres. En 1289, le vicomte de Polignac accorde aux habitants de Saint-Agrève leurs premières libertés et franchises. C’est l’origine de la communauté libre de Saint-Agrève. Le comte rend hommage au roi, le, pour ses possessions en Vivarais, dont le château de Saint-Agrève.
En 1326, il reconnaît le tenir en fief du roi Charles IV. En 1446, Saint-Agrève connaît un regain d’activité. À la limite du plateau, cette bourgade commerçante est avant tout un important marché, une ville de foires où se rencontrent deux mondes bien différents (le plateau et le pays de pentes), aux ressources complémentaires. Les uns arrivent du Midi, chargés de sel et de vin. Les autres, venant du Velay ou du Forez, portent les produits de la montagne: planches, grains, fromages. Cet accroissement de l’activité va de pair avec une augmentation de la population, et en 1464, lors de la rédaction des « Estimes du Vivarais », le bourg compte cent deux feux, ce qui fait une des plus importantes agglomérations du Vivarais.
L’événement marquant de ce est le développement des guerres religieuses. Elles affligèrent le Velay voisin de 1560 à 1596. Introduite en 1538, la « religion prétendue réformée » comme disent les catholiques de l’époque, se répand rapidement à travers le Vivarais. En 1562, la Réforme gagne Saint-Agrève, qui devient le théâtre de sièges successifs où tour à tour, catholiques et protestants se disputent la place. Ainsi, le mois de mars 1563 voit la prise de Saint-Agrève par le comte de Tournon auquel ce succès coûte la vie. Quelques années plus tard, son fils Just et Saint Vidal, gouverneur du Velay, marchent sur Saint-Agrève à la tête de six cents chevaux, cinquante à soixante enseignes de gens de pied et douze canons.
La ville est prise et rasée. En 1585, l’édit de Nemours interdit le culte réformé et rallume les guerres civiles. Jacques de Chambaud, chef des protestants, prévoyant une attaque, fortifie la ville et la déclare imprenable. Le comte de Tournon, sénéchal du Puy, et Saint-Vidal assiègent Saint-Agrève avec une armée d’environ douze mille hommes et quatre canons. Après une résistance de huit semaines, Chambaud capitule. Saint-Agrève est rasée pour la seconde fois.
À partir du, le développement de Saint-Agrève ne se fait plus seulement sur la colline. Une rue animée s’étend entre deux places, l’activité commerciale étant concentrée dans le bourg. Le réseau routier est amélioré et Saint-Agrève, ville de foire, propose un grand nombre d’auberges et de remises, la commune devenant ainsi un relais et un entrepôt, notamment pour les muletiers et les charretiers. En 1902, le chemin de fer fait son apparition, avec le développement du réseau départemental du Vivarais. Cette évolution favorise les déplacements des travailleurs de la région, dont le nombre s’est accru avec la révolution industrielle, mais aussi le développement touristique de Saint-Agrève, qui devient un lieu de repli des citadins en quête de grand air. Aujourd’hui, cette ligne historique est uniquement touristique: nommée le Velay Express, elle a été remise en service et exploitée par les voies ferrées du Velay.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Saint-Agrève est, comme d’autres communes du Vivarais, un lieu de repli et d’accueil pour la communauté juive. Le lieutenant Pierre Głowacki réside à l’hôtel Beau Séjour de Saint-Agrève, un centre de convalescence pour militaires polonais démobilisés après la défaite de 1940. Avec dix autres camarades, il déserte le centre et prend le maquis. Ils sont armés et vivent dans les bois de la région d’Annonay. Ils sont ravitaillés par des paysans locaux, l’un d’eux leur offrant l’hospitalité de sa grange durant la saison hivernale. Le groupe reçoit entre autres le renfort de jeunes mineurs stéphanois recherchés par les Allemands, Florian Piasecki et Roman Nowaczyk.
Pierre Głowacki est nommé le responsable de la compagnie polonaise FFI de Saint-Agrève. À la date du, le détachement comprend 22 militaires et est nommé « Cracovie ». Il est mis à la disposition du capitaine Mouchot, responsable de l’ancienne Armée secrète locale à Lichessol. Du 5 au, le détachement de Głowacki participe aux combats contre l’armée allemande dans le secteur du Cheylard, à 25 kilomètres de Saint-Agrève. Un FFI polonais de Saint-Agrève est tué durant cette action. Pour cantonner son unité, renforcée par l’arrivée de nombreux volontaires, le lieutenant Głowacki réquisitionne une ferme dans une zone boisée à deux kilomètres de Saint-Agrève.
La subsistance est assurée par l’obtention de tickets de rationnement et l’achat de denrées alimentaires sur le marché libre. Les fonds proviennent de l’organisation du colonel « Daniel », le réseau polonais Monika. L’organisation d’aide aux réfugiés polonais TOPF du président Jakubowski fournit plusieurs livraisons de chaussures, vêtements et couchages à l’unité de Saint-Agrève. Au début, Głowacki réquisitionne l’hôtel Beau Séjour afin d’y installer son poste de commandement et y héberger des invalides et malades polonais. Au, la compagnie Cracovie est forte de 86 combattants (dont dix officiers et aspirants). À partir du, le lieutenant Głowacki lance des actions de propagande et d’incitation à la désertion à l’intention des Polonais engagés de force dans l’armée allemande.
Des déserteurs se présentent nombreux et en armes: 62 volontaires sont alors accueillis et rapidement organisés pour renforcer les effectifs du détachement. Dès, la compagnie polonaise participe aux missions de protection des bâtiments publics et de maintien de la sécurité sous la direction des responsables FFI locaux. Le arrive à Saint-Agrève un officier des Forces militaires polonaises de Londres, le capitaine Fredo, qui entend recruter des volontaires pour l’Armée polonaise d’Italie. La compagnie polonaise Cracovie est dispersée le.